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22/07/2019

Chronique d’une traversée.

Chronique d’une traversée.

 

Après nous être attardés aux Marquises avec, en toile de fond, un problème insoluble d’inverseur, nous avons pris le risque de partir vers les Tuamotu. N’ayant pas trouvé de solution même provisoire à Hiva Oa, c’est avec un inverseur capricieux que nous sommes partis visiter successivement Kahuehi, Fakarava, Tohau, Rangiroa, Tikehau et Huahine. Pendant ce temps-là, notre inverseur s’installait dans une attitude de plus en plus préoccupante,  se faisant prier souvent avant d’accepter de passer en marche avant. C’est dire si la situation devenait ingérable si ce n’est de l’accepter et d’anticiper en en tenant compte ! Là où nous nous trouvions, aucun mécano n’aurait pu nous dépanner...

C’est dans cette incertitude que nous nous sommes décidés à poursuivre notre route vers l’Ouest, notre objectif étant de rejoindre les îles Fiji début juillet. Nous avions une longue route  devant nous et ne nous attendions pas à ce que la météo nous réserve une traversée aussi musclée. Partis de Huahine avec un temps de demoiselle, les 15/20 noeuds de vent annoncés se sont très vite transformés en une succession de coups de vent, l’anémomètre grimpant allègrement vers les 6/7 Beaufort avec des rafales flirtant avec les 50 noeuds ! De quoi maudire l’aléatoire fiabilité de la météo. Une fois cette météo installée, elle ne nous quitta plus jusqu’à Niué, creusant l’océan dont les lames impressionnantes nous rattrapaient sur notre arrière bâbord, certaines vagues déferlaient mais rencontraient notre poupe norvégienne qui n’en faisait qu’une bouchée. Jamais, au cours de cette traversée, nous n’avons ressenti la moindre peur. Le voilier, au bas ris et sous trinquette seule, négociait la mer avec brio. Tout juste s’il ne nous faisait pas comprendre qu’il s’amusait bien ! De temps en temps dans les rares accalmies nous relancions un peu la vitesse en déroulant quelques mètres carrés de yankee (=notre voile d’avant placée sur enrouleur, la trinquette étant une seconde voile d’avant plus petite et bômée pour la facilité des virements de bord). Ne pas admettre que la vie à bord fut tout juste supportable serait manquer de bonne foi mais, petit à petit et au fil des huit journées que dura cette première partie de la traversée (environ 1200 nautiques soit quelques 2250 kms), nous nous adaptâmes. 

Notre route nous amenant à proximité de Niué, petite île dont nous n’avions encore jamais entendu parler avant de l’approcher sur nos cartes marines, nous décidâmes d’y relâcher. Etudiant la zone d’atterrissage où plusieurs bouées étaient disponibles (contacté par mail, le yacht club nous l’avait confirmé), nous nous déroutâmes vers Niué. Poussés par un 7 Beaufort de SE bien établi, nous espérions que le mouillage, sous le vent de l’île, serait relativement calme... De fait, au fur et à mesure que nous contournions l’île par le S, la mer, comme prévu, s’apaisait mais c’est vent debout que nous nous présentâmes en vue du mouillage.

Moteur mis en marche, force fut de constater qu’il nous refusait tout service ! Tout en continuant à tirer des bords de près pour nous approcher des bouées, Marjo avait lancé, à Radio Niué, une demande d’assistance  et c’est ainsi qu’un canot de pêche local vint nous proposer de l’aide. 

N’est pas remorqueur qui veut. Pêcher et remorquer sont manifestement deux métiers différents ! Malgré leurs 150 cv, les pêcheurs, après nous avoir coupé deux aussières faute de les avoir correctement amarrées, jetèrent l’éponge et cédèrent le relais à la vedette de sauvetage de la police qui, pour faire court (car le remorquage dura quelques heures !), nous amena sains et saufs à la bouée. Incroyable comme le remorquage d’un navire de 20 tonnes privé de moteur et contre un vent de 5/6 Beaufort  relève de la performance... Les policiers à bord, un peu plus subtils dans leurs manoeuvres que nos braves pêcheurs, prenaient manifestement ce remorquage comme une récréation dans leur quotidien. L’ambiance à leur bord était bon enfant, les policiers étaient détendus et souriants. Ils se faisaient des selfies peut-être - qui sait ?- pour le journal local... Quant à nous, dès notre amarrage assuré, et après avoir remercié dûment policiers et pêcheurs, nous nous dîmes qu’une fois de plus, l’Otter II s’était placé sous la bienveillance de Neptune. Aucun frais ne nous ont été comptés. Nous gonflâmes l’annexe et, après s’être frugalement restaurés, nous nous jetâmes, fourbus sur nos couchettes.

