Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19/05/2015

III.19 Bien arrivés aux Bermudes

III.19 : Sur la route des Bermudes

 

Rédigé en mer ce vendredi 15 mai matin 0746.

Il y a maintenant deux heures que le soleil s’est levé. Il diffuse d’abord sa lumière bienfaisante à travers la claire-voie et les hublots bâbords. L’Otter a été complétement fermé cette nuit suite à une lame qui, si elle n’était pas scélérate, n’en était pas moins vilaine car, alors que nous faisions route au travers du vent sous régulateur d’allure et par un vent établi de plus de 20 nœuds avec rafales à trente (GV 3 ris, trinquette et Yankee 3 ris), elle a complétement submergé le bateau, envoyant sur la couchette de veille dans le carré ainsi que sur celle de Marjo qui dormait, une bonne pinte d’eau de mer nous rappelant sévèrement que c’est toujours la mer qui décide. Elle ne pardonne pas d’avoir négligé de visser convenablement les papillons de  serrage des hublots, ce qui était le cas ! Bref la nuit s’est passée en l’attente d’une autre lame qui, fort heureusement, n’est jamais venue. Mais d’où viennent donc ces vagues improbables qui surprennent toujours les marins ? En une fraction de seconde, le cockpit était noyé et les évacuations travaillaient ferme pour le vider. Prévoyant que cela pouvait recommencer, j’ai bardé la porte de la descente de ses deux panneaux de protection-tempête et ai fini mon quart assez anxieux, je dois bien l’avouer. Pendant ce temps Marjo essayait de se rendormir mais non sans difficultés car des réveils pareils, on s’en passerait bien volontiers !

 

18h00, je reprends le clavier. Dehors cette fois. Il fait grisâtre. Le ciel est fermé par une épaisse couche de nuages bas tout juste traversée par les rayons du soleil déclinant qui n’arrivent pas à la percer. L’Otter navigue sous grand voile 2 ris et tout devant. Il file ses 5 bons nœuds au près bon plein dans une mer qui s’est quelque peu calmée ce qui n’était plus arrivé depuis notre sortie de la baie de Chesapeake, il y a quatre jours. Il faut dire que la queue de dépression tropicale Ana s’est révélée plus inconfortable que les prévisions nous le laissaient supposer. L’océan était bien creusé. Nous avions sous-estimé la mauvaise réputation du fameux cap Hatteras pourtant déjà franchi l’an passé au départ de notre remontée vers la Nouvelle-Ecosse. Le vent du N rencontrant le Gulfstream n’a rien arrangé. Bref, voilà quatre jours que nous naviguons comme si nous étions en course ou presque car les conditions de navigation changeant rapidement, nous avons eu un bon entraînement pour nous remettre dans le bain. Ariser la grand voile au 1er, au 2ème, voire au 3ème ris, renvoyer de la toile, reprendre un ris, régler le régulateur d’allure (Windpilot) qui ne discute pas avec la règle qui impose au bon marin de porter la toile du temps et semble dire : « Si tu surtoiles le bateau, je fais grève ! »… Bref, beaucoup de travail à bord. Décrochant mon regard de l’ordinateur, je vois de nouveau un océan devenu rassurant. La haute pression s’installe lentement mais sûrement et est actuellement de 1043 hPa. Il est certes encore trop tôt pour croire que la traversée va se terminer en farniente mais on peut déjà au moins l’espérer. Marjo maintient le moral du team en préparant de bons petits plats et ce, sans relâche malgré les conditions de navigation que l’on peut considérer comme difficiles. Cuisiner dans un shaker n’est pas une sinécure ce dont témoignent les belles échymoses apparues ces derniers jours sur les cuisses de Marjo !

Depuis notre départ, nous n’avons croisé qu’un seul voilier faisant route inverse. Quelques navires de commerce ont été aperçus au loin, d’autres uniquement repérés sur notre radar ou grâce à notre récepteur AIS. Pour le reste, rien ! Ni dauphins, ni cétacés. Quelques oiseaux de mer et des méduses tueuses (voile de vénus ou caravelle portugaise) ont agrémenté notre curiosité restée jusqu’à présent sur sa faim. L’océan nous est paru bien vide jusqu’à présent.

