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20/05/2018

Piégés en Ecuador

Alors que hier soir, Marjo s’était renseignée auprès du vieux réceptionniste sur le prix d’un taxi pour nous emmener le lendemain à Cotopaxi (prix annoncé 5 dollars), ce matin, nous demandons au jeune réceptionniste - le vieux ayant terminé son service - d’appeler un taxi. Il s’exécute mais dans sa demande nous comprenons qu’il précise que c’est pour deux touristes ! Le taxi arrive et, comme à son habitude, Marjo demande : « Quando por Cotopaxi ? ». Et voilà que le prix avait triplé ! Marjo négocie mais le chauffeur est intraitable. Pas de pitié pour les gringos ! Ok, puisque c’est ainsi, emmenez-nous au terminal de bus de Latacunga. Nous y arrivons alors que le bus pour Cotopaxi est sur le départ. Pas le temps de passer à la billetterie, nous montons à bord confortés par le convoyeur du bus qui nous dit qu’il n’y a aucun problème à acheter les billets en cours de trajet. Nos gros sacs dans la soute à bagages, nous voilà rassurés et profitons du paysage jusqu’à ce que le convoyeur vienne pour recevoir le prix de la course. Il annonce 4,30 dollars à savoir le prix du trajet jusque Quito  alors que Cotopaxi n’est qu’au tiers de la distance jusqu’au terminus ! Gentiment, Marjo le lui fait remarquer... Elle lui montre en plus sur un ticket le prix officiel pour une distance similaire ce qui le décide à avouer - sans trop le dire mais en nous remboursant un malheureux dollar - qu’il avait essayé de nous escroquer ! Quoique, parce que pour des gringos... Bref, bien que nous lui avions demandé de nous avertir de l’endroit où nous devions descendre pour Cotopaxi, il n’en fit rien et, soupçonnant un mauvais tour de sa part, Marjo se renseigne auprès d’une autochtone qui avait l’air sympa de nous signaler l’endroit où nous devions descendre, ce qu’elle fit de façon fort aimable. C’est ainsi que, à notre demande, le conducteur de bus nous dépose, le convoyeur nous file nos sacs puis, nous laisse ainsi sur le bord de la route, c’est-à-dire sur le bord de nulle part ! Trop tard pour le rattraper, je remarque au détour de sa remontée dans le bus qu’il arbore un sourire qui en dit long sur le mauvais coup qu’il  nous a joué en répression de notre réticence à nous laisser plumer comme des pigeons ! En fait de pigeons, nous faisions la paire ! 

Inspectant la cartographie de nos iPads, nous hésitions... mais devant l’impossibilité de nous renseigner, E9846483-41B5-44AE-9CC5-4B6DAA958D3B.jpegnous nous mîmes en route vers la réserve naturelle qu’annonçait le panneau indicateur du bord de nulle part où nous avions été déposés. Après quelques minutes de marche où l’altitude me fit prendre sans tarder la cadence montagnard, je hélai Marjo qui filait déjà devant pour lui signifier que ma cadence montagnard était loin d’être la sienne ! Tout juste après cette mise au point, un bruit de moteur. je me retourne et mets spontanément le pouce en l’air. C’est fou comme le poids de deux sacs sur le dos rend intelligent ! Non mais, je rêve ! Voilà que la voiture -plutôt un pickup avec une benne arrière (une bétaillère, quoi !) - ralentit et s’arrête à notre hauteur. Un premier coup d’oeil à l’intérieur me décourage car l’habitacle s’avère complet... Ne perdant pas courage alors que Marjo s’adressait aux occupants pour se renseigner sur la pertinence de notre direction, je me déplace vers l’arrière et constate que la benne est occupée par huit jeunes gens et jeunes filles rigolards et leurs bagages. Manifestement ils ne s’ennuyaient pas ! Je le constatai en même temps que je réalisais que notre inattendu taxi était full. A peine le temps de la réflexion, Marjo se ramenait à l’arrière, lançait ses sacs aux jeunes qui l’aidèrent à monter à bord et m’invitèrent à la suivre. Incrédule mais n’écoutant que mon souhait de ne plus être à pied, je grimpai à mon tour pour m’entasser dans la benne, debout et agrippé aux ridelles. Dans les éclats de rires, nous entamons un parcours des plus surréalistes de rencontre avec ces sympathiques jeunes gens en partageant  leur inconfort. Les éclats de rires redoublant, ils nous firent remercier en pensée le convoyeur qui, par sa vilénie, avait permis à l’aventure de nous rattraper.058B0A22-2920-4098-8BEC-A8A7DCD4F0FF.jpeg

