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17/03/2016

Une visite inattendue

Une visite inattendue

 

Cinq jours à La Havane nous ont suffi pour apprécier l’ambiance de cette capitale cubaine malheureusement en chantier. La ville est en effervescence en vue de deux événements importants qui se rapprochent : la venue de Barak Obama et le concert des Rolling Stones. Le jour de notre arrivée, la plupart des rues et avenues étaient éventrées probablement pour y installer ou renouveler câblage Internet, voire téléphone car ici, la plupart des cubains se servent des téléphones publics disparus de notre environnement géographique depuis belle lurette ! Beaucoup de bâtiments sont aussi en rénovation et il est grand temps car tout un patrimoine architectural est manifestement en danger faute de moyens. Bref, beaucoup de poussières mais aussi une démonstration d’efficacité des travailleurs cubains. Une rue éventrée le matin est déjà refermée le lendemain, câbles posés !

Les cubains sont en général très sympas mais quelque peu harceleurs. On s’y habitue et surtout, on s’y adapte. Plutôt que refuser le dialogue, on les éconduit gentiment en trouvant une excuse. Mais surtout, on négocie car les prix sont le plus souvent d’abord annoncés le double, le triple ou encore plus de ce que nous avons effectivement payé ! Il faut s’y faire et surtout ne pas casser le marché en acceptant n’importe quoi… Pas toujours facile.

Toutes ces journées où nous avons déambulé (merci ma prothèse qui est maintenant totalement rôdée) dans ces rues pittoresques ont été émaillées de surprises : surprises visuelles (il faut voir une fois au moins dans sa vie un étal de boucherie cubaine !), surprises auditives (ça chante et ça danse quelle que soit l’heure de la journée), surprises olfactives (ça cuisine partout et on peut dire que si l’escale à La Havane peut difficilement être qualifiée de gastronomique, il y a quelques restaurants à découvrir où la gentillesse du service compense un peu, à quelques exceptions près, la monotonie des menus). Bref, si La Havane ne fut pas ma ville cubaine préférée, je lui reconnaît une certaine originalité qui lui donne ainsi contrairement peut-être à Santiago de Cuba et Cienfuegos à mon sens plus authentiques, un petit air de capitale.

Pour le retour, nous avions fixé rendez-vous avec notre taxi qui nous prend en charge avec un passager supplémentaire non prévu dans notre accord. Cela aussi, c’est Cuba ! Marjo apprendra que la course lui a été proposée pour lui seul au même prix que celui négocié pour nous deux ! Bref, nous voilà repartis pour 350 kms de slalom entre les nids de poule que le conducteur semble connaître par cœur négociant habilement dépassements et évitement d’obstacles. Il n’est pas rare de partager l’autoroute avec des attelages, des vélos, des piétons ! Un vrai dépaysement !

superyacht.jpgQuitte à partager notre véhicule, autant le faire dans la convivialité. Le conducteur n’étant guère loquace, Marjo engage la conversation en anglais avec notre passager qui s’avère être un Ecossais, d’entrée de jeu plus sympathique que moi qui lui demande de bien vouloir s’abstenir de fumer ! Plutôt que d’être enfumé pendant plus de trois heures, j’ai choisi d’imposer mon choix quitte à passer pour un mauvais coucheur ce qui ne fut pas le cas, l’homme se pliant immédiatement et avec le sourire à ma demande. Occupé à taper un rapport de terre/mer sur mon ordinateur, je laisse traîner mes oreilles et apprends ainsi que Terry – c’est son prénom – est Second sur le maxi yacht amarré cul à quai à la marina de Cienfuegos. Durant tout le trajet, il n’y eu pas beaucoup de blancs dans la conversation. Notre écossais était disert, Marjo égale à elle-même et moi, tapotant mon clavier comme un autiste, j’intervins très peu. J’étais à l’écoute cependant et parvins à demander s’il était vrai que les Ecossais ne portaient pas de sous-vêtement sous leur tartan. Sa réponse fut appréciée dans un éclat de rire car il déclara que s’il est vrai que les Ecossais traditionalistes ne portent pas de sous-vêtements, lui n’en est pas un, trouve que le tissu des kilts est très agressif et martyrise son épiderme, raison pour laquelle il porte toujours un caleçon !

