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15/09/2017

8ème article publié dans le journal de l'Amicale des anciens de Jonfosse

Bilan de six années de vagabondage et projets 

 

Espérant que tous avez pu profiter des vacances pour vous refaire une santé (ceci pour les actifs) ou la maintenir au beau fixe (pour les retraités), je vous retrouve avec la page blanche et le souvenir de vous avoir laissés en notre compagnie aux Bermudes…

Laissant là-bas l’image d’une île attachante tant par la gentillesse de ses habitants que par sa boisson traditionnelle, le dark’n Stormy que nous avions adoptée sur place à chaque célébration de « Sunset », l’idée m’est venue de partager avec vous mes réflexions à la veille de passer d’un océan à l’autre. Actuellement en escale en Bretagne, nous repartirons fin octobre pour clôturer la préparation de l’Otter2 et mettre le cap sur le canal de Panama, porte du Pacifique.

 

Si j’ai choisi le Dark’n Stormy comme souvenir si éloigné de tout ce qui a constitué nos découvertes bermudiennes, c’est pour son côté anodin. C’est celui qui a refait surface à l’idée de revenir là où j’avais interrompu mes récits de voyage. La mémoire a de ces mystères ! Etant plutôt sobre, je peux dire que ce n’est pas une quelconque addiction qui l’a orientée.  C’est que - et ici, je ne mentionne que mon ressenti personnel - force m’est de constater que mes souvenirs s’organisent de manière assez erratique ce qui est non seulement déconcertant mais m’a poussé à m’interroger sur les raisons qui me font me rappeler certaines choses parfois sans importance à défaut d’autres qui le sont souvent plus. Mais, dans le fond, peut-être ne suis-je pas le seul à me poser ce genre de question ?!… Ecrire un bilan de six années de vagabondage constitue une croisière en soi, une étrave qui fendrait les flots de ma mémoire et séparerait ainsi ce qui m’a laissé les traces les plus profondes tout en laissant de côté ce qui m’a moins marqué.

La suite sera donc écrite comme au fil de l’eau, au fil de mes pensées…

Six années donc que nous avons, ma femme et moi, pris la décision de louer notre maison et de partir à la découverte du monde. Pour avoir navigué un nombre important de milles durant mes vacances alors que j’étais encore actif, je partageais l’idée d’Eric Orsenna qui écrivait : « la navigation est science du détour, fille de l’humilité et de l’obstination. On ne va pas contre plus fort que soi. Sans pour cela abandonner, jamais, le but ultime du voyage. » Chaque année, nous nous aventurions plus loin, construisant ainsi pas à pas notre sens marin. Chaque retour était comme une frustration, l’obligation de rentrer travailler étant incontournable ! Mais le rêve était là, bien implanté dans nos esprits. Chaque retour ancrait notre détermination d’enfin, un jour… Et ce jour-là est arrivé. Nous sommes partis, laissant derrière nous parents, enfants et petits-enfants. Les enfants n’en étaient plus et les petits-enfants auraient bien le temps de nous connaître aux escales selon la disponibilité de chacun. Internet et les progrès de la communication allaient nous permettre de garder une part de nous-même dans le coeur de ceux qui accepteraient de nous y conserver une place. 

Partir n’est pas facile et ce ne sont pas les dangers de la navigation qui constituent la plus grande difficulté. Maintenir une bonne relation avec l’entourage exige un engagement où la disponibilité des uns comme des autres prend énormément de place. Pour certains, loin des yeux loin du coeur et pas de nouvelles, bonnes nouvelles, s’inscrit dans le quotidien. Pour d’autres, il ne se passe pas une semaine sans avoir plusieurs rencontres qu’elles soient téléphoniques ou par courriel. Chacun fait selon ses besoins et sa disponibilité. La vie trépidante qui s’impose à tous les actifs et l’éloignement qui implique lenteurs, voire difficultés de communication font partie du jeu et règlent sans pitié la fréquence des échanges de nouvelles. Force nous est de nous y adapter.