 

Matin du samedi 16 mai. 09h52

 

Durant la dernière partie de la nuit, le vent a refusé et notre Windpilot, après de petites hésitations, nous a fait prendre la direction des Bahamas « tricnonote » (expression wallonne je crois pour indiquer la lenteur) c’est-à-dire à 1 ,5 nœud maxi. Je ne pouvais pas le laisser faire ! Il est vrai qu’à sa défense, nous portions toujours la toile de nuit (2ris dans la GV et 1 ris dans le yankee) car le début de celle-ci avait été bien ventée. L’anticyclone prend donc ses quartiers. Après quelques hésitations et énervements, nous nous décidons à faire appel à Yan (c’est le petit nom de notre moteur) et reprenons la route directe cette fois, le nez dans ce qui reste de vent. Le soleil se lève, magnifique mais fugace. Il se cache dans les nuages et poursuit sa montée dans un ciel qui se colore de mille feux. Bientôt, ses rayons reprennent appui sur l’horizon en dessinant de magnifiques pieds de vent ainsi appelés par les madelinots. Quel bon moment ! Comme la vie en mer peut être surprenante, basculant de l’anxiété d’une mer assez dure vers la sérénité d’un matin magique. L’horizon est maintenant dégagé et le soleil en a déjà bien pris ses distances. Le ciel est bleu piqué ça et là d’un petit nuage de beau temps. L’Otter sent l’écurie et se laisse entraîner par Yan pour lutter contre un léger courant qui s’oppose à notre progression depuis que nous avons quitté le Gulfstream (La t° de l’eau y était de 24°C alors qu’elle n’est plus que de 20°C). Un lab me tient compagnie. Il vole de conserve avec moi. Il y a une heure, une troupe de dauphins nous a souhaité une bonne fin de traversée en jouant avec notre étrave et se manifestant  par des sauts spectaculaires. Tous ces événements me ravissent et me font apprécier d’être ici au milieu de l’océan, seul.  Ce matin, c’est une bonne odeur de pain en train de cuire qui m’a mis en appétit. Ah cette Marjo ! Quand elle ne lit pas, ne dort pas ou ne m’aide pas à la manœuvre, elle prépare quelque chose. A moi de deviner… Cela aussi, c’est le sel de la traversée… (à suivre)    

 

Au petit matin du lundi 18 mai à 01h00

 

Moi qui suis toujours impatient d’arriver, voilà qu’il me faut attendre en mer que le jour se lève car nous avons été un peu trop rapides et, arriver de nuit aux Bermudes étant déconseillé, il était plus prudent de prendre cette décision. Donc, alors que l’Otter marchait du tonnerre de Neptune et filait ses 7 bons nœuds, j’ai dû, la mort dans l’âme, lui reprendre de la bride et lui imposer deux ris dans sa grand voile et yankee presque complétement enroulé ! Ainsi freiné, nous achevons notre traversée à moins de 5 nœuds, le plus souvent 4. A croire que l’on n’a pas envie d’arriver… Il faut savoir que ça ne rigole pas ici et le navigateur qui veut mouiller aux Bermudes doit montrer « patte blanche ». Il doit s’annoncer à la VHF 30 milles avant l’arrivée, indiquer le temps estimé pour atteindre le port et garder le contact avec Harbour Master au fur et à mesure de l’atterrissage. Un vrai cadeau pour Marjo qui a déjà repéré que les Bermudiens parlent anglais avec un accent néerlandais. Peut-être n’est-ce que le capitaine du port et qu’il est trop tôt pour généraliser. Tous les concurrents de l’ARC semblent être arrivés car nous les avons entendus s’annoncer, comme il se doit,  à la VHF. Remarquons que l’océan est tellement grand que, partis presque ensemble, nous n’en avons pas perçu un seul durant la traversée !Malgré notre handicap (probablement avons-nous entamé la traversée quelques heures avant eux, nous avons bien fait marcher le bateau car sans la décision de freiner notre arrivée, nous semblions être dans les temps ! Nous serons fixés dans quelques heures…

 

Mardi 19 mai au mouillage à St Georges Bermudes.

 

Hier, avons dormi toute la journée… et une bonne partie de la nuit, contents d’être à l’abri (20/25 nœuds de vent ; rafales de 30 !). Ce matin (0456 locale), connexion Wifi à l’arraché grâce à notre antenne badboy, le vent est calmé. Au travail pour la mise à l’eau de l’annexe et la découverte de l’île.

 

(à suivre…)

10/05/2015

C'est reparti...

