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17/03/2016

Cuba l'inconnue...

L’Otter II découvre Cuba sourire, Cuba gentille, Cuba généreuse…

 

Forts de la présence à bord de notre Manon et après nous être bien imprégnés de l’ambiance de Santiago de Cuba, nous larguons les amarres après avoir laissé les autorités vérifier qu’aucun cubain clandestin ne s’est faufilé dans une cabine. Devoir accompli, les officiers de l’immigration nous aident et c’est presque avec tristesse qu’ils nous regardent nous éloigner du quai. C’est fou comme une semaine de rapports où la cordialité de départ a fait place à une sorte d’amicale fraternité tisse des liens.

Il y avait Arthuro, l’officier de l’immigration, Georges, le capitaine de la marina, Armando, Norberto,… tous, dans les limites de leurs possibilités administratives, tournés vers le souci de nous être agréables. Arthuro ira jusqu’à relever l’intérêt de Marjo pour le café cubain (impossible à trouver en grains à Cuba) et, sans rien promettre, en fit apporter par son beau-père depuis sa lointaine montagne. Marjo, ravie, fut placée pour la première fois de sa vie devant du café non torréfié, problème qu’elle résolut presque sur le champ en cuisant les grains dans une poële à frire. Le café, moulu ensuite au moyen de notre nouveau moulin, développa tous ses arômes dans notre cafetière Bialetti et ce, pour notre plus grand plaisir. La femme de Norberto nous fit même offrir deux jolies petites poupées cubaines confectionnées par ses soins. Nous les avons bien entendu exposées en bonne place dans notre carré. Toutes ces gentillesses ne furent bien entendu pas à sens unique. Chaque fois que nous remarquions de l’intérêt pour l’un ou l’autre objet dont nous pouvions nous passer, nous leur offrions de bon cœur. C’est ainsi que du fil électrique, des vieilles clés USB, des CD-Roms, un tuyau d’arrosage,… ont bien vite trouvé acquéreurs. Bref, tous ont transformé notre bref séjour à quai en une semaine où nous nous sommes vraiment sentis accueillis.

 

Cuba accueillante…

 

Après une première navigation de nuit au cours de laquelle l’alizé nous emmena en douceur vers l’ouest, nous mouillons dans Cayo Media Luna, repéré comme un excellent abri par tous les temps. Nous y sommes seuls. Le plan d’eau est aussi tranquille qu’un lac. La première nuit est illuminée par une pleine lune magnifique. Le vent est tombé. Nous écoutons le silence. Nous n’en croyons pas nos oreilles…

 

Cayo Passa Honda nous accueille ensuite. Mer d’huile. Couché et levé de soleil impressionnants, les cieux semblent vouloir prendre feu. Des vols de flamands roses… La vie est belle à bord de l’Otter II. Les appareils photographiques, une fois sortis de leur sacoche, n’y retournent pas, enregistrant tant et tant de magnifiques images témoins de ces moments de vie privilégiés.

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Manon semblant bien reposée de son long voyage, nous nous décidons à avancer vers Cayo Cuervo. Approchant du piquet d’entrée du lagon, les fonds remontent rapidement. La carte est suffisamment imprécise pour nous inciter à la prudence. Nous mouillons donc un peu à l’écart afin de ne pas gêner le passage des quelques crevettiers qui semblent avoir choisi le lagon comme base de départ. De là où nous sommes, nous observons les entrées et sorties de ces pêcheurs qui, une fois ancrés, nettoient leur filets chargés de crevettes. Dès ce travail terminé, l’ancre est relevée et le crevettier vient se mettre à couple d’un navire plus important qui semble être le bateau mère dans les cales duquel les crevettes sont stockées probablement sous glace. Nous pensions nous retrouver là-bas tous seuls et non près d’une flottille de bateaux de pêche au travail mais il est trop tard pour changer de Caye. Nous ne le regretterons pas. Le soleil est déjà bas sur l’horizon. Nous vérifions la bonne tenue de l’ancre lorsqu’un troisième crevettier revient de pêche, passe à côté de nous et, l’équipage nous faisant amicalement signe de les suivre, embouque la passe à une encablure à droite de la perche comme s’il y avait 5 mètres d’eau sous sa quille ! Nous leur répondons par signes que notre tirant d’eau, trop important, nous en empêche…

Là où nous sommes, l’ancre a bien croché et nous décidons de rester dehors pour la nuit.

