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02/05/2015

le pain aux raisins

 

Dans une grande surface (Giant), Marjo cherche à acheter des pains aux raisins. On approche. On ne trouve pas. Elle me dit : "Ils sont tout près, je les sens !". Moi, je ne sens rien... et je la regarde, incrédule. Et puis, elle trouve et me mets le paquet sous le nez. De fait, le paquet dégage un léger parfum de cannelle. De là à le retrouver à l'odorat ? Une fois de plus, me voilà en pleine découverte de ma Marjo qui se révèle chaque jours plus surprenante ! émoticône wink Je pense que notre Ondine lui a refilé quelques tuyaux en cachette...

17/04/2015

Rapport de terre/mer III.17

 

Rapport de mer/terre III.17

 

Le 13 octobre 2014.

  

Il y a des jours qu’on voudrait oublier aussi vite qu’ils sont derrière nous ! Le lundi 6 octobre est l’un de ces jours maudits. Nous étions partis « magasiner » avec notre fille Manon qui devait reprendre l’avion à Washington le lendemain à 15h00. Nous avions loué une voiture pour ces deux jours et profitions des derniers moments de vagabondage dans un « outlet » où l’on ne sait plus où donner de la tête tant les prix d’articles de marque impayables en Belgique sont ici bradés jusqu’à 75 % avec en plus l’avantage du change.

 

Vers 16h30 heures, alors que nous nous décidions tranquillement de rentrer au bateau, Marjo ouvre son iPad et voit avec horreur le message suivant apparaître dans sa messagerie : « 15h28 : Your boat has dragged onto rocks In front of Naval Academy. Contact Harbour master immediately. Alan ». Atterrés par cette nouvelle, nous rentrons immédiatement avec l’esprit en effervescence. Comment un tel drame a-t-il pu arriver ? Nous ne laissons en effet jamais le bateau seul au mouillage sans avoir attendu quelques heures au moins pour être assurés que l’ancre a bien croché et, ce lundi matin, nous étions ancrés et stabilisés depuis la veille. Daté d’une bonne heure plus tard, un second message nous a été envoyé : « US Naval Academy and TowBoat US are making arrangements to move your boat and Haul it out at the Academy's facilities. Here is one person onboard assessing damage. No water leakage taking place. » Ce message, nous indiquait donc que notre bateau n’avait pas coulé mais nous ne savions pas où il se trouvait. Notre inquiétude grandissait au fur et à mesure de la lecture de ces différents messages. Envoyé à 16h57, un troisième message indiquait : « Otter II is off the rocks and proceeding to US Naval Academy  slips to be hauled out. »Quelque peu rassurés  nous parcourûmes les derniers kms du retour dans un silence qui en disait long sur les émotions qui se bousculaient dans nos esprits en train de nous imaginer dans quel état nous allions retrouver notre bateau et où ? Nous n’en avions aucune idée. Le boat show était en préparation et le moindre espace était occupé, raison pour laquelle notre bateau avait atterri dans les installations de la Navy !

 

Arrivés au port, nous n’avions guère que le choix de nous rendre à la « US Naval Academy » afin de savoir où se trouvait notre bateau car, non seulement nous étions impatients de constater son état mais encore, nous devions bien dormir quelque part et également permettre à Manon de terminer ses bagages pour son départ du lendemain. Toutes ses affaires ainsi que passeport et billet d’avion étaient restés sur le bateau ! Ici, je vous passe le dialogue de sourds entre Marjo, gardant son calme malgré les circonstances, attendant une réponse des gardes chargés de surveiller les entrées très contrôlées dans la base. Ceux-ci, visiblement troublés par une situation sortant de la routine, donnaient des coups de téléphone et nous faisaient patienter un long moment pour ne nous donner qu’une seule information qui s’avéra inutilisable car hors des heures de service ! Nous n’avions donc pas de réponse à nos questions. Notre bateau avait disparu et nous ne savions pas que faire pour le retrouver. Le crépuscule s’installait et il ne nous restait que l’annexe pour passer la nuit ! Notre seul choix était donc de nous rendre à bord du Moonlight Maid, le bateau de nos amis canadiens Alan & Ether, auteurs des messages reçus en fin d’après-midi pour aller aux nouvelles puis prendre une décision pour trouver un gîte. Manon était avec nous et l’inquiétude grandissait au fur et à mesure du temps qui passait car nous étions de plus en plus dans l’incertitude. Et c’est là que nous avons eu la chance de pouvoir vérifier, une fois de plus, l’immense solidarité des gens de mer. Nos amis nous accueillirent avec une compassion telle qu’il semblait presque que c’était eux qui avaient perdu leur bateau. Non seulement ils nous contèrent les événements de l’après-midi concernant le dérapage de notre ancre mais ils s’arrangèrent avec d’autres amis canadiens pour nous héberger. La queue de la mini-dépression ayant occasionné notre mésaventure nous secoua toute la nuit – la houle rentrait dans le port et faisait rouler les bateaux ! – et, cela additionné à toutes les questions qui se bousculaient dans nos esprits, nous ne pûmes que somnoler en attendant que cette nuit qui n’en finissait pas, cesse…