 

Nous étions bien fatigués et décidés à rechercher une solution sur l’île car renouveler l’expérience de remorquage que nous venions de vivre ne figurait pas vraiment dans l’idée que nous nous faisions de nos futures escales ! 

Sur place, si ce n’est l’extrême amabilité de tous les autochtones et en particulier celle de Brian, responsable du yachtclub, nous découvrons une île étonnement installée dans la modernité (pendant une semaine, moyennant la location d’un petit décodeur wifi, nous serons connectés à l’internet en permanence et à bord ! Du pas encore vu en Polynésie française). Beaucoup de courriels purent ainsi  être échangés afin de tenter de trouver une solution à notre gros souci d’inverseur. Brian  montra, dans ces démarches, une disponibilité sans faille. Malheureusement, nous ne pûmes que constater que, même avec un nouveau moteur, l’île n’était pas équipée tant matériellement qu’en main d’oeuvre, pour nous dépanner.

La décision de poursuivre notre route sans moteur étant incontournable, nous avons largué les amarres, pris la mer et vu s’éloigner à regrets cette île ô combien attachante. 

Nous sommes donc partis et avons rencontré, de nouveau,  une météo carnassière (la même que celle qui nous a accompagné  entre Huahiné et Niué, bien loin, une fois de plus,  de celle annoncée. Il paraît que c’est el niño qui est responsable... Quand je dis carnassière, je ne suis pas loin du compte car nous avons navigué deux jours par 6,7 Beaufort et pointes à 47 noeuds (le record !). L’Otter, au bas ris et trinquette seule, s’est joué haut la main, et du vent et des vagues annoncées à 2m, 2,50 m mais qui nous ont impressionnés d’autant que certaines - je crois 4 bons mètres- d’entre elles giflaient véritablement notre bâbord... Bon, l’Otter, ça allait. Ma capitaine, ça allait aussi mais moi, quand il a été constaté que notre barre de flèche tribord gigotait et que j’ai dû me taper l’escalade, j’ai rêvé en pleurant là-haut, à une place bien tranquille «  au pied de mon arbre » comme dans la chanson... agrippé au mât comme un jeune chat grimpé trop haut dans un arbre, j’ai  maudis cet océan qui n’arrêtait pas de nous chambarder ! Bref, avec deux clés à molette, envoyées avec difficulté par Marjo par les garcettes de pavillon, j’ai finalement réussi à resserrer l’écrou dévissé. Redescendu sur le pont, le vent forcissait de nouveau et nous nous sommes remis au travail  Pour rallier Vudapoint, la marina qui allait nous accueillir pour sortir le bateau de l’eau en vue de notre retour, fin juillet en Belgique, nous devions encore parcourir près de 900 milles nautiques. 

Cette seconde partie du voyage vers les Fiji, fut à la hauteur de la première. Les petites dépressions se bousculèrent, nous contraignant à de nombreuses réduction de voilure.  Pendant les grains qui nous arrosaient nous avons été obligés de naviguer beaucoup, confinés à l’intérieur.

Dans ces conditions, mer et vents s’accordent à nous bousculer mais aussi à accélérer le bateau qui flirte souvent avec les 7 noeuds et des pointes à 8. L’équilibre devient une priorité ainsi que toutes les sorties harnachés. Nous ne quittons plus l’intérieur du bateau sans nous assurer. La beauté des lames sur lesquelles danse notre Otter compense ces contrariétés auxquelles, sans presque nous rendre compte, nous nous adaptons. Il faut voir toutes les stratégies mises en place par Marjo dans la cambuse pour le croire. Depuis le début de la traversée, nous nous sommes restaurés comme à la maison. Une performance !...