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Pas avant seulement d’avoir approché ces pêcheurs qui nous faisaient de grands signes amicaux et nous invitaient à les suivre à l’intérieur du lagon. Nous grimpons dans l’annexe et sondons la passe à l’ancienne (en lançant un plomb de sonde en avant du dinghy et reconnaissant la profondeur en passant à la verticale du plomb - Jamais en panne et nettement meilleur marché qu’un sondeur électronique !). A l’endroit où les crevettiers passent, il y a 3,5 m et plus ! Largement assez pour notre Otter mais bon, on n’est jamais assez prudents !

Nous nous approchons. Marjo, toujours prévoyante, a emmené une bouteille de rhum, des savons et autres petites choses que nous savons rendre heureux ces cubains le plus souvent démunis. On se présente. Depuis mon arrivée en terre cubaine, je suis Juanito (plus facile à prononcer que Jean), Marjo est Maria (Ils arrivent pas à dire Marjo !) et Manon garde son beau prénom plus facile à prononcer. Les mains se tendent. Les sourires illuminent leurs visages tannés par le soleil caraïbe. Marjo demande : « Cambio Camaronese por Rhum ? » Cela déclenche l’hilarité générale - comme s’il n’y avait pas de crevettes à bord d’un crevettier ! A peine sortie de son sac, la bouteille de rhum disparaît à leur bord.

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Toujours riant aux larmes, un des marins nous donne un saut plein de magnifiques crevettes dont Marjo espère prélever la quantité suffisante aux besoins du bord. Que nenni ! Ils insistent et moi je traduis : « Vous devez manger tout ! » Il est vrai qu’elles sont belles leurs crevettes… Difficile de trouver plus frais ! Soucieux de quand même varier un peu les prochains menus, je risque : «  langosta ? » et, comme par magie trois belles langoustes atterrissent dans le fond de l’annexe. Quelle générosité. Rien n’a encore été négocié. C’est cadeau ! Marjo leur donne en extra des savons, deux paires de lunettes de lecture (hautement appréciées) et quelques crèmes de beauté pour leurs « mujers ». Penchés au-dessus de leur bastingage, leurs sourires en disent long sur leur reconnaissance. Je pense encore une fois : « On a tout ; ils n’ont rien et sont contents de l’instant présent qui les enchantent presqu’autant que nous ! ».

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Cuba généreuse…

 

Rentrés à bord, Marjo s’active avec Manon pour prendre soin de nos cadeaux de la mer. Outre les crevettes, elle a reçu des calamars qu’elle prépare comme il se doit selon une recette de tapas espagnols déjà bien connue. Les calamars et quelques kilos de crevettes dont une partie sera cuite et décortiquée, disparaissent dans notre frigo. Il n’empêche que, sans congélateur, il est fort heureux que tous les trois, nous apprécions les crevettes car nous en avons reçu de quoi nourrir un équipage bien plus nombreux ! Notre réserve de protéines pour les jours suivants est en tout cas assurée !

Alors que nous envisagions de poursuivre notre route vers l’ouest, des amis-bateau Français arrivés entre-temps, viennent gentiment nous prévenir que le vent va monter la nuit et qu’il ne fera pas bon rester dehors. Ils nous disent qu’ils tiennent ces infos des pêcheurs qui nous invitent à venir mouiller près d’eux, à l’abri de la mangrove. Ils nous disent que cela les rassurerait. Appréciant cette intention toute empreinte de la gentillesse cubaine, nous levons l’ancre et allons la remouiller un demi-mille plus au N, bien à l’abri de la mangrove qui nous protégera efficacement des rafales qui montèrent durant la nuit à plus de 35 nœuds.

