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29/08/2018

Le bonheur c’est...

« Le bonheur, c’est rêver d’avoir ce que l’on possède déjà. » St Augustin.

 

Aujourd’hui, sur l’île de Taravail, nous avons fait la connaissance de Jean, mon homonyme (comme il se plaît à m’appeler). Il veille sur une magnifique église en attente d’être restaurée et qui est implantée, comme une incongruïté, sur une île où ne vivent plus actuellement que 7 personnes ! Dans le passé, une centaine d’âmes seulement vivaient ici et ont bâti cet imposant édifice. Il faut dire que le père Laval avait une poigne fer et s’est bien débrouillé pour exploiter la foi naïve des habitants des Gambiers auprès de qui il négociait main d’oeuvre et territoires contre des promesses de paradis !  Rien de nouveau sous le soleil...

Jean est mécanicien, nous avoue-t-il avec modestie. Lorsque nous lui proposons de lui faire de la publicité auprès des navigateurs de passage à Rikitéra en lui disant que ça pourrait lui rapporter un peu de sous, il répond : «  C’est une bonne idée mais ce n’est pas une question d’argent. Ce serait juste le plaisir de rendre service ! Ici, l’île me nourrit. Je n’ai pas de grands besoins. » 

 

Il y a aussi Hervé, Valérie et leur fils Ariki (=roi en mangarévien). Ils ont hérité, entre autres, d’un petit territoire qui jouxte l’église. Il a été planté au cours de toute une vie par le grand-père d’Hervé. Et Hervé, après avoir travaillé dur pendant 5 ans dans une ferme perlière pour gagner de quoi s’acheter un petit bateau et son moteur hors-bord, s’est installé ici et vit en totale autarcie. Il s’est construit une petite maison en bois qui est alimentée en électricité par panneaux solaires subsidiés par l’Etat. Il récupère l’eau de pluie... Il entretient le domaine qui est devenu au fil des ans un véritable jardin botanique, le grand-père ayant eu l’intelligence de diversifier ses plantations. C’est ainsi que l’on trouve ici plusieurs espèces d’arbres fruitiers et autres. Ici tout pousse ! Les pelouses sont entretenues et des bougainvillers de couleurs différentes sont là pour le plaisir des yeux. Des orchidées, aussi. Ce jardin botanique est une merveille. Un îlot de verdure domestiquée planté au milieu d’une jungle où tout ne demande qu’à croître et offrir de quoi subsister !

Hervé chasse la chèvre et le cochon sauvages. Il a des poules qui courent en liberté mais il connaît leurs endroits de ponte. Il récolte aussi le miel de naissains d’abeilles sauvages. Il vend une bête de temps en temps pour améliorer l’ordinaire comme acheter l’essence pour le bateau par exemple et payer le CNED (le couple a préféré ce système d’instruction pour leur fils, à la corvée de se rendre deux fois par jour dans l’île principale où se trouve l’école). Le petit Ariki semble bien dans sa peau et grandit en appréciant les visites des navigateurs de passage qui, chance, sont parfois accompagnés d’enfants. Et puis il y a tous les cousins à qui l’on rend souvent visite le w-e... Valérie réalise des compositions avec du sable d’une belle précision et les vend aux visiteurs de passage. Ils sont très attentifs à l’écologie. C’est ainsi qu’ils demandent aux navigateurs de ne pas jeter les déchets organiques à la mer et de les déposer à terre dans leur compostier. Contrairement à l’usage à Rikitéa, il a compris que les légumes qu’il fait pousser sur ses terres ont bien plus de valeurs nutritives que ceux qui viennent de Nouvelle Zélande et de Tahiti.

 

Il a encore beaucoup de terres à vendre ou mieux, à louer (baux de trois ans renouvelables avec option d’achat). Avis aux amateurs... La vie peut être belle aussi, à Taravai !... 

