Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/07/2013

octobre 2012 Les Aves

Rapport de mer II.2

 

Il y a maintenant trois jours que nous sommes arrivés à Aves de Borlavento. Il fait très lourd et orageux. La nuit, il éclaire de tous côtés et on entend au loin le roulement du tonnerre. C’est assez féerique comme ambiance. L’eau autour du bateau est à 31°C ce qui invite à la baignade. En Bretagne, l’eau était trop froide et ici, elle est presque trop chaude. Il faut plonger pour trouver de l’eau un peu plus fraîche. Une heure sous l’eau avec des combinaisons de 1-2 mm d’épaisseur sans ressentir le moindre frisson ! Bien qu’il serait plus agréable de vivre en transpirant un peu moins, on ne se plaint pas. Surtout quand on pense à la température qui règne actuellement en Belgique !...

 

Depuis notre arrivée, nous nous sommes organisés pour pouvoir gonfler nos bouteilles de plongée. Je le fais le matin afin d’y pousser de l’air un peu plus frais et de ménager ainsi les cartouches filtrantes qui se saturent beaucoup plus vite en fonction de la température et de l’humidité de l’air aspiré.

 

Il fait nuit noire dès 19 heures et quand nous ne recevons pas ou sommes reçus à nos bords respectifs, nous nous endormons le plus souvent dans le cockpit profitant de la relative fraîcheur du début de nuit. A 6 heures, nous nous levons avec le soleil et « farnientons » jusqu’au petit déjeuner.

 

Les plongées sont belles, peu profondes car la vie marine dans le lagon est surtout en surface. Dès que l’on descend, le sable prend le pas sur les patates de corail qui seules sont colonisées et fréquentées par des poissons et invertébrés de toute beauté. Nous avons chaque fois droit à un festival de couleurs magnifiquement mise en évidence par le soleil de midi. Toujours pas vu ces énormes langoustes dont l’existence a été une des motivations qui nous ont fait venir jusqu’ici. Peut-être cherchons-nous mal ? Qui sait, peut-être demain ?...

 

Hier en fin de journée, visite de pêcheurs locaux qui nous demandent d’utiliser notre VHF pour communiquer avec les coast guards vénézuéliens. Marjo n’ayant peur de rien se lance en espagnol, préférant tenter la communication qu’avoir un quidam à bord. Pas de réponse. Ici, les coast guards ne sont pas les mêmes qu’aux USA. Ici, on bricole. La preuve en est que ce matin, ces mêmes pêcheurs ont servi de taxi à deux gardes côte assez sympas qui sont venus nous contrôler. Cela fait quand même étrange de voir des représentants de l’ordre se déplacer dans une barque traditionnelle peu motorisée. C’est cela aussi le dépaysement. Bref, ils montent à bord, on se débrouille avec eux moitié en anglais, moitié en espagnol et, après une bonne demi-heure d’explications et de présentation de documents et autres accessoires de sécurité, il nous est conseillé de quitter les lieux afin de faire notre entrée au Venezuela par Los Roques, magnifiques îles situées à 30 miles à l’est des Aves. Là se trouve un service d’immigration qui, une fois visité, nous permettrait de demeurer jusque 6 semaines dans les îles vénézuéliennes. On aurait pu éviter cela en passant par le consulat à Curaçao mais cela, nous l’ignorions. Le peu de vent actuel nous pousse à choisir cette option que nous n’avions pas envisagée tant radio ponton déconseillait sa fréquentation à cause de la présence éventuelle de pirates. Les garde-côtes nous ont rassuré à cet égard ce qui nous fait hésiter. Los Roques faisant partie de ces îles incontournables et incontournées des tour-du-mondistes, je pense qu’il y a de grandes chances pour que nous nous y dirigions bientôt. Il nous reste encore un mois et demi avant de pouvoir prendre la direction de la Jamaïque. Il me semble donc que nous avons le temps !...