La température est plus agréable. Bien que le soleil soit très présent, le sudet qui souffle entre les grains rafraîchit l’atmosphère. Le bleu profond de l’océan et les grosses lames décapées par le vent sur notre arrière bâbord me font penser souvent à cette toile de style mangua bien connue d’un peintre japonais dont j’ai oublié le nom. C’est magnifique et je reste indéfectiblement émerveillé par ce qui nous entoure...Le spectacle est permanent !

...

Nous venons de nous réveiller, découvrant notre mouillage atteint hier sous voile dans le silence d’un moteur absent. Fort heureusement - je veux croire en notre bonne étoile - le vent de 6/7 Beaufort qui a accompagné notre atterrissage aux Fiji ne s’est essoufflé qu’après avoir franchi la passe qui était « courant sortant ». Notre vitesse qui se maintenait, avant la passe et en la frabchissant, à 6 noeuds sur la surface, s’est réduite à 2 nds sur le fond au plus fort du courant ! C’est dire si le stress prenait ses quartiers à bord. Il restait encore 11 milles pour traverser le lagon et rallier notre ancrage. Nous l’atteignîmes avec un vent réduit à un petit 2 Beaufort ! 

L’ancre a croché et nous nous sommes couchés. Il était minuit passé. La Lune pleine semblait nous féliciter de cette longue route sans faute réalisée sous 6, 7, 8 Beaufort... Fiers, nous le sommes. C’est certain. On a beau avoir nos âges, les renforcements positifs nous rendent plus forts et Marjo et moi y sommes très sensibles. Merci la Lune d’avoir si joliment éclairé notre arrivée...

(à suivre...)

 

 

12/06/2019

11/06/19

C’est la météo qui décide...

 

 

Chers vous tous,

 

Après une première nuit assez secoués par un vent de SE qui s’est renforcé pendant la nuit, ancrés à Tikehau (mouillage de Teonai au NE de la passe de Tuheiava) - à la polynésienne c-à-dire la chaîne allongée avec deux bouées frappées à 30 et à 40 m pour éviter qu’elle ne traîne sur le fond et abîme les éventuelles patates de corail - et il y en a  ! - nous prenons la météo. Nous comprenons  vite qu’il ne sera pas bon de traîner dans le coin. 

Seayousoon dont l’adorable équipage nous a accompagnés depuis Ua Pou va mettre le cap sur Tahiti. Nos routes vont se séparer et, les évènements se précipitant (la météo  n’attend pas), nous nous quitterons sans embrassades, un peu frustrés mais la tête remplie de tous ces beaux moments partagés tant en plongée, qu’au restaurant, que chez Fakarava Yachts Services,  qu’à bord de nos voiliers. A la revoyure Seayousoon ! Qui sait, pourquoi pas au Portugal ou en Belgique ?

On fera donc l’impasse sur le petit village de Tuearea et, à la fraîche, nous appareillons, ce moment s’accordant bien avec le jusant qui va nous expédier hors du lagon. Il nous restera quelques 190 milles pour rallier notre prochaine île : Huahine au NO de Tahiti d’où j’écris ce billet. Vent à 120/140°. Houle croisée de E-SE. Ça va chahuter... et ça a chahuté tout en avançant trop vite (7/8 noeuds). L’estime nous donnait une arrivée à minuit ce qui nous a contraints à rallonger la route pour rentrer dans le mouillage à l’aube. Après une première tentative d’ancrage avortée à une quinzaine de mètres de profondeur, un navigateur nous hèle et nous propose de prendre une bouée proche de son voilier en nous certifiant qu’elle a été vérifiée. Autant dire que nous ne nous sommes pas fait prier ! Une fois dûment amarrés, mon job est de sauter à l’eau et de vérifier que l’ancre est bien engagée. Ici, c’est l’état du corps-mort que je vérifie et cette inspection me rassure. Les bouts sont relativement récents et de bon diamètre. Nous pourrons ainsi dormir sur nos deux oreilles. 