Arrivés à la destination de nos généreux et sympathiques sauveurs, une réserve naturelle qui n’était malheureusement pas celle où trônait l’hôtel que Marjo avait réservé, force a été de renégocier un transport vers celui-ci qui, grâce à la bonne volonté des rangers de l’endroit, nous permit d’être remis sur le bon chemin. Il n’y avait plus qu’à nous faire embarquer par un 4x4 pour parcourir les 20 derniers kilomètres jusqu’à la lodge qui nous attendait. Nous étions encore en avance...

17/05/2018

Le sel du voyage

2011-2018, sept années de vagabondage, de découvertes, de déconvenues, aussi. Comment pourrait-il en être autrement ? Certes, des retours au pays ont échelonné ce déjà long chemin qui me fit me rendre compte, cela m’est arrivé en observant dans un musée une carte du monde qui situait la culture Inca en rapport à la nôtre, de l’incroyable distance déjà parcourue depuis notre départ du joli port breton de La Roche-Bernard. Dire combien de milles navigués sous voile, le nombre de kilomètres de route parcourus, le nombre de miles volés lors de nos allers-retours, le nombre de personnes rencontrées avec lesquelles un lien a été construit, relève de l’impossible.  Laissant ma pensée courir devant cette carte de géographie qui n’était là que pour m’emmener à la rencontre de la prestigieuse préhistoire de l’Amérique du Sud, je fus saisi par la vertigineuse réalité de notre aventure. Prendre conscience de cette réalité a été rendu possible, je crois, par une promiscuité avec le tourisme de masse, incontournable pour visiter le Machu Pichu. La plupart du temps, nous traçons notre propre route faite de choix orientés autant par la météo que par les destinations ou encore des évènements fortuits qui viennent bouleverser notre projet initial. Mais nous avons le temps. Le temps qui passe est l’élément qui nous distancie principalement de la condition de touristes. Nous avons cet immense privilège qui se matérialise dans les propos recueillis au détour d’un chemin, d’une rencontre. On réalise que, dans le cas précis du Machu Picchu, les gens qui partagent la visite avec nous ont quitté Leur pays il y a parfois une soixantaine d’heures et qu’ils auront à peine le temps de se reposer quelques jours  avant de ressauter dans un avion pour le retour, le porte-feuille vide une fois leur temps de vacances achevé. 

En voyage, nous ne rencontrons pas que des retraités qui, comme nous, se distancient du tourisme de masse. Il y a aussi des jeunes, avec ou sans enfants, qui font une pause dans leur vie professionnelle qui les tue. Ils se déplacent en stop, en vélo, en moto. Il y en a même (notamment une jeune femme de nos connaissances) qui se déplace à cheval. Les plus chanceux ont un métier sac-à-dos. Ils peuvent ainsi s’extraire du système... Les autres sont débrouillards. Comme nous, tous donnent la préférence aux commerces locaux, aux airbnbs, aux tuk-tuks plutôt qu’aux taxis. Ils recherchent les restaurants authentiques. Plus il y a d’autochtones attablés, moins il y a de touristes, meilleur est le choix. On y gagne en authenticité. Une fois la glace rompue, des liens peuvent se tisser. Les jeunes enfants de ces couples aventureux découvrent très jeunes des cultures différentes, des langues qu’ils s’approprient sans retenue ; ils réalisent combien les conditions de vie diffèrent de ce qu’ils ont connu en Europe ou ailleurs... Deux exemples parmi tant d’autres me traversent l’esprit : un matin, pour nous rendre au marché, nous empruntons un de ces tuk-tuks qui sont des tricycles à moteur comportant une cabine - conduit par une jeune femme. Grimpant à bord avec nos sacs, nous découvrons à l’intérieur toute une famille qui accompagne Maman au travail. Un des trois doit encore être au sein. Il est couché aux pieds de la conductrice dans une sorte de couffin fait de toile multicolore tissée probablement par elle ou par une locale.  Les deux autres sont serrés contre leur mère sur le siège avant. Quelle leçon de vie ! Si la jeune femme a 20 ans, c’est beaucoup. Ici, pas de contraception et il faut faire avec... et gagner sa croute ! Impossible de ne pas lui régler cinq fois la course. Et impossible de vivre cette expérience en voyage organisé. 

