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23/09/2014

Sur la route de Halifax

Rapport de terre/mer III.14c

 

Sixième jour de mer. L’Otter poursuit sa route inlassablement au moteur à travers cette haute pression qui n’en finit pas. On n’est jamais content ! Trop de vent, on fait la moue, trop peu, on se lamente… Les longues traversées vent constant de travers ne sont pas légion, ce serait trop beau. Comme chaque situation a ses avantages et ses inconvénients, il faut reconnaître que depuis l’accalmie qui nous a contraints à faire appel à notre moteur, j’ai rédigé deux rapports de mer et suis en train de commencer le troisième ! A terre, il y a tant et tant de choses à faire que le clavier est laissé un peu dans l’ombre. On l’utilise le plus souvent pour échanger des nouvelles du pays et de ses habitants sur facebook en ce qui me concerne, Marjo préférant se servir du courriel. Nous sommes connectés le plus souvent assez bien depuis l’installation de notre nouvelle antenne réceptrice du Wifi. En mer, et qui plus est au moteur, l’océan étant très calme, voire tel un lac, il n’y a rien à faire et comme l’idée de s’ennuyer ne me vient jamais à l’esprit, j’occupe celui-ci à la lecture des instructions nautiques utiles pour l’atterrissage (en anglais cela prend du temps et enrichit le vocabulaire !), la lecture tout court (j’ai toujours un roman entamé qui m’attend), les tentatives de communications satellitaires (Il faut dire à ce propos que les satellites Iridium ne desservent pas bien le NO de l’Atlantique car de multiples tentatives de connexion sont indispensables pour arracher au ciel les précieuses prévisions météorologiques) et, bien sûr la contemplation méditative de l’océan à laquelle je me livre  toujours avec le même plaisir. L’océan grouille de vie mais seule une observation patiente permet de le constater. Pour l’instant par exemple, une baleine pourrait souffler non loin de nous sans que je m’en aperçoive tout occupé que je suis à rédiger ce rapport. On ne peut pas être au four et au moulin ! Ce matin, deux bonnes heures après le lever du soleil, j’étais assis sur notre beaupré – nous y avons installé un petit siège bien confortable pour y admirer les dauphins – et je contemplais la mer. C’est incroyable cette sensation qui est particulièrement bien rendue dans le film Titanic, cette sensation de voler au-dessus de l’océan, l’image du navire qui vous porte disparue dans votre dos. Votre champ visuel balaie l’océan à la recherche de mouvements inhabituels. A la chasse, c’est la même chose : c’est souvent par le mouvement que le gibier se laisse découvrir. C’est lors de cette attentive observation que je découvre au loin une série de moutons blanchâtres de plus en plus nombreux et se rapprochant, devenant multitude. Des centaines d’éclaboussures annoncent la venue d’une bande de très nombreux grands dauphins. Ils approchent et se déroutent pour venir se disputer la place royale située sous la sous-barbe de notre beaupré (que l’on appelle également delphinière lorsqu’il est habillé d’un filet protecteur comme sur les vieux gréements). Ils vont de çà et de là changeant de direction à faire pâlir les meilleurs joueurs de la NBA. Ils vont et viennent et se relaient sous l’étrave du bateau. Chacun veut avoir sa part du plaisir de caresser le point bas de notre sous-barbe du bout de l’aileron. Ce matin, pour la première fois, la bousculade était telle – je devrais plutôt écrire « l’impression de bousculade » car ils ne se touchent guère – qu’un des dauphins heurta cette forte pièce en acier inoxydable et s’en alla, je suppose tout penaud, réfléchir à la manière d’éviter à l’avenir ce désagréable contact ! Pendant près d’une demi-heure, ils se sont ainsi succédés, groupe après groupe. Je ne sais si ils m’entendent les encourager avec enthousiasme, leur crier qu’ils sont beaux, que je les aime, leur montrer par la voix le bonheur que j’ai de les rencontrer. J’ai voulu partager cela avec Marjo mais elle dormait et il faisait froid. J’ai joué l’égoïste, l’ai laissé dormir et enregistré ces belles images pour moi seul. Et oui, je viens de le signaler. Finis les tenues légères, voire d’Adam que les tropiques nous permettaient ! Ici, j’ai ressorti mes sous-vêtements Patagonia (Merci à Emily & Alex qui m’ont si bien équipé au fil de mes anniversaires !), mes salopette et veste de quart Trax, chaussettes et chaussures de pont.

