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02/04/2020

Atterrissage en Nouvelle Zélande...

Après une nuit de rosée qui a déposé sa fraîche humidité sur tout le bateau au-dessus comme au-dessous de la toile de protection du cockpit, j’ai entraperçu Manawatawhi, petite île aux avant-poste de la Nouvelle Zélande, notre destination. Et là, après huit jours de vie commune avec l’océan, les yeux larmoyants de bonheur, mes pensées se bousculent, se télescopent dans mon cerveau secoué par l’émotion. Depuis hier, le vent nous a abandonné. La peau de l’océan est tout juste ridée un peu comme la peau d’une jolie femme prenant de l’âge. L’océan respire. De très longues ondes à peine visibles viennent à la rencontre de notre étrave que celle-ci incise comme le scalpel d’un chirurgien. Son haleine condensée par le froid du matin se dépose sur l’horizon comme une couette immaculée. Le ciel est illuminé derrière sa couverture nuageuse qui le protège encore un peu des brûlures du soleil qui s’attaque à ses couches supérieures pour dissiper la rosée matinale. Celle-ci s’accroche  désespérément à tout ce qu’elle trouve pour se retenir se déposant comme une multitudes de perles sur toutes les parties,métalliques du bord. La lumière est fantastique. Matawatawhi ne veut pas encore se réveiller. Elle a retiré sur elle la blancheur de sa couette dans laquelle elle s’est noyée, prolongeant avec volupté sa sérénité nocturne.  Une grasse matinée, pourquoi pas ? Semble-t’elle dire. Et elle a disparu, enveloppée dans son brouillard. Encore un peu implore-t’elle. Encore un peu ... Et moi, je reste là, muet de reconnaissance, à contempler l’océan avec le regard attendri de l’amant admirant au petit matin la peau nue de son amoureuse encore endormie. Perdu dans mes pensées, je réalise combien l’océan m’a apprivoisé, durant toutes ces années qui ont été comme des fiançailles, en me faisant accepter ses sautes d’humeur, ses langueurs, ses caprices, ses colères. Aujourd’hui il est teinté de gris. Hier il était bleu. De ce bleu intense qui a ma préférence dans le spectre de l’arc-en-ciel. Emeraude, il surprend. Comme une femme élégante, il choisit ses couleurs en fonction de l’humeur du jour. Je l’ai déjà vu rubis au coucher du soleil. Dans le fond, c’est le soleil qui est son esthéticien attitré le maquillant et le remaquillant selon son inspiration. Ce matin est comme une déclaration d’amour réciproque de vieux mariés reconnaissant les bons moments vécus ensemble et oubliant tous les autres. Ce matin, au sommet de ma béatitude, j’en ai oublié, pour un moment pur comme un diamant, mes préoccupations familiales.

Sortie de léthargie... deux traversées passées sous silence ( des Fidji à la Nlle Calédonie et de là en Nlle Zélande.

Chronique de confinés en Nouvelle Zélande…

 

Alors que nous ne pouvions pas prévoir la pandémie qui nous attendait à notre retour en Nouvelle Zélande, une fois sur place, nous nous sommes occupés avec une remarquable efficacité à nous acheter un minivan destiné à nous abriter durant un roadtrip que nous avions prévu pour deux gros mois  de découvertes de ce magnifique pays. Une semaine plus tard, nous étions prêts à appareiller. Ok, c’est un terme de marine mais bon, c’était quand même un peu ça ! Nous nous sommes donc mis en route. Direction l’île du sud. Au moment où nous démarrons, on ne parle pas encore de confinement et nous nous disons, naïvement, que la Nouvelle Zélande sera peut-être épargnée. Et nous voilà en route. Notre minivan est un econovan de marque Ford (année 2005-157000 km). Nous l’avons fait expertiser et avons changé un pneu afin de partir avec un train de pneus homogène et presque neuf. On l’a doté de deux coffres de toit supplémentaires afin de ne pas trop amputer l.espace de rangement à l’intérieur.

 Nuit après nuit, nous redécouvrons la joie du camping qui, en Nouvelle Zélande, est particulièrement bien organisé. Nous ne sommes pas les seuls à crapahuter ainsi un peu partout. Des backpakers (c’est le nom que l’on nous donne ici) sillonnent les routes en mobilhomes, en minivan comme nous mais aussi à vélo,  en breack dont l’habitacle arrière a été transformé en lit ou plus simplement encore, à pied. Tout ce petit monde circule, réserve son arrêt par internet et s’en vient à ce rendez-vous dès l’amorce de la fin du jour. On choisit son emplacement, on découvre les installations sanitaires et on s’installe. On côtoie des jeunes de toutes nationalités mais aussi des seniors suréquipés qui font notre admiration. Les australiens sont les champions. De vrais camions 4 x 4 transformés en véritable maisons tout confort et manifestement prévus pour des expéditions bien plus exigeantes que la découverte de la NZ, quoique… pour n’en avoir encore aperçu qu’une petite partie, gageons que ces pros du « roadtrip » visitent des endroits inaccessibles pour nous. Nous verrons bien plus tard si ces supputations sont avérées ou non.

