Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22/05/2019

Le 20 mai dans la passe S de Fakarava

Hier, 20 mai, 12h35, Le gros pneumatique du centre de plongée Enata vient nous chercher comme avant-hier au bateau. Aujourd’hui, il n’y aura que nous avec Caroline, monitrice nationale CMAS. Avant-hier déjà nous avions fait connaissance avec la passe Sud et ses nombreux requins locataires. Je confirme. Il y en a vraiment beaucoup ! Je passe donc sur les deux plongées d’avant hier et me consacre à celles d’hier car à trois, ce fut un grand moment de plongée : une grosse tortue au départ, la tellement nombreuse meute de requins qui tournent sans arrêt dans la passe, un gros napoléon, une raie léopard, une raie manta, sans parler de ces innombrables poissons de récifs qui peuplent le corail très diversifié tapissant les parois de la passe. A la fin de la dérivante alors que j’ai déjà annoncé les 100 bars, on s’arrête dans une sorte de vallée affluent du canyon. On s’arrête car quatre grands requins gris nagent en une sorte de carrousel dont nous n’arrivons pas à déterminer la raison. Nous sommes accrochés au corail à une petite vingtaine de mètres de profondeur et les requins tournent au-dessus et autour de nous. P... ils sont gros ces pépères ! Au passage, on peut presque se regarder dans le blanc des yeux... La monitrice filme ou photographie à tout va. Moi, la batterie de ma GoPro est morte ! Je profite donc du spectacle. C’est en même temps magique et inquiétant car il est presque 17 heures et le soleil décline rapidement. Les requins se préparent-ils à la  prédation crépusculaire ? Après une pause d’observation d’une dizaine de minutes, la monitrice nous fait signe de nous arracher à cet impressionnant spectacle et de reprendre notre dérive jusqu’au pallier. Encore un grand moment de vie ! En y repensant, c’est quelque peu rassurés que nous avions « décroché » d’autant que Caroline nous déclara à la sortie de l’eau que : «des requins, j’en ai déjà vus beaucoup... Mais jamais d’aussi près ! ».

04/05/2019

Pique la baleine...

Aujourd’hui, je serai bien occupé à préparer l’Otter pour traverser vers les Tuamotu. Il faut mettre l’annexe sur le pont et la renettoyer (les eaux sont tellement chargées en plancton que les coques sont très courtisées et se garnissent de toutes sortes d’indésirables...). Dans cette dernière baie des Marquises, nous savourons nos dernières heures dans un archipel de rêve que nous étions bien en mal d’imaginer avant d’y avoir séjourné. Les Marquises feront partie des grands moments de notre voyage et les découvrir petit pas par petit pas nous fut un régal. Tant les paysages que le climat, que les gens rencontrés s’inscrivent dans les temps forts de nos pérégrinations. 

Nous sommes prêts à prendre nos distances non sans émotion car nous savons que nous ne reviendrons pas sauf peut-être dans une autre vie !... Nous emportons avec nous tous nos souvenirs qui dépassent de loin les nombreuses photos réalisées au cours de nos visites. Demain, nous lèverons l’ancre pour quatre jours de traversée au bout de laquelle nous découvrirons notre premier atoll. Nous avons choisi Kauehi pour sa passe d’accès facile et tout le bien que nous en ont dit des navigateurs qui connaissent déjà. On verra sur place et vous enverrons des photos. En attendant, j’apprécie ce moment de pose où j’écris suite au petit-déjeuner ponctué par le soleil qui vient de sauter par-dessus la falaise au pied de laquelle nous sommes mouillés. Hier, c’est la pleine lune qui a éclairé le mouillage et qui nous promet quelques belles nuits en mer. « Pique la baleine, joli baleinier, pique la baleine, je veux naviguer ! »

Atterrissage sans inverseur...

 

 

Arrivée à la hussarde à la baie de Hakahau sur  l’île de Ua pou (Marquises du N), histoire de conter que la vie de voyageurs au long court n’est pas toujours un long fleuve tranquille. 

