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24/07/2014

Trois jours au mouillage de Farmer's Cay

Trois jours au mouillage de Little Farmers Cay

 Comment passer sous silence les moments exceptionnels vécus ici à la découverte de cette sympathique petite île bahaméenne et de ses habitants ? Comment traduire par des mots les sentiments, les sensations, les réflexions qui ont envahi nos esprits tout au long de notre court séjour ? Si l’on en extrait les longs moments où nous avons décanté ce vécu en échanges verbaux autour de l’apéritif du soir, au cours des trajets en annexe ou encore des promenades à pied le long des quelques routes qui sillonnent l’île, il reste encore une multitude de moments forts qui resteront à jamais gravés dans nos mémoires de voyageurs. Les rencontres furent hautes en couleurs et riches de la chaleur humaine des échanges.

Premiers contacts. Nous arrivons avec notre annexe au seul ponton du petit port où un  groupe d’hommes est occupé autour du dépeçage d’une chèvre sauvage récemment abattue. L’un d’entre eux vient spontanément prendre notre amarre avec un grand sourire ajouté à un sympathique « welcome ». Déjà cela, prendre votre amarre, c’est un merveilleux signe d’accueil !

-       Where do you come from ? 

-       Belgium

-       Oh yes, Belgium !... Where is it ?

-       A little country between France and Netherlands

-       Oh, yes !

Et Marjo de poursuivre la conversation en s’intéressant à eux, d’abord, pour les présentations en serrant les mains de chacun qui reçoit ce geste comme un cadeau. A partir de là, nous sommes des « guys » à qui chacun essaie de donner une information. Les présentations terminées, nous partons à la découverte des autres membres de cette petite communauté qui ne compte qu’une cinquantaine de personnes et, nous l’apprendrons plus tard, seulement dix enfants dont trois seulement sont arrivés aujourd’hui venant de Nassau par bateau (ce sont les vacances pascales) !

En nous promenant à la découverte de la petite agglomération, nous ne pourrons que constater l’absence d’enfants et d’adolescents. Nous ne rencontrerons que des adultes et des vieux… Longeant le quai, nous atteignons le premier carrefour où un poteau indicateur très coloré indique les nombreuses directions vers les endroits stratégiques de l’île dont l’aérodrome (airstrip) tient une bonne place. Après avoir fait la connaissance de Terry, qui tient un des bars/restaurants de l’île (il me semble qu’il doit y en avoir trois) malheureusement fermé pour le vendredi saint, nous nous dirigeons vers l’église. Terry nous a annoncé que nous pouvions aller y déguster de la cuisine locale réalisée pour les fidèles après la messe qui devrait être terminée à l’heure où nous nous y présenterions. Et nous voilà faisant la file pour nous faire servir ce repas partagé. Nous y rencontrerons Andy Heyward, le capitaine de Gadget, à l’ancre dans le mouillage. Il est le co-inventeur du dessin animé du même nom (L’inspecteur Gadget) et s’étonna qu’après tant d’années, je puisse encore lui fredonner le générique ! Et vous, vous en souvenez-vous ?

Tous les touristes étant repartis en emportant leur dîner, il ne restait que nous deux qui nous installâmes à la table des femmes qui, nous nous en rendions déjà bien compte et cela sera confirmé par la suite, constituaient le noyau dur de la communauté religieuse baptiste du village. Après quelques moments que je qualifierai de round d’observation, Marjo faisait connaissance, nous présentant, demandant le prénom de l’une et de l’autre, posant des questions sur le plat du jour et la façon de le cuisiner. Bref, après cinq minutes, elle était devenue la sympathique amie belge de passage sur l’île. J’ouvre ici une parenthèse : et moi, seul homme dans cette assemblée de femmes, je m’émerveillais –  ce n’est pas la première fois que j’en faisais le constat – de la facilité avec laquelle toutes les femmes du monde confraternisent facilement, échangeant des informations sur tout et sur rien mais le plus souvent à propos de choses pratiques axées sur nos besoins fondamentaux  comme le boire et le manger. A croire que ce qui les rend toutes sœurs est l’expérience commune de la mise au monde d’un ou de plusieurs enfants et le souci d’assumer leur subsistance. Une sorte d’esperanto non verbal qui brise les différences et facilite la communication. Je ferme la parenthèse en remarquant que les hommes sont en général beaucoup plus réservés !