Vous ai-je déjà écrit que ce sont les aléas des mouillages que j’appréhende le plus en navigation et ce, aussi étrange que cela puisse paraître à certains ? Une ancre qui dérape s’est installée chez moi comme une hantise dont je n’arrive pas à me départir...

Nous voilà donc à pied d’oeuvre pour découvrir cette île que l’on dit aussi charmante que la trop célèbre Bora-Bora. Peut-être plus authentique ? Du large, elle fait penser aux Marquises car son relief est élevé (Mont Turi 669m) mais dès l’atterrissage, elle se présente entourée d’une barrière de corail sur laquelle la houle pacifique vient briser en de très jolies vagues qui invitent au surf de part et d’autre de la passe. Vus de l’Otter II qui embouque celle-ci, ces magnifiques rouleaux m’ont fasciné dans la lumière naissante du petit matin. 

A peine arrivés, luttant contre l’envie de nous recoucher, il a fallu gonfler l’annexe (sur laquelle nous avons localisé un petit trou que nous réparerons dès que possible

14/05/2019

les requins de Fakarava

La plongée sous-marine est un peu, dans notre voyage, une cerise sur le gâteau. Un grand nombre de plaisanciers se contentent du « snorkeling » ce qui peut déjà, en certains endroits, laisser de merveilleux souvenirs. Les fonds sous-marins tropicaux foisonnent de vie et ce, du plus petit ver au plus gros cétacé. On ne peut bien évidemment espérer découvrir ce monde merveilleux en une seule fois ! Le hasard des rencontres, l’opportunité de se mettre à l’eau avec palmes, masque et tuba, l’enthousiasme que l’on a à le faire, celui de s’émerveiller autant devant un spirographe, qu’un poulpe, un hippocampe ou autre holoturie, tout cela construit dans nos mémoires respectives une bibliothèque de noms dont la diversité croit avec l’expérience, sortie après sortie, au fil des rencontres : ange français, diodon, perroquet, labre, carangue, baliste, oursin, étoile de mer...n’en sont que des exemples auxquels bien d’autres viennent s’ajouter... Alors, celles et ceux qui trouvent que sous l’eau, c’est quand même plus confortable de pouvoir respirer, retournent à l’école ou y sont déjà allés pour y apprendre à plonger. En eaux claires, comme ici, dans les atolls polynésiens, ce n’est guère difficile et le nombre de « brevetés » augmente chaque années pour le plus grand plaisir d’abord, de tous ces plongeurs mais aussi, bien entendu, des centres de plongée qui en font leurs choux gras, car, il faut bien le dire, plonger avec ces centres n’est pas donné. C’est pourquoi Marjo et moi, plongeons depuis longtemps en totale autonomie. Pour cela, nous avons fait l’effort d’acquérir tout le matériel nécessaire et ce, jusqu’au compresseur d’air, qui nous permet de regonfler nos bouteilles après chaque plongée sans faire appel, pour ce faire, à un service payant. Notre expérience a montré qu’il y a belle lurette que tout cela a été assez vite amorti. Il y a néanmoins des endroits où, se passer des services d’un centre de plongée est bien compliqué, voire dangereux... et très mal vu des centres de plongée qui n’apprécient guère de voir un plongeur solo se payant une dérivante amarré à son dinghy vide d’occupants et dont l’amarre, (c’est l’exemple classique) traverse parfois une palanquée quand ce n’est pas une horde de requins, même et souvent à l’insu de son imprudent propriétaire dérivant plus profond ! Où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir !...Bref, c’est toujours la même histoire qui se rapporte au savoir-vivre malheureusement si souvent contourné, voire ignoré. Tout ceci pour vous expliquer que l’autonomie en plongée n’est pas aussi évidente qu’on pourrait le croire. C’est pourquoi, forts des informations reçues à propos des possibilités de plongée de Fakarava, nous avons opté pour le centre de plongée dont il nous avait été dit le plus grand bien : Kaina plongée. Et nous n’avons pas été déçus. Après une ou deux plongées pour faire connaissance, les moniteurs ont confirmé notre niveau et c’est parti pour les dérivantes dans la passe N qui voit chaque jour et à deux reprises, se remplir et se vider le lagon. Les requins en raffolent car ils peuvent y respirer sans le moindre effort excepté celui de se maintenir face au courant. La passe attirant également un grand nombre de poissons, la prédation y est facilitée. Cela devient donc vite le paradis des requins. Et le nôtre par la même occasion car le spectacle de ces magnifiques poissons dont l’aquacité est phénoménale ne lasse pas de nous émouvoir. Plongée après plongée, nous nous habituons à leur présence qui, d’inquiétante au début, s’intègre rapidement dans le paysage sous-marin. L’observation de leur comportement si indifférent à notre présence nous a beaucoup aidés. De proie potentielle (c’est un peu avec cette idée que nous avons vécu la première rencontre), on s’est vite rendu compte que nous étions plutôt un obstacle à contourner dans leur progression. C’est ainsi rassurés que nous nous sommes mis à l’eau le dimanche 12 mai. Je précise