Urettiti Beach Campsite, Holiday park à Hamilton, Lowerhutt près de Wellington avant d’embarquer sur le ferry. Trois nuits pour nous habituer à notre roulotte (c’est en définitive le nom que nous lui garderons). Trois nuits pour nous réjouir et rêver de ce qui nous attend sur l’île du sud. 

A ce moment, nous prenons de plus en plus conscience que le covid-19 voyage si pas plus vite que nous, aussi vite et c’est la raison pour laquelle nous faisons l’impasse sur le célèbre musée de Wellington que nous réservons pour notre retour. Eviter la promiscuité, se laver les mains, désinfecter tout ce que nous touchons. Le « lockdown » n’est pas encore installé mais nous nous l’imposons déjà. Nous sommes comme des manouches. On ne nous la fait pas. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. C’est ce que je nous répète souvent depuis notre départ de La Roche-Bernard.

 

A croire que notre escapade démarre sous le signe « ils ne passeront pas », le ferry s’y reprendra à trois reprises pour accoster, des vents catabatiques violents forçant le capitaine à renoncer et demander assistance. On sous-estime souvent ces vents qui s’apparentent aux célèbre williwaws sévissant dans les canaux de Patagonie et bien ici, à Picton, nous en avons eu un échantillon !

 

En route vers la capitale de la moule : Havelock où Marjo, toujours curieuse de cuisiner de nouveaux produits, en achète rapidement (on commence à nous regarder de travers) et, en route pour  Cable Bay, petite bourgade sympathique ayant acquis une certaine célébrité le 5 février 1876, date à laquelle la Nouvelle Zélande fut reliée à l’Australie par un câble sous-marin. De là son nom de Cable Bay qui a remplacé l’ancien lieu-dit  Schrouders Mistake.

 

C’est le lendemain de notre arrivée que, partis pour une longue ballade à pied, nous rencontrons un panneau d’information touristique qui attire toute notre attention. Deux jours auparavant, un directeur de campingsite nous avait prêté deux recueils de documents à propos de l’histoire de la Nouvelle Zélande et, le parcourant, je m’étais étonné de la date trouvée sur des photographies vieillottes décrivant l’état des premières routes gagnées sur le « bush » : 1890 ! Un rapide calcul confirme donc qu’il n’a fallu que 130 ans pour transformer « l’île du grand nuage blanc » comme les premiers découvreurs l’appelèrent, en la Nouvelle Zélande moderne et incroyablement développée que nous découvrons aujourd’hui. Moi qui n’ai jamais été féru d’histoire, force m’est de constater que celle de ce pays m’interpelle ! Il n’a donc fallut que trois ou quatre générations pour passer de l’époque pionnière à l’époque moderne… Et Cable Bay d’ajouter un nouvel étonnement à ma structuration temporelle. 

40 ans de ma vie pour transformer une ferme vétuste et insalubre en la jolie maison de famille qui vit grandir mes enfants et seulement trois fois plus pour construire la Nouvelle Zélande ! Je suis sidéré. D’autant que lorsque l’on parcoure son territoire, c’est comme un dessert à chaque tournant (et il y en a beaucoup !). Les paysages sont à couper le souffle et tellement variés tant le relief donne l’impression de montagnes russes qu’il faut escalader ou contourner. Quel travail d’avoir gagné sur une nature tellement présente en forêts, bushs, vallées fertiles, cols et creux et y avoir construit ces routes si agréables à parcourir !…