Bien arrivés à Baltimore après une journée sans vent idéale pour tester le bateau. Pilote auto OK ; presse-étoupe OK ; barre OK ; GPS (nouvelle antenne). Tout fonctionne parfaitement. Les custom's étaient fermés d'où on est obligés de visiter jusque lundi matin ! Cela n'est pas plus mal. Après Salem, Newport, Boston, New-York, Annapolis, il y aura Baltimore. Les Américains rencontrés sont vraiment charmants. ns2Creparti.jpgCe matin il y a eu un petit comité pour nous souhaiter bon vent, échanger les adresses emails, donner des petits cadeaux, , faire des hugs, larguer nos amarres. Vraiment, notre mésavanture nous a fait rencontrer des personnes charmantes. Le sel du voyage, quoi (photo David Dodson)

17/04/2015

Rapport de terre/mer III.17

 

Rapport de mer/terre III.17

 

Le 13 octobre 2014.

  

Il y a des jours qu’on voudrait oublier aussi vite qu’ils sont derrière nous ! Le lundi 6 octobre est l’un de ces jours maudits. Nous étions partis « magasiner » avec notre fille Manon qui devait reprendre l’avion à Washington le lendemain à 15h00. Nous avions loué une voiture pour ces deux jours et profitions des derniers moments de vagabondage dans un « outlet » où l’on ne sait plus où donner de la tête tant les prix d’articles de marque impayables en Belgique sont ici bradés jusqu’à 75 % avec en plus l’avantage du change.

 

Vers 16h30 heures, alors que nous nous décidions tranquillement de rentrer au bateau, Marjo ouvre son iPad et voit avec horreur le message suivant apparaître dans sa messagerie : « 15h28 : Your boat has dragged onto rocks In front of Naval Academy. Contact Harbour master immediately. Alan ». Atterrés par cette nouvelle, nous rentrons immédiatement avec l’esprit en effervescence. Comment un tel drame a-t-il pu arriver ? Nous ne laissons en effet jamais le bateau seul au mouillage sans avoir attendu quelques heures au moins pour être assurés que l’ancre a bien croché et, ce lundi matin, nous étions ancrés et stabilisés depuis la veille. Daté d’une bonne heure plus tard, un second message nous a été envoyé : « US Naval Academy and TowBoat US are making arrangements to move your boat and Haul it out at the Academy's facilities. Here is one person onboard assessing damage. No water leakage taking place. » Ce message, nous indiquait donc que notre bateau n’avait pas coulé mais nous ne savions pas où il se trouvait. Notre inquiétude grandissait au fur et à mesure de la lecture de ces différents messages. Envoyé à 16h57, un troisième message indiquait : « Otter II is off the rocks and proceeding to US Naval Academy  slips to be hauled out. »Quelque peu rassurés  nous parcourûmes les derniers kms du retour dans un silence qui en disait long sur les émotions qui se bousculaient dans nos esprits en train de nous imaginer dans quel état nous allions retrouver notre bateau et où ? Nous n’en avions aucune idée. Le boat show était en préparation et le moindre espace était occupé, raison pour laquelle notre bateau avait atterri dans les installations de la Navy !

 

Arrivés au port, nous n’avions guère que le choix de nous rendre à la « US Naval Academy » afin de savoir où se trouvait notre bateau car, non seulement nous étions impatients de constater son état mais encore, nous devions bien dormir quelque part et également permettre à Manon de terminer ses bagages pour son départ du lendemain. Toutes ses affaires ainsi que passeport et billet d’avion étaient restés sur le bateau ! Ici, je vous passe le dialogue de sourds entre Marjo, gardant son calme malgré les circonstances, attendant une réponse des gardes chargés de surveiller les entrées très contrôlées dans la base. Ceux-ci, visiblement troublés par une situation sortant de la routine, donnaient des coups de téléphone et nous faisaient patienter un long moment pour ne nous donner qu’une seule information qui s’avéra inutilisable car hors des heures de service ! Nous n’avions donc pas de réponse à nos questions. Notre bateau avait disparu et nous ne savions pas que faire pour le retrouver. Le crépuscule s’installait et il ne nous restait que l’annexe pour passer la nuit ! Notre seul choix était donc de nous rendre à bord du Moonlight Maid, le bateau de nos amis canadiens Alan & Ether, auteurs des messages reçus en fin d’après-midi pour aller aux nouvelles puis prendre une décision pour trouver un gîte. Manon était avec nous et l’inquiétude grandissait au fur et à mesure du temps qui passait car nous étions de plus en plus dans l’incertitude. Et c’est là que nous avons eu la chance de pouvoir vérifier, une fois de plus, l’immense solidarité des gens de mer. Nos amis nous accueillirent avec une compassion telle qu’il semblait presque que c’était eux qui avaient perdu leur bateau. Non seulement ils nous contèrent les événements de l’après-midi concernant le dérapage de notre ancre mais ils s’arrangèrent avec d’autres amis canadiens pour nous héberger. La queue de la mini-dépression ayant occasionné notre mésaventure nous secoua toute la nuit – la houle rentrait dans le port et faisait rouler les bateaux ! – et, cela additionné à toutes les questions qui se bousculaient dans nos esprits, nous ne pûmes que somnoler en attendant que cette nuit qui n’en finissait pas, cesse…