 

 

 

08/08/2018

Courriel envoyé à un ami en cours de traversée (extraits)

Chantons, pour passer le temps, les amours passées d’une jeune fille,
Chantons;.. ainsi commence une chanson de marins que nous avons chantée ensemble s’il t’en souvient dans un certain château de nos connaissances…
Faute de pouvoir chanter, écrivons me dis-je et, voici :

Ce jeudi 14 juin 2018 au coeur de la tempête en route vers les îles Gambier…

Hier, en fin de journée, le vent, qui était resté au-dessus des 20/25 noeuds toute la journée, s’est renforcé. Des rafales de plus en plus longues dépassaient les 30 noeuds. Nous étions sous gd voile à 2 ris et trinquette, le yankee complètement rentré. Nous prenons la décision de réduire encore jusqu’au bas ris (le troisième) et, au boulot ! La mer est forte et les grains menacent. Je capelle mon harnais et grimpe sur le pont en réalisant que nous avons quelque peu tardé pour nous décider. Cette hésitation va se faire rembourser en efforts pour prendre le ris et Murphy, encore lui, va s’ingénier à me mettre des bâtons dans les roues. Donc, du pied de mât où j’ai frappé ma ligne de vie, je raidis la balancine puis relâche la drisse de gd voile. Le vent se faufile dans les plis de la voile et en amène plusieurs derrière les marches de mât empêchant ainsi la voile de remonter. Enervement, je réalise une fois de plus que la ligne de vie s’emmêle dans tous les bouts fouettés par le vent et me rend fou de rage car non seulement je dois m’occuper de la voile mais en plus, je dois me décrocher et me raccrocher sur l’autre bord. C’est toujours le même problème lorsque je travaille au pied du mât. Je dois pouvoir passer d’un bord à l’autre et à chaque fois, ma ligne de vie se prend dans un winch ou un taquet et me prive ainsi de mobilité ! Alors que je cogite pour trouver une solution pour la GV, je constate que la bosse du troisième ris s’est coincée derrière une latte de la GV vérifiant ainsi l’idée qu’un problème arrive rarement tout seul. Le vent forcit encore et la pluie se met de la partie. J’ai droit à la totale ! Un problème à la fois. Premièrement dégager la bosse de ris avec la gaffe qui, allongée me permet d’atteindre le problème tant bien que mal car je dois me tenir et ai besoin de mes deux mains pour manipuler la gaffe. Après plusieurs tentatives, ouf ! La bosse est libérée. Il n’y a plus qu’à dégager la GV des marches de mât. Je crie à Marjo d’envoyer le moteur et de remonter au vent car je pense que c’est la seule façon de dégager la voile. Elle se met derrière la barre, débraye le Windpilot et, moteur lancé, fait lofer le bateau. La mer est grosse et l’Otter fait maintenant face aux lames qu’il escalade courageusement. Les creux sont impressionnants et le sont toujours plus lorsqu’on leur fait face plutôt que lorsqu’on les subit de travers ou par l’arrière ! Victoire, la voile faseye et se dégage des marches ! Je raidis encore la balancine, et j’embraque la bosse de troisième ris ainsi libérée. La bosse résiste car les rafales de vent s’opposent à ma manoeuvre. Je tire de toutes mes forces et, petit à petit, l’oeil de la prise de ris de la gd voile se rapproche du point  d’où elle pourra travailler correctement. Encore un effort. Je me cramponne. L’Otter chevauche les lames de plus en plus inconfortables. Il sera temps d’abattre, de reprendre le vent par le travers la voilure ainsi réduite. Je rentre dans le cockpit après avoir remis le pont en ordre. Pas question de laisser un bout ou un espar traîner car ce sont des ennuis assurés ! Je me déplace à quatre pattes car les mouvements du bateau et la fatigue de la manoeuvre (je suis en nage dans ma combinaison de navigation) me rendent prudent. La manoeuvre a duré 45 minutes ! Une fois en sécurité dans le cockpit, je redonne la main au régulateur d’allure et replace l’Otter  travers au vent et c’est là que la récompense de la manoeuvre nous est offerte : tout semble se calmer. L’Otter reprend sa route sous les bourrasques qu’il négocie en douceur. On peut couper le moteur et respirer. Nous sommes de nouveau en route sous voilure réduite !
A l’heure où j’écris ces lignes, le vent n’a toujours pas désarmé. Il souffle force 7 établi rafales à 8. La mer est franchement grosse et impressionnante, les déferlantes scintillent sous le soleil. Les prévisions nous annoncent que nous devrons attendre encore deux petites journées avant de pouvoir vraiment retrouver un certain confort de navigation. Pour l’instant, nous prenons notre mal en patience… mais, tout va bien à bord.