Mais revenons à notre découverte de Cable Bay. C’était le 5 février 1876 c’est-à-dire à peine trois lustres. Deux navires l’Hibernia et l’Edimburgh, engagés pour poser un câble de télécommunication entre l’Australie et la Nouvelle Zélande par l’Eastern Extension Cable Company, arrive en vue de la plage de Cable Bay sur laquelle déferle des rouleaux de vagues transformant le fond de la baie en un joli croissant d’écume blanche telle que celle, inchangée depuis lors, que nous observons aujourd’hui. La différence ? C’est que ces deux câbliers sont alors entourés d’une douzaine d’embarcations aux fins de prendre possession du précieux câble. Si ce n’est les rouleaux qui sont habituels et fort heureusement, le temps est particulièrement clément. Il a d’ailleurs bien profité aux deux bâtiments pour une traversée de la mer de Tasmanie qui s’effectua à la vitesse de 6 nœuds et demi en ce compris les arrêts dûs aux raccordements successifs des éléments du câble. Un record ! Onze jours après avoir quitté l’Australie, les câbliers arrivaient à destination créant ainsi l’évènement relaté à l’époque dans les colonnes du journal. Celui-ci y décrivit l’effervescence qui présida à la récupération du câble et à son difficile transport depuis les câbliers jusqu’à un bâtiment imposant construit pour l’occasion et dans lequel électriciens et experts se mirent à l’ouvrage pour établir la jonction. Il faut préciser qu’à l’époque, les communications se faisaient par l’intermédiaire d’un galvanomètre (miror galvanometer) ce qui signifie que les mots composant les messages étaient transmis par éclats lumineux et nécessitaient deux opérateurs : un lecteur et un transmetteur (dictation). Ce n’est que plus tard qu’un dispositif d’enregistrement fut couplé au système. 

 

Dire que l’arrivée de ce câble fut une aubaine pour la région est un moindre mot car un grand nombre de personnes dont dépendait le bon fonctionnement de cette nouvelle liaison y construisirent des maisons et même fondèrent une école pour opérateurs câbliers qui forma du personnel dont les compétences furent accueillies partout jusqu’à Singapour. En juin 1914, cette petite communauté fut victime d’un grave incendie qui détruisit tout le village.  L’île du N n’attendait que cela pour prendre le relais.

 

Quand j’entends ma femme et ma fille papoter pendant des heures au téléphone, nous ici à l’autre bout du monde et ma fille en Belgique, je suis sidéré des progrès des communications ainsi accomplis. 12 heures de décalage horaire n’y font rien. Quand on téléphone le matin, c’est le soir en Belgique ! Ma petite-fille Ava qui grandit à Arlon sous haute protection maternelle,  nous entend au téléphone. On se voit quand l’envie nous prend de brancher les caméras. On se voit plus souvent presque que si nous étions en Belgique. Certes ces rencontres sont virtuelles mais quel progrès ! On n’aurait même pas oser en rêver en 2011 au début de notre voyage ! La fibre optique a du bon. Notons que à l’époque du câble, alors qu’il fallait six mois pour joindre l’Angleterre par courrier, un télégramme ne prenait que quatre jours !...

 

Laissant Cable Bay dans notre sillage (oui, le vocabulaire marin me manque alors je me fais un peu plaisir) nous embouquons la route vers la très jolie ville de Nelson mais là, les masques commencent à apparaître dans les rues. Ma femme ne veut plus que je l’accompagne pour les courses car elle craint pour ma santé et, de toutes façons, je ne lui suis d’aucune aide si ce n’est pour porter les courses. Les cas de contamination passent de 3 à 20 en Nouvelle Zélande…

 

16 mars, le gouvernement impose un confinement à toute personne entrant en NZ

 

20 mars, fermeture des frontières exceptés pour ressortissant et résidents.

 

21 mars : 52 cas…. Je vous passe l’évolution chiffrée qui glace le sang !

 

.../...

 

Immigrés en NZ, nous nous faisons les plus discrets possible. Peu de sorties et seulement au coucher du soleil quand il n’y a plus que nous qui nous y intéressons. Il n’y a plus de touristes. Il n’y a plus que les débrouillards comme nous qui squattons un petit pavillon proche de la côte. On y accède en quelques minutes à pied. Marjo a réussi à le louer tout juste avant le lockout et a même poussé le bouchon jusqu’à le négocier. Elle est incroyablement efficace ! 

Nous voilà donc confinés mais un peu comme chez nous. Un bon lit, une cuisine bien équipée, de l’eau chaude, une bonne connexion internet,… on n’a vraiment pas à se plaindre. 

Une semaine que nous sommes ici et nous nous organisons. Comme tout le monde, nous faisons des choses que nous remettions à plus tard avant le covid notamment une grande réorganisation de nos données numériques. Moi, je fais des mots croisés pour entretenir mon vocabulaire (Moi qui aime tant la langue française, je me suis aperçu que je n’arrivais parfois pas à trouver un mot que je sais faire partie de mon bagage mais auquel je perds l’accès. Cela me fait enrager mais il paraît que cela arrive à beaucoup même plus jeunes. Il faut quand même dire que dans deux mois, je serai septantenaire !... Le temps ne nous fait pas de cadeaux !).