 

 

 

Au moment où j’écris ces lignes, une semaine plus tard, j’ai encore des bouffées d’émotion et de rage à l’idée que tout cela ne serait peut-être pas arrivé si notre ancre n’avait pas été draguée par un plaisancier maladroit, voire paniqué car les témoignages recoupés indiquent que plusieurs bateaux voisins ont également dérapé leur ancre ce qui représente la seule explication au décrochage de la nôtre (cette situation s’étant déjà présentée plusieurs fois dans les Anilles alors que nous étions fort heureusement à bord nous laisse à penser que cette éventualité n’est pas négligeable)…

 

 

 

Notre mésaventure n’est malheureusement pas finie (désolé d’être long !). Le lendemain matin, notre ami Alan prend les choses en mains et par appels téléphoniques et VHF, parvient à connaître la position de notre pauvre bateau. Dans notre malheur, il avait été pris en charge par les militaires de la Navy et remorqué dans une darse militaire où nous pûmes le retrouver. Je vous passe ici tous les sésames dont nous dûmes user pour l’atteindre, la base navale étant protégée comme si le Président Obama était en visite ! (Je pense que si cela avait été le cas, nous aurions dû attendre son départ pour rejoindre notre bateau). Mis à part la rigueur de la sécurité, je me dois d’ajouter que les rapports des militaires avec nous ont été dans le registre d’un savoir-vivre policé, voire presque convivial. Il faut dire que Marjo se surpassa en diplomatie patiente tant l’unique objectif de notre démarche était de pouvoir enfin rejoindre notre cher Otter !!!

 

 

 

Arrivés enfin en vue de notre bateau, quelle ne fut pas notre surprise de le voir entouré d’un nombre impressionnant de navires plus ou moins importants de la Navy. Il ne pouvait être mieux protégé !!! Les marins l’avaient professionnellement amarré et nous ont entourés de leur intérêt tant l’amour des bateaux transpirait de leur comportement. De vrais gentlemens… qui ne nous permirent quand même pas de passer la nuit à bord. Manon étant repartie en Belgique et ne désirant pas abuser de l’hospitalité de nos amis, nous passâmes cette première nuit dans un motel des environs. Le lendemain, Marjo prit tous les contacts nécessaires et suffisants pour nous permettre de faire remorquer l’Otter  dans un chantier susceptible de prendre en charge toutes les réparations. Écoutant les conseils de nos amis américains Bo & Joyce Chesney, nous nous décidâmes pour le chantier « Bert Jabin » où le remorqueur nous emmena, notre système de barre ne nous permettant plus d’évoluer en autonomie (drosse du secteur de barre cassée). A peine arrivés, nous fûmes entourés de toute une armada de contremaîtres et autres professionnels qui voulaient évaluer la situation avant et pendant la sortie de l’eau afin de ne pas perdre de précieuses indications quant au diagnostic en vue des réparations des dommages.

 

 

 

Depuis lors, l’Otter a été placé sur bers au sec et, à la demande du chantier, nous sommes partis à la recherche de modifications éventuelles dans la structure du bateau, recherche qui, fort heureusement, n’a donné aucun résultats. Pendant que je m’occupe à différentes remises en ordre et autres petits bricolages, Marjo se bat avec la constitution du dossier pour l’assurance. Il est question de devoir démâter le bateau pour pouvoir y travailler à l’abri. Si tel est le cas et dès que nous aurons le feu vert de notre assurance, nous ne pourrons plus habiter notre bateau et reviendrons en Belgique, le confiant ainsi au chantier qui le remettra en état de naviguer pour nous permettre en février de reprendre notre longue route de découverte … A bientôt donc le grand plaisir de vous revoir toutes et tous ! 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

23/09/2014

III.16

Ce 29 août 2014 pendant le passage de Cristobal et les jours suivants…

 

Mais que se passe-t-il ? Devez-vous vous dire tant il est vrai qu’un certain déni de mon clavier a interrompu le récit de notre voyage. Mon dernier « rapport » date de notre retour en Belgique pour l’intervention chirurgicale de notre Manon. Nous étions fin juin et je m’aperçois ainsi que deux mois se sont écoulés sans que je n’aie pris la peine de vous narrer nos découvertes. Disons donc que, comme la plupart d’entre vous, j’ai pris quelques vacances qui vous aurons permis de penser plus aux vôtres qu’à notre long voyage et, dans le fond, je trouve que c’est très bien ainsi.

