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05/04/2017

Les lunettes de Marjo

 

Cayman Brac, le 4 avril 2017

 

Hier, après nous être restaurés, nous avons pris la direction du musée de l’île. S’il y en a un, il reçoit systématiquement notre visite. Bien que l’île soit petite, un kilomètre reste un kilomètre et, s’il y a quelque chose qu’un marin perd vite, c’est le désir, voire la faculté de parcourir de longues distances à pied (J’écris cela parce que ça m’arrange car Marjo continue, elle, à apprécier la marche). Il ne reste donc que le taxi, la location de voiture (30 US$ la journée, ce qui n’est pas le Pérou !) mais bon, ça fait quand même cher le musée même si celui-ci est gratuit ! Renseignements pris, on nous dit qu’ici, il n’y a qu’à solliciter les rares automobilistes qui fréquentent l’île pour être gentiment pris en charge. Il n’y a pas de bus public. C’est donc pouce en l’air que nous nous sommes placés au bord de la route, au bon cœur des conducteurs dont nous n’avons pas pu compter le nombre supérieur à dix avant que l’un d’eux ne s’arrête. Il n’y a que quelques jours que nous sommes arrivés et déjà, le bouche à oreille des insulaires a fait de nous l’événement ! Remarquons que nous sommes le seul voilier de passage en ce moment. J’ai l’impression que les gens qui nous dépassent en voitures se téléphonent en se disant qu’ils viennent de croiser les navigateurs Belges qui font leurs courses, qui sont au restaurant, qui font du stop ! Bref, tous nos faits et gestes semblent, comme par enchantement, connus de tous ! C’est un peu comme si on avait appelé un taxi ! Pouce aussitôt levé, aussitôt chargés. C’est la magie de Cayman Brac…

Bref, nos visite et courses terminées, nous rejoignons notre dinghy pour rallier notre bord. Amarre larguée, je m’éloigne de la jetée au ralenti puis accélère pour mettre l’annexe au planning. Le vent additionné au vent de vitesse surprend Marjo qui sent son chapeau s’envoler et, en essayant par réflexe de le rattraper au vol, sans qu’on sache vraiment ce qu’il s’est passé, Marjo s’écrie : « mes lunettes ! ». Aussitôt, je coupe les gaz et, pendant que Marjo cherche dans le dinghy au cas où ses lunettes y seraient atterries, en bon marin ( !), je prends immédiatement deux alignements sur la côte pour mémoriser l’endroit précis où les lunettes sont tombées à l’eau. Il est 17 heures. Il nous reste une heure et demie avant le coucher du soleil. Il nous faut au moins tenter de les retrouver ! Une nouvelle monture avec des verres progressifs, nous pensons avec effroi avoir, comme on dit, fait notre journée. Non seulement, financièrement mais surtout qu’ici, au bout du monde, une paire de lunettes correctrices ne se trouve pas dans un coquillage ! Ni une, ni deux, nous retournons au bateau, y embarquons la bouteille de plongée de réserve et revenons sur place,. Marjo tourne au-dessus de moi qui plonge à une dizaine de mètres de profondeur à la recherche des lunettes envolées. Systématiquement, je palme en décrivant des allers-retours recoupant le trajet supposé du dinghy. Après trois quarts d’heures de recherche, le soleil descendant sur l’horizon, force nous est de constater l’échec de nos recherches. De plus, c’est la troisième fois que je plonge et, malgré le fait que les profondeurs atteintes ne sont pas énormes, cela me fait trois plongées successives sur la journée et, à mon âge… Pas de panique quand même, mon ordinateur de plongée me rassurant quant à la non obligation d’effectuer l’un ou l’autre pallier supplémentaire.

Le lendemain matin, nous repartons plonger. Ici, pas question de manquer une seule plongée car les sites visités depuis notre arrivée peuvent être vraiment qualifiés d’exceptionnels.

