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08/08/2018

Mise à jour 2 après traversée vers les Gambier (4ème jour)

Quatrième jour (mardi 5 juin 2018): Position à 13h00 local time : S 00°29’43.3’’ W 086°07’42.3’’

Une journée à bord de l’Otter II

Tout se passe bien à bord. Le temps s’enfuit sans qu’on s’en aperçoive. Le temps en mer est différent. Il est comme pris en charge par les impératifs de la navigation. De jour comme de nuit, lorsque le vent forcit, une prise de ris dans la grand voile ou quelques tours à l’enrouleur de yankee doivent être pris. De même, lorsque le vent faiblit, il faut renvoyer de la toile. Quand il refuse ou adonne, des réglages dans l’orientation des voiles sont nécessaires. Cela demande une attention permanente qui s’intègre presque comme une seconde nature à tel point que Marjo et moi nous retrouvons souvent ensemble dans le cockpit avec une intention identique. On pense ensemble qu’il est temps de faire quelque chose et, le plus souvent, on est d’accord sur le choix de la manoeuvre à effectuer. On dirait que l’état de marin prend le pas sur le quotidien. Quand Marjo cuisine, je temporise en reportant un réglage destiné à accélérer le voilier ce qui le rendrait moins confortable. Quand l’un de nous dort, sauf nécessité, pas question de « wincher » pour affiner un réglage qui peut attendre et ainsi, respecter le sommeil du juste !… Quelquefois, je déroge à ce principe quasi sacré et c’est le retour de flamme assuré. « Quelle idée t’as encore eue de toucher aux réglages ! ». Aussi, l’habitude s’est presque transformée en règlement. Pendant la nuit, exception faite des changements de quart qui y sont propices, pas de bruit. Tous les bruits habituels du bateau qui travaille sont intégrés dans nos oreilles comme « normaux ». Les autres comme une alarme du radar, un écart de route du pilote, une cible AIS dangereuse,… demandent une réaction le plus souvent individuelle (celui ou celle qui est de quart intervient). Parfois, ce qui est plus rare, il s’agit de la sécurité du bateau et les pêcheurs en sont les principaux responsables. Les locaux surtout qui travaillent sans AIS, sont parfois très difficilement visibles sur le radar. Ils changent de direction très souvent et sont tellement éclairés que leurs feux de navigation permettant d’en déduire le sens de la marche, sont inutilisables. Il faut reprendre le voilier en mains en débrayant le pilote (que ce soit le pilote automatique ou le régulateur d’allure) et, barre en main faire un grand tour afin d’éviter filets et… parfois collision !!! Quand ils sont loin, l’équipage respire car ils représentent le plus souvent une entrave à une nuit douce et tranquille… La vie à bord est donc réglée au rythme des manoeuvres mais aussi - et ce qui fait le plus souvent le sel de la croisière - les repas. A bord de Otter2, tous les petits déjeuners sont composés de céréales agrémentées de fruits secs (noix, figues, raisins,… dont le mélange varie en fonction des humeurs de Marjo ainsi que de la disponibilité dans les magasins d’alimentation rencontrés). Quand je dis tous les petits déjeuners, c’est en oubliant les exceptions du week-end ou l’équipage a droit à la totale ! Marjo a prévu le coup et a cuit un pain dont elle a le secret. Cela parfume le bateau le jeudi ou le vendredi, laissant déjà nos esprits se préparer aux oeufs sur le plats, lard rissolé, confiture, chocolat et plus si possibilités de la cambuse. Le côté exceptionnel de ces petits déjeuners en font un moment vraiment apprécié de tout l’équipage. Vers midi, moi qui suis le plus souvent assis dans le cockpit, je salive déjà stimulé par les bonnes odeurs de cuisine de Marjo qui, quel que soit le temps, nous concocte un repas chaud presque toujours digne d’une excellente pension de famille. Je dois avouer que ce don qu’a ma Capitaine de toujours agrémenter nos repas de cette touche de cordon bleue qui la caractérise, crée une ambiance que d’aucuns pourraient imaginer improbable sur un petit voilier. Et pourtant, c’est ainsi que je le vis ! Une tasse de thé, un ou deux pancakes pour le goûter lorsque l’envie lui prend et le milieu de l’après-midi se fait retrouvailles dans le cockpit. On parle de la route qui se refuse à nous et des options que l’on envisage pour « passer ». On commente les courriels reçus. On se retrouve ainsi un peu car nous avons chacun notre vie à bord. A l’heure ou j’écris ces lignes, Marjo est allongée à l’intérieur dans le carré et lit. Elle rattrape le temps perdu en préparation du bateau. Elle se replonge dans cet univers tellement riche qu’est et a toujours été pour elle, la lecture . Pareil pour moi qui ne m’arrête de lire que pour manger manoeuvrer, écrire, dormir et… regarder la mer. Fort heureusement, liseuse et iPad nous permettent d’emmener notre drogue avec nous sans alourdir le bateau. C’est en tous cas un avantage qu’on n’enlèvera pas à l’informatique ! Le soir au coucher du soleil, nous prenons l’apéro. Le plus souvent un doigt de rhum que nous économisons un max car, bien que nos réserves soient confortables, l’idée - lue dans un blog ami - qu’il était possible de négocier des perles contre du rhum (denrée apparemment très rare dans les îles perlières) nous pousse à l’économie !… Afin de ne pas alourdir les estomacs, on grignote un peu et, une fois l’apéro siroté, nous nous sustentons de quelques salades de fruits ou autre en-cas très léger. Ce « régime » est très orienté vers les fruits et légumes (nous mangeons très peu de viande) et dès que la traversée se prolonge, nous pêchons et tentons d’attraper des dorades coryphènes aussi appelées par les îliens caraïbes des maï-maï. Ces excellents poissons, qui peuvent atteindre des tailles impressionnantes, nous les prélevons avec un leurre de fabrication artisanale au départ de vieux tubes de dentifrice. Faut croire qu’elles aiment ça ! De plus la taille relativement petite de ce leurre nous permet déjà une sélection. Seules des dorades dont les filets représentent deux repas pour deux sont pêchées. On est écolo ou on ne l’est pas. Un truc à savoir est que ces dorades sont de redoutables prédateurs dotés d’accélérations stupéfiantes qui leur permettent de suivre les poissons volants (exocets) et de les attraper à l’atterrissage ! Vous aurez compris qu’il ne faut pas être bien malins pour décider que, lorsque des exocets s’envolent par escadrilles entières autour de nous,, les dorades sont là, il est temps de mouiller une ligne de traîne… Le soleil se couche ici aux environs de 07h00 et la nuit s’installe très rapidement. A 08h00, il est mon temps d’aller me coucher. Des « quarts » de trois heures rythment ainsi nos nuits. Je dors donc de 8 à 11 et de 2 à 5 et Marjo le reste du temps. Nous dormons donc chacun 6 heures par nuit ce qui est suffisant, quelques siestes diurnes viennent parfois compléter agréablement ce capital sommeil et ce rythme prend lentement le pas sur ceux qui règlent notre vie à terre. Après quelques jours, les période de veille deviennent de moins en moins difficiles. Les envies d’endormissement s’estompent et les quarts de veille deviennent rapidement une habitude. Néanmoins, lorsque, comme cette nuit, nous sommes seuls au monde et que, durant les 12 heures de quart, nous ne rencontrons pas âme qui vive à plus de 24 milles à la ronde, il nous faut toute notre rigueur de marins pour ne pas penser que les quarts de veille, en ces lieux, sont de la foutaise !… (à suivre…)