 

 

 

Au moment où j’écris ces lignes, une semaine plus tard, j’ai encore des bouffées d’émotion et de rage à l’idée que tout cela ne serait peut-être pas arrivé si notre ancre n’avait pas été draguée par un plaisancier maladroit, voire paniqué car les témoignages recoupés indiquent que plusieurs bateaux voisins ont également dérapé leur ancre ce qui représente la seule explication au décrochage de la nôtre (cette situation s’étant déjà présentée plusieurs fois dans les Anilles alors que nous étions fort heureusement à bord nous laisse à penser que cette éventualité n’est pas négligeable)…

 

 

 

Notre mésaventure n’est malheureusement pas finie (désolé d’être long !). Le lendemain matin, notre ami Alan prend les choses en mains et par appels téléphoniques et VHF, parvient à connaître la position de notre pauvre bateau. Dans notre malheur, il avait été pris en charge par les militaires de la Navy et remorqué dans une darse militaire où nous pûmes le retrouver. Je vous passe ici tous les sésames dont nous dûmes user pour l’atteindre, la base navale étant protégée comme si le Président Obama était en visite ! (Je pense que si cela avait été le cas, nous aurions dû attendre son départ pour rejoindre notre bateau). Mis à part la rigueur de la sécurité, je me dois d’ajouter que les rapports des militaires avec nous ont été dans le registre d’un savoir-vivre policé, voire presque convivial. Il faut dire que Marjo se surpassa en diplomatie patiente tant l’unique objectif de notre démarche était de pouvoir enfin rejoindre notre cher Otter !!!

 

 

 

Arrivés enfin en vue de notre bateau, quelle ne fut pas notre surprise de le voir entouré d’un nombre impressionnant de navires plus ou moins importants de la Navy. Il ne pouvait être mieux protégé !!! Les marins l’avaient professionnellement amarré et nous ont entourés de leur intérêt tant l’amour des bateaux transpirait de leur comportement. De vrais gentlemens… qui ne nous permirent quand même pas de passer la nuit à bord. Manon étant repartie en Belgique et ne désirant pas abuser de l’hospitalité de nos amis, nous passâmes cette première nuit dans un motel des environs. Le lendemain, Marjo prit tous les contacts nécessaires et suffisants pour nous permettre de faire remorquer l’Otter  dans un chantier susceptible de prendre en charge toutes les réparations. Écoutant les conseils de nos amis américains Bo & Joyce Chesney, nous nous décidâmes pour le chantier « Bert Jabin » où le remorqueur nous emmena, notre système de barre ne nous permettant plus d’évoluer en autonomie (drosse du secteur de barre cassée). A peine arrivés, nous fûmes entourés de toute une armada de contremaîtres et autres professionnels qui voulaient évaluer la situation avant et pendant la sortie de l’eau afin de ne pas perdre de précieuses indications quant au diagnostic en vue des réparations des dommages.

 

 

 

Depuis lors, l’Otter a été placé sur bers au sec et, à la demande du chantier, nous sommes partis à la recherche de modifications éventuelles dans la structure du bateau, recherche qui, fort heureusement, n’a donné aucun résultats. Pendant que je m’occupe à différentes remises en ordre et autres petits bricolages, Marjo se bat avec la constitution du dossier pour l’assurance. Il est question de devoir démâter le bateau pour pouvoir y travailler à l’abri. Si tel est le cas et dès que nous aurons le feu vert de notre assurance, nous ne pourrons plus habiter notre bateau et reviendrons en Belgique, le confiant ainsi au chantier qui le remettra en état de naviguer pour nous permettre en février de reprendre notre longue route de découverte … A bientôt donc le grand plaisir de vous revoir toutes et tous !