L’aventure que représente la décision du départ est bien réelle. Elle nous attend à chaque atterrissage sous forme de démarches administratives assez contraignantes qui nécessitent de bonnes connaissances linguistiques. Fort heureusement, pour ma femme, l’anglais, le néerlandais et maintenant l’espagnol n’ont plus de secrets. Elle gère cela avec compétence et détermination, m’épargnant ainsi le stress de la communication qui, souvent éloigne les francophones d’endroits merveilleux mais dont la connaissance de l’anglais pour y accéder est presque indispensable. C’est une des raisons pour lesquelles ont a rencontré peu de Français aux Etats-Unis !

Six années c’est long et cependant fort court en rapport avec ce qu’en fait notre mémoire. Je m’aperçois qu’elle sélectionne, trie, classe, oublie, ancre, les souvenirs selon des critères individuellement différents. Je n’ai même pas besoin d’interroger ma femme pour savoir si nos souvenirs sont partagés de la même façon. Je sais que nos émotions sont différentes. Elles sont souvent le support de notre mémoire et de la mienne plus que celle de ma femme. Si nous devions dresser une liste limitée à dix souvenirs. Combien en aurions-nous en commun ? La seule façon de le savoir est de nous prêter au jeu, ce que nous avons fait ! Le résultat confirme mon pronostic : seulement trois souvenirs en commun ! 

 

Le premier est la traversée de New York et notre passage à l’ombre de la « Liberty Lady » avec notre fille Manon à bord. 

Le deuxième, la plage de Culebrita (Iles vierges espagnoles), où nous étions seuls avec nos « poussins » Manon et François, qui nous avaient rejoints, en train de nous demander si nous ne nous étions pas égarés au paradis. Pas une âme à l’exception de nous quatre ! Le soleil donnait comme dans la chanson de Voulzy. Je ne sais si c’était un air intelligent mais ce dont je suis certain, c’est que l’eau cristalline dans laquelle nous nous baignâmes, la finesse et la propreté du sable rose, les cocotiers et cet Alizé si doux qui nous a séché ont tatoué nos mémoires pour le reste de nos existences. 

Le troisième, nos deux séjours prolongés à Bonaire où nous avons plongé tout les jours pendant deux mois, découvrant chaque jour de nouveaux coraux, éponges et autres habitants de ce magnifique récif. Bonaire, the diver’s Paradise , un nom pas du tout usurpé. Un monde protégé, un monde préservé qui ne sera détrôné plus tard c’est-à-dire juste avant notre retour en Europe, que par Grand Cayman et Cayman Brac, deux îles auxquelles nous délivrons sans problème une étoile de plus !

En ce qui me concerne, je citerai les tortues de Mosquises où nous avons partagé la vie au quotidien de vénézuéliens chargés de réimplanter des tortues en les protégeant en bassins depuis la ponte, jusqu’à la remise en liberté. Celle-ci se faisait sous parrainage (payant) de touristes venant régulièrement visiter la ferme. Une fois les touristes repartis, nous aidions au déparasitage des bébés tortues grandissant en bassin à l’abri des prédateurs. Si je n’en ai pas nettoyé cent, je n’en ai nettoyé aucune ! Un très, très grand et inoubliable moment malheureusement terni par la nouvelle de sa fermeture faute de subsides et suite à l’instabilité politique actuelle ! Encore une belle initiative qui est partie en fumée suite à la folie des hommes…

Il y eu aussi, à mes yeux, la plus belle partie de notre voyage : la remontée de la côte Est américaine et la traversée vers le Canada. La plus rapide de nos traversées poussés comme nous le fûmes par les 6 noeuds du Gulstream. La Nouvelle Ecosse et le Bras d’Or Lake. Les îles de La Madeleine, Saint Pierre & Miquelon, Terre-Neuve ! Ses villages fantômes oubliés des hommes suite à la surpêche de la morue… Et  cette solitude, et ce silence seulement interrompu par le cri d’un aigle picargue. Impressionnant !