 

Pour la petite histoire, les coast-gards, Charly et Co, leur tâche terminée, nous ont demandé un peu d’huile et du beurre, prétextant une prolongation imprévue de leurs prestations dans les îles sans ravitaillement supplémentaire. Il semble que cela corresponde surtout au fait que ces denrées sont très rares au vénéz et c’est donc de bonne guerre qu’ils nous ont sollicités. Repartant avec ce qu’ils avaient demandé et un petit supplément offert par ma capitaine, ils s’en sont allés faire le même cinéma auprès de SAS3 qui les a aussi gâtés à leur façon. Vous direz corruption ? La manière avec laquelle ils l’ont demandé était significative de leurs conditions de vie difficiles. Ce n’est pas à bord d’un super zodiac qu’ils nous ont abordés mais plutôt transportés - sûrement à l’œil - par des pêcheurs qui en retirent vraisemblablement un avantage. Peut-être ce soir ces pêcheurs nous apporteront-ils du poisson et des langoustes ? Chose promise…

(…)

Les pêcheurs sont repassés, la première fois avec des poissons dont un délicieux mérou que nous avons dégusté avec SAS3.Ces poissons ont été troqués contre quelques piles, du rhum, de l’eau potable et un nécessaire de couture (fil et aiguille). Le lendemain, les pêcheurs nous apporterons des langoustes mais o tempore o mores, le prix demandé était inabordable et Marjo, en bonne gestionnaire de notre budget, leur a dit que le prix était trop élevé. Ils sont repartis un peu moins sympas que l’avant veille… On est loin de la langouste troquée contre un paquet de cigarettes (que nous avions achetées à cette fin !)

Après discussion entre nous, Marjo et moi avons décidé de ne pas risquer Les Roques car le flou artistique régnant dans les contraintes administratives nous ont convaincus de donner une fois de plus la priorité à la raison. Gageons que cette attitude continue à préserver notre  plaisir de naviguer ! D’autres îles nous attendent sans que nous puissions espérer les visiter toutes… Mais reparlons des Aves. Quel plaisir de partir en annexe à la découverte de ce paradis pour oiseaux. Des fous à pattes rouge surtout (il en existe aussi des à pattes bleues et à pattes jaunes) nichaient ou construisaient leur nid à grand renfort de cris désapprobateurs quand nous approchions. Des photos, on en a pris beaucoup ainsi qu’Ann de SAS3 qui nous accompagnait. Parcourant la mangrove, nous découvrons le chemin donnant accès au monument des bateaux où nous déposerons un souvenir de notre passage. Cet endroit est chargé de sens et d’émotions tant les noms de bateaux inscrits ou gravés sur  bois flotté ou autre coquillage rappelle des navires rencontrés, des noms connus. On a cherché Pro’s Per Aim en pensant très fort à nos Amis Isa et Guy, passés là-bas il y a quelques années mais le temps avait effacé le passage. L’essentiel n’est pas dans le fond d’en avoir retrouvé la trace mais bien l’idée de la rechercher en pensant à eux ! Visite de la mangrove terminée, nous reconduisons nos amis de SAS3 à leur bord, notre dinghy laissant dans son sillage une eau claire aux chatoiements turquoises de toute beauté. Un bien agréable mouillage ce lagon de Sotavento…

 

(…)

mercredi 24 octobre

 

Je reprends la rédaction alors que nous sommes arrivés avant-hier soir à Bonaire. Nous sommes au mouillage, aussières frappées sur deux bouées comme il convient de procéder ici. Levés tôt, nous avons quitté les Aves à 6 heures et, vent arrière, avons tangonné notre yankee et foncé entre 4 et 7 nœuds jusqu’à Bonaire que nous avons atteint à 17 heures sans avoir été rattrapé par SAS3 , partis une heure et demie après nous. Otter II, très fier, a salué l’arrivée de  SAS3 déboulant toutes voiles dehors, déçus de ne pas nous avoir rattrapés. 

septembre 2012

Rapport de mer II.1

Après une semaine de remise en état du bateau qui, après quatre mois de mise au sec au chantier Royal Marine de Curaçao, avait subi les affres de l’air tropical particulièrement agressif à cet endroit. Ne me demandez pas pourquoi ! Le constat est que tous les inoxs ont été plus ou moins oxydés même des pièces d’accastillage Wichard réputées pour leur qualité ont encaissé. Il a donc fallu organiser leur sauvetage à coup d’huile de bras et surtout d’un produit de passivation - découvert par Marjo – qui fait des merveilles.