la date car la plongée que nous allons vivre ce jour-là restera longtemps j’en suis convaincu, la plus belle plongée de notre vie. Arrivés sur site au bon moment - ça aussi fait partie de l’avantage de plonger avec des chefs de palanquées rompus à la fréquentation de cette passe dont les caprices dépendent certes des heures de marées mais aussi de la houle extérieure et d’autres facteurs que seule l’expérience permet de préciser - au signal, toute la palanquée est larguée et descend immédiatement afin de rejoindre rapidement le fond. Cette descente dans le bleu de l’océan est toujours pour moi un grand moment de bonheur. C’est un moment de transition. C’est un passage. Celui d’un milieu à un autre... C’est le début d’une nouvelle aventure sous-marine. Les plongeurs sont tous confirmés et se retrouvent ainsi sans traîner devant l’incongruité annoncée et retrouvée avec maîtrise par JC, le moniteur qui, manifestement, connait les fonds de la passe comme sa poche ! L’incongruité est une rose des vents sculptée dans le corail et cachée sous un surplomb à 40 mètres de profondeur. Cette première étape réalisée, JC nous emmène dans le courant qui nous emporte et nous donne l’impression d’être de petits avions survolant une forêt de corail foisonnante de vie. Une vie dont nous ne percevons qu’une infime partie tant le courant est fort et nous entraîne rapidement. A l’approche d’une sorte de canyon sous-marin, JC palme plus énergiquement vers le fond auquel, après nous y avoir invités par signes, il s’accroche et se colle à plat ventre sur le corail. Depuis le début de la plongée, les requins sont présents mais se font discrets. Ils dérivent avec nous ou, sans l’impression de faire le moindre effort, remontent le courant qui nous emportait. Ainsi à plat ventre, comme des sioux convoitant un troupeau de bisons, nous nous approchons du rebord du canyon au sein duquel nous observons une concentration de poissons de grandes tailles dont nous reconnaissons quelques thons perdus dans un banc très serré d’espèces diverses. Le nombre de requins augmente alors considérablement. Qu’est-ce qui les attire ? Nous approchant encore en changeant nos points d’accroche par petits pas (si on lâche la prise, on est pris par le courant qui reste relativement fort), nous sommes maintenant au centre de l’évènement dont on ne connaîtra pas la nature mais qui excite les requins dont certains partent comme des fusées participer à une frénésie de prédation située dans le fond du canyon mais masquée par les poissons dont la concentration me semble avoir encore augmenté. Les requins arrivent de tous les côtés. Ce sont pour la plupart des requins gris de récif. Il y a aussi des pontes noires et blanches mais en moins grand nombre. Il y a des départs de chasse impressionnants de vitesse. Changements de direction intempestifs. Nous sommes maintenant entourés de requins. Il font tous leurs deux bons mètres ! Il en vient de partout au point que l’un d’entre eux se faufile entre Marjo et moi à plat-ventre côte à côte à un petit mètre de distance. C’est hallucinant ! Jamais je n’aurais imaginé me retrouver dans une telle situation, curieusement sans peur, fasciné par l’exceptionnel spectacle auquel Mère Nature nous a invités aujourd’hui. Mais la profondeur et les ordinateurs de plongée nous rappellent à l’ordre. Il faut mettre fin au spectacle. C’est un peu comme se lever et quitter le cinéma avant la fin de la séance ! Comme nous ne sommes pas des poissons et que l’air sous pression que nous respirons peut nous jouer des tours, nous nous laissons reprendre en mains par le courant et, palmant en travers imitant en cela JC, nous atteignons une sorte de jardin de corail à l’abri du courant. Curieusement, il y a des endroits bien u des moniteurs où les palanquées peuvent se poser un peu et faire ainsi une pause dans la dérivante. Et là, comme pour confirmer que la plongée que nous vivons sera LA plongée, JC nous déniche deux requins dormeurs sous un platier et, en dernier bouquet de ce feu d’artifice, une énorme murène qui semble nous dire : « allez, les p’tits gars, il est temps de remonter ! On reprend donc le fil de notre dérive, retrouvant le bleu du lagon où. Avant de retrouver la surface, nous effectuons les paliers indispensables à notre désaturation. Ayant fait surface, le monde où le silence nous est imposé se transforme en cour de récréation où chacun y va de ses commentaires enthousiastes qui ne tariront même pas une fois remontés à bord du bateau qui nous ramènera au centre. Même le moniteur nous dira que cette plongée, cette frénésie de prédation diurne, telle que celles filmées de nuit par l’équipe de Ballesta dans « les 700 requins de Fakarava », revêt un caractère d’exception. Nous avons donc eu beaucoup de chance car, de l’avis de JC, il y en avait bien 300 à l’endroit de notre exceptionnelle rencontre ! A propos, qui disait que les requins ne se nourrissaient qu’aux levers et couchers de soleil, voire pendant la nuit ?…

