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23/03/2014

rapport de terre/mer III.9

Rapport de terre/mer III.9

 

Le roi de Mayaguana

 


DSC01718.jpgAprès nous être reposés au cours d’une belle nuit à l’abri de la barrière de corail - du reef comme on dit ici - nous nous sommes dirigés en dinghy vers ce qui semblait être le débarcadère incontournable de l’île. La marée est basse et même le tirant d’eau du dinghy se révèle trop important. Il nous faut donc « trimer » le moteur au maximum pour nous éviter de terminer à la rame ! Le petit chenal sablonneux apparaissant sous la trentaine de centimètres d’eau en dit long sur le labourage des hélices au quotidien. Le balisage n’est pas nécessaire. Il suffit de suivre la tranchée de sable dans le fond herbeux !

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DSC01700.jpgNotre amarre frappée sur la seule bite du quai, nous partons à la découverte de l’île. Une immense antenne nous laisse espérer une bonne connexion Wifi et nous oriente sur la seule option à prendre, une petite route dont l’asphalte est dévoré par les ans. Chemin faisant, nous croisons un grand noir qui nous aborde dans un anglais dont seule Marjo décrypte le sens mais dont l’expression non verbale est toute empreinte de sympathie. Elle comprend que ce Yul – c’est son surnom qu’il doit à sa ressemblance (assez contestable à mon avis) à l’acteur Yul Brinner ! – ne nous veut que du bien. Il se dit le personnage le plus important de l’île et nous annonce qu’il peut tout nous procurer : eau, fuel et services en tout genres. Il est plombier, électricien, facteur, et j’en passe mais aussi et je ne voudrais pas le manquer : docteur. Et oui, il nous dit avoir étudié tout cela et savoir conseiller ses compatriotes en cas de problèmes, maladie ou autres… Bref, tout en nous énumérant ses innombrables qualités – moi, je le trouve un peu mytho mais il est vrai que je ne comprends pas tout ce qu’il raconte - il nous emmène au village où nous ferons notre « clear in » pour les Bahamas. Pendant que Marjo remplit les papiers, notre Yul, sur un ton assez autoritaire, m’invite  à m’asseoir et à sortir mon ordinateur car la connexion Wifi est ici, dit-il, la meilleure de l’île et il sait que je suis impatient d’avoir des nouvelles du pays. D’habitude, nous sommes très discrets avec nos ordinateurs pour ne pas avoir l’air de squatter sans vergogne ; surtout dans les bureaux de l’immigration où nous nous faisons tout petits car la plupart du temps, d’accord, c’est convivial mais pas jusqu’à être rigolo ! Lui, manifestement est ici comme chez lui et tout le personnel souriant semble se mettre à notre service. Et quel service ! Le responsable local des télécommunications restera une bonne heure et demie avec Marjo pour lui bricoler une carte SIM qui transformera son iPad en borne Wifi et en téléphone tant que nous resterons dans les eaux des Bahamas. Avec une patience exemplaire, il répondra aux questions de Marjo jusqu’à ce qu’elle soit rassurée sur le bon fonctionnement de son achat. Il faut dire que nous n’avons pas l’habitude d’assister dans les points de vente Base et autre Mobistar européens à des séances de bricolage allant jusqu’à découper une carte SIM à l’aide d’un emporte-pièce semblant prévu à cet usage ! Bref, après une bonne heure et demie d’essais-erreurs tout en sourires patients, ça fonctionne ! Il est 17 heures et les bureaux d’immigration et douane ferment. Les préposées nous indiquent fort gentiment que la connexion wifi n’est pas interrompue et peut être captée le plus facilement assis sur le seuil, derrière les bâtiments. Quelle merveille que la gentillesse émanant de cette population insulaire perdue au milieu de nulle part. Ils sont 300 sur l’île et se connaissent tous par leur prénom et donc, dans ce petit monde, notre Yul nous raconte l’histoire de sa famille de sang royal, précision qu’il accompagne de photos montrées sur son Blackberry où on voit son grand-père noir et son arrière grand-père, un anglais – blanc bien-sûr - qu’il dit être proche de la famille royale d’Angleterre, photographié en compagnie d’une esclave qui aurait été son arrière-grand-mère ! « Je ne suis donc pas black , I’m brun», nous déclare-t-il ajoutant pour nous rassurer quand à la couleur de notre sang « non royal » que  de toute façon, la couleur du sang est rouge quelle que soit celle de la peau. Un vrai philosophe dans le fond notre Yul !