 

Hier donc, samedi 30 mars, veille de l’anniversaire de notre passage du Canal de Panama, nous avions fait une magnifique traversée depuis Nuku Hiva. Au près et tout dessus au début, nous avons achevé ce petit saut de 26 nautiques le coeur en bandoulière car tout n’avait été que plaisir de naviguer...

C’est alors que les ennuis commencent. Il faut savoir que dans ce petit port bien protégé de la houle, un avantage n’allant pas sans son contraire, un léger courant de marée de 0,3 noeuds oblige les voiliers à s’amarrer avant et arrière afin que tous les bateaux fassent front à l’entrée du port. La houle précédant le passage de la digue est assez impressionnante mais se métamorphose en calme plat dès la limite franchie. Six voiliers étaient en place. Marjo hésite un peu car les meilleurs emplacements sont toujours les premiers choisis. Comme d’habitude, je laisse toute latitude à Marjo de choisir l’endroit où jeter notre ancre. C’est alors que Marjo me crie :  «  profondeur 8 mètres, je n’ai plus ni marche arrière, ni marche avant. Largue l’ancre ! Maintenant !... ». Je largue ainsi une trentaine de mètres de chaîne et me rends dans le cockpit pour essayer de comprendre. Et là, je vois Marjo les commandes en mains qui ne répondent plus. Ce n’est pas la première fois que notre inverseur nous faisait des frayeurs mais au dernier moment chaque fois, il réagissait et nous permettait de finir notre manoeuvre. Ce n’est pourtant pas faute d’attentions car il a été déposé et complètement révisé au Guatemala. 

Dans l’immédiat, nous n’étions encore que partiellement ancré et, en plus, pas au bon endroit ! Le courant et le vent nous font dériver jusqu’à presque toucher l’enrochement de la jetée. Il ne reste que quelques mètres. La panique cherche son chemin car pas une seule personne n’a encore répondu à la demande d’assistance de Marjo sur la VHF. Comme je sais que la plupart du temps, on ne peut compter que sur nous-même, l’idée de nous en sortir avec notre annexe (que fort heureusement nous avions traînée et non rangée sur le pont) s’impose à moi. Je saute dedans et demande à Marjo de m’y déposer le moteur entreposé sur son support. Grâce au palan prévu à cet effet, elle obtempère. Je crois que ce moteur n’a jamais aussi vite trouvé place sur le dinghy. Il démarre au premier essai ! Ok, Un peu de chance de temps en temps, on est preneur... Marjo me file une aussière frappée à la poupe de l’Otter, je l’amarre à l’avant de l’annexe et commence à tirer l’Otter hors du danger. Entretemps, un jeune Anglais vient nous prêter mains fortes avec son petit dinghy en poussant l’arrière du voilier dont l’inertie est énorme ! 20 tonnes offertes au vent et au courant, ce n’est pas facile à mobiliser si bien qu’il nous faudra un bon quart d’heure pour repositionner l’arrière du voiler à un endroit acceptable. Je rappelle au lecteur que l’ancre principale avait été larguée dans l’urgence et pas nécessairement à l’endroit que nous aurions choisi ! Pendant que les 15 chevaux de notre annexe s’escrimaient à trouver une position correcte pour l’ancrage arrière, Marjo qui ne s’occupe jamais de cela, a dû sortir notre FOB light (ancre légère démontable que nous stockons dans le coffre avant) et la monter en quatrième vitesse. Moi qui en connais la difficulté qui ressemble à un casse-tête chinois, j’observais Marjo qui se démenait comme une diablesse avec le montage de cette p... d’ancré ainsi qu’avec la préparation du bout plombé qui l’accompagne. Je lui crie qu’elle doit ajouter une aussière supplémentaire, le bout plombé s’étant d’expérience avéré trop court. Pendant ce temps , le jeune Anglais m’aidant, je maintenais l’Otter au bon endroit et, une fois le matériel d’ancrage arrière prêt, je larguai l’aussière et me précipitai pour quérir l’ancre et l’emmener le plus vite et le plus loin possible vers la plage afin de maintenir les voiliers côte à côte. Plouf ! L’ancre est posée. Espérons qu’elle s’engage bien... Je reviens à bord et reprends la aussière arrière pour l’aider. L’Otter pourra donc dormir en sécurité. Quant à nous, momentanément soulagés, nous remercions notre jeune ami et nous apprêtons à bien cogiter pour savoir comment poursuivre notre voyage sans inverseur !...

