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07/07/2013

5 janvier 2013

Samedi 5 janvier 2013

 

J’avais laissé le récit de nos aventures à Spannish Town, câble d’inverseur dûment remplacé. Le lendemain on lève l’ancre pour la visite de Devil’s Bay and the Baths. L’Otter sur bouée, c’est en confiance que nous prenons l’annexe et nous dirigeons vers la grève. Arrivés à la limite de la zone de baignade, c’est à la pagaie que je dépose Marjo sur la plage et reconduit le Zodiac hors zone de baignade pour revenir ensuite à la nage. C’est ici la règle ! La baignade étant un grand plaisir, pas de problème, je m’y colle ! Dépêchons-nous de visiter ce pittoresque endroit avant de devoir le faire à la queue leu leu ! Mais comment vont-ils arriver jusqu’à la plage tous ces touristes ? Ont-ils le privilège d’être déposés sur la plage, eux ? Que nenni, nous les voyons contraints d’enfiler le gilet de sauvetage réglementaire et avec –quand même- un petit sourire, se mettre à l’eau et venir vers la plage en barbotant, tout jaunes qu’ils sont comme des petits canards ! Quand je pense qu’on a même pas eu le réflexe de prendre une photo de cet insolite débarquement !... Précédant donc ce grand groupe, nous parcourûmes le dédale des roches semblant avoir été jetées dans l’eau par un géant. L’ambiance, la résonnance des sons, la lumière se faufilant entre les pierres pour mettre en évidence la couleur turquoise des eaux, la déambulation faite d’escalades et de descentes dans un véritable circuit semi-sous-terrain valaient vraiment le détour. Revenus sur la plage, nous nous sommes hâtés pour retourner à bord, évitant ainsi les petits canards qui commençaient à affluer. C’était décidément une bonne idée de s’être levés suffisamment tôt pour éviter une visite trop « accompagnée »…

De Devil’s Bay quelques miles seulement nous séparaient du mouillage prévu pour les nuits suivantes : formant la partie NE de Gorda Sound, Prickly Pear Island nous abrita de l’alizé pendant trois jours au cours desquels nous fîmes la découverte en annexe d’endroits magnifiquement organisés autour, pour Bitter End Resort, d’un hôtel particulièrement bien intégré à l’environnement. Des bungalows en bois et toits en tuile de bois également, sont ainsi dispersés à flan de colline et reliés entre eux par des escaliers, sentiers et passerelles du plus bel effet. On s’est promenés dans ces petits chemins fleuris qui respiraient la tranquillité et la douceur de vivre avec d’autant plus de plaisir que nous étions salués à chaque rencontre par un sympathique « good morning ! » tant par le personnel de l’hôtel que par les clients ou autres promeneurs. Difficile d’ailleurs de dire où commençait et finissait le territoire hôtelier, l’ensemble des habitations étant si harmonieusement disposées et construites. Une bien belle réussite architecturale !

Le lendemain, à l’ouest du Sound, Leverick Bay nous accueillit également. Un peu moins cossu, le petit port n’en a pas moins de charme et là encore nous pûmes nous féliciter de l’accueil reçu. Que de beaux et sincères sourires de bienvenue !