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Cuba attentionnée…

Le lendemain, cap vers les Jardins de la reine proprement dits, à Cayo Breton, où nous mouillerons également bien à l’abri. Là, à peine ancrés, des pêcheurs de langoustes reviennent de leur longue et pénible journée de travail. Ils plongent en apnée presque du lever au coucher du soleil, vêtus de combinaison en néoprène dont ne voudrait plus un club de plongée africain. Mais ils sont là, souriants, appréciant notre joie de les rencontrer. Ils remarquent immédiatement que nous les acceptons à couple en mettant en place les pare-battages. Manon trépigne, l’appareil photographique mitraille les pêcheurs qui s’y prêtent avec complaisance. La séance de troc commence. Je choisis deux grosses langoustes parmi celles qu’ils nous proposent et refuse les autres en leur disant que nous n’avons pas de congélateur et que nous ne voulons pas gaspiller leur gagne-pain. Marjo leur donne notre dernière bouteille de rhum. Manon est invitée à leur bord et n’hésite pas à enjamber le bastingage, elle va à leur rencontre digne héritière du charme communicateur de sa Maman. Les pêcheurs sont sous le charme et, malgré mes protestations, me balancent deux belles langoustes supplémentaires pour accompagner les deux premières. Pendant ce temps, le plaisir de la rencontre est évident. La glace est rompue.Moi&langoustes.jpg On papote en une sorte d’espéranto espagnolisé. Marjo progresse. Manon se rappelle ses cours d’espagnol de l’ISALT et participe. Ils me demandent une vieille écoute de yankee que j’ai laissé traîner sur le pont. Je la leur donne avec grand plaisir car au moins, je suis certain de lui donner une seconde vie. Ils demandent si nous avons de la crème protectrice pour leurs lèvres que l’eau de mer attaque en permanence. N’en ayant pas, Marjo compense en leur donnant des rouges à lèvres pour leurs épouses. Elle distribue aussi trois paires de lunettes de lecture neuves achetées en vue de cette situation. Nous nous amusons beaucoup de leur enthousiasme à recevoir des objets qui sont tellement rares pour eux qu’ils ne remarquent pas en les essayant qu’ils sont encore protégés par une fine pellicule de plastique, ce que nous nous empressons de leur faire remarquer. Dans la conversation un plongeur signale en riant les nombreux trous parsemant sa combinaison. Je me rappelle en avoir encore une ancienne toujours en bon état mais que mon embonpoint m’empêche désormais d’utiliser. Je la trouve et la lui donne sans savoir s’il va pouvoir l’utiliser et J’obtiens son plus large sourire comme toute réponse. C’est alors que l’un d’entre eux s’aperçoit que nous avons suspendu à la poupe de notre voilier, un bout où j’ai enfilé par leur anse un grand nombre de bidons à eau potable vides que nous destinons aux poubelles. Ils nous les demandent avec empressement et sont immédiatement satisfaits, trop contents que nous sommes de nous débarrasser de ces encombrants récipients qu’ils vont eux remplir et utiliser au quotidien leur offrant ainsi, à eux aussi, une seconde vie ! Quelle belle leçon de vie ! Quelle merveilleuse rencontre ! Ils prennent alors congé non sans avoir demandé à Manon si elle était mariée… manon.jpgPendant que les amarres sont larguées, Manon remarque avec une émotion toute maternelle que certains essaient les produits cosmétiques sur eux-mêmes utilisant les rouges-à-lèvres avec le plus grand sérieux. A peine éloignés de quelques encablures, ils laissent éclater leur joie. Ils sont manifestement satisfaits, eux aussi, de la rencontre. Notre joie, plus discrète mais non moindre, est à son comble. Quel beau et bon moment de vie ! Le mot dollars ou CUC (monnaie locale) n’a pas été prononcé une seule fois. Le matérialisme que nous tentons d’éviter au quotidien s’est tenu à l’écart…

 

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Cuba la vraie…

 

(à suivre…)

 

Une visite inattendue

Une visite inattendue

 