Tous les soirs, nous quittons notre gîte et je me promène sur la plage pendant que Marjo s’en va faire ses 10 000 pas avec ses cannes de marche. J’ai bien tenté de l’accompagner mais ma hanche gauche a bien vite déclaré forfait. Alors, je médite, le regard perdu dans cet océan que j’adore. Je découvre des trésors dans la grande quantité de bois flottés emmenés là-bas par le flot. La mer peut se faire artiste avec, comme assistant le temps passé à flotter. Cela donne des choses étonnantes et, tout en cherchant le morceau de bois exceptionnel, je me détends et les pensées vont vers parents et amis, si éloignés et ce, d’autant plus que l’impossibilité de retour se précise. Enfin, comme vous, nous allons faire preuve de patience et de vigilance afin de ne pas prêter main forte à ce satanique virus.

 

A vous retrouver bientôt chers lecteurs et, espérons-le, tous en pleine forme ! « S’en sortir sans sortir ». On va gagner !

 

(à suivre... si tant est qu’il puisse y avoir une suite ce qui est mon plus cher souhait)

 

 

 

22/07/2019

Chronique d’une traversée.

Chronique d’une traversée.

 

Après nous être attardés aux Marquises avec, en toile de fond, un problème insoluble d’inverseur, nous avons pris le risque de partir vers les Tuamotu. N’ayant pas trouvé de solution même provisoire à Hiva Oa, c’est avec un inverseur capricieux que nous sommes partis visiter successivement Kahuehi, Fakarava, Tohau, Rangiroa, Tikehau et Huahine. Pendant ce temps-là, notre inverseur s’installait dans une attitude de plus en plus préoccupante,  se faisant prier souvent avant d’accepter de passer en marche avant. C’est dire si la situation devenait ingérable si ce n’est de l’accepter et d’anticiper en en tenant compte ! Là où nous nous trouvions, aucun mécano n’aurait pu nous dépanner...

C’est dans cette incertitude que nous nous sommes décidés à poursuivre notre route vers l’Ouest, notre objectif étant de rejoindre les îles Fiji début juillet. Nous avions une longue route  devant nous et ne nous attendions pas à ce que la météo nous réserve une traversée aussi musclée. Partis de Huahine avec un temps de demoiselle, les 15/20 noeuds de vent annoncés se sont très vite transformés en une succession de coups de vent, l’anémomètre grimpant allègrement vers les 6/7 Beaufort avec des rafales flirtant avec les 50 noeuds ! De quoi maudire l’aléatoire fiabilité de la météo. Une fois cette météo installée, elle ne nous quitta plus jusqu’à Niué, creusant l’océan dont les lames impressionnantes nous rattrapaient sur notre arrière bâbord, certaines vagues déferlaient mais rencontraient notre poupe norvégienne qui n’en faisait qu’une bouchée. Jamais, au cours de cette traversée, nous n’avons ressenti la moindre peur. Le voilier, au bas ris et sous trinquette seule, négociait la mer avec brio. Tout juste s’il ne nous faisait pas comprendre qu’il s’amusait bien ! De temps en temps dans les rares accalmies nous relancions un peu la vitesse en déroulant quelques mètres carrés de yankee (=notre voile d’avant placée sur enrouleur, la trinquette étant une seconde voile d’avant plus petite et bômée pour la facilité des virements de bord). Ne pas admettre que la vie à bord fut tout juste supportable serait manquer de bonne foi mais, petit à petit et au fil des huit journées que dura cette première partie de la traversée (environ 1200 nautiques soit quelques 2250 kms), nous nous adaptâmes. 

Notre route nous amenant à proximité de Niué, petite île dont nous n’avions encore jamais entendu parler avant de l’approcher sur nos cartes marines, nous décidâmes d’y relâcher. Etudiant la zone d’atterrissage où plusieurs bouées étaient disponibles (contacté par mail, le yacht club nous l’avait confirmé), nous nous déroutâmes vers Niué. Poussés par un 7 Beaufort de SE bien établi, nous espérions que le mouillage, sous le vent de l’île, serait relativement calme... De fait, au fur et à mesure que nous contournions l’île par le S, la mer, comme prévu, s’apaisait mais c’est vent debout que nous nous présentâmes en vue du mouillage.

Moteur mis en marche, force fut de constater qu’il nous refusait tout service ! Tout en continuant à tirer des bords de près pour nous approcher des bouées, Marjo avait lancé, à Radio Niué, une demande d’assistance  et c’est ainsi qu’un canot de pêche local vint nous proposer de l’aide. 

