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10/04/2017

Quantité négligeable

Comme je vous en informais dernièrement ici, à Cayman Brac, il n’y a pas de bus public. L’île est certes petite mais suffisamment grande pour nécessiter un moyen de locomotion plus efficace que la marche. Aussi c’est l’auto-stop qui fonctionne assez bien ou la location de voiture (pas trop chère) ou encore le taxi mais ils sont rares. D’où, nous faisons du stop et hier, en début d’après-midi, un automobiliste s’arrête et nous dit pouvoir nous emmener. Marjo monte à côté du conducteur et, je ne sais si c’est à cause des accents, ils se reconnaissent des origines néerlandaises communes. Alors que je tente de m’asseoir avec difficulté à l’arrière (le siège avant étant complétement reculé), j’ai une demi-fesse posée et toujours un pied sur l’asphalte, le véhicule démarre ! Je m’accroche à l’appui-tête d’une main, me cramponne à mon sac à dos que j’avais introduit en premier sur la banquette et, en m’écriant « Stop ! I’m here !!! » je tente stupidement de freiner le véhicule au moyen du seul de mes pieds resté en contact avec le sol. Le conducteur, confus, saute sur ses freins et se confond en excuses. N’empêche, ma fierté avait reçu le coup de grâce car, distrait par le charme fou de ma charmante épouse, il m’avait tout simplement… oublié ! Marjo était pliée en quatre et moi, vexé, j’avais pour la première fois de ma vie, goûté à la toute particulière impression d’être une quantité négligeable…

05/04/2017

Les lunettes de Marjo

 

Cayman Brac, le 4 avril 2017

 

Hier, après nous être restaurés, nous avons pris la direction du musée de l’île. S’il y en a un, il reçoit systématiquement notre visite. Bien que l’île soit petite, un kilomètre reste un kilomètre et, s’il y a quelque chose qu’un marin perd vite, c’est le désir, voire la faculté de parcourir de longues distances à pied (J’écris cela parce que ça m’arrange car Marjo continue, elle, à apprécier la marche). Il ne reste donc que le taxi, la location de voiture (30 US$ la journée, ce qui n’est pas le Pérou !) mais bon, ça fait quand même cher le musée même si celui-ci est gratuit ! Renseignements pris, on nous dit qu’ici, il n’y a qu’à solliciter les rares automobilistes qui fréquentent l’île pour être gentiment pris en charge. Il n’y a pas de bus public. C’est donc pouce en l’air que nous nous sommes placés au bord de la route, au bon cœur des conducteurs dont nous n’avons pas pu compter le nombre supérieur à dix avant que l’un d’eux ne s’arrête. Il n’y a que quelques jours que nous sommes arrivés et déjà, le bouche à oreille des insulaires a fait de nous l’événement ! Remarquons que nous sommes le seul voilier de passage en ce moment. J’ai l’impression que les gens qui nous dépassent en voitures se téléphonent en se disant qu’ils viennent de croiser les navigateurs Belges qui font leurs courses, qui sont au restaurant, qui font du stop ! Bref, tous nos faits et gestes semblent, comme par enchantement, connus de tous ! C’est un peu comme si on avait appelé un taxi ! Pouce aussitôt levé, aussitôt chargés. C’est la magie de Cayman Brac…

Bref, nos visite et courses terminées, nous rejoignons notre dinghy pour rallier notre bord. Amarre larguée, je m’éloigne de la jetée au ralenti puis accélère pour mettre l’annexe au planning. Le vent additionné au vent de vitesse surprend Marjo qui sent son chapeau s’envoler et, en essayant par réflexe de le rattraper au vol, sans qu’on sache vraiment ce qu’il s’est passé, Marjo s’écrie : « mes lunettes ! ». Aussitôt, je coupe les gaz et, pendant que Marjo cherche dans le dinghy au cas où ses lunettes y seraient atterries, en bon marin ( !), je prends immédiatement deux alignements sur la côte pour mémoriser l’endroit précis où les lunettes sont tombées à l’eau. Il est 17 heures. Il nous reste une heure et demie avant le coucher du soleil. Il nous faut au moins tenter de les retrouver ! Une nouvelle monture avec des verres progressifs, nous pensons avec effroi avoir, comme on dit, fait notre journée. Non seulement, financièrement mais surtout qu’ici, au bout du monde, une paire de lunettes correctrices ne se trouve pas dans un coquillage ! Ni une, ni deux, nous retournons au bateau, y embarquons la bouteille de plongée de réserve et revenons sur place,. Marjo tourne au-dessus de moi qui plonge à une dizaine de mètres de profondeur à la recherche des lunettes envolées. Systématiquement, je palme en décrivant des allers-retours recoupant le trajet supposé du dinghy. Après trois quarts d’heures de recherche, le soleil descendant sur l’horizon, force nous est de constater l’échec de nos recherches. De plus, c’est la troisième fois que je plonge et, malgré le fait que les profondeurs atteintes ne sont pas énormes, cela me fait trois plongées successives sur la journée et, à mon âge… Pas de panique quand même, mon ordinateur de plongée me rassurant quant à la non obligation d’effectuer l’un ou l’autre pallier supplémentaire.