Ensuite, quittant le chantier où j’avais débarqué toute la chaîne d’ancre pour la vérifier et la repeindre, j’avais constaté que notre guindeau[1] était HS. La raison en étant inconnue et le temps pressant, c’est à la main que nous avons mouillé à Spannish water, magnifique enclave, véritable trou à cyclones, situé à quelques milles à l’est de Willemstad. Nous sommes restés là une semaine, le temps de préparer le bateau à naviguer. Nous devions notamment replacer notre yankee (grande voile d’avant) sur son enrouleur (nous avions dû le porter à la voilerie locale pour réparations. La transat et les navigations caraïbes de l’an passé  avaient eu raison du nerf de chute[2] et du point d’écoute qu’il fallait réparer) et surtout nous occuper du guindeau ! Cela, ce n’était pas une mince affaire. Je vous passe les détails de mes nombreux séjours dans la baille à mouillage plus adaptée à la taille d’un chinois qu’à la mienne et ce par 35° ! Démonter ce guindeau resté en place pendant 23 ans m’a pris une demi-journée pour constater que l’origine de la panne n’était pas mécanique mais électrique. Les gros câbles qui courent tout le long du bateau depuis les batteries jusqu’à la proue étaient à remplacer. C’est terrible comme l’eau de mer, dès qu’elle trouve un point faible en profite pour s’infiltrer et effectuer son travail d’entropie qui ici, en mer, consiste à organiser le chaos. Un coût assez désagréable pour le portefeuille ! Au prix actuel du cuivre !!! Bref, remplacer ces câbles nous a pris et du temps et surtout beaucoup d’énergie. Je n’ai jamais bu autant ! Et pas des T-Punchs !!! De l’eau, de l’eau, de l’eau ! Je ne me rappelle pas l’avoir trouvée aussi bonne tant il est vrai que dans ces conditions, sans eau,  c’est la déshydratation assurée. Je transpirais des litres par jour ! Sans rien faire déjà, on souffrait de la chaleur mais en travaillant, c’était l’enfer… Aussi, quand tout a été remis en place et le guindeau testé, la satisfaction du travail bien fait a été proportionnelle à l’effort fourni. Pour être complet, je ne vous cacherai pas les efforts réalisés par Marjo et Ann pour se procurer le matériel nécessaire : allers-retours en dinghy, bus, auto-stop, marches forcées. Pendant que je souffrais à bord, les filles galéraient à terre… Pas si facile la plaisance ! Non seulement il faut bosser contre la tendance marine à l’entropie mais encore se préserver des passagers clandestins ! Et oui, à Piscadera, là où nous avions laissé le bateau et là où j’ai eu la mauvaise idée de laisser la chaîne d’ancre déroulée pendant une nuit le temps que la peinture sèche, un rat pour Marjo, une grosse souris, voire un mulot pour moi, a profité de cette aubaine pour monter à bord et c’est en effectuant le grand nettoyage d’un équipet[3] que Marjo s’est rendu compte de sa présence avec un grand cri d’épouvante digne des plus grands films du genre ! « Jeany, il y a un rat !!! Je te jure un gros rat ! » Courageux mais pas téméraire, pendant que Marjo récupérait un taux normal d’adrénaline, je me mets à la recherche d’une paire de gants en cuir que je ne trouve bien évidemment pas. Pour toute alternative, Marjo me propose un drap de vaisselle. C’est comme de chasser le chevreuil avec un lance-pierre ! Enfin, voilà les gants… Intrépide, je m’approche, l’air déterminé. Le même que celui que j’adaptais avec mes élèves difficiles… Vous voyez le genre !... M’apercevant, la « bête » comprend que sa vie ne vaut plus grand chose et, surprenant le chasseur, se jette vive comme l’éclair, dans l’équipet voisin, se faufilant sous tout ce qu’elle peut trouver comme abri. Marjo, très attentive, suit la chasse de très près. De trop près car dès qu’elle revoit bouger la « bête », elle me pousse dans l’oreille un nouveau cri hystériforme qui me provoque un réflexe de recul fatal. Mon crâne porte violemment contre le vaigrage[4] en teck massif et me fait voir trente-six chandelles ! La bête en profite pour sauter hors de sa cache et, à la vitesse de l’éclair se sauve hors du bateau escaladant l’échelle de descente en trois bonds. Marjo n’a rien vu. Moi, je dois dire que je l’ai à peine distinguée tant ma tête tente de récupérer du traumatisme subi. La chasse est finie. Je pense que la « ratatouille » - c’est le nom que notre amie Ann a donné à la bête – a fait le grand plongeon, terrorisée qu’elle était par l’agressivité évidente de mon attitude.    En réalité, la chasse ne faisait que commencer car Marjo n’étant pas convaincue de sa disparition, avait été acheter de la mort aux rats convaincue qu’elle était que c’en était un !... Et durant la nuit, on entendit que Ratatouille était encore bien là. La preuve en fut faite le lendemain matin : Ratatouille avait entamé avec enthousiasme le bidon en plastique contenant le poison. Constatant son intérêt pour celui-ci, nous lui en avons distribué pour sa troisième nuit à bord et elle s’en délecta. Fin de l’épisode.