Mais nous n’avons pas oublié l’échec de la veille et décidons de revenir tenter notre chance pour retrouver les lunettes avec le reste d’air de nos bouteilles. Nous voilà donc de retour avec un mouillage complet, l’immergeons et, suivant les conseils de notre fils François contacté le matin par téléphone, nous décrivons des demi-cercles à partir de la position relevée la veille. Cette fois ce n’est plus du loisir, c’est du travail. Marjo et moi nous croisons à plusieurs reprises, bredouilles. C’est alors que, arrivé au bout d’un de ces demi-cercles, je fais demi-tour et vois arriver sur moi dans un nuage de bulles d’enthousiasme, Marjo brandissant ses lunettes, les bras levés en signe de victoire ! La persévérance a une fois de plus eu raison de l’adversité. Merci quand même à notre amie Dominique qui nous a dit avoir été mettre un cierge à St Antoine afin qu’il nous aide dans nos recherches ! Et ce soir, c’est sur cette bonne nouvelle que nous avons bu un bon rhum jamaïcain à la victoire des lunettes retrouvées... La vie est toujours belle à bord de l’Otter II…

26/03/2017

Déambulation à Port Antonio


Hier, on est parti en courses dans la cité. Dépaysement garanti ! Marjo me dit : "On fait comme si on connait". On ne passe pas inaperçus (pour rappel, on est blancs ;-) alors, le non verbal est comme un signal qui peut signifier : "besoin de rien, merci" ou "P...t'as une idée d'où se trouve le marché ?" Donc, non verbal évident pour ne pas être abordés, nous pressons le pas, nos regards cherchant le moindre indice, l'air de ne pas y toucher. Aucune indication ne venant à notre aide, Marjo sent peut-être un fluide d'affabilité émanant d'une impressionnante noire toute de bleu vêtue qui déambule devant nous. Elle l'interpelle gentiment en s'excusant et se présentant. Ici toutes les rencontres commencent ainsi : "Hi, my name is..."etc. La dame nous jauge d'un regard profond mais très amical, dit de la suivre et elle nous précède vers le marché où elle se positionne comme une ambassadrice des deux étrangers qui font leurs emplettes. De quoi avez-vous besoin ? Des citrons ? Suivez-moi, etc. Elle connaît tout le monde mais nous remarquons que les gens la regardent avec beaucoup de respect. Nos courses terminées nous prenons congé en la remerciant pour son aide. Elle me regarde avec un sourire entendu lorsque je lui dis mon étonnement de constater combien une si belle complicité peut naître spontanément entre deux femmes. Poursuivant nos recherches (on doit trouver du papier spécial pour refaire les joints du carburateur de notre groupe électrogène), nous cherchons d'indication en indication. Chemin faisant, nous remarquons que, depuis notre arrivée en ville, nous n'avons croisé aucun blanc ! Quand j'écrivais, dépaysement garanti... M'interrogeant avec Marjo à propos de la chance que nous avions eue de faire la connaissance de cette ambassadrice improvisée, je me rappelai que ce n'est pas le marché que Marjo lui a déclaré chercher au début de la conversation mais bien quand et où on pouvait assister à un office religieux (il paraît que cela fait partie des curiosités de l'île). Marjo confirme alors mes soupçons basés sur les quelques parties de phrases que j'ai comprises durant la rencontre dans cet anglais aux accents exotiques qui ne manque pas de me désarçonner. La dame en question était priestess !

23/02/2017

Jeudi 23 février 2017 :

Demain est un autre jour…

 