Partis de Halifax avec l’objectif de rencontrer nos amis Josiane & François du voilier Umialtak (signifie en inuit voyageur des mers) aux îles de La Madeleine, notre voyage s’écarta une nouvelle fois du projet initial en choisissant le Bras d’Or plutôt que d’emprunter le « Straight of Canso » qui sépare l’île du Cap breton de la Nouvelle-Ecosse. Des navigateurs rencontrés à Halifax avaient en effet vanté les superbes mouillages de ce Bras d’Or - mer intérieure décrite par les locaux comme la plus grande mer intérieure d’eau salée au monde ! Bref, devant leur enthousiasme, nous nous sommes décidés. Après donc trois étapes le long de la côte S de la Nouvelle Ecosse (Owls Head Bay, Beaver Harbour et Tor Bay) nous passions l’écluse pour entrer dans ce fameux Bras d’Or que nous avions hâte de découvrir. Première escale à St Peter’s marina située à l’ouest de la sortie du canal du même nom. Accueil exceptionnel. Là-bas – c’est presque une généralité au Canada – les personnes présentes aux environs de l’endroit que vous avez choisi de vous amarrer se précipitent pour saisir vos aussières et vous aider, le tout avec le sourire et des « nice to meet you » et autres « welcome ». Apprenant que toutes les commodités de la marina sont utilisables même si l’on est à l’ancre, nous ne nous faisons pas prier et ancrons à une encablure de la marina. Internet à bord et les toilettes et douches à disposition avec, à chacun de nos retours à terre, l’accueil souriant du « dockmaster » toujours prêt à rendre service ou fournir une information. C’est vraiment à regret que nous avons quitté cet endroit tellement charmant pour prendre la direction du N.

 

J’oubliais de dire que, depuis notre atterrissage sous une fine bruine sur l’écluse de St Peter’s canal, le temps s’est mis en mode estival, nous évitant le brouillard et nous accompagnant d’un grand soleil et de températures supérieures à 20°. Jusqu’à ce moment, il faut bien dire que nous étions loin, très loin de l’idée que l’on s’était faite du froid canadien. Quelques milles de navigation sans vent nous amenèrent à Pellier Island où nous nous sommes retrouvés tout seuls au milieu d’une nature qui se caractérisait par la grande, l’immense forêt canadienne où le silence règne en maître laissant toute la place aux cris perçants d’un couple d’aigles pygargues qui nous survolèrent pendant un long moment démontrant avec majesté leurs qualités de planeurs. Et, là-bas, perdus dans une crique semblant oubliée des hommes, nous savourâmes le calme et la quiétude bucolique qui nous était offerte tel un cadeau de dame Nature. Le bateau semblait contempler son âme dans le miroir de l’eau qui le portait. De temps à autre, le croassement d’un corvidé déchirait ce silence, un martin-pêcheur plongeait, des oies caquetaient… Un vrai bonheur !

Tous ces fabuleux mouillages de bonne tenue, c’est toujours presque à regrets que nous les avons quittés, passant sous le pont de Barra Strait pour jeter successivement notre ancre à Maskel’s Harbour et enfin à Baddeck où nous avons trouvé un chantier naval disposé à nous installer le chauffage DICKINSON que nous traînions en pièces détachées depuis le début de notre voyage ! Le travail terminé au cours duquel nous avons encore eu droit à de belles rencontres, nous avons poursuivi notre route avec une première étape à Otter Island (On ne pouvait décemment pas rater ça !) juste avant la sortie du Bras d’Or. De nouveau en mer ouverte, et par grand beau temps toujours établi, nous sommes passés par Birds Island où nous nous sommes régalés en observant des colonies de phoques qui se prélassaient au soleil où nous regardaient passant la tête tout juste sortie de l’eau. Des aigles pygargues tournoyaient et piquaient par moments  sur les hauteurs de l’île qui, au vu des multitudes d’oiseaux qui nichent là, doivent représenter un fameux garde-manger pour ces magnifiques prédateurs. Des macareux par milliers forment sur cette île d’immenses colonies. Ils décollaient de partout dérangés qu’ils étaient par l’approche de notre étrave. Après avoir savouré cet exceptionnel moment de découvertes, nous nous dirigeâmes vers Ingonish Harbour où nous avons passé une nuit de calme et de tranquillité en compagnie du seul autre voilier partageant le mouillage. Relevons en passant que les voiliers de passage sont rares, très rares. On se demande vraiment pourquoi une si belle région est si peu visitée par la plaisance internationale. Les seuls bateaux que l’on croise ici sont soit canadiens, soit américains. Un seul voilier français fut croisé à Baddeck et revu à Ramea. Les autres nations européennes brillent par leur absence mais shut ! Si on revient un jour, on aimerait que rien ne soit changé et que la rareté des équipages continue à faire partie du grand plaisir de découvrir ces coins enchanteurs…

Sur la route des îles de La Madeleine, nous passâmes une nuit un peu plus stressante à l’île St Paul, inhabitée depuis peu et dont les fonds sont de très mauvaise tenue. Le temps étant au grand beau, nous nous y sommes risqués mais c’est avec un grand soulagement que je me réveillai avec le lever du soleil pour m’échapper rapidement du piège que pourrait devenir un tel endroit par fort vent d’E ! Et le 5 août, nous jetions notre pioche à Havre Aubert, magnifique et tranquille mouillage situé au S de l’archipel.