Mise à jour 4 : 10ème jour...

07h00 locales. Le jour se lève à la suite de la Lune qui s’obstine encore un peu à éclairer notre nuit qui fut d’encre. L’Otter fonce vaillamment dans cette obscurité à laquelle on s’habitue peu. L’océan s’est creusé sous l’effet prolongé d’un alizé que je trouve plus musclé que ce à quoi on s’attendait. Il souffle de l’ESE hors rafales entre 5 et 6 Beaufort (17-27nds). Nous naviguons au près bon plein presque vent de travers et notre vitesse descend rarement sous les 5 noeuds avec deux ris dans la gd voile et plusieurs tours dans le yankee. On fait même des pointes à 8 ! Il reste 1400 nautiques pour rallier l’île de Pâques… On n’est qu’à la moitié du chemin ! Il faut vivre cette navigation pour réaliser que le Pacifique est immense ! Habitués depuis nos années caraïbes à de relativement courtes distances (nos plus longues traversées atteignaient rarement une semaine), nous sommes confrontés ici au temps qui passe et semble nous dire : quoi que vous fassiez, il faudra autant de jours pour aller de là à là. On ne compte plus en nautiques ; on compte en nombre de jours probables. On apprend à appréhender les distances en vrais marins ! Pour moi, l’apprentissage est plus difficile que pour Marjo qui reste indéfectiblement d’humeur égale, heureuse qu’elle est d’être dans notre projet et de s’occuper de moi et du bateau en bon capitaine qu’elle est. Elle redouble d’imagination pour cuisiner « poubelles vides » tout en nous mijotant des repas succulents dont la surprise est rarement absente ! Cette énergie qui l’anime me sidère moi qui ressens de plus en plus le poids des ans. Mais je tiens bon et puise dans mes réserves de philosophie l’idée que je suis ici par choix et que, tant qu’à les assumer, autant le faire en retirant des moments de lassitude le meilleur de ce qui m’a attiré si loin de tout : l’océan à perte de vue, ses couleurs changeantes, ses ciels cyclothymiques passant du noir orageux au bleu optimiste en seulement quelques heures, parfois moins. Et ce vent, imperturbable moteur de notre voilier. Quelle formidable énergie !…