Mais ces endroits ont beau être accueillants, notre voyage continue. Nous devons avancer et le réveillon de nouvel an approche. Nous levons donc l’ancre pour l’incontournable Peter Island (comment passer à côté d’une île ayant pour nom le prénom de mes beau-père et beau-frère ?!) que nous atteignons après quelques heures d’une navigation toutes voiles dehors au grand largue, l’Otter II donnant à cette allure sa pleine puissance. Un grand moment de bonheur sous le soleil Caraïbe.  Au terme de cette belle navigation, nous mouillons dans Deadman Bay, petite crique au N de Peter Island. Magnifique mouillage dont la tranquillité nous fut comme un cadeau de réveillon.  A minuit, nous n’étions plus que trois voiliers au mouillage pour assister au magnifique feu d’artifice tiré du rivage de Tortola. Le bouquet final à peine éteint, nous plongeâmes sur nos couchettes, heureux de notre réveillon passé tranquillement à bord de notre compagnon de voyage.   Le lendemain,  direction l’île au trésor : Norman Island de son vrai nom. Mouillage sur bouée uniquement (35 $ la nuit et, à terre, un vrai piège à touristes !) Ha, si Stevenson avait pu prévoir ce que le tourisme ferait de « son » île !...  Je peux bien dire que de là, nous nous sommes sauvés ! Direction NO vers Soper’s hole sur l’île de Tortola, le port d’où nous comptons prendre le ferry pour l’Amérique ou plus précisément les US Virgin Islands.  Pour poursuivre notre route à travers les USVIs et Porto Rico, il nous faut en effet obtenir un visa que nous aurions pu demander avant de quitter la Belgique mais pour cela, il aurait fallu que nous sachions que nous allions modifier notre programme. Seul un aller-retour en ferry dans les USVIs, muni d’une autorisation ESTA  obtenue sur Internet, permet de se le procurer. Donc, après avoir pu vérifier la tenue de notre ancre, nous laissons là notre Otter et nous dirigeons vers l’embarquement pour l’Amérique. Cela semble tout simple et cela me semblait également ne pas relever de l’exploit. C’est donc en toute confiance que je m’étais fait tout beau en enfilant mon plus beau short Le Glasik bleu marine et un beau polo orange du plus bel effet. Je ne pense évidemment pas que le passage par l’immigration va être organisé comme pour un départ en avion ! Aller en Amérique, ça ne rigole pas ! Me voilà donc franchissant le portique de détection de matériel illicite après m’être débarrassé de mon portefeuille, montre, etc. Bref tout le cinéma habituel. C’est alors que déposant ma ceinture dans le plateau, je m’aperçois que j’ai laissé mon couteau qui y est attaché. L’air de rien, je dépose le tout dans le plateau et passe le portique. Marjo dont je croise le regard commençait déjà à transpirer quand le préposé me demande ce que c’est que cet insolite objet. Placé dans son étui c’est en effet très difficile de savoir qu’il s’agit d’un couteau. « What’s this ? » dit le préposé en se saisissant de l’objet. « It’s my knife » réponds-je comme si le garder me paraissait tout à fait normal. « No, no, no. It’s impossible !!! » répond l’officier, l’air aussi offusqué que le mien était étonné. Je le voyais en effet, mon couteau en main, prêt à le fourguer dans sa poche et retourner chez lui content de sa bonne journée de travail. C’est alors que Marjo sauva la situation en proposant dans son anglais dont les progrès sont en plein galop, que le couteau soit confié à la préposée aux billets jusqu’à notre retour, ce qui fut fait à mon grand soulagement. Je parvins quand même à dire en riant à la jolie  préposée : « It’s not for your man !!! It’s mine… » et Marjo d’ajouter car elle craint par dessus tout les répercussions de mon humour quand je l’exprime en anglais !!! « It’s a gift ! »… « No problem, I  keep it » répondit la dame. Fin de l’épisode.  Ou presque car à peine assis sur le banc du ferry, Marjo me grondait pour ma désinvolture qui aurait pu nous coûter… mon couteau !...

Notre court séjour aux USVIs se passa sans problème. Nous y obtînmes le fameux visa et cela pour une durée de deux mois. J’y laissai mes empreintes digitales (les dix doigts !), la photo de ma tête sans les lunettes et quelques dollars. J’en rapportai des images, une ambiance, le souvenir d’une belle promenade littorale en attendant le retour du ferry. Le soir, nous revenions à bord de notre Otter, tout content de le retrouver tel que nous l’avions quitté. Et ce matin, après un dernier passage en ville pour poster les cartes et communiquer une dernière fois avec les enfants et la maman de Marjo,  départ pour Cane Garden Bay,  magnifique petit mouillage en face d’une belle plage de sable fin plantée de nombreux cocotiers. Il est 2035 h locales. L’alizé est toujours soutenu entre 15 et 25 nœuds dans les rafales. L’ancre est bien enfoncée dans un sable de bonne tenue. Nous sommes donc en sécurité. Le  ciel nuageux nous plonge dans une nuit très noire d’où seules émergent les lumières des bars-restaurants installés en bord de plage. Une musique rythmée se bat avec l’alizé pour nous parvenir, les basses y réussissant mieux que les autres. Pas de quoi nous empêcher de dormir. L’éolienne travaille bien à la production de notre électricité. Tout est calme. Il fait doux. Je suis encore en maillot. La vie est belle à bord de l’Otter II.