Toutes ces histoires, il nous les racontera en partie le lendemain où nous irons découvrir le « reef » en sa compagnie à la recherche de langoustes qui brilleront par leur absence et de lambis dont Marjo pêchera un magnifique spécimen. Revenus à terre après un apéritif à bord où on lui a offert – cadeaux de roi vu son enthousiasme – mon vieux sac à dos ainsi qu’une vieille paire de palmes qui nécessitait une petite réparation, Yul nous montre comment sortir le lambi de sa coquille, le nettoyer et nous explique comment le préparer car, comme le poulpe, il faut le battre avant de le cuire !  Quand Marjo – qui adore les noix de cocos – lui demande s’il serait possible de lui en cueillir quelques unes, il répond que cela ne pose aucun problème puisque l’île lui appartient avec, bien entendu, tous les cocotiers qui y poussent !


DSC01690.jpgLe lendemain, après les échanges de photos, nous prîmes congé et je reçu en cadeau car notre ami ne voulait pas être en reste, son arbalète de chasse sous-marine très particulière car constituée d’une flèche de deux mètres de long sur laquelle coulisse une poignée dotée de deux sandows. Cette « arme » m’a semblé plutôt être une défense contre les requins dont notre « roi de Mayaguana », ses nombreuses mises en garde en témoignent, ne partageait manifestement pas l’idée qu’ils seraient inoffensifs !...

Revenus à l’embarcadère, trois noix de coco nous avaient été déposées dans le dinghy.

(à suivre...)

16/03/2014

rapport de terre/mer III.8

Rapport de terre/mer III.8

 

Ce jeudi 13 mars 2014

 

De South Cay où nous étions vraiment à l’abri de l’alizé et de la houle, nous avons rallié Providenciales, plus familièrement appelée « Provo ». A l’E, alors que nous étions encore dans le « deep blue water »,                                     nous rencontrons une baleine à bosse dont Marjo aura le temps de prendre deux clichés avant qu’elle ne sonde. La traversée commence bien. 50 milles nautiques à raser le fond avec notre tirant d’eau de 2 bons mètres ! Fort heureusement sans vent, nous pouvions bien voir le fond défiler sous la coque. Au départ, Marjo à la barre et moi assis comme une figure de proue sur le petit siège en bout de beaupré. Le stress est bien présent. Je guide Marjo mais les minutes passent et la lassitude s’installe. Voir défiler le fond à travers cette eau turquoise d’une limpidité incroyable finit par m’endormir. C’est comme si le fond de la mer m’hypnotisait. DSC01628.jpgCe rase-mottes pendant plus de 8 heures finit par devenir une sorte de condition disons « normale » de navigation. Plutôt que m’endormir sur le beaupré, je me suis focalisé sur les cartes très précises de Raynald Collard, navigateur canadien ayant beaucoup travaillé pour  les produire en combinant les prodigieux outils Google earth, guides nautiques et autres cartes. Au fur et à mesure de notre progression sur ce plateau coralien « very shallow », nous avons repéré la plupart des patates de corail signalés sur la carte et avons ainsi pu lever le doute quant à la confiance que nous pouvions accorder à cette prodigieuse aide à la navigation à laquelle est venue s’ajouter la comparaison des données avec les cartes Navionics dont Marjo avait chargé son iPad ! C’est donc sans encombres mais fourbus que nous avons déposé notre ancre à l’abri de French Cay, petite île déserte au SO de Caicos Bank. Seule rencontre dans ces eaux, un couple de pêcheurs locaux venus nous proposer des langoustes que nous leur avons achetées avec le plaisir de la rencontre et celui de nous dire que nous les avions bien méritées ! Comme à l’accoutumée, j’avais à peine eu le temps de m’installer pour notre traditionnel apéritif du « sunset » que les langoustes étaient cuites et préparées pour être dégustées froides. Embrasant le ciel, le soleil était couché quand nous nous régalâmes de ce providentiel menu.