N’est pas remorqueur qui veut. Pêcher et remorquer sont manifestement deux métiers différents ! Malgré leurs 150 cv, les pêcheurs, après nous avoir coupé deux aussières faute de les avoir correctement amarrées, jetèrent l’éponge et cédèrent le relais à la vedette de sauvetage de la police qui, pour faire court (car le remorquage dura quelques heures !), nous amena sains et saufs à la bouée. Incroyable comme le remorquage d’un navire de 20 tonnes privé de moteur et contre un vent de 5/6 Beaufort  relève de la performance... Les policiers à bord, un peu plus subtils dans leurs manoeuvres que nos braves pêcheurs, prenaient manifestement ce remorquage comme une récréation dans leur quotidien. L’ambiance à leur bord était bon enfant, les policiers étaient détendus et souriants. Ils se faisaient des selfies peut-être - qui sait ?- pour le journal local... Quant à nous, dès notre amarrage assuré, et après avoir remercié dûment policiers et pêcheurs, nous nous dîmes qu’une fois de plus, l’Otter II s’était placé sous la bienveillance de Neptune. Aucun frais ne nous ont été comptés. Nous gonflâmes l’annexe et, après s’être frugalement restaurés, nous nous jetâmes, fourbus sur nos couchettes.

 

Nous étions bien fatigués et décidés à rechercher une solution sur l’île car renouveler l’expérience de remorquage que nous venions de vivre ne figurait pas vraiment dans l’idée que nous nous faisions de nos futures escales ! 

Sur place, si ce n’est l’extrême amabilité de tous les autochtones et en particulier celle de Brian, responsable du yachtclub, nous découvrons une île étonnement installée dans la modernité (pendant une semaine, moyennant la location d’un petit décodeur wifi, nous serons connectés à l’internet en permanence et à bord ! Du pas encore vu en Polynésie française). Beaucoup de courriels purent ainsi  être échangés afin de tenter de trouver une solution à notre gros souci d’inverseur. Brian  montra, dans ces démarches, une disponibilité sans faille. Malheureusement, nous ne pûmes que constater que, même avec un nouveau moteur, l’île n’était pas équipée tant matériellement qu’en main d’oeuvre, pour nous dépanner.

La décision de poursuivre notre route sans moteur étant incontournable, nous avons largué les amarres, pris la mer et vu s’éloigner à regrets cette île ô combien attachante. 

Nous sommes donc partis et avons rencontré, de nouveau,  une météo carnassière (la même que celle qui nous a accompagné  entre Huahiné et Niué, bien loin, une fois de plus,  de celle annoncée. Il paraît que c’est el niño qui est responsable... Quand je dis carnassière, je ne suis pas loin du compte car nous avons navigué deux jours par 6,7 Beaufort et pointes à 47 noeuds (le record !). L’Otter, au bas ris et trinquette seule, s’est joué haut la main, et du vent et des vagues annoncées à 2m, 2,50 m mais qui nous ont impressionnés d’autant que certaines - je crois 4 bons mètres- d’entre elles giflaient véritablement notre bâbord... Bon, l’Otter, ça allait. Ma capitaine, ça allait aussi mais moi, quand il a été constaté que notre barre de flèche tribord gigotait et que j’ai dû me taper l’escalade, j’ai rêvé en pleurant là-haut, à une place bien tranquille «  au pied de mon arbre » comme dans la chanson... agrippé au mât comme un jeune chat grimpé trop haut dans un arbre, j’ai  maudis cet océan qui n’arrêtait pas de nous chambarder ! Bref, avec deux clés à molette, envoyées avec difficulté par Marjo par les garcettes de pavillon, j’ai finalement réussi à resserrer l’écrou dévissé. Redescendu sur le pont, le vent forcissait de nouveau et nous nous sommes remis au travail  Pour rallier Vudapoint, la marina qui allait nous accueillir pour sortir le bateau de l’eau en vue de notre retour, fin juillet en Belgique, nous devions encore parcourir près de 900 milles nautiques. 

Cette seconde partie du voyage vers les Fiji, fut à la hauteur de la première. Les petites dépressions se bousculèrent, nous contraignant à de nombreuses réduction de voilure.  Pendant les grains qui nous arrosaient nous avons été obligés de naviguer beaucoup, confinés à l’intérieur.

Dans ces conditions, mer et vents s’accordent à nous bousculer mais aussi à accélérer le bateau qui flirte souvent avec les 7 noeuds et des pointes à 8. L’équilibre devient une priorité ainsi que toutes les sorties harnachés. Nous ne quittons plus l’intérieur du bateau sans nous assurer. La beauté des lames sur lesquelles danse notre Otter compense ces contrariétés auxquelles, sans presque nous rendre compte, nous nous adaptons. Il faut voir toutes les stratégies mises en place par Marjo dans la cambuse pour le croire. Depuis le début de la traversée, nous nous sommes restaurés comme à la maison. Une performance !...