Arrive alors une dame tout endimanchée que l’on nous présente comme la « pasteure ». Elle est  coiffée d’un chapeau digne de ceux portés en Europe à l’occasion d’un grand mariage. Apprenant que nous sommes des navigateurs belges de passage, elle s’avance immédiatement vers nous en écartant les bras en signe de bienvenue et nous fait un fraternel « hug » à l’américaine. Pour faire court, rendez-vous est pris pour la messe du  lendemain  où il sera question de fêter le « resurrection day ».

Exceptionnellement et comme Marjo a déjà rédigé de façon plus vivante que je ne pourrais le faire le reportage de la messe, c’est lui que je reprends ci-dessous comme un texte à quatre mains.

A l’heure dite, nous nous présentons à l’entrée de l’église. Après les premiers pas hésitants, un monsieur en costume cravate nous remet le répertoire des chants et les textes du jour et nous invite à entrer. La pasteure assise au milieu de l'estrade, derrière l’autel, nous fait signe de nous avancer et à nous asseoir au premier rang. Une musique ambiante provient d’un enregistreur portable posé à même le sol. Dès que nous sommes assis, elle accorde à Marjo le droit de prendre des photos et déclare d’autorité à l’assemblée qu’elle lui en a donné l’autorisation.

Les participants arrivent petits à petits et, devant nous, l'estrade se remplit de dames  vêtues avec élégance : magnifiques chapeaux, tailleurs et chaussures très habillées. On se croirait à un grand mariage. Inutile de dire que notre curiosité est bien stimulée ! Le clou de cette assemblée est la pasteure revêtue d’une longue robe blanche gansée d’or, coiffée d’un chapeau à rendre jalouse Amélie Notomb, sandales dorées. A sa droite, une dame assez jeune revêtue d’un tailleur vieil or, chapeau à plumes et rouge à lèvres couleur cuivre. Du jamais vu ! Nous comprendrons plus tard qu'il s'agit du " pray director". A sa gauche, une dame en tailleur tout blanc, avec chapeau de couleur.  Ce sera celle qui distribuera plus tard les hosties et le vin.

Notre pasteure se lève, éteint la musique en provenance du petit portable et la cérémonie commence par des chants accompagnés d’une musique diffusée cette fois par d’énormes diffuseurs suspendus au plafond de l’église. Tout le chœur est balayé de plusieurs micros qui amplifient ainsi les chants auxquels toute la communauté participe. Voyant nos hésitations quant au comportement à adopter, une fidèle nous refile à chacun une bible qui se présente sous la forme d’un gros recueil de partitions musicales dont chaque portée est surmontée du texte des paroles d’accompagnement. Il n’y a donc plus qu’à suivre en chantant et marquer le tempo en battant des mains.  Cet exercice d’anglais assez pittoresque mais de mon niveau alterna avec la lecture des textes que nous avions reçus à l’entrée et je dois dire que, dans l’ensemble, nous nous en sommes bien sortis ! Remarquons en passant que seuls quelques hommes participaient et en retrait à l’exception d’un seul qui nous a semblé être le mari de la « pray director ». Nous étions donc, dans le cadre de cette église, en plein matriarcat.

Et que je chante, et que je bouge mes hanches sur le rythme et que je batte des mains. Ambiance !!! Du coup pour ne pas être en reste et afin de s'intégrer au max, et ne surtout pas perturber la cérémonie, nous poursuivons notre effort et suivons le mouvement. Au premier rang dans la rangée opposée à la nôtre, il y a trois jeunes enfants (les seuls enfants présents sur l'île pour l'instant) aussi endimanchés que les parents et au demeurant très sages tout au long de la cérémonie qui dura ses deux bonnes heures ! L’une des petites filles finit d’ailleurs par s’endormir…

Le thème de la journée étant, comme on s’en doute, la résurrection, les mots « Jesus » (se prononçant djises), the Lord et amen (se prononçant émèn) n'ont plus de secrets pour nous tant ils furent répétés au cours de l’office, sans oublier les « alléluia » ponctuant presque toutes les phrases.