 

Le lendemain, la nuit ayant porté conseil, c’est avec calme que je démonte pour la xième fois la potence du cockpit qui reçoit le compas de route et où aboutissent les câbles d’accélérateur et... d’inverseur. Il n’y a plus qu’à essayer. 

Moteur ! En arrière... tic, la marche arrière s’enclenche. Point mort. Ok . En avant... tic, la marche avant s’enclenche. 

On se regarde, incrédules. Mon sang ne fait qu’un tour, le même que celui de Marjo qui dit : « il n’y a qu’à pas remettre le compas en place ! ». Il faut dire que ce compas fixé sur un gros cercle en teck a déjà fait l’objet d’une modification (un espace creusé au ciseau de menuisier afin de laisser la place pour le levier d’inverseur qui vient s’y heurter perturbant ainsi son bon fonctionnement). 

Ni une ni deux, je prends la Scie vibreuse et y découpe une fenêtre suffisamment grande que pour offrir au levier d’inverseur tout l’espace nécessaire. Je remonte. Marjo me dit : « moteur ? ». Ok, on essaie !... Et là, la victoire et le soulagement s’inscrivent sur nos visage où l’anxiété s’était installée. Une belle journée pouvait commencer et nos rêves de voyage, mis à rien le temps d’une nuit, pouvaient reprendre toute la place !

 

 

 

 

 

 

Au mouillage

Le mouillage de la baie d’Anaho à Nuku Hiva est le plus beau des Marquises et le plus agréable. Seule une connexion internet manque à l’appel... Les hommes du village, pour la plupart, ont fait l’expérience tahitienne. Ils sont partis un peu comme dans la complainte du phoque en Alaska faire tourner des ballons sur leur nez... et ils en sont revenus. Ici, ils font le copra, ils chassent, ils pêchent, ils jouent avec les gosses qui sont les gosses de tout le monde. On passe des heures avec eux, le cul dans de l’eau à 28° en compagnie des chevaux qu’ils rafraîchissent tous les soirs lorsque la marée est haute. Ils rient de leurs blagues toujours un peu puériles comme :  « Nous, quand on chasse sous l’eau, on doit se battre avec les requins qui veulent nous voler notre pêche alors, pour nous venger, quand leurs petits viennent nager avec nous près de la plage, et bien, on les mange !!! ». Ils débourrent les chevaux dans l’eau car ils disent que ça fait moins mal de tomber dans la mer quand ils se font débarquer ! Et ça les fait rire aux éclats. Ce sont de grands enfants qui peuvent être abandonnés en pleine jungle sans problème. Ils sont imprégnés de toute cette culture ancestrale qui leur sert de bagage de survie. Ils connaissent tous les fruits, plantes, légumes qui font partie de leur environnement. Bref, ils nous impressionnent et nous réconcilient avec le genre humain à travers leur solidarité, leur souci de partager tout ce qu’ils ont. Tuant un cochon, ils nous donnent une épaule ; revenant de la pêche, ils nous donnent du poisson. Chaque fois qu’on leur achète quelque chose, il y a un cadeau en prime un peu comme le maraîcher qui nous pousse, chez nous, une botte de persil gratis pour accompagner nos achats. Il n’est pas possible d’acheter quoi que ce soit sans recevoir un cadeau. Alors, on leur fait plaisir en se débarrassant de vieux bouts dont ils se servent pour attacher, chiens et chevaux. Les quitter va nous demander un effort car nous nous y attachons. Ils ont compris que l’internet, c’est bien mais que leur paradis, c’est mieux ! Souhaitons qu’ils puissent résister encore un peu tant qu’il est encore temps.