Arrivés sans encombres à Cienfuegos, nous étions presque devenus amis et, le propriétaire du grand voilier[1] étant absent, Terry nous proposa d’en faire la visite. Rendez-vous fut pris et honoré le lendemain où nous pûmes visiter ce prestigieux ketch de 40 m, visite au cours de laquelle, tout en admirant, sans en partager le goût, les luxueux aménagements, nous pûmes réaliser combien la comparaison entre un tel voilier et le nôtre s’arrête à ce que les deux navires naviguent à la voile ! Un tirant d’air de plus de 40 m, un moteur Mercédès de 515 chevaux, un tirant d’eau de 3,50m… Je vous fais grâce d’un descriptif complet que les amateurs peuvent facilement trouver sur Internet. Combien ça coûte ? Beaucoup d’argent. Un Capitaine, un Second, un ingénieur, une hôtesse, deux équipiers, s’occupent du bateau sans relâche qu’il navigue ou ne navigue pas. Je n’ai retenu que la somme nécessaire à son fonctionnement annuel : deux millions de dollars ! Pour remercier Terry de cette inattendue possibilité de visite, nous l’invitâmes à notre bord pour un « sunset party » que nous n’oublierons pas de sitôt. La soirée fut arrosée, enjouée, racontée, partagée, la conversation s’inscrivant dans un esprit de sympathie réciproque. Nous en apprîmes ainsi les avantages mais aussi les vicissitudes de la vie des marins au service des nantis. Je relèverai, dans les quelques indiscrétions évoquées, que le propriétaire, lorsqu’il est à bord s’assied dans son salon et consulte pendant de nombreuses heures, ses journaux financiers et autres mais surtout financiers, tenez-vous bien, imprimés à bord !!! Il faut bien que son immense fortune vienne de quelque part ! Quant à la voile, il s’y intéresse fort peu. De temps à autre, il encourage l’équipage à pêcher car il refuse de manger quoi que ce soit qui a été congelé. Il offre parfois 200 $ au premier qui lui sort un thon, une dorade ou autre bonite !

En ce qui concerne le voilier proprement dit, jamais ses routes ne sont établies en fonction du vent et les navigations se font donc au moteur appuyé par les voiles chaque fois que cela est possible. Il passe ainsi des Caraïbes à la Méditerranée selon les caprices du proprio qui n’a jamais traversé une seule fois préférant retrouver son beau voilier là où il le souhaite !

A Cuba, pendant son court séjour avec sa femme et ses enfants, son jet privé reste en standby au cas où les événements se précipiteraient et qu’il devrait quitter en hâte le territoire. Pendant ce temps, je suppose que le pilote se tourne les pouces et/ou prend du bon temps accroché à son portable… Décidément, la vie est bien plus belle à bord de l’Otter II

 

[1] Par souci de discrétion et afin d’éviter d’éventuels ennuis à notre nouvel ami, nous avons choisi de taire le nom du bateau.

14/02/2016

Enfin, Cuba s’inscrit sur la longue route

Enfin, Cuba s’inscrit sur la longue route de notre découverte du monde et…

 

Partis de Georgetown avec une fenêtre météo pas « top » mais nous garantissant une « following sea » sans toutefois nous prévoir des vents « fair », nous avons navigué, dois-je le dire sans faire rougir notre Otter, comme de vrais pros, notre vitesse n’étant pour ainsi dire jamais descendue sous les 6 nœuds et courtisant le plus souvent les 7, voire parfois les 8 nœuds ! Bref, 425 milles parcourus en 70 heures, les marins peuvent rapidement se demander si nous ne sommes pas un peu menteurs avec un voilier pesant en charge près de 20 tonnes ! Notre voyage s’est achevé en baie de Santiago de Cuba   sous bas ris et yankee enroulé de plusieurs tours avec un vent catabatique nous obligeant à tout rentrer en slalomant dans les grains pour terminer au moteur vent de 35-37 nœuds dans le nez !

Une fois le goulet d’entrée franchi sous les regards des touristes visitant le Castillo del Moro gardant l’entrée de Santiago de Cuba, le calme oublié depuis trois jours s’installe tant dans les haubans de notre fier voiler que dans nos esprits un peu embrumés par le manque de sommeil.