A peine arrivés, François, notre ami montréalais en vacances aux îles, apprend par courriel que nous sommes arrivés et nous donne rendez-vous. Avec ses deux sympathiques garçons, il nous prendra en charge, nous fera visiter les îles à bord de leur beau « camion » (c’est ainsi que les québécois appellent un 4x4) Mercedès et ce à deux reprises. Quelle joie de découvrir les îles avec de tels guides ! Nous aurons encore le plaisir de tester notre autonomie en leur absence en faisant du pouce (autostop), ce qui fonctionne très bien ici. Les autochtones savent qu’il n’y a ni bus, ni taxis, et embarquent donc les touristes assez volontiers. Il y aura encore le concours de châteaux de sable et, le clou de notre séjour, les succulentes tagliatelles aux fruits de mer de François où le homard madelinot prenait presque toute la place !!!

Le lendemain de nos au-revoir à nos amis, nous avons repris la mer vers l’E cette fois en direction de Terre-Neuve dont nous remonterons la côte SO, atterrissant d’abord à L’Isle aux Morts où un quai désert nous attendait. De là, nous irons visiter Port-aux-Basques en « camion » avec deux sympathiques retraités qui nous donneront même rendez-vous pour le retour. Ici commence un véritable désert social. Population vieillissante ou carrément disparue. A Grand Bruit, c’est tout le village qui est abandonné. Il n’y a plus âme qui vive ! La surpêche a bien fait son travail. La région est socialement sinistrée. L’océan a été vidé de tout ses poissons. Il faut vivre cela pour le croire. Une région si belle et sauvage dont toutes les ressources économiques ont été dilapidées par l’inconscience humaine. Nous promenant à Grand Bruit, nous ne rencontrerons que quelques caribous semblant être chez eux dans les rues désertées de ce beau village constitué de jolies maisons en bois peintes de toutes les couleurs. Nous poursuivrons notre route vers St Pierre & Miquelon en deux nouvelles étapes : Ramea où nous ferons le plein de fuel et François, petite communauté de 90 personnes, perdue au fond d’un fjord et uniquement accessible par la mer.

…/…

 

A St Pierre, nous nous amarrons au quai du yacht club et, le bateau est à peine rangé qu’un vieux pêcheur nous interpelle à propos de notre pavillon qui ne cesse d’alimenter les conversations à propos de son origine. La question est toujours la même : ils sont allemands ou belges ? Décidément, je pense qu’il n’y a que nos diables rouges qui auraient pu, en gagnant la coupe du monde, éviter à l’avenir ce genre d’hésitation ! Bref, ce vieux marin – il faut croire que sa vie a dû être bien plus pénible que la mienne car il n’a que trois ans de plus que moi qui, à côté de lui, ai tout l’air d’un gamin ! Bref, après avoir rassuré notre marin qui avait parié avec son copain que notre pavillon était belge, il nous propose fort gentiment de nous faire faire le tour de l’île dans son pickup. Comme il est un peu tard, nous acceptons bien volontiers mais pour le lendemain matin. Rendez-vous est pris partons à la découverte de cette île attachante qui sent bon la France.

 

Après quatre jours de traversée avec des vents contraires, du brouillard à couper au couteau mais un océan pas trop inconfortable, nous sommes arrivés en fin de matinée  et sous un ciel pur et ensoleillé, à Lunenburg en Nouvelle Ecosse. Malgré les conditions de navigation le plus souvent au près serré avec ou sans l’appui du moteur, ma capitaine a réussi à nous cuisiner des coquilles St jacques aux petits légumes, une longe de porc à la moutarde, des spaghettis bolognaise et des filets mignons accompagnés de pommes de terre cuites dans de la graisse d’oie. Je ne suis pas certain que tous les navigateurs puissent se vanter de si bien manger en traversée ! Il est vrai que l’avitaillement avait été fait en France où, il faut bien le dire, les produits de bouche sont incomparablement délicieux. Il n’en est pas moins vrai que la cambusière de l’Otter II n’a pas son pareil pour les accommoder ! 

 

(à suivre)