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Nous sommes en route vers la mystérieuse île de Pâques (Rapa Nui) et notre position est :

S 13°40’30.3’’ & W 097°12’55.4’’. C’est-à-dire que nous sommes à 1057 nautiques dans le NE de l’île. Plus que 8-9 jours de navigation. Depuis le 2 juin, nous pouvons compter sur les doigts d’une main, le nombre de navires rencontrés. Nous sommes seuls au monde. Totalement seuls.

 

20/05/2018

Piégés en Ecuador

Alors que hier soir, Marjo s’était renseignée auprès du vieux réceptionniste sur le prix d’un taxi pour nous emmener le lendemain à Cotopaxi (prix annoncé 5 dollars), ce matin, nous demandons au jeune réceptionniste - le vieux ayant terminé son service - d’appeler un taxi. Il s’exécute mais dans sa demande nous comprenons qu’il précise que c’est pour deux touristes ! Le taxi arrive et, comme à son habitude, Marjo demande : « Quando por Cotopaxi ? ». Et voilà que le prix avait triplé ! Marjo négocie mais le chauffeur est intraitable. Pas de pitié pour les gringos ! Ok, puisque c’est ainsi, emmenez-nous au terminal de bus de Latacunga. Nous y arrivons alors que le bus pour Cotopaxi est sur le départ. Pas le temps de passer à la billetterie, nous montons à bord confortés par le convoyeur du bus qui nous dit qu’il n’y a aucun problème à acheter les billets en cours de trajet. Nos gros sacs dans la soute à bagages, nous voilà rassurés et profitons du paysage jusqu’à ce que le convoyeur vienne pour recevoir le prix de la course. Il annonce 4,30 dollars à savoir le prix du trajet jusque Quito  alors que Cotopaxi n’est qu’au tiers de la distance jusqu’au terminus ! Gentiment, Marjo le lui fait remarquer... Elle lui montre en plus sur un ticket le prix officiel pour une distance similaire ce qui le décide à avouer - sans trop le dire mais en nous remboursant un malheureux dollar - qu’il avait essayé de nous escroquer ! Quoique, parce que pour des gringos... Bref, bien que nous lui avions demandé de nous avertir de l’endroit où nous devions descendre pour Cotopaxi, il n’en fit rien et, soupçonnant un mauvais tour de sa part, Marjo se renseigne auprès d’une autochtone qui avait l’air sympa de nous signaler l’endroit où nous devions descendre, ce qu’elle fit de façon fort aimable. C’est ainsi que, à notre demande, le conducteur de bus nous dépose, le convoyeur nous file nos sacs puis, nous laisse ainsi sur le bord de la route, c’est-à-dire sur le bord de nulle part ! Trop tard pour le rattraper, je remarque au détour de sa remontée dans le bus qu’il arbore un sourire qui en dit long sur le mauvais coup qu’il  nous a joué en répression de notre réticence à nous laisser plumer comme des pigeons ! En fait de pigeons, nous faisions la paire ! 

Inspectant la cartographie de nos iPads, nous hésitions... mais devant l’impossibilité de nous renseigner, E9846483-41B5-44AE-9CC5-4B6DAA958D3B.jpegnous nous mîmes en route vers la réserve naturelle qu’annonçait le panneau indicateur du bord de nulle part où nous avions été déposés. Après quelques minutes de marche où l’altitude me fit prendre sans tarder la cadence montagnard, je hélai Marjo qui filait déjà devant pour lui signifier que ma cadence montagnard était loin d’être la sienne ! Tout juste après cette mise au point, un bruit de moteur. je me retourne et mets spontanément le pouce en l’air. C’est fou comme le poids de deux sacs sur le dos rend intelligent ! Non mais, je rêve ! Voilà que la voiture -plutôt un pickup avec une benne arrière (une bétaillère, quoi !) - ralentit et s’arrête à notre hauteur. Un premier coup d’oeil à l’intérieur me décourage car l’habitacle s’avère complet... Ne perdant pas courage alors que Marjo s’adressait aux occupants pour se renseigner sur la pertinence de notre direction, je me déplace vers l’arrière et constate que la benne est occupée par huit jeunes gens et jeunes filles rigolards et leurs bagages. Manifestement ils ne s’ennuyaient pas ! Je le constatai en même temps que je réalisais que notre inattendu taxi était full. A peine le temps de la réflexion, Marjo se ramenait à l’arrière, lançait ses sacs aux jeunes qui l’aidèrent à monter à bord et m’invitèrent à la suivre. Incrédule mais n’écoutant que mon souhait de ne plus être à pied, je grimpai à mon tour pour m’entasser dans la benne, debout et agrippé aux ridelles. Dans les éclats de rires, nous entamons un parcours des plus surréalistes de rencontre avec ces sympathiques jeunes gens en partageant  leur inconfort. Les éclats de rires redoublant, ils nous firent remercier en pensée le convoyeur qui, par sa vilénie, avait permis à l’aventure de nous rattraper.058B0A22-2920-4098-8BEC-A8A7DCD4F0FF.jpeg