04/05/2019

Spinaker

Depuis notre arrivée dans l’atoll de Kauehi (archipel des Tuamotu), nous nageons en plein dépaysement. Qu’elles sont loin les Marquises et leurs altitudes, leurs côtes déchiquetées, la houle qui nous y berçait sans relâche... Ici, à l’abri du lagon, on est comme à la maison. L’Otter est figé presqu’au-dessus de son ancre, ne subissant que l’effet du courant de marée qui, inexorablement, vide et remplit le lagon. Le soleil vient de se coucher et la Lune dont la phase est gibeuse décroissante, se fait attendre. Aujourd’hui, elle sera en conjonction avec Saturne alors qu’il y a quelques jours , c’était avec Jupiter qu’elle flirtait. Quel plaisir d’avoir ainsi l’attention attirée vers des évènements astronomiques qui sont presque impossibles à suivre dans nos pays pollués par les éclairages divers qui perturbent toute velléité d’observation du ciel nocturne. Ici, grâce à une petite application facilement téléchargeable sur l’Applestore, Sky Guide, nous passons des heures à découvrir le ciel nocturne dont l’observation chez nous, en Europe, il faut bien le regretter, relève des rares nuits d’été durant lesquelles notre disponibilité y a enfin été propice. Au fur et à mesure des nuits qui se succèdent, nous reconnaissons de plus en plus de constellations et nous efforçons, ce qui est le plus difficile, à mémoriser les noms des étoiles les plus brillantes. Ce bel outil d’aide à l’observation peut s’afficher en rouge ce qui protège la vision crépusculaire. Un vrai petit bijou ! N’hésitez pas à le télécharger...