Cinq jours à La Havane nous ont suffi pour apprécier l’ambiance de cette capitale cubaine malheureusement en chantier. La ville est en effervescence en vue de deux événements importants qui se rapprochent : la venue de Barak Obama et le concert des Rolling Stones. Le jour de notre arrivée, la plupart des rues et avenues étaient éventrées probablement pour y installer ou renouveler câblage Internet, voire téléphone car ici, la plupart des cubains se servent des téléphones publics disparus de notre environnement géographique depuis belle lurette ! Beaucoup de bâtiments sont aussi en rénovation et il est grand temps car tout un patrimoine architectural est manifestement en danger faute de moyens. Bref, beaucoup de poussières mais aussi une démonstration d’efficacité des travailleurs cubains. Une rue éventrée le matin est déjà refermée le lendemain, câbles posés !

Les cubains sont en général très sympas mais quelque peu harceleurs. On s’y habitue et surtout, on s’y adapte. Plutôt que refuser le dialogue, on les éconduit gentiment en trouvant une excuse. Mais surtout, on négocie car les prix sont le plus souvent d’abord annoncés le double, le triple ou encore plus de ce que nous avons effectivement payé ! Il faut s’y faire et surtout ne pas casser le marché en acceptant n’importe quoi… Pas toujours facile.

Toutes ces journées où nous avons déambulé (merci ma prothèse qui est maintenant totalement rôdée) dans ces rues pittoresques ont été émaillées de surprises : surprises visuelles (il faut voir une fois au moins dans sa vie un étal de boucherie cubaine !), surprises auditives (ça chante et ça danse quelle que soit l’heure de la journée), surprises olfactives (ça cuisine partout et on peut dire que si l’escale à La Havane peut difficilement être qualifiée de gastronomique, il y a quelques restaurants à découvrir où la gentillesse du service compense un peu, à quelques exceptions près, la monotonie des menus). Bref, si La Havane ne fut pas ma ville cubaine préférée, je lui reconnaît une certaine originalité qui lui donne ainsi contrairement peut-être à Santiago de Cuba et Cienfuegos à mon sens plus authentiques, un petit air de capitale.

Pour le retour, nous avions fixé rendez-vous avec notre taxi qui nous prend en charge avec un passager supplémentaire non prévu dans notre accord. Cela aussi, c’est Cuba ! Marjo apprendra que la course lui a été proposée pour lui seul au même prix que celui négocié pour nous deux ! Bref, nous voilà repartis pour 350 kms de slalom entre les nids de poule que le conducteur semble connaître par cœur négociant habilement dépassements et évitement d’obstacles. Il n’est pas rare de partager l’autoroute avec des attelages, des vélos, des piétons ! Un vrai dépaysement !

superyacht.jpgQuitte à partager notre véhicule, autant le faire dans la convivialité. Le conducteur n’étant guère loquace, Marjo engage la conversation en anglais avec notre passager qui s’avère être un Ecossais, d’entrée de jeu plus sympathique que moi qui lui demande de bien vouloir s’abstenir de fumer ! Plutôt que d’être enfumé pendant plus de trois heures, j’ai choisi d’imposer mon choix quitte à passer pour un mauvais coucheur ce qui ne fut pas le cas, l’homme se pliant immédiatement et avec le sourire à ma demande. Occupé à taper un rapport de terre/mer sur mon ordinateur, je laisse traîner mes oreilles et apprends ainsi que Terry – c’est son prénom – est Second sur le maxi yacht amarré cul à quai à la marina de Cienfuegos. Durant tout le trajet, il n’y eu pas beaucoup de blancs dans la conversation. Notre écossais était disert, Marjo égale à elle-même et moi, tapotant mon clavier comme un autiste, j’intervins très peu. J’étais à l’écoute cependant et parvins à demander s’il était vrai que les Ecossais ne portaient pas de sous-vêtement sous leur tartan. Sa réponse fut appréciée dans un éclat de rire car il déclara que s’il est vrai que les Ecossais traditionalistes ne portent pas de sous-vêtements, lui n’en est pas un, trouve que le tissu des kilts est très agressif et martyrise son épiderme, raison pour laquelle il porte toujours un caleçon !