Les dames se relaient pour parler de Jésus, du tombeau vide, pour chanter aussi.  Très amusant. Les voix sont belles et enthousiastes.

Puis sur signe de notre pasteure qui n'est pas encore intervenue, tout le monde s'assied. Elle dit alors qu'aujourd'hui il y a parmi eux des visiteurs venus de loin, la Belgique. Elle s’adresse à Marjo et lui demande de se lever et de raconter notre histoire. Avec tout le courage qu’on lui connaît, elle s'exécute dans son anglais qui ne fait que s’améliorer et a droit à des applaudissements. Quand Marjo se rassied, la pasteure déclare que si nous sommes arrivés jusque-là c’est bien grâce au Seigneur qui a veillé sur nous ! Belle récupération s’il en est.

Bon...

Après cette première partie assez récréative et relevant, en comparaison de ce qui va suivre, du monde des bisounours, la pasteure, qui est restée assez en retrait, invite tout le monde à descendre de l'estrade et à prendre place dans l'église. Elle sort de son sac des ballerines couleur or et scintillantes. Elle s’en chausse sans que nous en comprenions immédiatement la raison et, ainsi mise à l’aise pour sa longue plaidoirie derrière le lutrin, entame la partie « hard » de la cérémonie.

Elle regarde l'assistance en silence et après quelques moments où elle croise le regard de toutes ses ouilles, elle commence à élever le ton, à moduler sa voix, à hurler, à répéter certaines phrases trois fois, et tout cela dans un micro réglé sur le maximum. Nous avons cru que nos tympans allaient rendre l'âme (l’endroit était bien choisi). Tout en parlant jusqu’à vociférer, elle gémit, elle gronde, elle se tait, elle reprend son discours. Du coup, nous nous sentons tout les deux oppressés. Elle adopte les stratégies oratoires des gourous et autres dictateurs. Ses hurlements rappellent ceux d’un Adolf de triste mémoire. Elle va jusqu’à érailler sa voix.

Et tout le temps la même rengaine. Les gens présents dans l'église, se manifestent en acquiesçant en disant des "yes", des "amen". Ils approuvent ainsi les paroles qui leur sont véritablement assenées. Ils participent ainsi activement à leur endoctrinement. Impressionnant !...

Mais ce n’est pas fini. Elle se met en mouvement sur l’estrade. Tout son corps participe au discours. Elle entre dans un état proche de la transe. Elle essuie sa transpiration avec un mouchoir de dentelle, ses larmes, aussi. A aucun moment, on ne décroche de son discours. Tour à tour elle ralentit son débit, elle accélère, elle adoucit sa voix, se déplace, puis elle reprend avec force. Une vraie spécialiste. Une véritable démonstration de ses compétences de prédicatrice.

D’ailleurs sur sa carte de visite, on peut lire qu'elle enseigne, qu'elle conseille, qu’elle est un orateur spécialisé dans la motivation, et last but not least elle est "prayor warrior" (guerrier de prière). Cela veut tout dire !

Le contenu tourne presque exclusivement autour  du christ. Christ amour, le christ qui a donné son corps, son sang, (répété dix fois), puis insistance sur l'entraide, sur les vices, alcool, drogues, sexe... (grands fléaux, aussi dans les Bahamas). Elle affirme que la priorité est Jésus. Elle martèle que la seule issue est Jésus. Ensuite place au quart d'heure délation et critique de ceux de cette communauté qui ne vont pas à l'église, celui qui est saoul du matin au soir, de ceux qui donnent la priorité à leur bar ou restaurant plutôt que d'être à l'église . Tout le monde sait de qui on parle car on sait qu'il n'y a qu'une cinquantaine d'âmes dans cette île. Même nous, on a repéré le saoulard, et ceux qui ne fréquentent pas l’église. Elle invite les soeurs et frères présents à prier pour ces âmes perdues, pour les malades et pour  une liste presqu'interminable de calamités tant la durée de son prêche est longue. Le ton de la voix a enfin baissé. Retour au calme. Ouf !