 

(à suivre…)

janvier 2013 retour à St Martin

Bonjour à toutes et tous…

 

Il est bien difficile de reprendre le cours de notre voyage en cette période des fêtes où l’échange de courriel a été et reste  tel que des redites seront inévitables mais, peut-être qu’à travers ce rapport, certain(e)s d’entre vous pourrez vous rendre compte combien la narration d’événements peut prendre d’autres teintes, rendre d’autres impressions, bref, être différente avec le recul ou tout simplement l’état d’esprit dans lequel elle est rédigée.  De plus, relisant ce nouveau rapport, je me rends compte que certains aspects techniques de notre aventure pourraient n’intéresser que certains d’entre vous. Aussi, pour ne pas en imposer la lecture, j’indiquerai ces passages plus techniques en les colorant en bleu. Ainsi, le lecteur pressé pourra les passer, les « zapper » plus précisément et s’épargner ainsi un temps de lecture.

 

Aux dernières nouvelles, nous savourions nos magnifiques plongées à Bonaire en attente  d’une fenêtre météo qui, bien que nous n’espérions pas une petite brise de sud ouest, situation quasi inexistante dans cette zone où l’alizé de NE règne en maître, aurait pu dégager quelques jours de temps plus calme nous facilitant le retour à l’endroit où nous avions quitté l’an passé notre remontée de l’arc antillais : St Martin. Drôle d’idée ! Penserez-vous ? L’option classique, compte tenu des conditions de navigation optimales pour un voilier aurait été de rester sur notre programme de départ et filer sur la Jamaïque et Cuba. Cela, c’était sans compter sur la rencontre à Bonaire de copains navigateurs  Eva et Jean-Luc, dont nous avions fait l’agréable connaissance l’an passé à Lanzarote. Ils naviguent sur un très beau super maramu de chez Amel.  Au cours d’un « happy hour » à notre bord, ils nous disent qu’ils doivent retourner à St Martin avec leurs deux petites filles qui vont bientôt les rejoindre par avion. Ils semblent ne pas trouver la traversée irréalisable. Ils en ont déjà l’expérience. Tiens-donc, me dis-je : « si ils l’ont fait, c’est que c’est possible ! »  Sans presque nous concerter, Marjo et moi avons su presqu’immédiatement qu’on allait le faire ! D’abord parce que nous avions cherché sans succès à remplacer l’appareil photo malencontreusement noyé à Barbuda (voir rapport de terre/mer II.3), ensuite parce que, en mai passé, nous avions dû écourter quelque peu notre remontée de l’arc antillais laissant à regrets nos amis canadiens d’Umialtak poursuivre leur route de retour au pays en visitant sans nous notamment les Iles Vierges britanniques et américaines… Quoique très heureux de rentrer au pays, je m’étais dit que c’était dommage et un petit regret s’était installé. Aujourd’hui que nous y sommes arrivés, je suis tout à fait convaincu que ce regret était justifié. Les Iles Vierges dont nous entamons tout juste la visite sont incroyablement belles… 

 

Mais n’anticipons pas. Il nous faut encore traverser ! Le dire, c’est une chose. Le faire, c’est autre chose ! Il ne faut pas rater notre coup…  Après quelques jours d’attente passés en réalisant nos dernières très belles plongées à Bonaire, nous voyons une accalmie se pointer et nous nous lançons. Les deux premiers jours, nous faisons de l’Est en nous appuyant sur le moteur. Il y a peu de vent que nous remontons à 20° du vent apparent. L’alizé très modéré est ENE et tourne parfois à l’Est ce qui est tout bon pour nous. On se prend à rêver qu’on va se faire cette traversée, vous savez, comme on dit : les doigts dans le nez ! Cela, c’était sans compter sur les caprices de la météo. Le troisième jour, la mer se creuse, l’alizé se renforce. Il monte à 20 nœuds mais fort heureusement pour nous, il reste ENE plutôt que NE ce qui nous permet de continuer notre remontée mais cette fois sous voiles seules car la mer est trop creusée pour risquer de solliciter le moteur, celui-ci n’appréciant pas trop de  tourner quand le bateau est à la gîte ce qui est inévitable lorsque l’on navigue au plus près du vent. C’est ainsi, par un alizé établi de 25 nœuds, rafales à 30 nœuds et mer bien creusée que notre brave Otter II nous a emmenés jusqu’à la latitude des Iles Vierges britanniques que nous avons donc déjà aperçues avant de mettre le cap sur St Martin. Pour cela, virement  et après un très long bord au près serré, atterrissage comme prévu. Le soleil se couche. Il est 1800h locales. Nous sommes fourbus mais heureux d’être arrivés, aspirant ardemment à la tranquillité du mouillage et au repos bien mérité…