La météo nous annonçant une longue période sans vent, et le bateau étant enfin prêt, nous décidons de lever l’ancre et de véritablement poursuivre notre route. A 17 heures précises, SAS3  faisant de même, nous sortons de Spannish water et mettons le cap sur les îles Aves (Venezuela). Nous naviguons de conserve. SAS3  sous voiles, nous au moteur. Avec 5, 10 nœuds de vent, nos amis avancent entre 5 et 7 nœuds ! L’Otter II est plus exigent en vent et c’est donc au moteur que nous poursuivrons notre route. 80 milles nautiques sur une mer quasi d’huile. Nous n’avons même pas hissé la grand voile pour stabiliser le bateau. Cela n’était pas nécessaire. C’est entouré de gros nuages sombres que nous avons poursuivi notre route suivant le feu de poupe de nos amis qui nous précédaient. De temps en temps, un grain nous en masquait la vue. Les éclairs zébraient le ciel sans que cela nous étonne outre mesure tant nous nous sommes habitués à ce temps resté orageux depuis notre retour d’Europe. Il y a toujours un coin de ciel illuminé çà et là par des éclairs. Il paraît qu’aux San Blas c’est encore pire. C’est la zone où il tombe le plus de foudre au mètre carré !

Rassurés par le peu de navires détectés par le radar à 12 milles à la ronde, nous plaçons une alarme sur celui-ci et nous assoupissons, présumant que la nuit serait longue. Et elle le fut car un grain plus conséquent que les autres se présenta sur notre radar (Pour celles et ceux qui ne le savent pas, la pluie est très bien détectée par le radar et permet parfois au navigateur de s’en détourner). C’est ce que je tentai de faire mais c’était sans savoir que celui-là, il serait pour nous ! Petit à petit, de grosses gouttes nous firent rentrer tout ce qui risquait d’être mouillé dehors, fermer tous les capots et autres hublots et attendre que la pluie cesse pour tout rouvrir. Nous avons attendu une bonne heure durant laquelle des trombes d’eau se sont abattues sur le bateau à un tel point que nous avons dû fermer même la descente qui est pourtant protégée par la capote !... Un vrai déluge qui laissa l’Otter II bien rincé. C’est alors que le soleil se levait que nous avons aperçu l’archipel des Aves où nous avons atterri sans problème, quatre beaux dauphins venant nous souhaiter la bienvenue. Peu de temps après, notre ancre descendait dans une eau turquoise digne des plus belles cartes postales. Moteur de l’annexe remis en place, nous découvrons l’île faite de mangroves et de petites plages de sable de corail très fin et très blanc, un peu rosé. Des oiseaux , dont les  fous de Bassan à pattes rouges s’envolent à notre approche.

Nous retrouvons SAS3 ancré à quelques encablures. Un petit arrêt à leur bord s’impose pour échanger les nouvelles de la traversée et préparer nos futures plongées.

 

(À suivre)…



[1]Guindeau : sorte de cabestan moderne à propulsions électrique et manuelle destiné à faciliter les manoeuvres de mouillage

[2]cordage courant sur le bord de la voile et destiné à arrondir sa forme en fonction de la force du vent. Cela l’empêche également de battre.

[3]Petit espace de rangement dans un bateau.

[4]Grosse pièce de bois soutenant le “plafond” du carré.

mars 2012

Rapport de terre/mer 4 :

 

C'est proue à quai au port de Jolly Harbour sur l'île de Arruba que je reprends le clavier pour vous conter la suite de notre aventure. Hé oui, nous sommes au port car il y avait assez longtemps que la lessive attendait du 220 volts. Nous avons en effet testé notre petit groupe électrogène pour faire tourner notre lessiveuse et cela fonctionne bien. Il ne faut cependant pas tenter le diable en actionnant un autre gros consommateur électrique car le groupe déclare alors forfait ! D'un autre côté, au mouillage, lorsqu'il ne pleut pas, c'est l'eau qui est un problème... La lessiveuse en consomme beaucoup ! Nous revoilà en présence de l'éternel Yin et Yang qui, dans le fond, règle notre vie, que nous soyons en Europe ou au paradis Caraïbe. Chaque choix est régit par le pour et le contre. Rien donc de nouveau sous le soleil...