Pour finir, partage du corps et du sang du christ. Un ou l'autre chant et la messe était dite. Enfin !

Accolade (hug) á tout le monde. Pendant ce temps les enfants se ruent sur les restes de la communion et se partagent les dernières hosties et les petits gobelets de jus d’airelles  sans pour cela que quiconque y ait à redire ! Ensuite, les dames sortent en enlevant leurs jolies chaussures pour les échanger contre des tongues, manifestement mieux adaptées au climat et aux sentiers empierrés. Tout le monde rentre alors chez soi, heureux et fiers semble-t-il, du devoir accompli.

Sous le choc de ce matraquage philososphique, nous nous sommes rendus á l'airstrip pour y manger un bout. Beaucoup de pistes de réflexions et de débats ont animé notre conversation à table. Une expérience inoubliable dans notre périple. Un grand moment de rapprochement de notre chère liberté de pensées et de notre autonomie réflexive…

(à suivre)

04/06/2014

III.15

 

Bonjour à tous,

 

 

 

Ce petit message pour vous tenir au courant de la suite de notre voyage interrompu suite à un souci de santé de notre fille Manon qui a dû être hospitalisée pour une intervention de neurochirurgie par gamma knife rendue obligatoire par la récente reprise de ces terribles crises d’algies de la face pour lesquelles elle avait déjà été opérée il y a presque deux années. Nous sommes donc rentrés de toute urgence afin d’être à ses côtés pour l’accompagner dans cette pénible épreuve. Tout semble de bon augure et la vie reprendra son cours pour elle et pour nous dès qu’un peu de repos lui aura rendu l’énergie nécessaire pour repartir dans sa vie de jeune femme active.

 

Pour nous, le voyage continue à partir du 6 juillet  prochain. Retour à Halifax où nous attend notre cher Otter. Dès que la météo le permettra, nous mettrons le cap vers les Iles de la Madeleine où nous retrouverons nos amis canadiens de Umialtak. Ensuite, St Pierre et Miquelon, îles mythiques s’il en est dans la grande aventure de la pêche à la morue. Rappelez-vous Hemingway et son magnifique roman « le vieil homme et la mer ». Après, nous amorcerons notre lente descente vers le Sud. Nous repasserons sans nous y arrêter au large de Halifax en visitant encore quelques mouillages de Nouvelle Ecosse puis incurverons notre route vers l’Ouest pour découvrir le Maine que tous les amis américains nous décrivent comme l’incontournable magnifique région à découvrir. Après, nous irons saluer la statue de la Liberté à New York avant de nous diriger vers la célèbre baie de Chesapeake qui est le terrain de prédilection des voileux de la côte Est. Nous prendrons le temps de la visiter en long et en large. Il y aura le salon nautique d’Annapolis comme événement à ne pas rater et bien évidemment Washington. Nous sortirons alors le bateau de l’eau en principe à Deltaville et reviendrons pour trois mois au moins en Belgique. Nous serons donc en famille pour les fêtes de fin d’année.

projet fin 2014.jpg

 

19/04/2014

les trous bleus

The blue hole

 

Aujourd’hui était un beau jour pour nous qui sommes descendus pour la première fois de notre vie dans un trou bleu (blue hole).