La température est plus agréable. Bien que le soleil soit très présent, le sudet qui souffle entre les grains rafraîchit l’atmosphère. Le bleu profond de l’océan et les grosses lames décapées par le vent sur notre arrière bâbord me font penser souvent à cette toile de style mangua bien connue d’un peintre japonais dont j’ai oublié le nom. C’est magnifique et je reste indéfectiblement émerveillé par ce qui nous entoure...Le spectacle est permanent !

...

Nous venons de nous réveiller, découvrant notre mouillage atteint hier sous voile dans le silence d’un moteur absent. Fort heureusement - je veux croire en notre bonne étoile - le vent de 6/7 Beaufort qui a accompagné notre atterrissage aux Fiji ne s’est essoufflé qu’après avoir franchi la passe qui était « courant sortant ». Notre vitesse qui se maintenait, avant la passe et en la frabchissant, à 6 noeuds sur la surface, s’est réduite à 2 nds sur le fond au plus fort du courant ! C’est dire si le stress prenait ses quartiers à bord. Il restait encore 11 milles pour traverser le lagon et rallier notre ancrage. Nous l’atteignîmes avec un vent réduit à un petit 2 Beaufort ! 

L’ancre a croché et nous nous sommes couchés. Il était minuit passé. La Lune pleine semblait nous féliciter de cette longue route sans faute réalisée sous 6, 7, 8 Beaufort... Fiers, nous le sommes. C’est certain. On a beau avoir nos âges, les renforcements positifs nous rendent plus forts et Marjo et moi y sommes très sensibles. Merci la Lune d’avoir si joliment éclairé notre arrivée...

(à suivre...)

 

 

12/06/2019

11/06/19

C’est la météo qui décide...

 

 

Chers vous tous,

 

Après une première nuit assez secoués par un vent de SE qui s’est renforcé pendant la nuit, ancrés à Tikehau (mouillage de Teonai au NE de la passe de Tuheiava) - à la polynésienne c-à-dire la chaîne allongée avec deux bouées frappées à 30 et à 40 m pour éviter qu’elle ne traîne sur le fond et abîme les éventuelles patates de corail - et il y en a  ! - nous prenons la météo. Nous comprenons  vite qu’il ne sera pas bon de traîner dans le coin. 

Seayousoon dont l’adorable équipage nous a accompagnés depuis Ua Pou va mettre le cap sur Tahiti. Nos routes vont se séparer et, les évènements se précipitant (la météo  n’attend pas), nous nous quitterons sans embrassades, un peu frustrés mais la tête remplie de tous ces beaux moments partagés tant en plongée, qu’au restaurant, que chez Fakarava Yachts Services,  qu’à bord de nos voiliers. A la revoyure Seayousoon ! Qui sait, pourquoi pas au Portugal ou en Belgique ?

On fera donc l’impasse sur le petit village de Tuearea et, à la fraîche, nous appareillons, ce moment s’accordant bien avec le jusant qui va nous expédier hors du lagon. Il nous restera quelques 190 milles pour rallier notre prochaine île : Huahine au NO de Tahiti d’où j’écris ce billet. Vent à 120/140°. Houle croisée de E-SE. Ça va chahuter... et ça a chahuté tout en avançant trop vite (7/8 noeuds). L’estime nous donnait une arrivée à minuit ce qui nous a contraints à rallonger la route pour rentrer dans le mouillage à l’aube. Après une première tentative d’ancrage avortée à une quinzaine de mètres de profondeur, un navigateur nous hèle et nous propose de prendre une bouée proche de son voilier en nous certifiant qu’elle a été vérifiée. Autant dire que nous ne nous sommes pas fait prier ! Une fois dûment amarrés, mon job est de sauter à l’eau et de vérifier que l’ancre est bien engagée. Ici, c’est l’état du corps-mort que je vérifie et cette inspection me rassure. Les bouts sont relativement récents et de bon diamètre. Nous pourrons ainsi dormir sur nos deux oreilles. 

Vous ai-je déjà écrit que ce sont les aléas des mouillages que j’appréhende le plus en navigation et ce, aussi étrange que cela puisse paraître à certains ? Une ancre qui dérape s’est installée chez moi comme une hantise dont je n’arrive pas à me départir...

Nous voilà donc à pied d’oeuvre pour découvrir cette île que l’on dit aussi charmante que la trop célèbre Bora-Bora. Peut-être plus authentique ? Du large, elle fait penser aux Marquises car son relief est élevé (Mont Turi 669m) mais dès l’atterrissage, elle se présente entourée d’une barrière de corail sur laquelle la houle pacifique vient briser en de très jolies vagues qui invitent au surf de part et d’autre de la passe. Vus de l’Otter II qui embouque celle-ci, ces magnifiques rouleaux m’ont fasciné dans la lumière naissante du petit matin. 