La température a chuté d’un coup. 20° dans le carré. 16°C dans le cockpit. 12,3 °C dans l’eau !!! Du plus jamais vu depuis trois ans !  Le soleil fait des efforts pour briller de tous ses feux sans toutefois caresser l’idée d’égaler ses performances antillaises. Il est maintenant 10h14 locales et notre sillage va bientôt devenir canadien. Plus que quelques milles et nous quitterons les eaux américaines. Nous longeons le banc de Georges, endroit peu profond aussi grand si pas plus que la Belgique. D’après les prévisions, il nous faudra encore attendre demain après-midi pour achever notre traversée sous voiles, poussés par une petite brise de  suroît qui viendra ponctuer cette belle traversée. Destination : Royal Nova Scotia Yacht Squadron à Halifax (à suivre…)

24/07/2014

Intermède

Rapport de terre/mer III.14c

 

Sixième jour de mer. L’Otter poursuit sa route inlassablement au moteur à travers cette haute pression qui n’en finit pas. On n’est jamais content ! Trop de vent, on fait la moue, trop peu, on se lamente… Les longues traversées vent constant de travers ne sont pas légion, ce serait trop beau. Comme chaque situation a ses avantages et ses inconvénients, il faut reconnaître que depuis l’accalmie qui nous a contraints à faire appel à notre moteur, j’ai rédigé deux rapports de mer et suis en train de commencer le troisième ! A terre, il y a tant et tant de choses à faire que le clavier est laissé un peu dans l’ombre. On l’utilise le plus souvent pour échanger des nouvelles du pays et de ses habitants sur facebook en ce qui me concerne, Marjo préférant se servir du courriel. Nous sommes connectés le plus souvent assez bien depuis l’installation de notre nouvelle antenne réceptrice du Wifi. En mer, et qui plus est au moteur, l’océan étant très calme, voire tel un lac, il n’y a rien à faire et comme l’idée de s’ennuyer ne me vient jamais à l’esprit, j’occupe celui-ci à la lecture des instructions nautiques utiles pour l’atterrissage (en anglais cela prend du temps et enrichit le vocabulaire !), la lecture tout court (j’ai toujours un roman entamé qui m’attend), les tentatives de communications satellitaires (Il faut dire à ce propos que les satellites Iridium ne desservent pas bien le NO de l’Atlantique car de multiples tentatives de connexion sont indispensables pour arracher au ciel les précieuses prévisions météorologiques) et, bien sûr la contemplation méditative de l’océan à laquelle je me livre  toujours avec le même plaisir. L’océan grouille de vie mais seule une observation patiente permet de le constater. Pour l’instant par exemple, une baleine pourrait souffler non loin de nous sans que je m’en aperçoive tout occupé que je suis à rédiger ce rapport. On ne peut pas être au four et au moulin ! Ce matin, deux bonnes heures après le lever du soleil, j’étais assis sur notre beaupré – nous y avons installé un petit siège bien confortable pour y admirer les dauphins – et je contemplais la mer. C’est incroyable cette sensation qui est particulièrement bien rendue dans le film Titanic, cette sensation de voler au-dessus de l’océan, l’image du navire qui vous porte disparue dans votre dos. Votre champ visuel balaie l’océan à la recherche de mouvements inhabituels. A la chasse, c’est la même chose : c’est souvent par le mouvement que le gibier se laisse découvrir. C’est lors de cette attentive observation que je découvre au loin une série de moutons blanchâtres de plus en plus nombreux et se rapprochant, devenant multitude. Des centaines d’éclaboussures annoncent la venue d’une bande de très nombreux grands dauphins. Ils approchent et se déroutent pour venir se disputer la place royale située sous la sous-barbe de notre beaupré (que l’on appelle également delphinière lorsqu’il est habillé d’un filet protecteur comme sur les vieux gréements). Ils vont de çà et de là changeant de direction à faire pâlir les meilleurs joueurs de la NBA. Ils vont et viennent et se relaient sous l’étrave du bateau. Chacun veut avoir sa part du plaisir de caresser le point bas de notre sous-barbe du bout de l’aileron. Ce matin, pour la première fois, la bousculade était telle – je devrais plutôt écrire « l’impression de bousculade » car ils ne se touchent guère – qu’un des dauphins heurta cette forte pièce en acier inoxydable et s’en alla, je suppose tout penaud, réfléchir à la manière d’éviter à l’avenir ce désagréable contact ! Pendant près d’une demi-heure, ils se sont ainsi succédés, groupe après groupe. Je ne sais si ils m’entendent les encourager avec enthousiasme, leur crier qu’ils sont beaux, que je les aime, leur montrer par la voix le bonheur que j’ai de les rencontrer. J’ai voulu partager cela avec Marjo mais elle dormait et il faisait froid. J’ai joué l’égoïste, l’ai laissé dormir et enregistré ces belles images pour moi seul. Et oui, je viens de le signaler. Finis les tenues légères, voire d’Adam que les tropiques nous permettaient ! Ici, j’ai ressorti mes sous-vêtements Patagonia (Merci à Emily & Alex qui m’ont si bien équipé au fil de mes anniversaires !), mes salopette et veste de quart Trax, chaussettes et chaussures de pont.