L’autre exemple qui sera le clou de notre séjour au Pérou sera notre dernière nuit à Cuzco. Marjo avait réservé dans un airbnb, attirée par le fait que cette location faisait partie d’un atelier de tissage et comprenait une information sur les techniques traditionnelles de teinture et de filage de  cette laine incroyablement douce qu’est celle des alpagas. Accueillis avec chaleur par la jolie propriétaire et son beau-frère. Il apparaît de suite que c’est une affaire familiale. Dans la cour intérieure deux femelles et un mâle alpagas sont là libres de s’intéresser à nous. Ils se laissent approcher et caresser. Le ton est donné : accueil et authenticité. Cette cour n’est que couleurs. Des toitures basses pendent des fils de laine parsemées de pompons multicolores. La chambre qui nous est réservée se situe sous la toiture. Elle comporte une porte basse, vraiment très basse ! A voir l’épaisseur des couvertures il est clair que les nuits à cette altitude sont très froides. Il n’empêche, la fatigue du voyage aidant, nous y passerons une bonne nuit entrecoupées d’escapades nocturnes éclairées par la lampe de poche (accessoire indispensable à emporter en voyage), les « baños » étant situées au rez-de-chaussée et accessibles par un escalier extérieur accroché au mur de la maison. Authenticité écrivais-je. Celle-ci prit tout son sens au petit déjeuner compris dans la location. La propriétaire nous emmena dans une pièce assez sombre où un assemblage de grosses pierres noircies de fumée supportait une grosse soupière dans laquelle mijotait la soupe du jour que la patronne prépare pour le repas de midi des huit ouvrières travaillant quotidiennement dans l’atelier de tissage. Le feu brûlait sous la soupière et seul un vieux réchaud à gaz permit de chauffer l’eau indispensable à la préparation du thé. Un morceau de pain frais et de la confiture constituèrent notre petit déjeuner que nous avalâmes assis sur des tabourets avec l’impression de faire envie aux rares personnes dont un petit garçon qui partageaient avec nous l’occupation de cette pièce hors du temps. La fumée dégagée par le feu ne s’évacuait que par une ouverture pratiquée dans la toiture. Dire que la vie est dure pour ces pauvres gens est une réalité complètement ignorée des touristes qui achètent leur production bien loin de se douter des conditions de vie des artisans qui les produisent.

Bien d’autres exemples hors des sentiers battus pourraient encore illustrer ma réflexion à propos de l’esprit de découverte et de partage qui nous anime. C’est le sel du voyage que seule l’écriture me permet de partager...

25/04/2018

En route vers l'Equateur

En route pour Ecuador en passant par l’équateur (avril 2018)