Arrivés sans encombres à Cienfuegos, nous étions presque devenus amis et, le propriétaire du grand voilier[1] étant absent, Terry nous proposa d’en faire la visite. Rendez-vous fut pris et honoré le lendemain où nous pûmes visiter ce prestigieux ketch de 40 m, visite au cours de laquelle, tout en admirant, sans en partager le goût, les luxueux aménagements, nous pûmes réaliser combien la comparaison entre un tel voilier et le nôtre s’arrête à ce que les deux navires naviguent à la voile ! Un tirant d’air de plus de 40 m, un moteur Mercédès de 515 chevaux, un tirant d’eau de 3,50m… Je vous fais grâce d’un descriptif complet que les amateurs peuvent facilement trouver sur Internet. Combien ça coûte ? Beaucoup d’argent. Un Capitaine, un Second, un ingénieur, une hôtesse, deux équipiers, s’occupent du bateau sans relâche qu’il navigue ou ne navigue pas. Je n’ai retenu que la somme nécessaire à son fonctionnement annuel : deux millions de dollars ! Pour remercier Terry de cette inattendue possibilité de visite, nous l’invitâmes à notre bord pour un « sunset party » que nous n’oublierons pas de sitôt. La soirée fut arrosée, enjouée, racontée, partagée, la conversation s’inscrivant dans un esprit de sympathie réciproque. Nous en apprîmes ainsi les avantages mais aussi les vicissitudes de la vie des marins au service des nantis. Je relèverai, dans les quelques indiscrétions évoquées, que le propriétaire, lorsqu’il est à bord s’assied dans son salon et consulte pendant de nombreuses heures, ses journaux financiers et autres mais surtout financiers, tenez-vous bien, imprimés à bord !!! Il faut bien que son immense fortune vienne de quelque part ! Quant à la voile, il s’y intéresse fort peu. De temps à autre, il encourage l’équipage à pêcher car il refuse de manger quoi que ce soit qui a été congelé. Il offre parfois 200 $ au premier qui lui sort un thon, une dorade ou autre bonite !

En ce qui concerne le voilier proprement dit, jamais ses routes ne sont établies en fonction du vent et les navigations se font donc au moteur appuyé par les voiles chaque fois que cela est possible. Il passe ainsi des Caraïbes à la Méditerranée selon les caprices du proprio qui n’a jamais traversé une seule fois préférant retrouver son beau voilier là où il le souhaite !

A Cuba, pendant son court séjour avec sa femme et ses enfants, son jet privé reste en standby au cas où les événements se précipiteraient et qu’il devrait quitter en hâte le territoire. Pendant ce temps, je suppose que le pilote se tourne les pouces et/ou prend du bon temps accroché à son portable… Décidément, la vie est bien plus belle à bord de l’Otter II

 

[1] Par souci de discrétion et afin d’éviter d’éventuels ennuis à notre nouvel ami, nous avons choisi de taire le nom du bateau.

14/02/2016

Enfin, Cuba s’inscrit sur la longue route

Enfin, Cuba s’inscrit sur la longue route de notre découverte du monde et…

 

Partis de Georgetown avec une fenêtre météo pas « top » mais nous garantissant une « following sea » sans toutefois nous prévoir des vents « fair », nous avons navigué, dois-je le dire sans faire rougir notre Otter, comme de vrais pros, notre vitesse n’étant pour ainsi dire jamais descendue sous les 6 nœuds et courtisant le plus souvent les 7, voire parfois les 8 nœuds ! Bref, 425 milles parcourus en 70 heures, les marins peuvent rapidement se demander si nous ne sommes pas un peu menteurs avec un voilier pesant en charge près de 20 tonnes ! Notre voyage s’est achevé en baie de Santiago de Cuba   sous bas ris et yankee enroulé de plusieurs tours avec un vent catabatique nous obligeant à tout rentrer en slalomant dans les grains pour terminer au moteur vent de 35-37 nœuds dans le nez !