La température a chuté d’un coup. 20° dans le carré. 16°C dans le cockpit. 12,3 °C dans l’eau !!! Du plus jamais vu depuis trois ans !  Le soleil fait des efforts pour briller de tous ses feux sans toutefois caresser l’idée d’égaler ses performances antillaises. Il est maintenant 10h14 locales et notre sillage va bientôt devenir canadien. Plus que quelques milles et nous quitterons les eaux américaines. Nous longeons le banc de Georges, endroit peu profond aussi grand si pas plus que la Belgique. D’après les prévisions, il nous faudra encore attendre demain après-midi pour achever notre traversée sous voiles, poussés par une petite brise de  suroît qui viendra ponctuer cette belle traversée. Destination : Royal Nova Scotia Yacht Squadron à Halifax (à suivre…)Sans titre.png

La queue de la dépression

Rapport de mer III.14.b

 

Seconde partie : la queue de la dépression

 

Mardi après-midi nous étions à Beaufort, l’ICW parcouru dans le sillage de Dream catcher depuis Myrtle Beach était derrière nous. Merci à Bo & Joyce de nous avoir écolés ! Après avoir visité le magnifique musée maritime consacré partiellement à la piraterie et bu en compagnie de Bo & Joyce un dernier café agrémenté d’un délicieux pancake au chocolat, nous larguons les amarres. A l’arraché, notre beaupré fleuretant au passage sans heureusement la toucher, avec la jolie coque d’une belle goélette ancienne amarrée à notre tribord, nous saluons nos amis admiratifs devant notre belle manœuvre et nous éloignons pour prendre la mer en embouquant le chenal bien balisé. Nous rejoignons ensuite la haute mer, envoyons les voiles et commençons notre traversée vent dans le nez sous voiles hautes appuyée de notre Yanmar. Nous avons le fameux cap Hatteras dans notre N et devons le contourner pour nous diriger NNE vers le Canada. Mercredi après-midi, au large  de ce cap, alors que nous nous traînions quelque peu, poussés que nous étions par un vent inférieur à 10 nœuds, nous nous demandions d’où pouvait bien provenir les bruits de réacteurs que nous entendions au loin. Et quand je dis du bruit, c’était vraiment impressionnant. On aurait pu comparer cela à un roulement ininterrompu de tambours. Une silhouette de navire apparaît alors sur notre tribord qui devient assez rapidement celle, très reconnaissable, d’un porte-avions. Il semblait être en manœuvre ceci étant confirmé par le souvenir que nous avions, avant de l’apercevoir, d’une détonation qui m’avait fait penser au passage du mur du son mais aurait pu tout aussi bien être un exercice de tir ! Bref, nous n’étions pas très rassurés car nous étions sous voile à la vitesse surface de 4,5 nœuds et ne savions pas que faire pour éviter ce mastodonte des mers qui se rapprochait inexorablement comme une sorte de nid de frelons duquel partaient et revenaient sans cesse ses occupants en plein exercice ! Les chasseurs passaient de plus en plus près au-dessus de nos têtes dans un bruit de réacteurs infernal. Ils se posaient ensuite sur le pont du navire pendant que d’autres en décollaient. Impressionnant ! C’est alors que la VHF se fit entendre : « sailing vessel, sailing vessel, sailing vessel, here is the  aircraft vessel, do you hear me ». Marjo prend le micro et répond le plus aimablement possible se faisant appelée Captain avec la plus vive satisfaction. « Keep away ! ». Le radio du porte avion nous demandait de nous éloigner d’eux ce qui, moteur arrêté et sans vent, n’était pas évident. Au vu de la vitesse de déplacement du porte-avions qui croisait notre route  assez rapidement et compte tenu de notre lenteur, je me dis que je ne modifiais ma route que de quelques degrés. Mal m’en a pris, car le ton du radio (Marjo aurait aimé que ce soit le pacha mais il m’étonnerait que celui-ci s’abaisse à faire la police autour de son bâtiment) se fit plus ferme en nous intimant l’ordre de nous éloigner. Je mis donc le bateau en panne n’ayant pas reçu de cap à suivre et le majestueux navire s’éloigna. Mon esprit rebelle se demanda alors : « Et quoi, je peux naviguer, maintenant ?! ». Pressée par moi, Marjo, hésitante car photographier des bâtiments militaires est interdit, pris quand même quelques clichés pour immortaliser l’événement.