Mais où avais-je laissé notre parcours Caraïbe ? Nous quittions la Dominique pour l’îlet des Cabrits situé aux Saintes : point de départ de notre découverte de la Guadeloupe. Nous y arrivons après une courte traversée qui nous prend la matinée et mouillons sur bouée. Il faut savoir que les mouillages sur bouées se multiplient dans les endroits où les fonds méritent d'être protégés et c'est une très bonne chose. Il suffit de plonger sur l'aire d'évitage de sa propre ancre pour constater combien une chaîne qui rague sur le fond détruit tout sur son passage. Les patates de corail n'y résistent pas !  Donc, nous sommes sur bouée et découvrons les fonds sous-marins avec palmes, masque et tuba (pour ne pas utiliser l'horrible expression « snorkeling »!!!). L'eau est toujours à 27°  et offre une excellente visibilité. Nous irons ainsi de surprise en surprise, découvrant une multitude de poissons organisés en territoires très spécifiques à chaque espèce qui se confondent merveilleusement avec leur environnement. Nous retiendrons parmi tous ces magnifiques poissons tropicaux merveilleusement colorés, les diodons, les murênes, le chevalier, les balistes, le papillon Kat-Zié pour ne citer que ceux-là. A chaque retour au bateau, nous les identifions sur une planche illustrant les habitants du récif. Notre enthousiasme est tel que c'est  le froid qui nous a poussé à arrêter là  notre exploration. Une heure dans de l'eau à 27° nécessite quand même le port d'une protection thermique qu'à tord nous avions estimée non nécessaire. Les prochaines explorations furent toutes réalisées avec nos combinaisons excepté certaines petites sorties supplémentaires que Marjo, émerveillée par tout ce qu'elle voyait, réalisait en pendant que je m'occupais à bord. Nos Amis de SAS³ et Umilialtak nous retrouvèrent là-bas ce qui fut l'occasion d'un sympathique barbecue sur l'île que l'on aurait bien crue centre de revalidation psychiatrique pour gallinacés tant plusieurs coqs n'arrêtaient pas de chanter.... jour et nuit ! Peut-être l'influence de Bob Marley ?... Une bien sympathique soirée... Plusieurs allers-retours en annexe nous ont permis de prendre l'ambiance du Bourg situé à un petit mile à l'est. C'est le nom du village unique de Terre-de-Haut. Que dire de cette ambiance sinon qu'elle est pétaradante sillonnées que sont les rues par des scooters fous. Les dépliants touristiques annonçaient bien la couleur mais à ce point !... Nous n'y sommes retournés que pour l'avitaillement qui nous permit quand même de découvrir les gâteaux de l'endroit qui s'appellent des « tourments d'amour ». Un vrai régal ! A part cela, que des pièges à touristes... Nous avons très vite passé notre chemin pour pointer notre étrave sur les îles Pigeon qui est une réserve naturelle dédiée au Commandant Cousteau. Les mouillage n'y étant pas possibles, nous avons jeté l'ancre en face de l'île, à quelques encablures à l'est. Des tortues nageaient autour de l'Otter et nous les vîmes à plusieurs reprises venir respirer à proximité. A chaque fois, le même émerveillement, le même enthousiasme pour partager cela entre nous. « Regarde ! Une tortue !!! » Et toute activité cessante, nous nous précipitions pour les observer.

A l'Anse de la Barque (nom de l'endroit où nous étions mouillés), toutes les activités tournent autour de la plongée qui est très bien organisée et très bien surveillée. Nous plongerons là-bas une première fois avec notre moniteur préféré alias Stéphane de SAS³ et sa femme Ann  puis deux fois en couple alors que SAS³ nous avait quittés. Notre compresseur a donc bien travaillé et nous a permis de réaliser de magnifiques plongées entre 10 et 30  mètres de fond, les plus beaux endroits se situant entre 15 et 5 mètres. La lumière y est plus présente et les poissons plus nombreux. Nous y verrons des langoustes énormes ainsi que des poissons perroquets qui, bénéficiant de la protection de la réserve, se portaient merveilleusement bien. Les langoustes étaient vraiment impressionnantes et nous ont bien fait saliver... Je pense l'avoir écrit dans un précédent rapport, Marjo a inauguré une sauce créole au coco pour accompagner la langouste qui vous donne une idée de mon état d'esprit, rêvant au moment où, loin des interdictions, je pourrai en remonter une ou deux pour améliorer notre ordinaire ! Bref, les îles Pigeon resteront dans nos souvenirs un magnifique endroit de plongée.