Une fois le goulet d’entrée franchi sous les regards des touristes visitant le Castillo del Moro gardant l’entrée de Santiago de Cuba, le calme oublié depuis trois jours s’installe tant dans les haubans de notre fier voiler que dans nos esprits un peu embrumés par le manque de sommeil.

Plusieurs appels VHF étant restés sans réponse, les officiels chargés de surveiller les entrées du port étant certainement occupés à d’autres tâches plus importantes, nous sommes arrivés en vue de la marina internationale Santiago de Cuba, la VHF restée muette jusque là. Les guide nautiques insistent pourtant sur l’obligation de se signaler dès l’entrée dans les eaux cubaines, c’est-à-dire à moins de 12 milles des côtes. Arrivés donc en vue de la marina, un officier de la Guarda Frontera nous donne (c’est la première fois qu’une telle procédure nous est proposée) une position GPS pour l’ancrage. Un petit cafouillage provenant de la difficulté de compréhension des chiffres annoncés nous fait renoncer et refaire une demande. L’officier, de guerre lasse, modifie sa demande en nous indiquant une aire de mouillage plus facile à comprendre et située entre les bouées rouges du chenal et la marina. Aussitôt dit, aussitôt fait, cette position nous semblant plus normale que celle indiquée précédemment qui nous envoyait de l’autre côté de la baie là où aucun autre navire n’était ancré. Nous apprendrons par la suite qu’il nous avait tout simplement appliqué le principe de quarantaine d’antan !

Quelque temps après avoir vérifié notre ancrage, une « lancha » (sorte de bateau-taxi) vient nous déposer une jeune dame ressemblant à l’épouse de Timour, cheveux roses, ongles assortis, tablier blanc qui demande à monter à bord de façon qui nous sembla officielle parce qu’elle brandissait un sac de l’UNICEF ! Après les présentations, nous comprenons que c’est la médecin qui représente l’inspection sanitaire, inspection qui se borna à vérifier le bon état de nos conserves et de nos fruits ainsi que si nous avions des bières au frigo ! Elle insista pour partager les deux bières fraîches qu’il nous restait en disant « Salute en bienvenudos a Cuba ! Bref, en trois coups de cuiller à pot, elle était devenue une amie et nous demandait quand même un peu de sous parce qu’elle devait désinfecter le bateau en prévention d’éradiquer le nouveau moustique « tueur » (moustique-tigre ?) dont se méfient les autorités sanitaires cubaines. Ah, oui, je ne voudrais pas oublier de mentionner la prise de température corporelle qu’elle effectua sur chacun d’entre nous avec une sorte de laser de poche qui, en éclairant un point entre nos yeux, indiquait notre température, notée immédiatement sur un des nombreux formulaires qu’elle devait remplir pour justifier sa présence à bord. Nous découvrons ainsi l’étonnant contraste cubain dont nous aurons, j’en suis certain, l’occasion de reparler… Nous sommes donc priés de dégager le carré après les remerciements chaleureux de la part de notre « docteur » appuyés de plusieurs « bessos ». Et oui, vous avez bien lu entre les lignes, j’y ai eu droit, aussi !

Fumigation terminée, nous revenons dans le cockpit et notre femme-médecine, s’arrogeant le rôle de capitaine, nous invite à lever l’ancre et d’aller nous amarrer à la marina où d’autres Officiels nous attendent…

Le comité d’accueil était là, sur le quai, tout disposés à prendre nos amarres, sourires et paroles de bienvenue compris. Nous savons que tout n’est pas encore gagné mais on se détend. L’ambiance cubaine s’installe déjà dans nos cœurs lorsque nous sommes accueillis dans le bureau de l’immigration par une série de stries enthousiastes lancées par un grand nombre d’oiseaux non encore identifiés perchés sur les palmiers locaux. Les formulaires défilent. Patiemment, en « anglespagnol » Marjo installe sa stratégie de séduction qui fera dire à l’Officier à mon intention que si je n’ai pas de fleurs à bord, Marjol en est une et que je peux bien lui offrir un beau bouquet le lendemain, jour de la St Valentin. Ah ces cubains, chaud devant. Il va me falloir être « attentif », Marjo continuant à roucouler afin de nous faciliter le parcours administratif. L’homme se détend. On parle de nos enfants et petits-enfants. Il parle des siens (pas encore de petits-enfants car il est trop jeune). On papote, quoi ! Je précise que tout se passe autour d’un bureau décoré d’un ordinateur relativement moderne mais dont Arthuro (Et oui, on s’appelle déjà par nos prénoms !) ne se servira pour ainsi dire pas si ce n’est pour jouer entre les coups avec la souris. Le reste du temps, il s’applique à remplir le long questionnaire en s’appuyant, le regard du prédateur compris, sur les dire en anglespagnol de Marjo dont il boit littéralement les paroles. Dois-je préciser que le tout se passe sous le regard bienveillant de Raoul Castro, bien encadré au mur, comme il se doit !