Plusieurs appels VHF étant restés sans réponse, les officiels chargés de surveiller les entrées du port étant certainement occupés à d’autres tâches plus importantes, nous sommes arrivés en vue de la marina internationale Santiago de Cuba, la VHF restée muette jusque là. Les guide nautiques insistent pourtant sur l’obligation de se signaler dès l’entrée dans les eaux cubaines, c’est-à-dire à moins de 12 milles des côtes. Arrivés donc en vue de la marina, un officier de la Guarda Frontera nous donne (c’est la première fois qu’une telle procédure nous est proposée) une position GPS pour l’ancrage. Un petit cafouillage provenant de la difficulté de compréhension des chiffres annoncés nous fait renoncer et refaire une demande. L’officier, de guerre lasse, modifie sa demande en nous indiquant une aire de mouillage plus facile à comprendre et située entre les bouées rouges du chenal et la marina. Aussitôt dit, aussitôt fait, cette position nous semblant plus normale que celle indiquée précédemment qui nous envoyait de l’autre côté de la baie là où aucun autre navire n’était ancré. Nous apprendrons par la suite qu’il nous avait tout simplement appliqué le principe de quarantaine d’antan !

Quelque temps après avoir vérifié notre ancrage, une « lancha » (sorte de bateau-taxi) vient nous déposer une jeune dame ressemblant à l’épouse de Timour, cheveux roses, ongles assortis, tablier blanc qui demande à monter à bord de façon qui nous sembla officielle parce qu’elle brandissait un sac de l’UNICEF ! Après les présentations, nous comprenons que c’est la médecin qui représente l’inspection sanitaire, inspection qui se borna à vérifier le bon état de nos conserves et de nos fruits ainsi que si nous avions des bières au frigo ! Elle insista pour partager les deux bières fraîches qu’il nous restait en disant « Salute en bienvenudos a Cuba ! Bref, en trois coups de cuiller à pot, elle était devenue une amie et nous demandait quand même un peu de sous parce qu’elle devait désinfecter le bateau en prévention d’éradiquer le nouveau moustique « tueur » (moustique-tigre ?) dont se méfient les autorités sanitaires cubaines. Ah, oui, je ne voudrais pas oublier de mentionner la prise de température corporelle qu’elle effectua sur chacun d’entre nous avec une sorte de laser de poche qui, en éclairant un point entre nos yeux, indiquait notre température, notée immédiatement sur un des nombreux formulaires qu’elle devait remplir pour justifier sa présence à bord. Nous découvrons ainsi l’étonnant contraste cubain dont nous aurons, j’en suis certain, l’occasion de reparler… Nous sommes donc priés de dégager le carré après les remerciements chaleureux de la part de notre « docteur » appuyés de plusieurs « bessos ». Et oui, vous avez bien lu entre les lignes, j’y ai eu droit, aussi !

Fumigation terminée, nous revenons dans le cockpit et notre femme-médecine, s’arrogeant le rôle de capitaine, nous invite à lever l’ancre et d’aller nous amarrer à la marina où d’autres Officiels nous attendent…

Le comité d’accueil était là, sur le quai, tout disposés à prendre nos amarres, sourires et paroles de bienvenue compris. Nous savons que tout n’est pas encore gagné mais on se détend. L’ambiance cubaine s’installe déjà dans nos cœurs lorsque nous sommes accueillis dans le bureau de l’immigration par une série de stries enthousiastes lancées par un grand nombre d’oiseaux non encore identifiés perchés sur les palmiers locaux. Les formulaires défilent. Patiemment, en « anglespagnol » Marjo installe sa stratégie de séduction qui fera dire à l’Officier à mon intention que si je n’ai pas de fleurs à bord, Marjol en est une et que je peux bien lui offrir un beau bouquet le lendemain, jour de la St Valentin. Ah ces cubains, chaud devant. Il va me falloir être « attentif », Marjo continuant à roucouler afin de nous faciliter le parcours administratif. L’homme se détend. On parle de nos enfants et petits-enfants. Il parle des siens (pas encore de petits-enfants car il est trop jeune). On papote, quoi ! Je précise que tout se passe autour d’un bureau décoré d’un ordinateur relativement moderne mais dont Arthuro (Et oui, on s’appelle déjà par nos prénoms !) ne se servira pour ainsi dire pas si ce n’est pour jouer entre les coups avec la souris. Le reste du temps, il s’applique à remplir le long questionnaire en s’appuyant, le regard du prédateur compris, sur les dire en anglespagnol de Marjo dont il boit littéralement les paroles. Dois-je préciser que le tout se passe sous le regard bienveillant de Raoul Castro, bien encadré au mur, comme il se doit !