 

Mais non ! Cela eut été trop beau !!! A peine les voiles affalées, le moteur cafouille, s’arrête et refuse de redémarrer ! Avec des rafales à 35 nœuds, sans l’appui du moteur, impossible de renvoyer la grand voile dont les lattes s’emmêlent dans les lazy jacks. Que faire ? On dérive vers le large donc là, pas de danger. Je plonge dans le moteur, constate que le pré-filtre du gasoil est  complétement encrassé. Je le démonte, le vide, le nettoie, remplace le filtre papier et remonte le tout alors que le bateau bouchonne harcelé qu’il est par les bourrasques de cet alizé qui  reste bien soutenu. On relance le moteur… Rien à faire. Il refuse tout service. Que faire ? On consulte la carte et notre position. Avec ce vent, impossible d’atteindre la baie de Philippsburg où nous comptions jeter l’ancre. On risque Simpson Bay. Cela nous paraît réalisable. Nous déroulons une partie du yankee  et faisons route. Le mieux  que nous arrivons à faire, c’est 60° du vent apparent et, sous cet angle, nous devrions pouvoir atteindre notre objectif. La dérive nous empêchera d’y arriver en un seul bord et ce n’est qu’à minuit que notre ancre  fut posée par 10 mètres de fond en plein milieu de la baie. Nous étions arrivés ! Je dois bien avouer qu’il ne nous fallut guère de temps pour nous jeter sur nos couchettes et nous endormir profondément.

Le lendemain,  avec le dinghy, nous sommes allés chercher du mazout propre afin de relancer le moteur au départ du bidon. Nous  croyions avec quand même un certain scepticisme, que comme le pré-filtre que j’avais nettoyé ne se remplissait pas, nos réservoirs étaient vides et que c’était la raison pour laquelle, le moteur refusait de redémarrer. Revenus à bord, nous raccordons le moteur au bidon, réamorçons le moteur en purgeant la pompe et les injecteurs et relançons sans problème le moteur qui semblait n’attendre que cela ! Ainsi, de nouveau motorisés, nous relevons l’ancre et venons remouiller dans la zone d’ancrage proprement dite et non au milieu de nulle part où nous avions dormi !... L’aventure continue.

 

Là, inspection générale à la recherche de la vérité… Ouverture des réservoirs qui se révèlent encore à moitié et aux trois-quarts pleins ! Démontage des tuyaux… Tous sont colmatés par une boue immonde. 

Et alors ? 

Et alors ?!... 

E E…

Et bien Zorro n’est pas arrivé et il a bien fallu que votre serviteur le remplace. Il faut dire que j’ai eu pour ce faire une assistante de première force ! Avec son aide donc, je nettoyai à la main le fond du réservoir où s’étaient accumulés tous les dépôts,  le bras plongé dans le mazout jusqu’au biceps. Une fois cela réalisé, je passai la main sur les parois des réservoirs et m’aperçus que une sorte de mare (comme ce qui fait le vinaigre dans un vinaigrier) tapissait par plaques les parois des réservoirs. Là encore, me servant de la main comme d’une pelleteuse, je remontai une grande partie de toute cette m… qui encrassait les réservoirs. Restaient les tuyaux que nous avons débouchés à l’aide de la pression d’une de nos bouteilles de plongée.  Renettoyage des filtres, remplacement de tous les pré-filtre et filtre. Ouverture des vannes de nos réservoirs. Nouvelle purge de la tête de pompe et… redémarrage. Notre Yan ronronna alors de bonheur tout content qu’il était de pouvoir enfin consommer un gasoil correct. Il  ronronne toujours et semble fort satisfait du pré-filtre supplémentaire que nous avons ajouté au circuit afin de prévenir une éventuelle récidive. Suivant les conseils d’un spécialiste interrogé à ce propos, nous avons prolongé le nettoyage mécanique des réservoirs par un nettoyage chimique par addition d’une assez grande quantité d’un produit spécial qui a la propriété de dissoudre toutes les particules en suspension dans le gasoil. Nous sommes ravis de constater que le gasoil qui arrive maintenant dans le pré-filtre est clair et sans résidus ! Fin de l’épisode…