Cette parenthèse ainsi fermée me ramène à notre mouillage perdu au milieu du Pacifique. Le silence y est quasi parfait au point d’être impressionnant. Seules des chasses de poissons nous rappellent que nous sommes sur l’eau. C’est féerique ! Sans vouloir jouer mon désaccordeur, tout cela me rappelle la fragilité de l’environnement qui sera le nôtre durant nos futures visites des Tuamotu en sursis comme bien d’autres formations coraliennes dans le monde. Faut-il encore rappeler l’inexorable montée des eaux condamnant sans rémission possible ces merveilles de la nature ayant mis des millénaires pour se construire. Se savoir peut-être l’un des derniers visiteurs de ces îles merveilleuses où il fait tellement bon vivre, n’en déplaise aux climatosceptiques, repose la question du climat et de notre responsabilité dans son dérèglement. Que faire ? Témoigner de l’alternative dont parlent de plus en plus les insulaires qui se voient obligés d’envisager un abandon de leur île submergée bientôt par les eaux. Si les Marquisiens se préparent à cette nouvelle forme d’immigration, ce n’est certainement pas pour rien ! Et lorsque l’on se promène dans les villages, que l’on rencontre des personnes si accueillantes, des enfants insouciants dont les rires embellissent les rues, on se met à douter qu’une telle catastrophe arrive un jour. L’espoir qu’un frein à la folie des hommes pourra être mis en place dans les prochaines décennies reste la seule attitude possible. N’est-ce pas quand même un peu adopter l’attitude de l’autruche qui, sa tête cachée dans le sable, croit que personne ne la voit ?

Kauehi

Depuis notre arrivée dans l’atoll de Kauehi (archipel des Tuamotu), nous nageons en plein dépaysement. Qu’elles sont loin les Marquises et leurs altitudes, leurs côtes déchiquetées, la houle qui nous y berçait sans relâche... Ici, à l’abri du lagon, on est comme à la maison. L’Otter est figé presqu’au-dessus de son ancre, ne subissant que l’effet du courant de marée qui, inexorablement, vide et remplit le lagon. Le soleil vient de se coucher et la Lune dont la phase est gibeuse décroissante, se fait attendre. Aujourd’hui, elle sera en conjonction avec Saturne alors qu’il y a quelques jours , c’était avec Jupiter qu’elle flirtait. Quel plaisir d’avoir ainsi l’attention attirée vers des évènements astronomiques qui sont presque impossibles à suivre dans nos pays pollués par les éclairages divers qui perturbent toute velléité d’observation du ciel nocturne. Ici, grâce à une petite application facilement téléchargeable sur l’Applestore, Sky Guide, nous passons des heures à découvrir le ciel nocturne dont l’observation chez nous, en Europe, il faut bien le regretter, relève des rares nuits d’été durant lesquelles notre disponibilité y a enfin été propice. Au fur et à mesure des nuits qui se succèdent, nous reconnaissons de plus en plus de constellations et nous efforçons, ce qui est le plus difficile, à mémoriser les noms des étoiles les plus brillantes. Ce bel outil d’aide à l’observation peut s’afficher en rouge ce qui protège la vision crépusculaire. Un vrai petit bijou ! N’hésitez pas à le télécharger...

Cette parenthèse ainsi fermée me ramène à notre mouillage perdu au milieu du Pacifique. Le silence y est quasi parfait au point d’être impressionnant. Seules des chasses de poissons nous rappellent que nous sommes sur l’eau. C’est féerique ! Sans vouloir jouer mon désaccordeur, tout cela me rappelle la fragilité de l’environnement qui sera le nôtre durant nos futures visites des Tuamotu en sursis comme bien d’autres formations coraliennes dans le monde. Faut-il encore rappeler l’inexorable montée des eaux condamnant sans rémission possible ces merveilles de la nature ayant mis des millénaires pour se construire. Se savoir peut-être l’un des derniers visiteurs de ces îles merveilleuses où il fait tellement bon vivre, n’en déplaise aux climatosceptiques, repose la question du climat et de notre responsabilité dans son dérèglement. Que faire ? Témoigner de l’alternative dont parlent de plus en plus les insulaires qui se voient obligés d’envisager un abandon de leur île submergée bientôt par les eaux. Si les Marquisiens se préparent à cette nouvelle forme d’immigration, ce n’est certainement pas pour rien ! Et lorsque l’on se promène dans les villages, que l’on rencontre des personnes si accueillantes, des enfants insouciants dont les rires embellissent les rues, on se met à douter qu’une telle catastrophe arrive un jour. L’espoir qu’un frein à la folie des hommes pourra être mis en place dans les prochaines décennies reste la seule attitude possible. N’est-ce pas quand même un peu adopter l’attitude de l’autruche qui, sa tête cachée dans le sable, croit que personne ne la voit ?