Revenu au bateau avec deux autres Officiers pour une dernière inspection, nous nous préparons (ou plutôt Marjo se prépare à cette inspection à laquelle nous nous attendions). Les Officiers ne sont pas accompagnés d’un chien qui, aux dires de certains, saute sur tous les coussins reniflant dans tous les coins à la recherche de l’une ou l’autre drogue. Nous semblons donc déjà placés dans la catégorie « soft personnes » ce qui est de bon augure ! Il faut remarquer que, pour certains – mais c’est radio-pontons qui le dit – l’inspection du bateau peut se transformer en véritable cauchemar, tout le contenu des coffres devant être sorti !!!).

Alors que je m’occupe à rectifier l’amarrage en fourrant les aussières susceptibles d’être attaquées par le quai en béton, Marjo entraîne les deux officiers, déjà sous son charme à inspecter les coffres qu’elle a choisi de leur faire voir. Elle a mis en place une stratégie de rangement subtile attirant l’attention sur certaines choses, la détournant d’une autre. Un chapeau, négligemment suspendu devant l’équipet qui nous sert de bar fera que celui-ci ne sera pas inspecté… Un bouquet de tampons décorant l’évier des toilettes découragera illico l’inspection de ce local. Toute sa stratégie s’avérera payante car non seulement les officiers ne découvrirent rien d’illicite (notamment tout notre matériel de capture de langouste et autre arbalètes sous-marine, sans oublier notre provision de rhum !) mais ils se confondirent en félicitations pour la qualité de rangement de notre bateau. Marjo, modeste, transforma cet agréable compliment en obligation sécuritaire pour la navigation. Nous clôturerons cette appréhendée inspection en faisant présent d’une clé USB à chacun des officiers qui quittèrent notre bord alors que la nuit était déjà bien installée. Ils étaient ravis et nous, nous étions arrivés. Nous étions acceptés à Cuba !

Alors que je m’occupais de tester l’électricité du quai afin de nous y raccorder, Arthuro s’approche et me demande si j’ai besoin d’aide. Il me dit alors avoir oublié de faire signer quelques papiers à ma Capitaine. Je l’invite donc à bord me disant que nous avons peut-être crié victoire trop tôt… On l’installe à la table du carré et il présente les différents papiers à signer. La conversation s’engage et, alors qu’Arthuro se prépare à prendre congé, Marjo lui propose une bière. A cela, je crois déjà avoir compris qu’aucun cubain ne résiste car notre ami s’installa devant sa bière et commença à parler de son île, répondant ainsi à nos nombreuses questions concernant la communication et les transports, notamment. L’homme s’avéra être charmant au propre comme au figuré répétant une fois encore que j’étais un heureux homme car j’avais une fleur à bord ! Vous aurez tous compris qu’il parlait de ma « femme navigante ou autre femme sirène » selon Hervé Hamon !). Nous apprendrons ainsi que les trois choses qu’ils recherchent dans les bateaux sont la drogue, les armes, et les passagers clandestins ! Ils ont ainsi des pavillons dans le collimateur : Français, Américains, Mexicains, Italiens, parfois ! Notre pavillon belge, comme le canadien et l’anglais, semble nous avoir bien facilité le passage, sorte d’initiation à la fréquentation tant des eaux que du territoire cubain.

(à suivre…)

28/01/2016

La femme-sirène

Hier, en réponse à un ami FB Raynald Collard, je parlais de femme-sirène. Je dédie cette page FB à Marjo, ma femme-sirène, à Ann van de Gent, à Josiane Beauvilliers, à Chantal Beguin, à Isabelle Bertin,... à travers ce beau texte - de Hervé Hammon - que j'aurais voulu écrire moi-même. Voici : « Femme
 