 

Au cours de notre agréable séjour à St Martin et plus précisément à St Maarten que nous avons rallié une fois nos ennuis moteur oubliés,  nous avons retrouvé Rêve de lune (vous vous rappelez, Eva et Jean-Luc sur leur super maramu rencontré à Bonaire). Ils nous ont précédés de deux jours sur le même trajet. N’ayant pas réussi non plus à rallier St Martin sur un seul bord, ils ont choisi l’option de faire escale à l’île Norman (l’île au trésor de Stevenson) dans les BVI puis de rejoindre St Martin le surlendemain sur l’autre bord. Comme nous, ils ont avoué que ce ne fut pas une traversée de tout repos et un grand éclat de rire fusa lorsque j’avouai à Jean-Luc que c’était un peu à cause d’eux que nous étions arrivés ici car…  si ils pouvaient le faire et l’avaient déjà fait… Pourquoi pas nous ?!

Nantis donc de toute une série de pièces de rechange et autres nécessaires pour l’entretien de notre maison flottante (St Maarten pratique des prix hors taxe défiant toute concurrence), nous nous sommes mis en route pour les BVI. La météo annonçant une dégradation qui allait s’accentuer au cours de la semaine suivante, nous prîmes le risque d’anticiper cette dégradation en filant vers le Nord nous mettre à l’abri des BVI. L’alizé était soutenu entre 15 et 25 nœuds ce qui nous permit d’arriver à Virgin Gorda , une des principales îles du groupe après une nuit sportive où l’Otter II ne descendit pas sous les 7 nœuds ! Le jour se levait lorsque nous y jetâmes l’ancre, certes fatigués (On ne dort pas beaucoup lorsqu’on ne passe qu’une seule nuit en mer) mais déjà émerveillés par la découverte autour de nous et surgissant de l’aube, d’un paysage digne d’un conte de fées où il serait question de pirates et autres histoires de flibustiers. L’aventure continue !...

 

Lundi 24 décembre.

 

Levés de bonne heure, nous décidons de chercher un petit mouillage tranquille pour passer le réveillon. Nous ne  cherchons pas bien loin. Nous nous mettons d’accord pour Savannah Bay et ce, bien que l’entrée soit annoncée difficile (il faut se faufiler entre la côte et une barrière de corail parallèle à celle-ci). Le temps est ensoleillé, l’alizé certes présent mais peu soutenu. Nous appareillons donc, reconnaissons la passe d’entrée et nous réjouissons déjà car nous remarquons que pas un seul voilier n’est là pour troubler notre réveillon ! Au lieu de nous réjouir, nous aurions pu nous en demander la raison !...

En effet, progressant vers le fond de l’aire de mouillage que nous convoitions, nous nous apercevons qu’une houle de plus en plus inquiétante soulève l’Otter II d’abord de quelques centimètres puis, de plus en plus fort allant jusqu’à pousser l’Otter II au surf dans la pente de cette houle devenant donc de plus en plus désagréable.  C’est alors que, presque sans nous concerter, nous avons abandonné l’idée de ce mouillage idyllique et par un demi-tour acrobatique nous rebroussâmes chemin tout heureux de nous en sortir à si bon compte ! Il était trop tard pour envisager une autre option. Donc, retour à la case départ.  Spannish Town, nous revoilou !...  On mouille l’ancre… Premier essai sans succès. L’ancre dérape. Deuxième essai après avoir cherché un meilleur endroit (je cherche à reconnaître par transparence de l’eau, un fond de sable). Ici, c’est bon ! L’ancre descend donc cherchant à s’enfoncer dans le fond qui se révélera par la suite n’être que du corail émietté, cassé par des décennies d’ancrage successifs donc de moins bonne tenue. L’ancre dérape encore. Je dis à Marjo qu’on recommence !... Alors que d’habitude, ces manœuvres répétitives ne posent pas de problème à Marjo qui est à la barre, celle-ci me crie : «Mets de la chaîne ! Le câble de l’inverseur est cassé ! »

 

Et m… m… m !!! Je déroule donc 30 mètres de chaîne en me disant que dans 5 mètres d’eau cela devrait suffire à nous immobiliser. Le vent souffle quand même en rafales qui montent allégrement à 20 nœuds. Après quelques hésitations et fort heureusement, le bateau se stabilise. 