Le lendemain, après une courte navigation placée sous le signe de la rencontre de deux dauphins magnifiques, nous posions notre ancre à « Provo » sous le vent de Five Cays.tuks___caicos.jpg

Après une excellente nuit de sommeil – nous sommes le mercredi 12 mars 2014 – nous devons rallier la terre en dinghy pour repérer les bureaux où faire notre sortie, trouver du WiFi pour nos courriels et la météo et éventuellement effectuer quelques achats de légumes et fruits notamment. Nous ne savons absolument pas par où commencer nos recherches car aucun débarcadère n’est en vue. La ligne droite vers de petites embarcations de pêcheurs nous paraissant la meilleure option, nous nous dirigeons vers elles en remarquant que les fonds remontent très vite au point de nous obliger de relever notre moteur et de finir pendant de longues minutes à la rame tant – nous sommes à marée basse – le plateau menant à la plage est étendu et peu profond. C’est donc en ramant que nous atteignons la plage où un pêcheur local s’activait auprès de son bateau. Il nous fait un grand signe de bienvenue et vient vers nous. C’est un beau noir rasta affublé d’un grand bonnet de laine contenant la masse de ses cheveux. Il est très souriant et nous propose son aide en nous disant que la ville est encore très loin mais qu’un de ses cousins – nous apprendrons par la suite que des cousins, il en a beaucoup et tous rasta ! – peut nous véhiculer. Un peu piégés par les circonstances, nous acceptons et emboîtons le pas à ce sympathique pêcheur. C’est ainsi que nous pénétrons dans une sorte de territoire semi-fermé implanté de petites maisons en dur mais qui semblent toutes ou presque en chantier. Des chiens de races indéfinissables, indolents siestent un peu partout. Des noirs de tous âges mais exclusivement masculins vaquent à diverses occupations de bricolage, voire de jeu. Il nous semble être entrés dans une sorte de communauté « rasta ». Notre guide nous présente alors notre chauffeur affublé d’un énorme bonnet multicolore qui en dit long sur le nombre d’années de cheveux conservé ainsi à l’abri de la lumière ! L’homme est affable et nous annonce qu’il n’y a aucun problème à ce qu’il nous véhicule jusqu’à une banque, un supermarché et un point « Wifi free ». D’une banque, il nous faudra nous rendre à une autre ; après quoi il nous emmènera à un supermarché où il nous laissera faire nos course pendant qu’il ira rechercher sa fille à l’école puis qu’il cherchera assez longtemps avant de se décider à comprendre ce que c’était le Wifi. Bref, après avoir enfin rencontré toutes nos demandes, nous revînmes au « village rasta » où nous offrirons une bière à notre sympathique chauffeur. Dédommagé pour sa peine, il poussa la gentillesse jusqu’à nous ramener en voiture à la plage et nous aider à remettre notre annexe à l’eau. C’est fou comme ces gens sont cools ! La marée avait eu le temps de remonter et c’est au moteur mais prudemment que nous retrouvâmes notre Otter se dandinant tout seul au mouillage.DSC01680.jpg

Après avoir fait notre clear-out, nous sortons du Caicos Bank par l’ouest en poursuivant notre navigation en rase corail et nous ancrons un peu au S en attendant minuit avant de franchir le Caiacos Passage. Il convient en effet de ne pas arriver n’importe quand à Mayaguana car l’entrée du lagon protecteur est « shallow », « very shallow ». Ce mot fait définitivement partie de mon vocabulaire et me fait toujours penser à nos amis canadiens pour qui la traduction n’est pas « peu profond » mais bien « point creux ! »

 

 