Poursuivant notre route vers le nord, nous sommes arrivés à Deshayes, d'où nous comptions partir à la découverte de l'île en voiture de location. Bien qu'un peu décevante, la visite nous a permis de traverser la forêt qui, si elle est moins luxuriante qu'en Martinique (surtout moins fleurie) n'en est pas moins magnifique d’exubérance végétale. En chemin, nous avons eu l'occasion de visiter la maison du Cacao qui, outre l'intérêt que suscitèrent exposés et démonstration, nous permit de déguster le cacao à chacun des stades de sa fabrication, le chocolat chaud en étant le point d'orgue. Je m'en voudrais de ne pas mentionner la rivière salée qui sépare les deux terres de guadeloupe qui, faut-il le rappeler, se présentent sous la forme d'un papillon.

La traversée vers Antigua, longue d'une petite quarantaine de miles se passa fort bien. L'Alizé continuant à nous offrir ses services tribord amures, c'est par un petit 3 Beaufort que le Canal comme on appelle ici les bras de mer séparant les îles, que le Canal donc a été franchi. Afin d'arriver soleil haut et ainsi se faciliter la navigation à vue, nous avons levé l'ancre à 6 heures. D'une part, les premières heures de la journée sont toujours les meilleures en mer. Pas trop de vent, belle luminosité et mer agréable. Et d'autre part, les cayes comme on appelle ici les patates de corail qui parsèment les abords des îles plus ou moins entourées de récifs, sont plus visibles et peuvent être alors contournées en sécurité. Cela n'empêche pas les approches d'être assez tendues  d'autant que, Marjo étant à la barre et moi assis sur le beaupré surplombant la proue, j'ai confondu à trois reprises caye et tortue, faisant monter la pression à la barre par mes exclamations enthousiastes !  « Là-bas, une... tortue ! » Marjo croit entendre qu'elle doit virer à l'opposé de la direction indiquée. Elle donne un grand coup de barre et moi de me rendre compte que j'ai oublié la raison pour laquelle je suis assis à l'avant ! Ah... cet incorrigible Peter Pan qui sommeille en moi ! D'autres disent Professeur Tournesol... Je crois que je ne m'améliorerai pas et que un peu des deux me convient finalement parfaitement bien... Après ces émotions d'atterrissage, nous embouquions le chenal d'accès au port très fréquenté par des voiliers quittant le port toutes voiles déployées et donc priritaires. Ici, on roule à gauche et j'ai bien l'impression que les habitués de l'endroit confondent les règles de circulation automobile et les règles de navigation car pour autant que je me souvienne de mes cours, ce n'est pas parce que les balises latérales sont ici inversées que l'on s'y croise autrement que dans les eaux européennes ! Disons simplement que la meilleure règle étant de s'adapter aux circonstances en laissant le bon sens nous guider, c'est donc en passant sur la gauche du chenal que nous sommes arrivés à l'abri du « Jolly Harbour », marina assez récente où nous avons par la suite trouvé tout ce dont nous pouvions rêver tant en avitaillement qu'en accessoires pour l'entretien du bateau. Nous avons notamment de nouveau vu des étals de viande appétissants que Marjo se dépêcha d'exploiter en me faisant ressortir notre barbecue. Nous y déposâmes de succulents morceaux de viande dont nous avions presque oublié la saveur au profit des poulets et autres substituts protéiques et ce, depuis les Canaries.

Demain, nous irons nous ancrer à l'extérieur du port afin d'être fin prêt pour parcourir « à la fraîche » les 30 miles qui nous séparent de Barbuda. Départ donc pour le paradis des langoustes jeudi matin. On prévoit un peu de pluie et peu de vent. Espérons que le soleil sera bien présent quand même pour nous faciliter l'approche du mouillage.

A suivre...