Que faire ? Nous nous rappelons que nous avons un câble de rechange mais où l’avons-nous rangé ? C’est fou comme un bateau peut receler d’endroits de rangement possibles ! Il y a plus de dix ans que, lors du bris du câble d’accélérateur survenu lors d’un convoyage de l’Otter II vers la Bretagne avec mon beau-père, nous avions eu la bonne idée d’en acheter un supplémentaire… Depuis lors, la mémoire !?... Nous avons donc commencé par chercher ce p… de câble. Pour cela, une bonne heure a déjà été nécessaire. C’est alors que je dis à Marjo : « Trop tard pour le remettre en place maintenant ! Tomorrow is an other day and now it’s the Christmas night !!! » 

Quelle belle soirée sous une voûte étoilée digne des rois mages, la croix du Sud jouant des coudes avec la grande ourse pour nous orienter… A minuit, heure belge (c’est à dire 19-00h locales), nous avions eu Manon et François au téléphone et cela fut notre plus beau cadeau de Noël. L’esprit tranquille, il était 23 heures locales quand nous nous sommes endormis sachant que le lendemain…

 

Le lendemain donc, dès après le petit déjeuner, remplacement du câble qui passe par des endroits que nous découvrirons au fur et à mesure de nos investigations. Je vous passe ici les détails de nos hésitations. Pas droit à l’erreur : si on enlève le câble défectueux, il faut pouvoir faire reprendre le même trajet au nouveau. Nous plaçons donc un « messager » à l’extrémité de l’ancien câble et tirons. Rien ne se passe. Il faut dégager le câble sur toute sa longueur et les électriciens qui se sont succédés à bord depuis des années y sont allés de gaieté de cœur avec les attaches de type « colson » que nous devrons sectionner une à une en remontant le long du câble jusque dans la colonne de barre. Cette colonne de barre, il a fallu également la débarrasser de son compas afin d’accéder au mécanisme des manettes de gaz et d’inverseur. Certaines vis, oxydées, cassent au dévissage ! Bref, c’est petit à petit que nous arrivons à extraire l’ancien câble que nous remplacerons dès que possible pour refaire notre réserve.  Pour faire faire le chemin inverse au nouveau câble, il nous fallut le repousser manuellement dans toutes les courbes d’où le messager n’arrivait pas à le faire passer ! Cela nous contraignit de sortir tout le contenu du coffre compresseur d’air et générateur d’électricité compris. Un vrai chantier !... Le nouveau câble en place,  accoupler les extrémités fut un jeu d’enfant et, au premier essai, le nouveau câble était fonctionnel. Une nouvelle victoire du dream team pouvait être dignement fêtée. 

 

Réparation terminée, la nuit tombait quand le bateau était de nouveau rangé et prêt à reprendre la mer… pour de nouvelles aventures !

 

(à suivre)

 