1.- Risque de feu à bord (Pour ceux que les informations techniques ennuient, passer de suite au point 2)
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Alors que nous étions sur le départ et qu’il ne restait pour le lendemain que les formalités administratives incontournables avant de quitter un pays, 22h45, nous dormions tout les deux. Aussi incroyable que cela paraisse, notre moteur s’est mis en marche tout seul !
Sautant hors de nos couchettes, dans un ensemble où la panique prenait toute sa place : «  Tu as mis le moteur en marche ? » Aussitôt, une odeur de Bakélite brûlé envahit le carré en provenance du compartiment moteur. L’idée d’un court-circuit se bouscule dans mon esprit encore ralenti par le sommeil profond dans lequel j’étais plongé. Premier réflexe stupide - les réflexes ne le sont-ils toujours pas ? - je plonge sur le tableau électrique et éteint tous les contacts. Alors que Marjo, qui tente sans succès d’arrêter le moteur au moyen de la commande électrique,  me hurle : « n’ouvre pas ! », j’ouvre le compartiment moteur et laisse entrer dans le cockpit un nuage de fumée toxique dont l’odeur confirme l’idée d’un court-circuit dans l’alimentation du moteur. Est-ce l’odeur de Bakélite qui rend intelligent ? Je ne saurais le dire. La seule chose que je peux affirmer est que je plonge alors sur les trois clés qui permettent de déconnecter nos batteries privant ainsi le court-circuit d’alimentation. Je ne vous cache pas que l’image de l’extincteur m’a traversé l’esprit, aussi ! ; presque aussitôt, alors que nous ouvrons tous les hublots pour aérer, la fumée se dissipe et me permet de chercher la source du court-circuit. Le moteur tourne toujours. Le bouton poussoir de fermeture du contact moteur ne répond toujours pas ! Marjo me rappelle que cela nous est déjà arrivé ! La pièce tombe et je recherche l’étouffoir dont chacun devrait connaître l’usage mais qui n’est pas trop souvent évoqué dans les cours MOTEURS. Ok, le moteur s’arrête ! Dans le silence retrouvé ainsi qu’un air plus respirable, nos esprits se mettent au travail, calmement, il n’y a plus d’urgence. Il n’y a plus de fumée, rien pour nous indiquer l’endroit du court-circuit. Etant le nez au-dessus de ce qui me semble le plus près de l’origine de la fumée, je demande à Marjo de renvoyer le jus ! Aussitôt dit , aussitôt fait, un grésillement se fait entendre et je crie à Marjo d’arrêter ! Les batteries sont aussitôt isolées et je retire du dessous du moteur, le fameux relais made in Yanmar, installé par un électricien aux Etats-Unis l’an passé et destiné à faciliter le démarrage qui, à l’époque, était devenu aléatoire et m’obligeait parfois à démarrer à la hussarde, avec un tournevis !!! Ce relais une fois installé, nous en étions totalement satisfait mais nous ne lui en demandions pas tant que mettre en marche sans en recevoir la commande effective !!!
Que s’est-il effectivement passé ?  Trouver une panne, c’est bien. Prévenir une panne, c’est mieux ! Le relais en question avait été installé sans isolation particulière (merci l’électricien) si bien que lors d’un entretien vraisemblablement (je pense au nettoyage du filtre du circuit de refroidissement à l’eau de mer), une goutte d’eau s’est glissée dans le relais et avec l’oxydation comme complice, a remplacé l’impulsion électrique initiée par la clé de contact lors d’une utilisation normale. Un vrai concours de malheureuses circonstances…
C’est bien beau tout ça ; encore faut-il retrouver un relais qui pourrait nous faire oublier ce désagréable incident. Et c’est là que le capitaine d’un sympathique équipage français rencontré la veille et à qui l’on raconte notre nocturne mésaventure, se propose de venir à notre bord évaluer les dégâts et voir si le relais dont j’ai besoin pour le remplacement du déficient fait partie des pièces de réserve qu’il garde à son bord. Ce capitaine, Eric de son prénom (j’apprendrai par la suite que son titre est plutôt Commandant en tant qu’amiral retraité de la marine nationale), a l’air d’en connaître un sacré brin en électricité, arrive à bord prétextant qu’il a toujours eu envie de visiter un Hans Christian, plonge dans le compartiment moteur et me dit que, dès que sa présence à son bord ne sera plus requise (il attend un frigoriste pour régler un problème avec son nouveau frigo qui refuse tout service ! Et oui c’est aussi cela la « plaisance » !), il viendra me solutionner mon problème. Il me conseille quand même de remplacer, par mesure de précaution, les quatre fils ayant subi le court-circuit. Le gaillard me semblant digne de confiance, je me mets au travail, délicat faut-il le dire, de remplacer ces câbles dont l’accessibilité est plus que douteuse ! Mais, j’ai ma fierté et, non seulement je veux y arriver tout seul mais surtout, je veux que l’intervention de mon sauveteur se limite aux seules connexions de son relais de rechange qu’il m’offre en cadeau.
En fin de journée, le travail de préparation terminé, Eric arrive en salopette de travail et constate avec bonheur que le gros du travail est fait et bien fait car le bougre examine chaque connexion avant de se saisir de son multimètre, repérer les fils en deux coups de cuiller à pot, effectuer les branchements et demander à Marjo de mettre le moteur en marche. Celui-ci démarrera au premier coup ! Me confondant en remerciements, Eric me félicitera en me disant qu’il n’a rien dû faire du tout puisque j’avais pour ainsi dire tout fait, et bien fait ! Quel charmant bonhomme ce Commandant ! Grâce à lui nous n’allions perdre qu’un seul jour des conditions météorologiques  idéales pour rejoindre l’Ecuador. (fin de l’épisode).