Le lendemain matin, nous repartons plonger. Ici, pas question de manquer une seule plongée car les sites visités depuis notre arrivée peuvent être vraiment qualifiés d’exceptionnels.

Mais nous n’avons pas oublié l’échec de la veille et décidons de revenir tenter notre chance pour retrouver les lunettes avec le reste d’air de nos bouteilles. Nous voilà donc de retour avec un mouillage complet, l’immergeons et, suivant les conseils de notre fils François contacté le matin par téléphone, nous décrivons des demi-cercles à partir de la position relevée la veille. Cette fois ce n’est plus du loisir, c’est du travail. Marjo et moi nous croisons à plusieurs reprises, bredouilles. C’est alors que, arrivé au bout d’un de ces demi-cercles, je fais demi-tour et vois arriver sur moi dans un nuage de bulles d’enthousiasme, Marjo brandissant ses lunettes, les bras levés en signe de victoire ! La persévérance a une fois de plus eu raison de l’adversité. Merci quand même à notre amie Dominique qui nous a dit avoir été mettre un cierge à St Antoine afin qu’il nous aide dans nos recherches ! Et ce soir, c’est sur cette bonne nouvelle que nous avons bu un bon rhum jamaïcain à la victoire des lunettes retrouvées... La vie est toujours belle à bord de l’Otter II…

26/03/2017

Déambulation à Port Antonio


Hier, on est parti en courses dans la cité. Dépaysement garanti ! Marjo me dit : "On fait comme si on connait". On ne passe pas inaperçus (pour rappel, on est blancs ;-) alors, le non verbal est comme un signal qui peut signifier : "besoin de rien, merci" ou "P...t'as une idée d'où se trouve le marché ?" Donc, non verbal évident pour ne pas être abordés, nous pressons le pas, nos regards cherchant le moindre indice, l'air de ne pas y toucher. Aucune indication ne venant à notre aide, Marjo sent peut-être un fluide d'affabilité émanant d'une impressionnante noire toute de bleu vêtue qui déambule devant nous. Elle l'interpelle gentiment en s'excusant et se présentant. Ici toutes les rencontres commencent ainsi : "Hi, my name is..."etc. La dame nous jauge d'un regard profond mais très amical, dit de la suivre et elle nous précède vers le marché où elle se positionne comme une ambassadrice des deux étrangers qui font leurs emplettes. De quoi avez-vous besoin ? Des citrons ? Suivez-moi, etc. Elle connaît tout le monde mais nous remarquons que les gens la regardent avec beaucoup de respect. Nos courses terminées nous prenons congé en la remerciant pour son aide. Elle me regarde avec un sourire entendu lorsque je lui dis mon étonnement de constater combien une si belle complicité peut naître spontanément entre deux femmes. Poursuivant nos recherches (on doit trouver du papier spécial pour refaire les joints du carburateur de notre groupe électrogène), nous cherchons d'indication en indication. Chemin faisant, nous remarquons que, depuis notre arrivée en ville, nous n'avons croisé aucun blanc ! Quand j'écrivais, dépaysement garanti... M'interrogeant avec Marjo à propos de la chance que nous avions eue de faire la connaissance de cette ambassadrice improvisée, je me rappelai que ce n'est pas le marché que Marjo lui a déclaré chercher au début de la conversation mais bien quand et où on pouvait assister à un office religieux (il paraît que cela fait partie des curiosités de l'île). Marjo confirme alors mes soupçons basés sur les quelques parties de phrases que j'ai comprises durant la rencontre dans cet anglais aux accents exotiques qui ne manque pas de me désarçonner. La dame en question était priestess !