Et nous les avons quittés. Les femmes ont offert un pain et un régime de bananes. On a navigué une demi-journée et nous sommes revenus dans un semblant de civilisation. Nous sommes ancrés àdans la baie de Taiohae au SE de Nuku hiva. Ici, il y a 40 voiliers à l’ancre. Il y a des hôtels, des restaurants, internet bien-sûr et de bons supermarchés pour achalander. On a fait du diesel, aussi. 

On se tâte pour déjà repartir plus loin et visiter la petite dernières des Marquises du N : Ua Pou. 25 nautiques au portant. Ça va aller. On avance vers les Tuamotu dont tout le monde nous dit tant de merveilles surtout en plongée. On racontera

14/09/2018

visite à Omoa 11 spt 2018

Il faut que je vous raconte notre expédition à OMOA, petit village au Sud de Hanavave. Nous y sommes ancrés (à Hanaveve) en raison du meilleur confort que ce mouillage offre par rapport à celui de Omoa, particulièrement rouleur. Toujours dans le but de nouvelles découvertes, nous décidons de rallier Omoa en annexe. Le plein est fait, un bon grappin et une longue ligne de mouillage est à poste, nous prenons une petite réserve d’eau, notre VHF portable et le téléphone. On ne sait jamais ce qui peut arriver ! D’aucuns penseront que se préparer comme pour une longue traversée, alors qu’un petit quart d’heure seulement nous sépare de Omoa, relève de la paranoïa… Détrompez-vous ! Comme moteur annexe, en cas de panne du moteur principal, il y a seulement nos rames et, comme nous sommes athées tous les deux, les prières ne font pas partie du matériel de sécurité.

Bien décidés à ce que tout se passe bien, nous quittons l’Otter et prenons plein pot la direction du Sud. En route, alors que le soleil brille, que le ciel est bleu, la mer se creuse un peu me rappelant que nous somme déjà presque en haute mer. Prenant la ligne droite comme route la plus logique, je m’éloigne de la côte. Je me mets alors à gamberger : « P…, si le moteur tombe en panne ici, j’aurais l’air malin avec mes 20 mètres de mouillage ! Pas très efficace dans 1500 mètres de fond ! Et, ramer contre le vent de terre  avec une annexe qui n’est pas du tout faite pour ça… ». Bref, je ne dis rien mais Marjo me trouve bien pensif durant cette traversée dont le quart d’heure m’a paru une éternité !..

Rassuré que tout se soit bien passé et, sage décision prise de rentrer en longeant la côte, nous pénétrons dans la petite darse réservée aux embarcations légères qui y sont déjà assez nombreuses. Prenant exemple sur l’amarrage des locaux, je dépose Marjo sur le quai, mouille mon ancre à l’arrière et amarre consciencieuse sur une bite du quai laissée libre. Une gentille marquisienne (elle attend le retour de son mari pêcheur) papote déjà avec Marjo qu’elle a aidé à débarquer, le ressac rendant l’opération hasardeuse.