2.- La traversée :

Début d’après-midi, nous levons l’ancre et quittons le mouillage de la Plahita anchorage… Nous slalomons au moteur entre les nombreux navires à l’ancre en attente de passer le canal. Impressionnant tous ces énormes bâtiments dont nous avons respiré les retombées pendant tout notre séjour dans ce mouillage dont l’eau de surface charriait une sorte de suie vraisemblablement produite par ces énormes navires qui brûlent du fuel lourd et laissent leur moteur tourner pendant le temps d’attente. Je me demande dans quel état sont les poumons des gens qui travaillent ici ! A ce propos - et ceci pour rassurer certains qui estiment rencontrer des problèmes de mobilité dans leur travail - la majorité des gens qui bossent dans la City où les logements sont impayables, sont obligés de se loger à la périphérie les contraignant à des trajets leur demandant jusqu’à deux heures et demie le matin et la même chose le soir et cela dans une circulation d’une rare densité klaxonnante afin d’appliquer la seule règle de priorité qui consiste à sourire, klaxonner et se pousser là où l’on veut se diriger ! Un paradis fiscal bien éloigné d’un paradis tout court et qui n’a rien à envier à la trépidance newyorkaise !

Bref, nous nous sauvons de cet endroit mythique et prenons la mer. Après quelques milles parcourus le vent dans le nez et uniquement au moteur, le vent adonne et les voiles sont envoyées. Le vent du Nord annoncé est bien présent et c’est l’allure de grand largue qui est adoptée. Cap sur l’île de Malpelo que nous devons laisser sur bâbord pour éviter le courant de Humboldt qui court du sud vers le nord le long de la côte péruvienne jusqu’au Panama et qui, surtout lorsque le vent fait défaut, s’oppose à la descente des voiliers vers le sud.
Durant les quatre premières journées de traversée, le noroit ne nous quitta pas, nous poussant grand largue (120° du vent) et nous offrant la « following sea » chère aux souhaits de bon vent des anglo-saxons. Le soleil nous accompagna malgré une couverture nuageuse de plus en plus présente au fur et à mesure de la descente. Nous qui craignions d’être copieusement arrosé, tout se passait bien. C’est alors que le vent refusa et vira SW jusqu’à faiblir au point de nous contraindre à rentrer la grand voile lattée ainsi que le yankee. Nous restions sous trinquette seule, maintenue haute et bordée à plat pour la stabilité du voilier. De gros nuages menaçants se sont alors accumulés     sur l’horizon de notre route. Le radar montrait plusieurs foyers de grosse pluie qui nous barraient la route. Le « Motion scoop » de notre nouveau radar colorait même certains foyer de rouge ce qui en montrait l’intensité. Je savais que nous allions déguster ! Le vent annonciateur de la pluie monta jusqu’à 35 noeuds m’obligeant à choquer la trinquette qui, à elle seule, donnait une belle gîte au bateau ! Fort prudemment, nous avions rentré le Bimini ! Et je me félicitais d’avoir ma grand voile dûment ferlée dans son « lazybag ». La pluie, comme sortie d’un nettoyeur haute pression, vint en renfort du vent pour nous obliger à rentrer à l’abri non seulement de la capote mais également de la descente partiellement fermée pour éviter les trombes d’eau qui déferlaient sur nous me faisant penser à ces gaulois que seule la peur de recevoir le ciel sur la tête, empêchait d’avancer ! Par Toutatis, nous étions servis. L’idée de savoir cette pluie emporter toutes les salissures des retombées des fumées panaméennes nous réjouissait malgré le fait que ces violentes averses se succédaient et prolongeaient ainsi notre inquiétude, l’idée d’être entrain de faire le gros dos face aux éléments étant bien présente ! Debout dans la descente, comme un enfant, je m’émerveillais de ce déchaînement naturel . L’océan était blanc des vagues de vent décapitées et transpercées par la pluie diluvienne qui l’arrosait copieusement ! Le phénomène perdura un bon trois quart d’heures avant de connaître une accalmie.
Quelques heures plus tard, le dicton « après le pluie le beau temps » se vérifia une fois de plus accompagné d’un petit vent sympa. Nous décidâmes de renvoyer de la toile et de nous débarrasser du bruit du moteur. C’était sans compter sur la loi de Murphy (ou loi de la vexation universelle). Notre drisse de grand voile, secouée par les fortes bourrasques générées par le grain précédent s’était coincée dans les hauts, bien au-dessus de notre radar ! Nos nombreuses tentatives pour la décoincer s’avérant inutiles et sachant que les conditions de mer allaient s’améliorer, nous nous armâmes de patience et poursuivîmes notre route au moteur. Il fallait grimper ! A ce moment, l’océan était trop creusé pour tenter l’aventure dès le constat d’impossibilité de hisser la grand voile.
Peu de temps après, les conditions de mer s’améliorant et motivés par le désir de faire taire ce moteur qui nous cassait les oreilles depuis trop longtemps, nous prîmes la décision de grimper, moi jouant le ouistiti et Marjo m’assurant au moyen de la drisse de spi non utilisée. Quelle bonne idée avais-je eue d’installer des marches de mât ! Néanmoins, il s’agissait de bien me tenir car le mât n’attendait qu’une erreur de ma part pour m’envoyer valdinguer dans les haubans ! Autant je peux être fanfaron lorsque je travaille en hauteur en marina, admirant au passage le merveilleux point de vue que l’on peut avoir de là-haut, autant ici, je me réjouissais de mettre cette corvée derrière moi. Marjo, toujours stoïque dans ces grands moments, se concentra sur la tâche si bien qu’elle ne me laissa pas le moindre mou dans la drisse tant à la montée qu’à la descente ! La preuve que je n’étais pas fier est que la drisse récalcitrante fut libérée en moins de deux minutes si pas moins ! Je ne sais si je ne l’ai pas déjà écrit quelque part mais je reconnais que je n’ai jamais eu l’étoffe d’un héros… d’autant qu’ici, au bout du monde ou presque, Marjo autant que moi n’avons pas droit à l’erreur…
Alors que j’écris ces lignes, nous sommes à 50 milles du passage de l’Equateur. Je ne sais s’il mérite une majuscule mais je l’ai tellement attendu que je lui en décerne une au passage. Marjo toujours enjouée, nous a préparé un petit scénario de circonstances avec déguisements en sirène et Neptune. La bouteille de champagne de nos amis de La Roche-Bernard Jean-Pierre & Catherine est au frais et nous nous apprêtons à fêter dignement cet instant solennel en trinquant à leur santé et à celle de toutes celles et ceux qui nous suivent. Nous joindrons bien entendu des photos de ce moment mémorable où l’hémisphère sud nous tend les bras pour nous accueillir et être le théâtre de nos aventures encore à venir.
Copie d’écran de notre traceur au moment du passage de l’équateur.