Après une toute petite nuit de sommeil, à minuit donc, nous levons l’ancre et, faute de vent, entamons la traversée au moteur. Au fur et à mesure de notre remontée vers le NO, nous établîmes les voiles avec le vent qui montait mais qui a forci à un tel point que nous dûmes réduire notre voilure en arisant notre grand voile à deux reprises et en enroulant notre yankee jusqu’à ne plus avoir qu’un petit mètre carré d’établi ! La mer se creusant et le vent refusant tout en forcissant, cette traversée qui se pronostiquait  très tranquille s’est avérée plutôt musclée !  On ne peut pas gagner à tous les coups… Nous sommes donc installés au calme de ce mouillage enfin atteint. Après une visite de l’île -  pour effectuer le « clear-in » - aux 300 habitants, nous sommes rentrés à bord et, contents d’être enfin chez nous pour récupérer, nous vaquons à nos occupations avant une bonne nuit de sommeil réparateur. Marjo termine de ranger sa cuisine et moi, je tape sur mon clavier afin de partager avec vous, les points forts de notre aventure.  Reste à installer ma couchette, un bon livre et bonjour Morphée…

(à suivre)

rapport de mer/terre III.7

Rapport de mer III.7

 

Ce samedi 8 mars 2014.

 

Impossible de passer sous silence, avant de poursuivre le récit anecdotique de notre voyage, le « Whale watching » que nous nous sommes offert la veille de notre départ vers les Turks & Caïcos. Ce fut une matinée inoubliable car la rencontre des baleines à bosses à bord d’un gros bateau à moteur est quelque chose d’exceptionnel. Des dames océanologues et passionnées des mammifères marins nous y commentèrent chaque rencontre, expliquant l’âge des baleineaux, les moments de leur naissance, les moments de leur conception, étonnamment, juste après la mise bas.
baleines1rap.jpg C’est dire s’il y a de l’activité dans la baie ! Les mâles se jaugent et se provoquent dans des sauts qui pourraient être (ce ne sont qu’hypothèses) des comportements de séduction. En même temps, des femelles accouchent, d’autres allaitent et éduquent. Car à la fin du mois de mars, les petits doivent être capables de suivre leurs parents vers le N. De bien intéressantes explications, d’excellentes conditions d’observation, le capitaine de notre bateau ayant plus de dix ans d’expérience d’approche, approche qui ne se fait pas en dépit du bon sens. Il faut un grand sens de l’observation pour anticiper sur le mouvement des animaux et évaluer l’endroit où ils feront surface après avoir sondé. Un grand moment de vie, un grand moment de réflexion sur la richesse de la biodiversité et sa défense devant les comportements irresponsables d’exploitants sans scrupules…

Le lendemain, quittant la baie de Samana à bord de l’Otter II et comme pour saluer notre départ, un grand mâle est venu sauter majestueusement à une encablure de notre babord. Et c’est avec ces magnifiques images en tête que nous prîmes la mer pour une traversée de 190 miles, de quoi continuer à rêver pendant nos quarts…

 

Arrivés à Grand Turk, jeudi passé à 22h00 locales, nous avons bien récupéré de notre belle traversée.



M’adressant à mon Ami Jean-Paul en cours de celle-ci, voici quels étaient mes états d’âme en ce moment privilégié. J’écrivis en ce bel après-midi : « (…) Et pourtant, il me plaît de décrire cet environnement extraordinaire qu'est la mer sur laquelle nous glissons en direction des Turks & Caïcos. Je suis assis dans le cockpit, bien calé dans des coussins. Il est 15h30 et le soleil a entamé sa course plongeante vers l'horizon. L'océan est d'un bleu outremer incroyablement lumineux. Nous naviguons au grand portant presque vent arrière, l'alizé soutenu oscillant entre 4 et 5 sur l'échelle de Beaufort. Il creuse donc l'océan, le parsemant de moutons d'écum


 
e d'une blancheur rendue éclatante et lumineuse par le soleil, omniprésent. C'est ce qu'on appelle en terme de marins "la mer du vent". Celle-ci est croisée par la grande respiration Atlantique plus courte qu'en Europe ce qui donne souvent une mer caraïbe un peu chiffonnée. Mais comme c'est beau ! Le bateau roule un peu ce qui n'est pas dérangeant. Cela berce, même. Mais, de temps à autre une lame un peu moins disciplinée vient quelque peu perturber cette harmonie et nous secoue, l'air ainsi de nous rappeler que nous sommes en traversée, loin des côtes et que la vigilance reste de rigueur ! Le bateau, lui, semble se rire de ces dunes d'eau qu'il laisse passer sous sa quille, levant le cul pour les laisser passer  et pour tout aussitôt, profiter de leur pentes pour accélérer. Nous filons ainsi en