20/05/2018

Piégés en Ecuador

Alors que hier soir, Marjo s’était renseignée auprès du vieux réceptionniste sur le prix d’un taxi pour nous emmener le lendemain à Cotopaxi (prix annoncé 5 dollars), ce matin, nous demandons au jeune réceptionniste - le vieux ayant terminé son service - d’appeler un taxi. Il s’exécute mais dans sa demande nous comprenons qu’il précise que c’est pour deux touristes ! Le taxi arrive et, comme à son habitude, Marjo demande : « Quando por Cotopaxi ? ». Et voilà que le prix avait triplé ! Marjo négocie mais le chauffeur est intraitable. Pas de pitié pour les gringos ! Ok, puisque c’est ainsi, emmenez-nous au terminal de bus de Latacunga. Nous y arrivons alors que le bus pour Cotopaxi est sur le départ. Pas le temps de passer à la billetterie, nous montons à bord confortés par le convoyeur du bus qui nous dit qu’il n’y a aucun problème à acheter les billets en cours de trajet. Nos gros sacs dans la soute à bagages, nous voilà rassurés et profitons du paysage jusqu’à ce que le convoyeur vienne pour recevoir le prix de la course. Il annonce 4,30 dollars à savoir le prix du trajet jusque Quito  alors que Cotopaxi n’est qu’au tiers de la distance jusqu’au terminus ! Gentiment, Marjo le lui fait remarquer... Elle lui montre en plus sur un ticket le prix officiel pour une distance similaire ce qui le décide à avouer - sans trop le dire mais en nous remboursant un malheureux dollar - qu’il avait essayé de nous escroquer ! Quoique, parce que pour des gringos... Bref, bien que nous lui avions demandé de nous avertir de l’endroit où nous devions descendre pour Cotopaxi, il n’en fit rien et, soupçonnant un mauvais tour de sa part, Marjo se renseigne auprès d’une autochtone qui avait l’air sympa de nous signaler l’endroit où nous devions descendre, ce qu’elle fit de façon fort aimable. C’est ainsi que, à notre demande, le conducteur de bus nous dépose, le convoyeur nous file nos sacs puis, nous laisse ainsi sur le bord de la route, c’est-à-dire sur le bord de nulle part ! Trop tard pour le rattraper, je remarque au détour de sa remontée dans le bus qu’il arbore un sourire qui en dit long sur le mauvais coup qu’il  nous a joué en répression de notre réticence à nous laisser plumer comme des pigeons ! En fait de pigeons, nous faisions la paire ! 

Inspectant la cartographie de nos iPads, nous hésitions... mais devant l’impossibilité de nous renseigner, E9846483-41B5-44AE-9CC5-4B6DAA958D3B.jpegnous nous mîmes en route vers la réserve naturelle qu’annonçait le panneau indicateur du bord de nulle part où nous avions été déposés. Après quelques minutes de marche où l’altitude me fit prendre sans tarder la cadence montagnard, je hélai Marjo qui filait déjà devant pour lui signifier que ma cadence montagnard était loin d’être la sienne ! Tout juste après cette mise au point, un bruit de moteur. je me retourne et mets spontanément le pouce en l’air. C’est fou comme le poids de deux sacs sur le dos rend intelligent ! Non mais, je rêve ! Voilà que la voiture -plutôt un pickup avec une benne arrière (une bétaillère, quoi !) - ralentit et s’arrête à notre hauteur. Un premier coup d’oeil à l’intérieur me décourage car l’habitacle s’avère complet... Ne perdant pas courage alors que Marjo s’adressait aux occupants pour se renseigner sur la pertinence de notre direction, je me déplace vers l’arrière et constate que la benne est occupée par huit jeunes gens et jeunes filles rigolards et leurs bagages. Manifestement ils ne s’ennuyaient pas ! Je le constatai en même temps que je réalisais que notre inattendu taxi était full. A peine le temps de la réflexion, Marjo se ramenait à l’arrière, lançait ses sacs aux jeunes qui l’aidèrent à monter à bord et m’invitèrent à la suivre. Incrédule mais n’écoutant que mon souhait de ne plus être à pied, je grimpai à mon tour pour m’entasser dans la benne, debout et agrippé aux ridelles. Dans les éclats de rires, nous entamons un parcours des plus surréalistes de rencontre avec ces sympathiques jeunes gens en partageant  leur inconfort. Les éclats de rires redoublant, ils nous firent remercier en pensée le convoyeur qui, par sa vilénie, avait permis à l’aventure de nous rattraper.058B0A22-2920-4098-8BEC-A8A7DCD4F0FF.jpeg

Arrivés à la destination de nos généreux et sympathiques sauveurs, une réserve naturelle qui n’était malheureusement pas celle où trônait l’hôtel que Marjo avait réservé, force a été de renégocier un transport vers celui-ci qui, grâce à la bonne volonté des rangers de l’endroit, nous permit d’être remis sur le bon chemin. Il n’y avait plus qu’à nous faire embarquer par un 4x4 pour parcourir les 20 derniers kilomètres jusqu’à la lodge qui nous attendait. Nous étions encore en avance...