Viéquès (îles vierges espagnoles), la plus grande, celle où l’on a pu découvrir, en famille Mosquito Bay et sa bioluminescence. Ce souvenir reste attaché à l’image de la traînée de poudre de la fée Clochette ! De l’émotion, vous disais-je, toujours de l’émotion…

Peut-être me la suis-je rappelé parce que j’écris un papier pour l’Amicale des Anciens de Jonfosse, la visite de la première école créée aux Etats-Unis, à Ste Augustine et transformée en musée. C’est aussi à St Augustine que fut emprisonné Géronimo rappelant douloureusement le génocide américain !

Des musées, puisqu’on en parle, nous en avons visité beaucoup. Les plus beaux à New York. On y appréciait, en plus de leur richesse, le calme contrastant avec le bruit de la turbulente city où personne ne marche, les déplacements se faisant le plus souvent en courant à croire que tous les habitants sont perpétuellement en retard !

A Washington, tous les musées sont gratuits. Ils sont donc à ce titre doublement inoubliables !

 

Avant de passer aux projets, je conclurai le bilan de ces six années en retenant qu’elles nous ont permis de nous découvrir d’abord marins en traversant d’abord l’Atlantique sans penser que 24 jours étaient trop longs. En reliant le Canada  et terre-Neuve. En traversant à plusieurs reprises la Mer Caraïbe d’Est en Ouest et de Nord au Sud… Ensuite, elles nous ont conforté dans notre choix de voyage au long cours. Ce voyage a encore consolidé notre couple, la maturité remplaçant progressivement la fougue de la jeunesse. 

Notre fortune de mer à Annapolis dont certains se souviendront nous a rendus plus forts car elle nous a mis devant le défi de reconstruire notre voilier malgré le refus d’intervention de notre assurance. Refus qui a été contesté, plaidé et gagné au tribunal d’A’dam (2 ans de bagarre juridique). Les dernières plaies de l’accident (dégâts sur la coque) sont en train d’être réparées dans un chantier de peinture au Rio Dulce. Il ne restera, à notre retour, qu’à installer les panneaux solaires, remettre l’inverseur de notre moteur en place, renouveler la garde-robe (tois nouvelles voiles) et quitter définitivement l’abri du Rio Dulce pour prendre la direction de Panama. Cette année sera l’année du passage de la ligne ! Notre rêve reprend force et vigueur. Nous  nous informons pour élaborer un plan de navigation qui, certainement, sera encore amendé en fonction des circonstances mais en gros, nous espérons pouvoir une fois Panama traversé, naviguer vers le Sud jusqu’en Equateur d’où nous visiterons le Pérou. Ensuite, nous envisageons de traverser vers l’îlee de Pâques, Pitcairn, Les îles Gambier et remonter ensuite vers les Marquises. De là, nous nous laisserons porter par l’alizé et les courants vers Tahiti, Bora-Bora,…. Mais tout cela sera une autre histoire !… (à suivre)

 

 

11:20 Écrit par Otter2 dans Articles publiés | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/06/2017

2017-2018

Rio Dulce-Cayo Norte (chinchoro bank Mexique) - Grand Cayman - Jamaïque (Montego Bay & Port Antonio) - 

Cayman Brac- Rio Dulce - retour en Belgique (14/6 au    ) -

Démâtage à Cayo Quemado

Chronique de Cayo Quemado en différé car là-bas, internet connais pas (ou presque)