Dorade.JPGtre 6 et 7 noeuds depuis nos adieux aux baleines. Marjo lit, installée à mes côtés. Nous digérons le succulent repas qu'elle a élaboré avec les moyens du bord sur la base de notre fabuleuse pêche d'hier soir. Une magnifique dorade coryphène (on l’appelle aussi Mahi-Mahi) d'une petite dizaine de kilos est en effet venue se faire surprendre par le leurre que nous traînons régulièrement en vue d'enrichir de poissons frais notre ordinaire. Accompagnée de quelques pommes de terre et carottes, ce fut un véritable délice. »

Alors que je reprends le clavier (c’était quand même plus joli quand on disait « la plume »), je suis encore sous le charme gastronomique de la dorade que nous continuons à déguster jour après jour et préparé chaque fois de façon différente et originale par mon cordon bleu. La soupe de poissons qui mijote déjà avec les restes me laisse augurer du futur plaisir que nous aurons à passer à table demain !

Mais revenons à Grand Turk et Cockburn town. Descendus à terre, nous partons comm

e d’habitude en exploration avec comme priorité la recherche des spots WiFi free ! Mais aussi des supermarchés - la rech

DSC01184.JPGerche de nourriture étant devenue obsessionnelle chez Marjo !  - et des musées et autres curiosités. C’est là qu’une anecdote a retenu mon attention pour égayer ces rapports et arriver à vous faire sourire, le cas échéant.

 

Déambulant dans les rues, découvrant çà et là une ou l’autre curiosité que Marjo se dépêche de photographier, nous tombons nez à nez en face du « National Museum ». La porte est ouverte. Nous entrons. Je précise que c’est Marjo qui rentre et moi qui suit ! C’est très important pour la suite. Nous montons un escalier et pénétrons dans une salle seulement éclairée par la lumière du jour filtrant à travers la porte d’entrée vitrée. Je m’avance vers l’entrée d’une pièce adjacente et crie : « Il y a quelqu’un ? ». «Is there somebody » aurait été plus approprié mais enfin, on ne se fait pas refaire ! Aucune réponse. Cela ne semble pas perturber Marjo qui cherche l’interrupteur, allume, visite la pièce principale dont les vitrines se sont éclairées comme par enchantement, passe dans la pièce suivante, allume, visite, quitte la pièce sans oublier d’éteindre suivie en cela par son mari restant quand même très étonné que personne ne surveille ce p… de musée. Enfin, Marjo me disant que c’est sûrement par souci d’économie que les pièces sont plongées dans l’obscurité, nous poursuivons notre visite, persévérant en bons écologistes dans l’allumage et l’extinction des feux. C’est alors que, pénétrant dans la dernière pièce, nous déclenchons l’alarme et là, je me dis que mon appréhension était justifiée ! Marjo n’en dit rien mais presse le pas pour redescendre l’escalier et se rendre compte que la porte d’entrée est fermée ! « M…, Marjo, on est renfermés ! » Marjo secoue la porte, bien décidée à ne pas se laisser piéger comme des rats. Moi, je pense qu’on aurait bien mieux fait de ne pas insister et de redescendre immédiatement plutôt que cette « sauvage visite » qui ne me
DSC01186.JPGdisait rien qui vaille ! Un peu le « si j’aurais su, j’aurais pas v’nu » de Ti Gibus dans la guerre des boutons. Quand je vous disais que je n’étais pas un héros !