Et nous voilà partis à la découverte du village. De « ka Hoa » en « ka Hoa » (rappelez-vous, cela signifie bonjour en marquisien), nous pénétrons dans le village. Des « tikis » jumeaux veillent sur l’artère principale d’un côté, l’océan, de l’autre. Nous trouvons d’abord une jolie petite église dont nous poussons la porte gardée à droite par un énorme bénitier rempli d’eau bénite. Quelques fleurs rouges du plus bel effet décorent la surface. L’intérieur, caractéristique de tous les édifices religieux, nous embrasse de son silence et la chatoyante lumière diffusée à travers les vitraux complète l’appel à la méditation. C’est notre ressenti pour la plupart des églises que nous visitons. Ici, nous sommes loin des terribles (horribles) représentations de la passion du Christ rencontrées en Espagne et au Portugal où l’iconographie est comme une compétition à l’horreur. On dirait là-bas, que plus ça saigne, plus c’est réaliste, mieux c’est ! Ici, c’est tout gentillet. Il y a des fleurs partout. Même Jésus, bien que cruellement suspendu, semble béatifié par le magnifique collier de fleurs qui décore sa poitrine. Un grand tamtam et un ukulélé sont là pour témoigner qu’ici, les offices sont l’occasion de partager la musique étroitement associée à la prière. Le mobilier (tabernacle, autel, sièges divers,… sont sculptés dans des bois précieux démontrant ainsi la ferveur des fidèles qui participent activement à l’entretien de l’endroit. Celui-ci respire la bonne attention que la population lui accorde.

Poursuivant notre route, nous découvrons le local de l’Office du tourisme de Fatu Hiva. Une jolie marquisienne nous accueille et nous renseigne gentiment en allaitant le plus naturellement du monde sa nouvelle-née. Magnifique maternité qui nous emmène bien loin des réticences européennes à l’allaitement en public en particulier et à l’allaitement tout court en général ! La maman, pas du tout dérangée, est disponible, aimable et bien disposée à répondre à nos nombreuses questions. Nous apprendrons ainsi que les marquisiennes, il y a bien longtemps, accouchaient sur une « pierre à accouchement » en présence uniquement d’hommes médecine et autres prêtres, les femmes n’étant pas autorisées à assister. Fort heureusement, les choses ont changé et les femmes reprennent lentement mais sûrement la place qui leur revient.

Un peu plus loin, nous rendons visite à Hina, artiste marquisienne, s’ingéniant à perpétuer l’art en appliquant les techniques du passé. Elle dessine à l’encre de chine des dessins souvent repris dans les tatouages. Raies, stylisées, tortues, croix marquisiennes, dauphins,… Elle dessine cela sur des morceaux d’écorce, traitées par des procédés ancestraux qui les assouplissent et les rendent utilisables pour recevoir les dessins. Elle les exporte à Tahiti pour être vendus aux touristes, ce qui constitue une belle source de revenus. Ces tapas (le « s » n’est pas prononcé), sont confectionnés sur des écorces variées de l’arbre à pain et du murier, l’endroit où est prélevé l’écorce en détermine la couleur. Hiva, très affable, nous explique avec beaucoup d’à propos, les différentes étapes de leur fabrication qui nécessite de les marteler longuement au moyen d’un marteau en bois sur une grosse pierre ronde lui servant d’enclume et ce, pour les assouplir et les préparer à recevoir l’encre des dessins.