Arrivés à la destination de nos généreux et sympathiques sauveurs, une réserve naturelle qui n’était malheureusement pas celle où trônait l’hôtel que Marjo avait réservé, force a été de renégocier un transport vers celui-ci qui, grâce à la bonne volonté des rangers de l’endroit, nous permit d’être remis sur le bon chemin. Il n’y avait plus qu’à nous faire embarquer par un 4x4 pour parcourir les 20 derniers kilomètres jusqu’à la lodge qui nous attendait. Nous étions encore en avance...

15/03/2018

Journal de bord —-> Panama

J+2 : le soleil grimpe dans notre Est alors que notre Otter, sous régulateur d’allure, taille sa route à 40° du vent vrai. Un vrai régal ces voiles neuves qui nous font gagner en angle contre le vent, en vitesse et en raideur à la toile. Le temps est « Caraïbes ». L’alizé souffle imperturbablement à peine dévié de sa course NE par les petites dépressions locales. Le soleil donne. Le ciel est « windows ». La mer est comme une vieille copine toute ridée de ses habituels cafouillages. L’Otter y creuse sa route, infatigable. Elle donne l’impression de reprendre ses marques, un peu comme nous d’ailleurs qui passons de la stabilité terrestre à l’équilibration permanente. Il n’y qu’en position couchée, bien calés entre des coussins, que l’on peut relâcher sa recherche d’équilibre. La vie de marin, quoi !
Au plus près du vent, nous avons remonté la côte du Belize et bien au large, nous venons de laisser Banco Chinchorro par notre travers bâbord. C’est là que nous avions fait escale l’an passé pour rallier les Caymans. Cette fois-ci, pas question de s’y arrêter ; on est en projet non stop jusque Panama !
Tapant sur mon clavier, il me vient un regret, celui d’avoir négligé de m’occuper plus tôt de l’Iridium. J’ai procrastiné en donnant la priorité à autre chose... une erreur qui va m’empêcher d’envoyer mes petites bafouilles au fur et à mesure. Désolé pour ceux qui le regretteront avec moi ! Bientôt, nous pourrons « laisser courir » en ouvrant les voiles au souffle de l’alizé bâbord amures et, plus confortablement, poursuivre notre route. Nous veillerons à laisser le « Gorda bank » bien à l’écart et a ainsi passer au large des zones à risques de piraterie...

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J+3

Les jours se suivent et se ressemblent mais le vent continue son refus de s’installer sur notre cul en passant au N comme promis (par la meteo). C’est la troisième fois que nous virons de bord pour gagner contre l’alizé qui refuse. A part ce petit contre-temps, la navigation au près serré reste confortable. La mer est à peine creusée, le soleil brille et le vent reste tout juste supérieur à 10 noeuds. Le Windpilot, contrôlé de mains de maître par Nestor, maintient notre Otter imperturbablement sur son cap. Nos panneaux solaires nous changent la vie car même lorsque notre alternateur d’arbre produit moins pendant les période d’hésitation du vent qui nous ralentissent, nous restons avec un voltage supérieur à 13 volts. Le radar est réglé pour fouiller l’horizon pendant 2 minutes toutes les 8 minutes et une zone circulaire de sécurité a été configurée. On pourrait se demander pourquoi car depuis notre départ, nous avons assez de nos deux mains pour compter le nombre de navires croisés à plus de 5 milles de notre position. Il n’y a décidément guère de voiliers en mer ! Le seul que nous ayons côtoyé en navigant de conserve pour nous photographier réciproquement sous voiles fut Décadence de notre ami canadien Russel. Depuis, plus une seule voile à l’horizon !