Marjo poursuivait ses tentatives d’ouverture en secouant la porte avec l’énergie du dépit quand deux dames « shocking » ouvrent et demandent : « What are you doing here ? The museum is closed ! » Elles poursuivent leur litanie de personnes ne comprenant vraisemblablement rien à rien. Nous nous sommes vraisemblablement croisés pendant la fermeture et avons fort heureusement – pour nous – déclenché l’alarme, sans quoi nous passions la nuit emprisonnés dans le musée. Mais qu’avons-nous été provoquer là ? Nous apprenons que l’alarme est reliée à la police et que la visite du musée est payante mais pas aujourd’hui, jour de fermeture ! Nous avions omis de bien lire l’écriteau des horaires d’ouvertures placé à l’entrée…

Devant l’attitude scandalisée des deux responsables du musée et les conséquences de notre étourderie, sans demander notre reste cette fois ! Quand je pense à la nuit que nous aurions passée là !après nous être excusés, nous avons pris la clé des champs et avons poursuivi notre visite le plus discrètement possible...DSC01224.jpg

 

(à suivre)

02/03/2014

De St Martin à Samana

Rapport de terre/mer III.6

 

Ce 1er mars 2014.

 

photo.JPGDimanche 23 février. Deux mois d’immobilité au mouillage et beaucoup de contraintes d’entretien derrière nous, nous levons l’ancre dont j’ai dû nettoyer une bonne partie de la chaîne la veille car les inévitables parasites y avaient déjà élu domicile. De longues algues assez urticantes l’avaient en effet déjà colonisée !

La zone de mouillage à peine quittée, nous envoyons les voiles et faisons route N0 pour rejoindre le Necker Island Passage entre l’île la plus orientale des BVIs, Anegada et la toute proche, Virgin Gorda, plus à l’O. Nous sommes tribord amures, le vent nous pousse au grand largue. Cette allure fluctuant avec le vent arrière ne nous quittera plus pendant toute la traversée qui nous fera adapter notre route prévue en passant au N d’Anegada et des autres BVIs, USVIs et Puerto Rico. Les heures se succéderont ainsi sous bonne brise dans le confort du portant, le bateau roulant à peine sous yankee dûment tangonné. 

Mercredi vers 13h00, nous pénétrons dans la merveilleuse Baia de Samana non sans avoir déjà aperçu, au loin, le souffle d’une baleine ce qui augure de merveilleuses futures rencontres. Le soleil est haut et la lumière parfaite pour mettre en évidence la luxuriance de la côte couverte de forêts de cocotiers. Çà et là, l’une ou l’autre luxueuse villa dominent la baie. La côte est accore et c’est sans problème que nous atteignons le Puerto Bahia où une nouvelle marina datant d’à peine quatre ans nous ouvre ses bras.  L’accès est aisé. Le personnel du port tout sourire nous accueille, se saisit de nos amarres et nous aide à alimenter l’Otter en électricité. En marins scrupuleux de l’étiquette, nous avions hissé dans les barres de flèches tribord le pavillon de courtoisie de la République dominicaine ainsi que le Q, pavillon jaune signifiant la demande  de libre pratique (cela indique que nous sommes en attente du passage des autorités susceptibles de nous autoriser à débarquer).  La première chose environnementale qui attire notre attention est le chant de diverses espèces d’oiseaux dont les trilles et autres sifflements charment nos oreilles. Le port est bien protégé et tranquille. Un grand nombre d’emplacements sont libres. La semaine sera reposante.

Peu de temps après notre amarrage, la marine de guerre monte à bord avec le responsable de la lutte anti-drogue qui avait déjà bu quelques bières avant d'arriver. Il  a fait un effort pour en boire une de plus avec nous ! Lorsqu'il a pris congé, j'ai remarqué qu'il portait son arme de service (un colt) fourrée sous la ceinture de son pantalon ! « Bienvenue en République dominicaine ! » nous a déclaré, avec un large sourire, le responsable des « gardia costa ». Il est vrai que nous avions remarqué… que nous y étions vraiment arrivés !