Hier, mercredi 22 février 2017, nous sommes amarrés sur bouée devant Geogetown aux îles Cayman. Le petit patrouilleur du responsable du port nous annonce un coup de vent de NW. On l’avait vu se préparer sur Zygrib et Weather forecast mais en avions minimiser les conséquences. Le vent n’était pas prévu plus fort que 5 Beaufort mais bon, si les locaux bougent, c’est qu’ils connaissent les conditions locales qu’une telle météo amène. On plie bagages, déçus car on avait prévu une belle plongée et, forts de la lecture des instructions nautiques, filons vers le S où Sand Cay dans le South Sound, est annoncé pouvoir nous abriter. Nous cherchons des bouées orange et en trouvons deux tout à l’entrée qui semblent répondre aux critères des instructions nautiques. Nous nous amarrons sur l’une d’entre elles. L’après-midi voit une grande quantité de bateaux de plongée venir nous rejoindre et cela fait vite du monde ! C’est alors que trois plongeurs viennent nous annoncer que les bouées que nous croyions nous être destinées sont des bouées privées leur appartenant. Le vent est déjà monté et la houle commence à entrer dans le mouillage. Marjo tente bien de négocier prétextant des problèmes de barre mais les plongeurs ne veulent rien entendre. Un sous-marin est en route pour venir s’amarrer sur le corps-mort que, sans le vouloir vraiment, nous squattons ! M’imaginant que nous n’avons guère d’alternative, je m’énerve et lance au plongeur en anglais : « Sorry, I can lost my boat for your beautifull eyes !  We must to find a solution ! ». Mal m’en a pris – comme quoi, l’agressivité est rarement payante… Le plongeur choisit de s’adresser à Marjo pour lui demander de me calmer ! Marjo m’excuse en relevant ma difficulté de m’exprimer en anglais et le caractère angoissant de la situation car celle-ci est claire : si nous quittons la bouée, nous n’avons d’autre alternative que celle d’aller passer la nuit au large ! Bref, elle gagne quelques heures au cours desquelles elle téléphone à la capitainerie de Georgetown pour expliquer la situation et demander confirmation de l’état privatif de la bouée sur laquelle nous avons frappé nos amarres. Très gentiment, le Capitaine nous informe qu’il y a bien une bouée jaune à l’entrée du Sand Cay qui pourrait nous dépanner mais il ne peut pas nous accorder l’autorisation de nous y amarrer. Entre-temps, les plongeurs sont revenus aux nouvelles et nous annoncent l’heure d’arrivée du sous-marin. Ils vérifient avec bouteille l’état du corps-mort sous l’eau et nous demandent de l’aide, le temps pour moi de faire la paix en leur prêtant le marteau dont ils avaient besoin. Ils nous proposent ensuite de nous aider à nous amarrer sur la fameuse bouée jaune qui est une sorte de tonne[1] réservée aux professionnels.

Les amarres à peine larguées, un grain d’une violence inouïe (l’anémo grimpera à 49 nœuds !) nous tombe dessus et c’est dans ces conditions que nous partons à l’assaut de la bouée jaune, Marjo à la barre et moi, aveuglé par une pluie diluvienne, en train de jouer au cowboy en transformant les aussières en lasso improvisé ! Pas facile de frapper une amarre sur une telle bouée alors que la houle est maintenant bien rentrée dans le mouillage, l’avant de l’Otter tossant magnifiquement devant la cible (la croix surmontant la tonne). Au rythme de la houle, cette tonne s’éloigne et se rapproche du beaupré sur lequel je suis perché ne me laissant vraiment qu’une fraction de seconde pour y frapper cette p… d’amarre. Là, je sens que vous réalisez que je suis encore très énervé !... Ni une ni deux, je dis à Marjo que j’y vais à la nage car je ne nous vois pas passer la nuit assurés par une seule aussière qui ne manquera pas d’être rapidement cisaillée avec les conséquences que l’on imagine aisément. C’est ainsi que j’ajouterai deux grosses amarres à la première dont une partie de chaîne me garantissant une sécurité certaine pour la nuit. A peine (presque) dûment amarrés car la manière avec laquelle les aussières garnissent l’énorme taquet est loin d’être académique, les professionnels propriétaires de la tonne arrivent à bord d’un remorqueur et, se confondant en gentillesses, acceptent que nous restions amarrés sur leur bouée, nous rassurent quant à sa bonne tenue et nous souhaitent une bonne nuit !

 

Moralité :       1) Toujours annoncer nos intentions aux locaux sans penser que nous les dérangeons en leur demandant leur avis. Les instructions nautiques sont parfois erronées.

2) Ne pas faire confiance à la cartographie qui contenait des erreurs de profondeur qui auraient pu être dramatiques.

3) Même pour une courte navigation (nous avions 5 milles nautiques à naviguer au moteur), préparer le bateau comme pour une grande traversée (nous avions laissé nos bouteilles et notre sac de plongée sur le pont certes bien arrimés mais bon, cela était dans le chemin).

4) Ceci uniquement pour moi : rester calme ! Perfectionner mon anglais !

5) Enfin, l’unique solution pour aller s’abriter était de rallier Sand Creek dans le North Sound.

 

NB : Ce jeudi 23 février fin de matinée, la VHF nous apprend que le port de Georgetown est fermé ce qui confirme qu’ici, on ne plaisante pas avec un coup de vent d’ouest. A bon entendeur…

 

(à suivre)

 

 

[1] Grosse bouée au sommet de laquelle se trouve un taquet (pièce métallique en forme de croix destinée à recevoir les grosses amarres des bateaux professionnels)