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J+4

Le vent hésite et est variable bien que son intention soit clairement de s’orienter du N comme prévu. Nous sommes au moteur et le peu de vent nous vient par le travers bâbord imprimant a l’Otter une légère gîte. La mer s’est considérablement calmée et son caractère cafouilleux a maintenant complètement disparu. La « menteuse » est gibeuse. Elle illumine l’océan de son dernier quartier et le ciel se parsème d’étoiles. Seul le bruit du moteur jette un bémol sur l’impression de plénitude que je ressens. Hier, en fin de journée, quelque peu fatigué de mes lectures - en mer, j’en retrouve le goût avec délectation - je me promenais sur le pont, laissant mon regard errer sur le gréement et les voiles à l’affût d’une imperfection à corriger, je me suis déplacé sur le beaupré où un petit siège permet de jouer la figure de proue assis au-dessus de l’océan. Penché vers l’onde, le regard se perd dans ses profondeurs d’où surgit ça et là le reflet argenté d’un exocet sur le qui-vive, chassé qu’ils sont par les dorades coryphènes (dont nous prélevons de temps en temps un individu pour alimenter la cambuse). Ainsi assis au-dessus de l’eau, on ne voit qu’une ligne d’horizon aussi longue que le permet la rotation de la tête. La vue scrute la surface à la recherche d’un éventuel souffle de baleine, d’une nageoire de dauphin,... L’esprit court alors dans tous les sens et installe un sentiment de reconnaissance envers la vie que nous menons, Marjo et moi. Pour rien au monde, ai-je dit à ma capitaine venue me rejoindre, je n’échangerais ma place ! Un grand moment de félicité dont j’ai chargé ma mémoire pour compenser les futures et inévitables contraintes de la vie de marin... Il est 2h. L’Otter profite de cette mer d’huile pour utiliser le répit que nous laisse l’alizé afin de progresser vers l’Est. Demain matin le nordet qui s’installe timidement va se renforcer. Nous serons alors en bonne longitude pour foncer au portant vers le Sud et notre destination Panama.

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J+5 :

Le soleil vient de se lever avec le changement de quart. Yan (c’est le petit nom de notre moteur) se repose et rend à nos oreilles ravies les bruits de l’océan et du vent. Le nordet s’est installé et nous filons 6 noeuds dans une mer se réveillant. Marjo dort. Le ciel est dégagé, parsemé de quelques nuages de beau temps. Une belle journée de plaisir sous voiles se précise.

18h30 la nuit prend ses quartiers après une agréable journée à naviguer SSE grâce au nordet qui semble vouloir se renforcer, opportunité que nous allons bien entendu saisir pour plonger vers Panama.

J+6

11h52. Le ciel bleu parsemé de nuages de beau temps accompagne notre traversée. Le vent se maintient au NE ce qui nous permet de progresser SE en direction d’un waypoint très au large du Gorda bank que nous aurions pu traverser gagnant ainsi un jour au moins de navigation. Suite aux récentes attaques de pirates à cet endroit, nous avons préféré faire le grand tour et, alors que j’écris ces lignes, nous approchons du moment où nous allons pouvoir bénéficier de la possibilité de « laisser porter » c’est-à-dire ouvrir nos voiles et accéder aux allures plus confortables, le vent nous venant par le travers jusqu’au au vent arrière, allures dites de largue. Même si nous n’avons pas à nous plaindre des conditions météorologiques, cinq jours (et nuits) au près serré entame imperceptiblement le moral tant de la cuisinière que de l’équipage... Aussi, nous nous armons de patience.