Pour être bienvenus, nous l’avons été aussi dans le port car une invitation à un apéritif dînatoire à 19h00, nous fut exprimée le deuxième soir dans la salle de réception luxueuse de l'hôtel jouxtant la marina. Nous apprîmes (passé simple pour faire plaisir à ma fidèle lectrice Emily) que chaque arrivée d'un bateau donnait lieu au même accueil. Le but est de rassembler tous les plaisanciers présents et favoriser ainsi les échanges d’informations. Et je ne parle même pas des douches toutes de marbre tapissées avec des chutes d'eau dignes du sanitaire du plus haut de gamme !!! Un vrai délice…

Internet à bord presque comme à la maison (certaines lenteurs et déconnexions doivent être gérées avec philosophie). Mais pas de shipchandler. Aussi, ce matin, comme je recherchais dans mes réserves, du bout pour remplacer les lazy-jacks[1] de ma grand voile cassés lors de notre traversée - ils étaient en fin de vie -, le sympathique capitaine du port s'est proposé de m'en procurer. Je lui en ai fourni la quantité recherchée et il est parti à la ville voisine de la marina pour m'en procurer. Une heure après il était de retour, découvrant ses belles dents blanches dans un sourire qui en disait long sur le plaisir qu'il avait de me rendre service. Quel bonheur ! Quelle gentillesse ! Du plus jamais vu à Liège depuis des années...  

photo3.JPGIci, le temps est comme en Europe. Il est au carnaval avec seulement quelques degrés en plus. C’est aussi la période, février, mars, où les baleines se rassemblent pour se reproduire. Lundi, nous allons à leur rencontre avec une océanographe parlant français. Nous vous joindrons des photos dans le prochain rapport. Et si vous vous demandez pourquoi nous n'allons pas à leur rencontre avec notre bateau, c'est tout simplement parce que c'est interdit. Business ? Protection des animaux ? Il est vrai aussi qu'un voilier est moins manoeuvrant ! Néanmoins je suis convaincu que les rencontrer lundi ne sera pas un événement unique. Nous aurons encore et encore cette chance lors de notre remontée vers le N.

Avant-hier et aujourd’hui, nous sommes allés à Santa Barbara de Samana. Le premier voyage en voiture est offert par l’hôtel. Dans cette sympathique petite cité dominicaine que nous avons découverte le jour du carnaval,  l'ambiance me rappelle mes jeunes années à Liège (en été !) où tout était autorisé, comparé au jour d’aujourd’hui bien-sûr. Ce qui frappe surtout aux premiers regards est que tout semble ici permis ou, en tout cas, accepté comme par exemple de rouler à 4 sans casque sur une moto !

Les gens sont gentils mais assez pauvres quoiqu'ils fassent actuellement la fête en raison de la période carnavalesque. La circulation est principalement le fait d’une quantité incroyable de motos de petites cylindrées. Je pense à des 125cc. Certaines d’entre elles servent de taxi. Cela s’appelle des « motoconchos ». moto.jpegNous en avons fait l’expérience car rien ne nous arrête (surtout quand les prix – 4,5€/2 pers - sont beaucoup moins élevés que ceux des taxis !).  J’ai d’ailleurs bien cru que je devrais descendre pour pousser dans les côtes ce qui nous est déjà arrivé à Sercq dans les anglo-normandes mais là, c’était le cheval qui peinait à grimper la côte !

Les motos circulent partout et en tous sens (parfois même interdits !) à vive allure. Tout ce petit monde se croise, klaxonne pour se dire bonjour… Il y en a même qui jouent au taxi en prenant des passagers payants en croupe, les passagères montant en selle en amazone ! Pas une seule attitude agressive. Pas de stress. Tout fonce dans tous les sens sans que personne ne semble s’inquiéter d’un danger… Personne ne porte le casque !!! Quel dépaysement ! Quel enchantement ! Vraiment, la République dominicaine est une destination de choix.

 

 (à suivre)

 

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[1]Les lazy-jacks sont un réseau de fins cordages destinés à canaliser la grand voile dans le sac (“bag”) qui reçoit la grand voile en position basse c’est-à-dire affalée.