Une journée à Bonaire

Ce matin, nous nous sommes levés presque avec le soleil et admirons l’approche silencieuse et prudente d’un de ces navires de grande croisière que nous appelons avec sympathie des «love boat ». Il n’est pas le premier qui accoste à Bonaire et, chaque fois, c’est un événement que nous avons vécu de manière tout-à-fait parcellaire. Soit nous sommes à bord et assistons à cela de loin. Quelquefois, le son accompagne l’image, un groupe de percussionnistes accueillant les passagers qui débarquent pour quelques moments de « terre ferme ». D’autres fois, nous sommes en ville et voyons débarquer les croisiéristes que l’on ne peut pas rater. Les « pauvres » n’ont pas encore pour la plupart bénéficié des bienfaits du soleil et sont blancs Bayer. Ils le sont autant par la couleur de leur épiderme que par celle de leurs vêtements le plus souvent assortis à l’uniforme de l’équipage, chaussettes comprises (et ce, autant pour les dames que pour les messieurs). Certains arborent des casquettes également blanches immaculées vraisemblablement fraîchement sorties des valises ou nouvellement achetées.  Pour les dames on y voit parfois scintiller quelques paillettes. La soixantaine bien sonnée, ils sont tout mignons, photographiant « leur » bateau en essayant d’en prendre un cliché qui ne ressemblera pas trop aux dix autres correspondant à chacune de leurs escales. Il faut dire que celles-ci ne durent jamais plus d’une journée et d’une nuit au cours de laquelle ils appareillent. Ce matin, alors que nous émergeons de notre nuit de sommeil, nous constatons l’arrivée imminente d’un de ces grands navires. Le NOORDAM, c’est son nom, est un magnifique quatre ponts (je ne sais si c’est ainsi qu’on les appelle. Je ne me fie pour cela qu’au nombre d’étages de cabines que l’on aperçoit de l’extérieur). Intéressé depuis longtemps par les belles manœuvres portuaires – on apprend toujours beaucoup des professionnels malgré la disproportion entre nos navires – je propose à Marjo de sauter dans l’annexe et d’aller assister à la mise à quai qui, ici, est très spectaculaire car en fait de quai, il n’y en a pas ! Seuls un embarcadère et quelques « ducs d’Albe » en béton armés surmontés d’énormes bites d’amarrage sont implantés aux abords du rivage afin de recevoir les nombreuses amarres qui seront mises à poste par un petit remorqueur. C’est donc à ce spectacle que Marjo et moi nous préparons en nous rapprochant. On amarre le dinghy et, le temps de filmer les premières manœuvres d’approche, je retrouve Marjo assise à une terrasse pour assister au spectacle, le confort en plus ! Au départ, je lui avais dit qu’il serait intéressant d’assister aux manœuvres d’accostage en prenant le café là-bas plutôt que de déjeuner à bord. Pour une fois et dans la perspective de cet intéressant spectacle, je me serait bien passé de mon bol de céréales quotidien qui, il faut bien le dire par parenthèses, m’a fait gagner en deux mois presque trois crans à ma ceinture ! C’était sans compter sur l’imagination de ma « Capitaine » que je retrouve en train de commander, non seulement un café comme prévu, mais aussi un « american breakfeast » ! Tout un programme !  Deux œufs pochés avec saucisses et jambon fumé, toasts, pancake, confiture, sirop, salade de fruits, jus de fruit… J’en ai été stupéfait à tel point que je n’ai pas résisté à photographier notre table digne des meilleures agapes romaines. Moi qui m’était fait à l’idée de me contenter d’un café ! Marjo me dit souvent que pour entretenir l’amour, il faut surprendre. Et bien aujourd’hui, je peux dire que ma petite femme a marqué des points pour autant qu’elle puisse encore en marquer tant notre vie à deux est un perpétuel émerveillement.

Après cette interruption gastronomique, je reviens à la manœuvre. Des ouvriers du NOORDAM, casqués comme dans toute entreprise de manutention, descendent, à l’aide de puissants cabestans, de lourdes et solides amarres dont la ganse est frappée d’une aussière plus petite destinée à être manipulée à la main. Le personnel du remorqueur s’en saisit et les  emportent successivement vers les ducs d’Albe où des hommes plus âgés attendent en discutant. Ce sont vraisemblablement des marins à la retraite qui sont tout heureux de se rendre utiles en participant encore à la vie active du port. Ils sont en T-shirt et casquette usée par les intempéries et les UV. Ils ont le geste sûr et il émane d’eux une longue expérience maritime. Leur gestuelle est empreinte d’une expertise évidente et je me surprends à m’imaginer la vie rude de ces vieux marins revenus à terre poser leur sac définitivement et continuant peut-être à encore rêver d’un jour prendre encore une fois, une dernière fois peut-être, la mer… Mais n’est-ce pas plutôt moi qui m’imagine cela romançant ainsi un métier qui doit être fait de beaucoup de sacrifices, trop peut-être ?...

La manœuvre terminée et notre « american breakfast » englouti, nous déambulons dans les rues de Bonaire. Il ne fait pas encore chaud. Le ciel est un peu couvert de cumulus de beau temps qui masquent le soleil. Et nous nous rendons compte que, à chaque arrivée de love boat, un marché s’anime d’artisans venant vendre leur production aux touristes. Il y a Bonaire sans navire de croisière et Bonaire avec. Le paysage est tout différent et, sans rien apercevoir du port, nous pourrions bien dire si un navire de croisière est amarré ou non. Il n’y a qu’à observer la rue et ses passants. Si les passants sont plus nombreux et que les tenues se maculent de blanc y compris les chaussettes (oui, je sais j’ai tendance à être à la limite de l’impertinence mais que voulez-vous, on ne se change pas !!! taquin je suis, taquin je reste…), c’est qu’un grand navire vient d’arriver !

(à suivre)