bluehole.jpgCet après-midi à 12H30, notre ami-bateau Pierre du catamaran Talitha Koum et nous avions rendez-vous avec la marée et plus précisément avec le début du flot. Le  grappin croché, nous nous équipons et dans une eau peu profonde dont le fond de sable est clairsemé d’algues, nous suivons Pierre qui nous guide vers ce fameux trou, objet de nos convoitises. Il a emporté un gros phare de plongée et nous des lampes. Et nous y voilà ! L’entrée du trou est magnifiquement gardée par une multitude de sentinelles qui tournent, attirées qu’elles sont par le léger courant sortant qui nous indique que c’est sans danger que nous pouvons pénétrer dans les entrailles de la terre. Après un premier moment de fascination, nous suivons Pierre qui s’engage dans le trou qui doit mesurer une petite dizaine de mètres de diamètre. L’ambiance est incroyable. Le courant sortant étant encore très faible, nous traversons un banc de scalaires qui, malgré l’habitude d’être ainsi dérangés, semble nous regarder comme des intrus. Le banc s’écarte avec nonchalance et se reforme derrière nous. La descente commence. Je ferme la marche, Marjo suivant Pierre. Le gouffre plonge jusque la profondeur de 30 mètres. Lorsqu’on se retourne, regardant vers la surface,  on aperçoit le trou bleu à l’envers qui se dessine dans l’obscurité de ce mystérieux puits creusé à la préhistoire par les pluies qui ont rongé le calcaire avant la montée des eaux qui l’ont inondé. A 30 mètres, le gouffre s’élargit et une galerie garnie d’un fil d’Ariane posé là par l’équipe du Commandant Cousteau semble nous inviter à poursuivre notre exploration mais la raison est plus forte et nous nous contentons d’explorer plus avant les recoins de cette sorte de hall d’entrée. Nous y découvrons de très belles langoustes tapies sous des plafonds de roches recouvertes de concrétions joliment colorées. L’ambiance est agréablement mystérieuse sonorisée qu’elle est par le chant de nos détendeurs. Ayant achevé notre exploration, nous entamons lentement la remontée dénichant encore çà et là l’une ou l’autre langouste immangeable tant leur taille est impressionnante. Elles me font penser à des dinosaures !!!bluehole1.jpg

Poursuivant donc notre remontée, j’aperçois dans le faisceau de ma lampe une énorme cigale de mer. J’appelle la palanquée en trompetant dans mon détendeur mais sans succès et je décide donc de m’en saisir pour la faire admirer par Pierre et Marjo. Elle est tellement grosse que ma main est tout juste assez grande pour l’attraper et je suis obligé de la serrer de toutes mes forces tant elle tente vigoureusement d’échapper à ma prise. Revenu à hauteur de Pierre, je lui montre ma trouvaille et remarque directement à l’intérêt qu’il lui porte que ce n’est pas habituel ce genre de rencontre. Je la relâche alors devant lui et en deux coups de queue, elle s’enfuit. Elle s’éloigne et se demande encore maintenant et à juste titre, quel est l’emmerdeur qui l’a ainsi aussi grossièrement dérangée ! A mon grand étonnement, c’est en marchant sur le fond qu’elle poursuit sa route comme un vrai blindé auquel elle ressemble toute caparaçonnée qu’elle est.

cigale.jpgLa plongée se poursuivra par la visite du second trou bleu un peu moins profond (une vingtaine de mètres), tout aussi joli, tout aussi encombré de magnifiques poissons semblant monter la garde en rangs serrés. Remontés dans les annexes, la conversation allait bon train commentant avec enthousiasme ce que nous avions vu. Merci Pierre pour ce merveilleux partage qui restera ancré dans nos meilleurs souvenirs de plongée. La vie est décidément bien belle à bord de Otter II. 

23/03/2014

rapport de terre/mer III.9a

Ce jeudi 20 mars 2014.

 

L’inoubliable nuit à Attwood Harbour…

 mouillage.jpg

 