En début de soirée, alors que Hatteras était derrière nous, le vent forcit en se plaçant franchement sur notre hanche bâbord et la mer commence à se creuser. Au fur et à mesure de la montée en puissance du vent, nous arisons la grand voile et rentrons le yankee (grande voile frappée sur l’avant de notre beaupré et précédant notre seconde voile avant, la trinquette) petit à petit. Au plus fort de la dépression, nous ne garderons que la trinquette bordée à plat pour stabiliser le roulis du bateau, la grand voile sous 3 ris, et deux petits mètres carrés de toile au yankee. La mer nous venant de l’arrière, les conditions sont loin d’être préoccupantes. Nous sommes au portant à 145° du vent et nous négocions fort bien les lames de plus en plus hautes qui nous poursuivent de l’arrière, déferlant de manière très impressionnante sous notre balcon bien protégé par notre poupe caractéristique des anciens bateaux de sauvetage norvégiens ayant rendu célèbre l’architecte naval Colin Archer. Le bateau et l’équipage sont en plein travail, concentrés sur la tâche et cette concentration durera du mercredi soir au jeudi après-midi, sans relâche, les lames succédant aux lames et le vent forcissant jusqu’à atteindre dans les rafales la vitesse hallucinante de 40 nœuds ! Dire la hauteur des creux dans lesquels nous naviguions est bien difficile car il faut toujours, pour dire la vérité, donner la hauteur des vagues divisée par deux étant donné que la hauteur de la vague est théoriquement la différence de hauteur entre le niveau de la mer calme et horizontale et le point le plus haut de la lame. Compte tenu de cela, je me risquerais à dire que nous avons navigué dans des creux de deux à 3 mètres et plus pour certaines lames un peu plus traîtresses que les autres. Si vous multipliez par deux, cela vous donne une idée de l’impression que cela fait lorsqu’un mur d’eau déferlante vous rattrape. Sans fanfaronnade, j’avouerai que, au début, cela fait un peu peur mais lorsqu’on s’aperçoit avec quelle agilité le bateau se joue de ces caprices de la mer, nous avons très vite récupéré notre confiance dans ce bon bateau qu’est notre cher Otter. J’ai écrit dans un courriel en anglais que « Our sailing boat negociated the waves like a dancer » et c’est vraiment l’idée qu’il donne lorsqu’il résiste à la mer en la négociant avec habileté, souplesse et force. On dirait qu’il fait corps avec elle. On dirait qu’il dance. Alors que, le calme étant revenu, le vent s’étant calmé, nous poursuivons notre route, je me délecte de l’impression d’aisance qui se dégage du bateau. Nous sommes au près bon plein, un ris dans la grand voile, trinquette haute et yankee enroulé de deux tours. Le vent de 15 nœuds nous propulse entre 6 et 7noeuds. Le soleil brille. De petites lames saupoudrées çà et là de petits moutons nous entourent et l’Otter II glisse sans bruit sur cet océan de bonheur qui nous porte avec attention comme une mère porte son enfant. Je suis assis dans le cockpit, l’ordinateur sur les genoux pour vous écrire ce qui passe par la tête d’un retraité pas comme les autres qui profite de la chance d’être marié à une femme formidable qui aime l’océan et les bateaux presque plus que lui (elle est plus tolérante !)…

J’arrête là de taper sur ce clavier car j’entends déjà Marjo me dire que je suis trop long, beaucoup trop long. Mais comment faire pour écrire une synthèse de tout ce qui précède en trois ligne ? Si je vous écrivais seulement quatre mots : je suis un homme heureux. Ce serait suffisant pour moi mais pour vous ? Je pense que si vous me lisez, c’est pour un peu mieux connaître l’étrange choix qui nous a emmenés, Marjo et moi, après trois années presque de vagabondage, en vue bientôt de la terre canadienne…(à suivre, si j’ai raison de le penser !)