A peine arrivés, luttant contre l’envie de nous recoucher, il a fallu gonfler l’annexe (sur laquelle nous avons localisé un petit trou que nous réparerons dès que possible

14/05/2019

les requins de Fakarava

La plongée sous-marine est un peu, dans notre voyage, une cerise sur le gâteau. Un grand nombre de plaisanciers se contentent du « snorkeling » ce qui peut déjà, en certains endroits, laisser de merveilleux souvenirs. Les fonds sous-marins tropicaux foisonnent de vie et ce, du plus petit ver au plus gros cétacé. On ne peut bien évidemment espérer découvrir ce monde merveilleux en une seule fois ! Le hasard des rencontres, l’opportunité de se mettre à l’eau avec palmes, masque et tuba, l’enthousiasme que l’on a à le faire, celui de s’émerveiller autant devant un spirographe, qu’un poulpe, un hippocampe ou autre holoturie, tout cela construit dans nos mémoires respectives une bibliothèque de noms dont la diversité croit avec l’expérience, sortie après sortie, au fil des rencontres : ange français, diodon, perroquet, labre, carangue, baliste, oursin, étoile de mer...n’en sont que des exemples auxquels bien d’autres viennent s’ajouter... Alors, celles et ceux qui trouvent que sous l’eau, c’est quand même plus confortable de pouvoir respirer, retournent à l’école ou y sont déjà allés pour y apprendre à plonger. En eaux claires, comme ici, dans les atolls polynésiens, ce n’est guère difficile et le nombre de « brevetés » augmente chaque années pour le plus grand plaisir d’abord, de tous ces plongeurs mais aussi, bien entendu, des centres de plongée qui en font leurs choux gras, car, il faut bien le dire, plonger avec ces centres n’est pas donné. C’est pourquoi Marjo et moi, plongeons depuis longtemps en totale autonomie. Pour cela, nous avons fait l’effort d’acquérir tout le matériel nécessaire et ce, jusqu’au compresseur d’air, qui nous permet de regonfler nos bouteilles après chaque plongée sans faire appel, pour ce faire, à un service payant. Notre expérience a montré qu’il y a belle lurette que tout cela a été assez vite amorti. Il y a néanmoins des endroits où, se passer des services d’un centre de plongée est bien compliqué, voire dangereux... et très mal vu des centres de plongée qui n’apprécient guère de voir un plongeur solo se payant une dérivante amarré à son dinghy vide d’occupants et dont l’amarre, (c’est l’exemple classique) traverse parfois une palanquée quand ce n’est pas une horde de requins, même et souvent à l’insu de son imprudent propriétaire dérivant plus profond ! Où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir !...Bref, c’est toujours la même histoire qui se rapporte au savoir-vivre malheureusement si souvent contourné, voire ignoré. Tout ceci pour vous expliquer que l’autonomie en plongée n’est pas aussi évidente qu’on pourrait le croire. C’est pourquoi, forts des informations reçues à propos des possibilités de plongée de Fakarava, nous avons opté pour le centre de plongée dont il nous avait été dit le plus grand bien : Kaina plongée. Et nous n’avons pas été déçus. Après une ou deux plongées pour faire connaissance, les moniteurs ont confirmé notre niveau et c’est parti pour les dérivantes dans la passe N qui voit chaque jour et à deux reprises, se remplir et se vider le lagon. Les requins en raffolent car ils peuvent y respirer sans le moindre effort excepté celui de se maintenir face au courant. La passe attirant également un grand nombre de poissons, la prédation y est facilitée. Cela devient donc vite le paradis des requins. Et le nôtre par la même occasion car le spectacle de ces magnifiques poissons dont l’aquacité est phénoménale ne lasse pas de nous émouvoir. Plongée après plongée, nous nous habituons à leur présence qui, d’inquiétante au début, s’intègre rapidement dans le paysage sous-marin. L’observation de leur comportement si indifférent à notre présence nous a beaucoup aidés. De proie potentielle (c’est un peu avec cette idée que nous avons vécu la première rencontre), on s’est vite rendu compte que nous étions plutôt un obstacle à contourner dans leur progression. C’est ainsi rassurés que nous nous sommes mis à l’eau le dimanche 12 mai. Je précise la date car la plongée que nous allons vivre ce jour-là restera longtemps j’en suis convaincu, la plus belle plongée de notre vie. Arrivés sur site au bon moment - ça aussi fait partie de l’avantage de plonger avec des chefs de palanquées rompus à la fréquentation de cette passe dont les caprices dépendent certes des heures de marées mais aussi de la houle extérieure et d’autres facteurs que seule