Quelle nuit, mes amis ! Et c’est dans l’abri que nous croyions si confortable que cela s’est passé. Nous sommes donc à Acklins Island dans cette petite crique appelée Attwood Harbour, reposant notre système nerveux tant notre nuit que nous avions rêvée au calme de cette petite anse paraissant sur la carte être un havre de paix, fut cauchemardesque. La houle entre ici en se sentant vraiment  chez elle ! Les brisants signalés à l’entrée de cette sympathique crique se prolongent à marée basse à l’intérieur du mouillage. A quelques encablures de notre Otter, les lames déferlent montrant ainsi l’amplitude de la houle (un bon mètre !) qui entre ici. Ce matin, deux superyachts, un bateau de pêche sportive, deux voiliers et nous occupions cet infernal chaudron. Les départs précipités dès le lever du soleil en dirent long sur le déplaisir insomniaque des occupants du mouillage. Quant à nous, ne faisant pas exception, nous étions lessivés. Si il y a quelque chose de déplaisant en navigation, c’est bien un mouillage rouleur ce qui fut le cas ! Deux options s’offraient à nous : reprendre la mer comme les autres pour un autre saut d’au moins une trentaine de milles ou insister en tentant intelligemment de gérer la situation. L’endroit méritait une hésitation. Mis à part cette houle déplaisante, l’endroit est joli et les brisants à l’entrée constituent à eux seuls un merveilleux spectacle. De plus, il nous a été dit qu’ici, les langoustes se font légions ! Après un rapide conciliabule, la décision est prise. Le mouillage étant désert, on pouvait choisir la meilleure place par rapport à la houle ce que nous fîmes en plaçant une ancre à la poupe du bateau pour que celle-ci nous maintienne le cul face à la houle. Au moment où j’écris ces lignes, la situation est stable. Le mouillage est désert. Nous sommes de nouveau seuls et le bateau tangue mais ne roule plus. Cerise sur le gâteau, il y a une belle langouste qui nous attend pour le souper. Il n’est pas mal dans le fond ce petit mouillage !...

18h00. Le soleil amorce sa descente vers l’horizon. Le vent a tourné et commence à nous mettre en position de rouler encore malgré l’ancrage arrière. Il nous reste une heure pour nous préparer et quitter les lieux.

Prochaine escale : Rum Cay, petite île située au NO et dont l’abri des vents qui tournaient au NNE était assuré. 79 milles au près par vent prévu de 2 Beaufort. Arrivée prévue pour le début de l’après-midi du lendemain. Et, c’est parti. On franchit la barre qui déferle sur presque toute la largeur du chenal d’accès. La houle de plus d’un mètre – plus importante qu’à notre arrivée - nous conforte dans notre décision de poursuivre notre voyage. Et c’est donc vers une bonne nuit de navigation tranquille que l’Otter II nous emmène, toutes voiles dehors.

(à suivre…)

 

rapport de terre/mer III.9

Rapport de terre/mer III.9

 

Le roi de Mayaguana

 


DSC01718.jpgAprès nous être reposés au cours d’une belle nuit à l’abri de la barrière de corail - du reef comme on dit ici - nous nous sommes dirigés en dinghy vers ce qui semblait être le débarcadère incontournable de l’île. La marée est basse et même le tirant d’eau du dinghy se révèle trop important. Il nous faut donc « trimer » le moteur au maximum pour nous éviter de terminer à la rame ! Le petit chenal sablonneux apparaissant sous la trentaine de centimètres d’eau en dit long sur le labourage des hélices au quotidien. Le balisage n’est pas nécessaire. Il suffit de suivre la tranchée de sable dans le fond herbeux !