L'endroit est paradisiaque. Les Américains l'ont "colonisé" au point de même lui donner un autre nom : "Texan bay" ! Je m'en offusque mais suis bien le seul...
Nous sommes ici car notre mât devait être déposé pour travaux impossibles à réaliser avec le mât en place. Il s'agit de palier un problème de fragilisation de l'inox en l'absence d'oxygène et confronté à la longue, à d'inévitables entrées d'eau salée. Les cadènes (chain plate en anglais) deviennent cassantes et sont responsables de bien des démâtages sur des navires anciens. Aussi, la prudence étant, nous nous sommes décidés. Et c'est parti : le mât a été déposé à la façon guatémaltèque c'est-à-dire de manière certes rudimentaire (pas de grue !) mais combien astucieuse. J'en profite pour vérifier et remplacer s'il le faut les connexions électriques pendant que notre gréeur s'occupe de déplacer un réa de tête de mât qui nous pose problème depuis des années sans avoir encore pu trouver de solution. Lui, il a vu et compris le problème et a fait ce que j'ai demandé sans faire d'histoires (En Europe ou en Amérique, tout problème est trop rapidement transformé en possibilité de faire de l'argent avec des solutions relevant du "vite fait, mal fait").
Bref, ça n'arrête pas de bosser... par une température que l'échelle Celsius a bien du mal à mesurer et encore moins l'impression ressentie. Pas un souffle de vent. Pas un nuage. Le soleil donne comme le chante si bien Voulzy. Je ne sais s'il me rend intelligent. Je pense que, moins poétiquement, il m'abrutit. Je sue sang et eau comme on dit et je bois des litres d'eau que je rafraîchis au frigo. Je gère l'eau fraîche comme si ma vie en dépendait. La fin de journée s'adapte au coucher du soleil. Quelques heures de bien-être nous sont accordées. On prend une douche que l'on voudrait plus fraîche mais c'est bon quand même de se sentir propre. On s'organise alors pour la soirée. Ici, pas de télévision, pas d'internet... On met l'accent sur le repas du soir. Aujourd'hui, petite salade vinaigrette et fromages (les bons sont rares mais Marjo les trouve). On se fait une petite tente dans le cockpit. Nos lampes solaires sont allumées et, j'ai un peu honte de l'avouer, j´ai lancé le groupe électrogène pour refaire une santé à nos batteries qui, sans l'éolienne (on vient seulement de la remettre en place sur le portique) peinent à maintenir la charge et - j'y arrive - je nous suis placé un p... de super ventilateur qui est en train de nous rassurer que la vie est quand même belle dans le rio Dulce. Je m'en vais terminer cette petite chronique en même temps que faire un sort à cette bouteille de vin que Marjo a sortie pour fêter le remplacement de ces vieilles cadènes (Il paraît qu'à un certain âge, elles cassent comme du verre !). Les nôtres semblent toujours en parfait état mais bon, ce qui compte, c'est que leur remplacement va renforcer la confiance que nous avions déjà dans notre vieux copain de vagabondage. Le gréeur a annoncé quatre jours de travail. Ce sera quatre jours. Un vrai pro ce Tom Gensemer.
Branle-bas de combat ! Voilà que la pluie qui rafraîchit d'atmosphère se met à tomber. Tous les hublots et autres capots ouverts. On se précipite pour tout fermer et moi, ne m'avouant pas vaincu, je reviens dans le cockpit de notre voilier nu de son manque de mât. Il tonne. On compte pour savoir si on reste... La magnifique musique de notre gréeur (Katy Melua) apaise les nombreux roulements de tonnerre de l'orage qui gronde. Mais la musique nous envahit. La nuit est noire, très noire. Seuls les éclairs illuminent le mouillage. Moi, je me sens, bien assumant avec bonheur mes 67 printemps...et regrettant de ne pouvoir remercier pour tous les happy birthdays reçus.
Je reprends le clavier... Après une douche d'eau de pluie enfin fraîche prise dans le cockpit, je suis rentré. Il éclaire et tonne à tout va. Je ne savais pas qu'un jour je serais si heureux de n'avoir pas de mât. L'orage a encore tué deux fils il y a deux semaines. Il ne faut pas rigoler avec cela ici. T'as l'impression que si ton heure est arrivée, t'as beau te mettre à l'abri... Et ça éclaire et ça tonne ! Inutile de compter. L'orage est sur nos têtes. Je vais me coucher sans me sécher, d'ailleurs c'est fait. La chaleur a fait son travail... Ah...p... ça craque fort ! Je n'ai pas vite la trouille mais là, c'est du grand Guatemala ! L'eau ruisselle à l'intérieur par les sorties de cadènes malgré l'étanchéité provisoire prévue pour la nuit par le gréeur...
L'orage s'éloigne. Je crois que j'ai écrit pour me rassurer... Demain est un autre jour.