19/01/2014

rapport de terre/mer III.5

Ce 18 janvier 2014 – III.5 L’alizé soufflant sans discontinuer d’E/N-E flirtant avec le sixième niveau sur l’échelle de Beaufort, nous avons patienté à Culebra jusqu’à ce que, le 24 décembre, une petite fenêtre météo apparaisse dans les prévisions. Il fallait  vraiment que le vent tombe car notre route pour St Martin était presque plein Est et nous ne voulions pas doubler ou tripler la distance en recommençant à tirer des bords, le vent nous venant en plein dans le nez ! Nous nous étions résolus à abuser de la brise Yanmar (Yan pour les intimes – c’est le petit nom de notre moteur) pour gagner du temps et, comme une bonne centaine de milles nous attendaient, nous levâmes l’ancre le matin afin d’arriver à St Martin dans la matinée du lendemain. Pendant que tous – ou malheureusement, presque tous - réveillonnaient en festoyant, nous avions choisi de passer le réveillon en mer. La journée se passa sans incident. La mer était presque calme et nous progressions à la vitesse de croisière de l’Otter c’est-à-dire six petits nœuds à 2600tours/min. Afin de récupérer le peu de vent réel (entre 5 & 10 nds) additionné du vent de vitesse que notre Yan nous procure, nous naviguons toujours avec un ris dans la grand voile et la trinquette, toutes deux bordées à plat. Cela nous autorise de petites accélérations lorsque le vent apparent nous vient quelque peu de côté et participe ainsi à la propulsion. C’est confortable - les voiles bordées à plat diminuant la tendance au roulis - et efficace. Fort de l’expérience de notre traversée depuis Los Roquès, nous avions cette fois pris d’office le deuxième ris. C’est ainsi que nous parcourûmes les premiers milles, vaquant à nos occupations en traversée principalement axées sur la lecture. Au fil des milles parcourus, notre route fut de plus en plus ponctuée de passages de grains. Ceux-ci sont toujours anxiogènes car imprévisibles. L’horizon s’obscurcit, parfois zébré d’éclairs ponctués d’un coup de tonnerre. Impossible de connaître la force du vent et des rafales que le grain va générer. La nuit tombe augmentant encore cette impression gauloise « du ciel qui va nous tomber sur la tête ! ». Et bientôt, malgré mes tentatives de changements de cap pour les contourner, nous passons à travers cette succession de grains qui rincent le bateau de maîtresse manière. Ce n’est pas une douche qui nous tombe dessus, ce sont des trombes d’eau qui, la pluie étant plus fraîche que la mer, font fumer l’océan. On distingue le phénomène à la lumière des éclairs ou de notre puissant phare ; on voit cette vapeur d’eau qui émerge de la cataracte sous laquelle se trouve l’Otter II. Le vent monte, monte, monte, poussant l’anémomètre qui grimpe, grimpe – on se demande même jusqu’où – et bien jusque 47 nœuds (9 Beaufort !) en même temps que le vent couche le bateau qui prend de la gîte comme aux plus beaux jours de près pavois dans l’eau ! Les rafales ont en effet adonné et le vent nous touche maintenant à 040° sur notre avant. Abrité dans la descente prudemment protégée des entrées d’eaux par les deux panneaux coulissants prévus à cet effet, les vieux réflexes construits pendant les années 470 (C’est le type de dériveur sur lequel j’ai fait mes armes), refont surface et c’est en choquant en grand les deux écoutes de grand voile et trinquette que le bateau se redresse et part dans une accélération incroyable. Avec deux ris dans la grand voile et trinquette bien étarquée sur sa bôme, nous accélérons à plus de huit nœuds. Notre Otter II semble nous dire : pfffft 47 nœuds, ce n’est que du plaisir !... Lui peut faire le malin… moi, je reste sur la défensive et c’est avec beaucoup d’appréhension et de surveillance attentive que nous poursuivrons notre route qui sera ponctuée jusqu’au petit matin d’une succession de grains fort heureusement moins violents que celui que nous venons de traverser ensemble. Le matin à l’aube, bénéficiant des bonnes conditions de traversée, le vent appuyant notre moteur avec efficacité, nous étions en avance pour déposer notre ancre dans le magnifique mouillage de Marigo Bay à St Martin (Antilles françaises).

Alors que nous embouquions la rade en reconnaissance à la recherche d’un bon endroit où mouiller, nous entendons à la VHF : « Otter II, Otter II, Otter II, de Maeva, me recevez-vous ? ». Quel bonheur d’être ainsi accueillis par les amis bateau Chantal et Laurent, que nous savions là mais qui, nous le pensions, dormaient encore…

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