Il est un être aussi rare que l’ormeau nacré d’équinoxe, l’ormeau qui ne se déniche que très loin, au jusant, lors de conjonctions spécifiques du varech et du roc, du vent et du coefficient – avec, en prime, un rien de hasard et beaucoup de chance. J’en connais plus d’un, chez mes amis, qui n’a jamais expérimenté pareille rencontre. Et moi-même, je l’avoue, n’y suis arrivé que fort tard, mais avec délice. Je sais que mon propos est jusqu’à présent trop énigmatique, ce qui est radicalement déconseillé dans les ateliers d’écriture. J’avouerai qu’il pèche encore : il risque de passer, à tort, pour politiquement incorrect. Car l’animal fabuleux que je compare à l’ormeau rarissime est la femme navigante.
(…) Mon propos est infiniment plus modeste et empirique. Un simple constat. Souvent, bien souvent, la vie de plaisancier et la vie de couple, ça ne colle pas très bien. Ce n’est pas une question d’amour, ni de tendresse, ni de fidélité, ni de complicité. C’est que l’une a envie de Corse quand l’autre a envie d’Irlande, l’une a envie de havres quand l’autre veut bouffer des milles, l’une a froid lorsque l’autre frissonne d’allégresse, l’une se sent enfermée dehors quand l’autre s’épanouit devant l’horizon sans nulle aspérité.
Mille contre-exemples seront aussitôt brandis. Ceux qui ont, pour de bon, cédé au mirage du « grand départ ». Ceux qui, depuis vingt ans, écument de concert et de conserve caps et criques. Ceux qui sont à leur cinquième bateau et manoeuvrent sans un mot tant les réflexes leur sont communs. Tout cela existe, assurément.
Il n’empêche. Si vous questionnez les professionnels des chantiers, les loueurs, et le peuple rougi des pontons, tous en conviennent : la femme navigante, celle qui habite réellement un navire, qui le conçoit comme son territoire, comme sa maison, qui accepte d’en vivre les inconvénients par plaisir plus que par concession, cette femme-là n’est pas si fréquente, à la manière des ormeaux précieux et nacrés. Ce n’est probablement pas affaire d’hormones, mais de culture. Le monde des gens de mer a été si masculin, et le reste en maintes spécialités, qu’il n’est guère surprenant que nos filles et nos compagnes se méfient et s’enfuient.
Justement : la plaisance, ici, a une responsabilité particulière. Ce n’est pas des cargos ni des dockers que viendra – peut-être – le grand chambardement. C’est du monde des loisirs, et par le truchement des femmes. Quand elles se seront approprié l’eau salée, et pas seulement en douillette thalassothérapie, quelque chose aura vraiment basculé au royaume de Neptune.
Si, par chance, vous la croisez, votre grande sirène, celle qui n’hésite pas entre femme et poisson, soyez conscients de votre privilège. Et dites-vous que la révolution est parfois douce. »

14/01/2016

Otter II prend la plume...

Tant de journées à rester amarrée à une bouée alors que mes marins vont et viennent avec mon annexe, souvent pour aller à l’essentiel, c’est-à-dire s’occuper de moi : trouver les pièces de rechange nécessaires à mon entretien, améliorer, réparer, briquer – cela ils pourraient faire un petit effort ! – couture, matelotage, bref, s’opposer avec fermeté et opiniâtreté au lent mais efficace travail d’usure et de corrosion de l’air marin. De temps en temps, il n’y en a que pour eux : ils visitent ! Ils s’en vont en courses, voire à la laverie pour l’incontournable lessive. Ils ne sont pas encore aux Bahamas ! Là, seuls les maillots se salissent et encore !!! Ils semblent néanmoins heureux de partager mon aventure. C’est du moins ce qu’ils se disent entre eux, se congratulant sans cesse après une journée passée à s’occuper de moi. Il y a même des jours où ils s’octroient un bon petit verre qu’ils boivent parfois à ma santé mais il faut bien le dire, le plus souvent à la leur ! Autour de ce verre, ils discutent de tout et de rien. De mon pied de mât où j’ai toutes mes antennes, j’entends leurs réflexions à propos de la Famille et des amis que Marjo a très souvent au téléphone ou sur Skype, leurs inquiétudes à propos de la santé de l’un ou l’autre de leurs proches, de sujets partagés sur facebook… Il y a des jours plus tranquilles où ils reparlent de leurs rêves et c’est là que je leur prête une oreille attentive. Où vont-ils m’emmener cette fois. Ce fut si bon l’an passé, de monter dans le Nord et visiter tant de beaux mouillages où je me suis sentie si bien !