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Quand on aime, on ne compte pas ! De plus, je ne suis pas très attiré par les chiffres. Ce que je trouve intéressant à noter, c’est le nombre d’heures moteur nécessaires à une traversée. Moins il y en a eu plus belle est-elle car elle se fait sous voile ce qui en décuple le plaisir. Cette traversée qui se termine - nous serons arrivés demain matin - aura, autant que possible, épargné le moteur qui ne nous a vraiment été indispensable que pour finir le parcours contre le courant de Humboldt que nous avons sciemment évité en allongeant la route.
Nos nouvelles voiles sont en rodage ainsi que nous qui les manipulons et devons reprendre nos nouvelles marques. Malgré cela, elles nous ont donné entière satisfaction par leurs performances par petit temps surtout, leur efficacité commençant déjà à se faire sentir dès 2-3 Beaufort ce qui n’était pas le cas auparavant. Aux 600 milles à vol d’oiseau  correspondant à la distance à effectuer, on peut en ajouter plus de deux cents en changements de cap afin de s’adapter au vent. Tous comptes faits (à ma façon bien-sûr), en ralliant l’Equateur en six petits jours, on ne s’en est pas si mal tiré ! Et maintenant, préparons nous à passer la ligne !… (à suivre…)
Copie d’écran de notre traceur montrant notre sillage sur l’océan

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+ quelques photos de la cérémonie de passage :

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Icc8248009-510f-48fa-a8f6-eb883d589225.JPGLa cérémonie comportait une offrande à l'océan pour encourager Neptune à nous protéger en nous facilitant le passage lorsque nous traversons... Nous avons offert sardines, fruits, tranches de pain,...

Tous les marins sont superstitieux !!!