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DSC01700.jpgNotre amarre frappée sur la seule bite du quai, nous partons à la découverte de l’île. Une immense antenne nous laisse espérer une bonne connexion Wifi et nous oriente sur la seule option à prendre, une petite route dont l’asphalte est dévoré par les ans. Chemin faisant, nous croisons un grand noir qui nous aborde dans un anglais dont seule Marjo décrypte le sens mais dont l’expression non verbale est toute empreinte de sympathie. Elle comprend que ce Yul – c’est son surnom qu’il doit à sa ressemblance (assez contestable à mon avis) à l’acteur Yul Brinner ! – ne nous veut que du bien. Il se dit le personnage le plus important de l’île et nous annonce qu’il peut tout nous procurer : eau, fuel et services en tout genres. Il est plombier, électricien, facteur, et j’en passe mais aussi et je ne voudrais pas le manquer : docteur. Et oui, il nous dit avoir étudié tout cela et savoir conseiller ses compatriotes en cas de problèmes, maladie ou autres… Bref, tout en nous énumérant ses innombrables qualités – moi, je le trouve un peu mytho mais il est vrai que je ne comprends pas tout ce qu’il raconte - il nous emmène au village où nous ferons notre « clear in » pour les Bahamas. Pendant que Marjo remplit les papiers, notre Yul, sur un ton assez autoritaire, m’invite  à m’asseoir et à sortir mon ordinateur car la connexion Wifi est ici, dit-il, la meilleure de l’île et il sait que je suis impatient d’avoir des nouvelles du pays. D’habitude, nous sommes très discrets avec nos ordinateurs pour ne pas avoir l’air de squatter sans vergogne ; surtout dans les bureaux de l’immigration où nous nous faisons tout petits car la plupart du temps, d’accord, c’est convivial mais pas jusqu’à être rigolo ! Lui, manifestement est ici comme chez lui et tout le personnel souriant semble se mettre à notre service. Et quel service ! Le responsable local des télécommunications restera une bonne heure et demie avec Marjo pour lui bricoler une carte SIM qui transformera son iPad en borne Wifi et en téléphone tant que nous resterons dans les eaux des Bahamas. Avec une patience exemplaire, il répondra aux questions de Marjo jusqu’à ce qu’elle soit rassurée sur le bon fonctionnement de son achat. Il faut dire que nous n’avons pas l’habitude d’assister dans les points de vente Base et autre Mobistar européens à des séances de bricolage allant jusqu’à découper une carte SIM à l’aide d’un emporte-pièce semblant prévu à cet usage ! Bref, après une bonne heure et demie d’essais-erreurs tout en sourires patients, ça fonctionne ! Il est 17 heures et les bureaux d’immigration et douane ferment. Les préposées nous indiquent fort gentiment que la connexion wifi n’est pas interrompue et peut être captée le plus facilement assis sur le seuil, derrière les bâtiments. Quelle merveille que la gentillesse émanant de cette population insulaire perdue au milieu de nulle part. Ils sont 300 sur l’île et se connaissent tous par leur prénom et donc, dans ce petit monde, notre Yul nous raconte l’histoire de sa famille de sang royal, précision qu’il accompagne de photos montrées sur son Blackberry où on voit son grand-père noir et son arrière grand-père, un anglais – blanc bien-sûr - qu’il dit être proche de la famille royale d’Angleterre, photographié en compagnie d’une esclave qui aurait été son arrière-grand-mère ! « Je ne suis donc pas black , I’m brun», nous déclare-t-il ajoutant pour nous rassurer quand à la couleur de notre sang « non royal » que  de toute façon, la couleur du sang est rouge quelle que soit celle de la peau. Un vrai philosophe dans le fond notre Yul !

Toutes ces histoires, il nous les racontera en partie le lendemain où nous irons découvrir le « reef » en sa compagnie à la recherche de langoustes qui brilleront par leur absence et de lambis dont Marjo pêchera un magnifique spécimen. Revenus à terre après un apéritif à bord où on lui a offert – cadeaux de roi vu son enthousiasme – mon vieux sac à dos ainsi qu’une vieille paire de palmes qui nécessitait une petite réparation, Yul nous montre comment sortir le lambi de sa coquille, le nettoyer et nous explique comment le préparer car, comme le poulpe, il faut le battre avant de le cuire !  Quand Marjo – qui adore les noix de cocos – lui demande s’il serait possible de lui en cueillir quelques unes, il répond que cela ne pose aucun problème puisque l’île lui appartient avec, bien entendu, tous les cocotiers qui y poussent !


DSC01690.jpgLe lendemain, après les échanges de photos, nous prîmes congé et je reçu en cadeau car notre ami ne voulait pas être en reste, son arbalète de chasse sous-marine très particulière car constituée d’une flèche de deux mètres de long sur laquelle coulisse une poignée dotée de deux sandows. Cette « arme » m’a semblé plutôt être une défense contre les requins dont notre « roi de Mayaguana », ses nombreuses mises en garde en témoignent, ne partageait manifestement pas l’idée qu’ils seraient inoffensifs !...

Revenus à l’embarcadère, trois noix de coco nous avaient été déposées dans le dinghy.

(à suivre...)