Et voilà que je repense à ce qui m’a envoyée au tapis, pendant le Boat show d’Annapolis. Un bien triste souvenir mais qui est presque oublié si ce ne sont les quelques cicatrices encore visibles sur ma coque bâbord. Mais restons positifs… Où vont-ils m’emmener ? Je les entends beaucoup parler de Cuba mais aussi du Mexique et du Guatemala, des terres inconnues encore pour moi et que je me réjouis de visiter. Ils passeront par les Bahamas dont j’ai un si bon souvenir : une eau des plus cristallines et d’une tiédeur très confortable où ils vont encore me quitter pour partir seuls plonger en annexe.

 

Ce petit texte, je vous l’écris alors qu’il fait nuit noire et que je me repose à l’abri de Crab Cay (Bahamas) après une impressionnante traversée du Gulfstream au départ de St Augustine. Il y avait plusieurs jours que je les entendais discuter météo et dire combien el Ninio chamboulait le temps un peu partout. Les dépressions se succédaient et reportaient chaque fois leur envie de larguer mes amarres. Ces amarres que Jean avait triplées pour ma sécurité. Et oui, ma sécurité ! Je les ai entendu dire que nous avons passé ici trois nuits d’enfer encore jamais vues aussi infernales aux dire de personnes vivant là-bas depuis dix-sept ans ! Sans un répit, pendant trois jours et trois nuits, le vent n’est pas descendu en-dessous de 30-35 nœuds avec rafales à plus de 40 ! Le fetch qui rentrait dans le mouillage était tel que ma pauvre annexe a vécu les heures les plus noires de son existence ! Au cours de ces trois nuits dantesques, deux voiliers ont rompus leurs amarres et sont allés perdre leur mât sur le pont situé en aval de la marée montante…

 

Mais aujourd’hui, ancrée dans une eau d’un calme que j’avais presque oublié, je repense à cette traversée dont je parlais tout-à-l’heure. Partis en début de matinée afin d’échapper au brouillard, le cap a été mis vers le S en serrant la côte pour éviter le courant contraire du Gulfstream. Je me sentais suivie ce qui est rare dans ces eaux semblant abandonnées des Américains qui lui préfèrent la quiétude de navigations interminables au moteur dans l’ICW, celui qui m’avait dessiné une bien vilaine moustache tant les tanins qu’il charrie sont comme une signature sur les coques ! J’étais donc suivie et bientôt se découpèrent sur l’horizon deux voiles qui mirent toute la journée à me poursuivre. D’habitude, lorsque nous sommes au portant, mon capitaine n’envoie pas mon petit foc bômé (celui qui fait de moi un cotre). Il m’avait confiée à son régulateur d’allure et vaquait à ses occupations, manifestement content de ma prestation. Je filais entre 6 et sept nœuds avec une mer assez formée qui me venait par l’arrière tribord.nore_route.jpg

Je dis « vaquait » mais j’avais quand même remarqué le petit non verbal de défit qu’il opposait au rapprochement de ces deux voiles dont l’une, reconnue, était celle du Bénéteau 49 pieds d’amis américains, partis pour la même destination que nous mais avec une heure de retard… Alors que le soleil déclinait, le premier voilier se rapprochait inexorablement et je remarquai qu’il portait toute sa toile avec manifestement le désir de nous laisser sur place. Mon capitaine m’avait arisée par deux fois afin de me faire naviguer à l’horizontale et dans un maximum de confort, ce dont je lui suis reconnaissante. Il avait quand même renvoyé un peu de yankee pour limiter l’affront d’être dépassé trop rapidement ! Alors que je m’apprêtais à m’avouer vaincue, branle-bas sur le pont. J’entends mon capitaine se déplacer vers mon avant et, le vent refusant quelque peu, je compris qu’il allait envoyer ma trinquette restée ferlée afin de gagner le demi-nœud qui suffirait à sauver l’honneur ! Non seulement l’honneur fut sauf mais, dégoûtés, les poursuivants rompirent le combat qui, manifestement les avait motivés toute la journée. Ils mirent le cap sur la côte alors que nos amis américains peinaient également à nous rattraper. Ils allaient y parvenir quand ils appelèrent par VHF pour prendre congé et rentrer à Cap Canaveral pour avarie de pilote automatique…notreroute2.jpg