J+7 :

Le vent s’est levé et, contre la courant portant au N à l’extrême E du Honduras. Vent contre courant (env 2noeuds quand même !) n’ont jamais fait bon ménage aussi, nous avons été bien chahutés dans une mer creusée que l’Otter a escaladé inlassablement pendant toute la nuit et toute la journée qui a suivi. Il a plu et le vent est monté à 28 noeuds ce qui nous a contraints à mettre notre bimini à l’abri.
Il nous reste 400 petits milles à avaler jusque l’entrée du canal où une marina bien équipée (bonnes douches, une piscine) nous attend avec... peut-être une surprise !

J+9

Hier, excepté deux navires croisés à distance, nous avons été, une fois de plus, seuls au monde. Le vent ENE ne faiblissant pas, nous dûmes nous abriter du soleil qui, fort heureusement, fut filtré par une couche de nuages assez dense (par prudence, le vent forcissant, nous avions rentré le bimini).
Aujourd’hui, grand voile haute, yankee complètement déroulé, nous faisons route directe vers Panama. Filant 6 petits noeuds, ce qu’il reste de milles (212) à parcourir s’égraine petit à petit, activant pour ma part, la joie d’arriver bientôt. Marjo, quant à elle, continue inlassablement à s’ingénier à la cambuse, à me gâter par l’originalité et la diversité des plats proposés aux différents repas de la journée. J’ai même eu droit à une choucroute garnie (self-made lactofermentation) ! Ma capitaine a pris ses marques, est couverte de bleus dus aux déséquilibres provoqués par les mouvements parfois imprévus du voilier (cuisiner nécessite parfois les deux mains ce qui est incompatible avec « une main pour soi et une pour le bateau ») mais se dit prête à prolonger sans problème notre traversée. Pour ma part, je reste un impatient et je serai vraiment content d’arriver !

Biaisant notre impossibilité actuelle d’envoyer et recevoir des mails par Iridium (Merci XGate!), Marjo reste connectée par sms notamment avec nos amis Texans Jim &Kitty. Jim note quotidiennement notre position, recherche les prévisions sur zone et nous les envoie. Nous les recevons comme un témoignage d’affection amicale incroyable. Nous nous imaginons les rendez-vous dans la « palapa » des équipages colocataires de la marina qui se rassemblent pour clôturer la journée qui, pour la plupart, est une journée de travail sur les bateaux. Un (ou deux si affinité) verres de rhum clôturent la journée et notre navigation, dixit Jim, est au centre des conversations. Pour la plupart, notre traversée sans escales semble être un exploit ! Le plus souvent, ils font du cabotage... et passer 10 jours sans escale reste exceptionnel...

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23/01/2018

Les swimming solar panels

La vie au Rio Dulce n’est pas toujours un long fleuve tranquille... Depuis ce matin, je m’étais attaqué au placement, sur notre nouvelle arche en inoxydable, de quatre panneaux solaires articulés selon un dispositif original imaginé par nous et conçu avec maîtrise par un soudeur de talent maîtrisant parfaitement le travail de fine mécanique sur machines-outils. Je venais de terminer l’amarrage avec des U dûment boulonnés des deux panneaux bâbord. Les deux autres étaient déjà en place et « sécurisés » par des colliers de serrage en plastique ; ils n’attendaient que moi pour recevoir leurs fixations définitives. Mais c’était sans compter sur la « Murphy’s law » (appelée chez nous la loi de la vexation universelle !).
Alors que je me tournais vers tribord pour m’occuper d’eux, un grand bruit métallique suivi d’un énorme plouf me fit vociférer une quantité de jurons que je préfère passer sous silence. Je venais de créer les premiers « swimming solar panels in the world » !... Il n’y avait plus qu’à - j’ai horreur de cette expression - les sortir de l’eau ce qui, en apnée et compte tenu du poids de l’ensemble, s’avéra vite impossible.
C’est donc avec l’aide de plusieurs voisins de ponton et cordage que nous parvînmes à ramener, d’abord le cadre, ensuite l’un puis l’autre panneau. Fort heureusement, l’eau était bonne et le fond pas trop boueux ni profond... Ce soir, alors que je raconte mon aventure, les panneaux ont été soigneusement séchés et enfin correctement mis en place. Quand je vous disais que la vie à bord de l’Otter n’est pas toujours monotone !... Demain il ne reste plus qu’à... passer les fils et effectuer les raccordements.