Plus tard, alors que nous redescendons l’artère principale, nous rencontrons Stella qui s’en revient chez elle en compagnie de sa fille Marie-Thérèse (je vous fais grâce du nom marquisien impossible à bien prononcer, encore plus à retenir !). Stella est la femme du pêcheur rencontrée à notre arrivée. La glace est donc rompue et Stella nous invite à lui rendre visite. « Si, si, venez ! Venez voir ma maison ! ». Bon, impossible de refuser. Nous lui emboîtons le pas et découvrons, ressortant de l’effervescence végétale, une maison… non, on ne peut pas appeler ça une maison… disons alors plutôt un bâtiment entièrement recouvert, parois verticales comme horizontales, de grand carrelage brillants blancs. A l’intérieur, où nous pénétrons à l’invite de notre hôtesse, nous découvrons que sols et murs sont également entièrement carrelés de blanc. Seuls les plafonds ont échappé au massacre. Tout le confort semble présent hormis un lit, les matelas étant, comme dans toutes les autres habitations visitées, déposés à même le sol. Nous voilà dans la cuisine où une table est chargée de plats préparés. Il y a un poisson cuit, des bananes féi (variété de bananes rouge entre plantin et banane classique) cuites à la vapeur, et un plat de poisson crû cuit dans l’acidité d’un mélange citron/coco et eau de mer ! Il est 11h30. Nous apprenons qu’ils ont déjà dîné. Ils nous invitent à nous restaurer. « Mangez ! » Devant nos hésitations bien compréhensibles, Stella insiste : « Mangez ! Mais mangez donc ! ». Impossible de refuser mais, alors que Marjo ne semble pas décontenancée, mon non verbal cherchant une fourchette. P…, au moins une fourchette ! Nom de d… Marjo se marre. Elle a déjà saisi un morceau de poisson crû entre ses doigts et le déguste en ne tarissant pas d’éloge sur son bon goût et sa fraîcheur. Entretemps, j’ai quand même reçu un fourchette mais… me vois contraint de manger à même les plats ! Pfffft, je traîne mon éducation comme un boulet mais apprécie quand même la nourriture. Ce poisson crû est une vraie délicatesse. Tout en poursuivant notre dégustation, nous interrogeons Stella et Marie-Thérèse sur les recettes locales, le mode de vie, les relations entre habitants,… Eric arrive et se joint aux spectateurs de notre repas improvisé. J’adore !… Mais bon, ce sont tous de braves gens qui nous montrent les photos des grands moments de leur vie (protégées par du film plastique), nous dévoilent les inévitables guerre de clans, les conflits de territoires pour la chasse à la chèvre et aux cochons sauvages (rien n’est clôturé - pas encore), les jalousies,… Ils nous montrent aussi le produit de leur artisanat (Eric est sculpteur et fabrique des tikis qu’il revend également aux touristes débarquant à Tahiti).

(Précisons qu’ici, du fait que nous sommes les seuls étrangers en visite dans le village, il ne leur vient pas à l’idée de nous considérer comme des touristes. En période d’affluence de « tourdumondistes » les choses doivent être bien différentes. Notre chance est d’arriver partout en dehors des périodes d’affluence des voileux qui, pour la plupart et en raison de l’avancement dans la saison hors cyclones, sont déjà tous partis vers Tahiti… cap vers l’ouest).

Cette parenthèse refermée, et alors que nous lui avons acheté un de ses tikis , bien plus joli à notre goût car brut de finitions vernies et autres teintures, nous prenons congé. Notre annexe nous tracasse et nous tardons à nous assurer qu’elle est toujours bien amarrée. Aussitôt, Eric nous cherche une caisse de divers fruits de son jardin dont des bananes rouges telles que dégustées pendant ce repas improvisé. Il y ajoute un morceau de cochon sauvage congelé et semblant avoir été prélevé à la machette. Oui, vous l’aurez compris, l’art de découper la viande n’est manifestement pas le souci majeur de ces descendants des boucaniers…

Après les échanges d’adresse emails, nous prenons congé. Eric prend son vélo, y installe notre carton de « cadeaux » et nous accompagne jusqu’au port. Ouf ! Notre annexe est encore là mais bizarrement, notre amarre principale a été dénouée et, fort heureusement, s’est emmêlée à l’amarre de la barque voisine. « Cela arrive, nous déclare Eric sans s’émouvoir ». Ok, ils sont tous gentils, les gens sauf… mais s’il n’y avait que des gentils, dans le fond, ce ne serait pas normal, non ?

L’après-midi, rentré à Hanavave par le chemin des écoliers qui nous a pris le double du temps, je retrouverai avec bonheur le groupe de raies manta observé hier au mouillage. Armé cette fois de ma GoPro, chaussé de mes palmes et équipé de masque et tuba, je suis allé à leur rencontre (voir le petit film) et suis rentré à bord l’esprit encore tout chahuté par l’émotion de cette nouvelle et inoubliable aventure !… Quelle journée !…