C’est donc seule que je poursuivis ma route, infléchissant celle-ci directement pour aller, en le traversant, à la rencontre du Gulfstream et de sa réputation. C’est la quatrième fois que je le traverse et, comme chaque fois, c’est à la température de l’eau que je sais que sa traversée a commencé : 25,6 °C ! Nous y sommes et le vent refuse. L’océan est comme un chaudron en ébullition. Les vagues se croisent dans tous les sens. La mer se creuse franchement, le vent du NNW faiblissant s’oppose au courant ce qui explique cela. C’est donc au moteur que je franchis ce « tapis roulant » - comme l’appelle Eric Orsenna dans son roman Le gulfstream –. L’archipel des Bahamas nous tendait les bras et c’est au moteur par mer enfin reposée et le cœur toujours emplis des émotions de la traversée, que nous y pénétrâmes par le Strangers Cay Channel.

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29/10/2015

Un squelette peut en cacher un autre!

 

 Le côté le plus enrichissant et étonnant de notre voyage est la découverte des us et coutumes, de la culture et des traditions des populations que nous rencontrons.
Nous passons outre les clichés et les idées toutes faites en vivant à proximité et parmi les hommes et les femmes d'ailleurs.
Que ce soit en faisant nos courses dans les épiceries et marchés locaux, en allant au lavoir, en ayant recours aux réparateurs et vendeurs autochtones ou en vivant simplement à côté d'eux, nous entrons vraiment en contact avec les habitants de pays et d'îles traversés. 
 
Les Etats unis n'échappent pas à cette règle.
 
Nous sommes revenus au bateau après quatre longs mois en Europe.
Nous avions quitté York River et la Chesapeak bay en pleine cannicule, pour y revenir avec les premiers frimats de l'automne.
 
Dés notre sortie de l'aeroport Dulles Washington DC, la couleur orange est dominante. Des potirons, des centaines, des milliers de potirons. Halloween s'annonce haut en couleurs, et les squelettes et autres toiles d'araignés sont omniprésents . En arrivant à la marina, nous constatons que cette dernière tout comme le restaurant ont subi une transformation digne d'un train fantôme.
 
Vendredi fin d'après-midi, quatre motoryachts entrent dans la marina et trouvent une place autour de nous. 
Jusque-là rien de spécial, les WE début d'automne voient beaucoup de passages dans les ports.
 
Quelle  ne fût pas notre surprise lorsque nous nous promenons sur les pontons une heure plus tard. Les bateaux sont transformés en "horror boats" Des squelettes pendants un peu partout. La grosse artillerie est de sortie : sorcières toutes plus moches les unes que les autres, toiles d'araignée, fausses pierres tombales à l'identique de celles vues á Salem, chats noirs, balais de sorcières, potirons, etc.
 
Le clou fût la mise en scène dans le cockpit du bateau d'en face : deux squelettes installés dans des fauteuils de camping autour d'une table sur laquelle étaient  posés deux verres et une carafe baroque à souhait. Ce qui était incroyable c'était que les propriétaires n'ayant plus de place assise furent obligés de s'asseoir sur le bord du bateau !
 
Et c'est ainsi que, munis d'une bouteille de bière spéciale Halloween (noire avec tête de mort), que nos nouveaux voisins prenaient le plus sérieusement du monde  l'apéro avec leurs invités squelettiques en l'occurence assez taiseux ! 
 
Prochainement, Nous sommes invités à une Halloween party dans un des ports où nous nous arrêterons le long du ICW.
 
Happy Halloween !!!... (MvE)
 
Ps Halloween aux States.
Eviter Halloween aux USA c'est faire comme si Noël n'existait pas.
En 2014 Les Américains ont dépensé 350 millions de dollars en costume d’Halloween… pour leurs animaux domestiques. 6 % seulement comptent porter le même costume que l’an passé. La sérieuse National Retail Federation estime les dépenses totales pour Halloween 2014  à 7,4 milliards de dollars. L’achat de costumes et de sucreries se taillent la part du lion du budget, suivent ensuite les articles de décoration et la préparation des citrouilles. ( source: National Retail federation)
Ce sont quelques 6 millions de tonnes de citrouilles vendues chaque année.

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