Revenu au bateau avec deux autres Officiers pour une dernière inspection, nous nous préparons (ou plutôt Marjo se prépare à cette inspection à laquelle nous nous attendions). Les Officiers ne sont pas accompagnés d’un chien qui, aux dires de certains, saute sur tous les coussins reniflant dans tous les coins à la recherche de l’une ou l’autre drogue. Nous semblons donc déjà placés dans la catégorie « soft personnes » ce qui est de bon augure ! Il faut remarquer que, pour certains – mais c’est radio-pontons qui le dit – l’inspection du bateau peut se transformer en véritable cauchemar, tout le contenu des coffres devant être sorti !!!).

Alors que je m’occupe à rectifier l’amarrage en fourrant les aussières susceptibles d’être attaquées par le quai en béton, Marjo entraîne les deux officiers, déjà sous son charme à inspecter les coffres qu’elle a choisi de leur faire voir. Elle a mis en place une stratégie de rangement subtile attirant l’attention sur certaines choses, la détournant d’une autre. Un chapeau, négligemment suspendu devant l’équipet qui nous sert de bar fera que celui-ci ne sera pas inspecté… Un bouquet de tampons décorant l’évier des toilettes découragera illico l’inspection de ce local. Toute sa stratégie s’avérera payante car non seulement les officiers ne découvrirent rien d’illicite (notamment tout notre matériel de capture de langouste et autre arbalètes sous-marine, sans oublier notre provision de rhum !) mais ils se confondirent en félicitations pour la qualité de rangement de notre bateau. Marjo, modeste, transforma cet agréable compliment en obligation sécuritaire pour la navigation. Nous clôturerons cette appréhendée inspection en faisant présent d’une clé USB à chacun des officiers qui quittèrent notre bord alors que la nuit était déjà bien installée. Ils étaient ravis et nous, nous étions arrivés. Nous étions acceptés à Cuba !

Alors que je m’occupais de tester l’électricité du quai afin de nous y raccorder, Arthuro s’approche et me demande si j’ai besoin d’aide. Il me dit alors avoir oublié de faire signer quelques papiers à ma Capitaine. Je l’invite donc à bord me disant que nous avons peut-être crié victoire trop tôt… On l’installe à la table du carré et il présente les différents papiers à signer. La conversation s’engage et, alors qu’Arthuro se prépare à prendre congé, Marjo lui propose une bière. A cela, je crois déjà avoir compris qu’aucun cubain ne résiste car notre ami s’installa devant sa bière et commença à parler de son île, répondant ainsi à nos nombreuses questions concernant la communication et les transports, notamment. L’homme s’avéra être charmant au propre comme au figuré répétant une fois encore que j’étais un heureux homme car j’avais une fleur à bord ! Vous aurez tous compris qu’il parlait de ma « femme navigante ou autre femme sirène » selon Hervé Hamon !). Nous apprendrons ainsi que les trois choses qu’ils recherchent dans les bateaux sont la drogue, les armes, et les passagers clandestins ! Ils ont ainsi des pavillons dans le collimateur : Français, Américains, Mexicains, Italiens, parfois ! Notre pavillon belge, comme le canadien et l’anglais, semble nous avoir bien facilité le passage, sorte d’initiation à la fréquentation tant des eaux que du territoire cubain.

(à suivre…)