l’expérience permet de préciser - au signal, toute la palanquée est larguée et descend immédiatement afin de rejoindre rapidement le fond. Cette descente dans le bleu de l’océan est toujours pour moi un grand moment de bonheur. C’est un moment de transition. C’est un passage. Celui d’un milieu à un autre... C’est le début d’une nouvelle aventure sous-marine. Les plongeurs sont tous confirmés et se retrouvent ainsi sans traîner devant l’incongruité annoncée et retrouvée avec maîtrise par JC, le moniteur qui, manifestement, connait les fonds de la passe comme sa poche ! L’incongruité est une rose des vents sculptée dans le corail et cachée sous un surplomb à 40 mètres de profondeur. Cette première étape réalisée, JC nous emmène dans le courant qui nous emporte et nous donne l’impression d’être de petits avions survolant une forêt de corail foisonnante de vie. Une vie dont nous ne percevons qu’une infime partie tant le courant est fort et nous entraîne rapidement. A l’approche d’une sorte de canyon sous-marin, JC palme plus énergiquement vers le fond auquel, après nous y avoir invités par signes, il s’accroche et se colle à plat ventre sur le corail. Depuis le début de la plongée, les requins sont présents mais se font discrets. Ils dérivent avec nous ou, sans l’impression de faire le moindre effort, remontent le courant qui nous emportait. Ainsi à plat ventre, comme des sioux convoitant un troupeau de bisons, nous nous approchons du rebord du canyon au sein duquel nous observons une concentration de poissons de grandes tailles dont nous reconnaissons quelques thons perdus dans un banc très serré d’espèces diverses. Le nombre de requins augmente alors considérablement. Qu’est-ce qui les attire ? Nous approchant encore en changeant nos points d’accroche par petits pas (si on lâche la prise, on est pris par le courant qui reste relativement fort), nous sommes maintenant au centre de l’évènement dont on ne connaîtra pas la nature mais qui excite les requins dont certains partent comme des fusées participer à une frénésie de prédation située dans le fond du canyon mais masquée par les poissons dont la concentration me semble avoir encore augmenté. Les requins arrivent de tous les côtés. Ce sont pour la plupart des requins gris de récif. Il y a aussi des pontes noires et blanches mais en moins grand nombre. Il y a des départs de chasse impressionnants de vitesse. Changements de direction intempestifs. Nous sommes maintenant entourés de requins. Il font tous leurs deux bons mètres ! Il en vient de partout au point que l’un d’entre eux se faufile entre Marjo et moi à plat-ventre côte à côte à un petit mètre de distance. C’est hallucinant ! Jamais je n’aurais imaginé me retrouver dans une telle situation, curieusement sans peur, fasciné par l’exceptionnel spectacle auquel Mère Nature nous a invités aujourd’hui. Mais la profondeur et les ordinateurs de plongée nous rappellent à l’ordre. Il faut mettre fin au spectacle. C’est un peu comme se lever et quitter le cinéma avant la fin de la séance ! Comme nous ne sommes pas des poissons et que l’air sous pression que nous respirons peut nous jouer des tours, nous nous laissons reprendre en mains par le courant et, palmant en travers imitant en cela JC, nous atteignons une sorte de jardin de corail à l’abri du courant. Curieusement, il y a des endroits bien u des moniteurs où les palanquées peuvent se poser un peu et faire ainsi une pause dans la dérivante. Et là, comme pour confirmer que la plongée que nous vivons sera LA plongée, JC nous déniche deux requins dormeurs sous un platier et, en dernier bouquet de ce feu d’artifice, une énorme murène qui semble nous dire : « allez, les p’tits gars, il est temps de remonter ! On reprend donc le fil de notre dérive, retrouvant le bleu du lagon où. Avant de retrouver la surface, nous effectuons les paliers indispensables à notre désaturation. Ayant fait surface, le monde où le silence nous est imposé se transforme en cour de récréation où chacun y va de ses commentaires enthousiastes qui ne tariront même pas une fois remontés à bord du bateau qui nous ramènera au centre. Même le moniteur nous dira que cette plongée, cette frénésie de prédation diurne, telle que celles filmées de nuit par l’équipe de Ballesta dans « les 700 requins de Fakarava », revêt un caractère d’exception. Nous avons donc eu beaucoup de chance car, de l’avis de JC, il y en avait bien 300 à l’endroit de notre exceptionnelle rencontre ! A propos, qui disait que les requins ne se nourrissaient qu’aux levers et couchers de soleil, voire pendant la nuit ?…