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24/07/2014

La queue de la dépression

Rapport de mer III.14.b

 

Seconde partie : la queue de la dépression

 

Mardi après-midi nous étions à Beaufort, l’ICW parcouru dans le sillage de Dream catcher depuis Myrtle Beach était derrière nous. Merci à Bo & Joyce de nous avoir écolés ! Après avoir visité le magnifique musée maritime consacré partiellement à la piraterie et bu en compagnie de Bo & Joyce un dernier café agrémenté d’un délicieux pancake au chocolat, nous larguons les amarres. A l’arraché, notre beaupré fleuretant au passage sans heureusement la toucher, avec la jolie coque d’une belle goélette ancienne amarrée à notre tribord, nous saluons nos amis admiratifs devant notre belle manœuvre et nous éloignons pour prendre la mer en embouquant le chenal bien balisé. Nous rejoignons ensuite la haute mer, envoyons les voiles et commençons notre traversée vent dans le nez sous voiles hautes appuyée de notre Yanmar. Nous avons le fameux cap Hatteras dans notre N et devons le contourner pour nous diriger NNE vers le Canada. Mercredi après-midi, au large  de ce cap, alors que nous nous traînions quelque peu, poussés que nous étions par un vent inférieur à 10 nœuds, nous nous demandions d’où pouvait bien provenir les bruits de réacteurs que nous entendions au loin. Et quand je dis du bruit, c’était vraiment impressionnant. On aurait pu comparer cela à un roulement ininterrompu de tambours. Une silhouette de navire apparaît alors sur notre tribord qui devient assez rapidement celle, très reconnaissable, d’un porte-avions. Il semblait être en manœuvre ceci étant confirmé par le souvenir que nous avions, avant de l’apercevoir, d’une détonation qui m’avait fait penser au passage du mur du son mais aurait pu tout aussi bien être un exercice de tir ! Bref, nous n’étions pas très rassurés car nous étions sous voile à la vitesse surface de 4,5 nœuds et ne savions pas que faire pour éviter ce mastodonte des mers qui se rapprochait inexorablement comme une sorte de nid de frelons duquel partaient et revenaient sans cesse ses occupants en plein exercice ! Les chasseurs passaient de plus en plus près au-dessus de nos têtes dans un bruit de réacteurs infernal. Ils se posaient ensuite sur le pont du navire pendant que d’autres en décollaient. Impressionnant ! C’est alors que la VHF se fit entendre : « sailing vessel, sailing vessel, sailing vessel, here is the  aircraft vessel, do you hear me ». Marjo prend le micro et répond le plus aimablement possible se faisant appelée Captain avec la plus vive satisfaction. « Keep away ! ». Le radio du porte avion nous demandait de nous éloigner d’eux ce qui, moteur arrêté et sans vent, n’était pas évident. Au vu de la vitesse de déplacement du porte-avions qui croisait notre route  assez rapidement et compte tenu de notre lenteur, je me dis que je ne modifiais ma route que de quelques degrés. Mal m’en a pris, car le ton du radio (Marjo aurait aimé que ce soit le pacha mais il m’étonnerait que celui-ci s’abaisse à faire la police autour de son bâtiment) se fit plus ferme en nous intimant l’ordre de nous éloigner. Je mis donc le bateau en panne n’ayant pas reçu de cap à suivre et le majestueux navire s’éloigna. Mon esprit rebelle se demanda alors : « Et quoi, je peux naviguer, maintenant ?! ». Pressée par moi, Marjo, hésitante car photographier des bâtiments militaires est interdit, pris quand même quelques clichés pour immortaliser l’événement.

En début de soirée, alors que Hatteras était derrière nous, le vent forcit en se plaçant franchement sur notre hanche bâbord et la mer commence à se creuser. Au fur et à mesure de la montée en puissance du vent, nous arisons la grand voile et rentrons le yankee (grande voile frappée sur l’avant de notre beaupré et précédant notre seconde voile avant, la trinquette) petit à petit. Au plus fort de la dépression, nous ne garderons que la trinquette bordée à plat pour stabiliser le roulis du bateau, la grand voile sous 3 ris, et deux petits mètres carrés de toile au yankee. La mer nous venant de l’arrière, les conditions sont loin d’être préoccupantes. Nous sommes au portant à 145° du vent et nous négocions fort bien les lames de plus en plus hautes qui nous poursuivent de l’arrière, déferlant de manière très impressionnante sous notre balcon bien protégé par notre poupe caractéristique des anciens bateaux de sauvetage norvégiens ayant rendu célèbre l’architecte naval Colin Archer. Le bateau et l’équipage sont en plein travail, concentrés sur la tâche et cette concentration durera du mercredi soir au jeudi après-midi, sans relâche, les lames succédant aux lames et le vent forcissant jusqu’à atteindre dans les rafales la vitesse hallucinante de 40 nœuds ! Dire la hauteur des creux dans lesquels nous naviguions est bien difficile car il faut toujours, pour dire la vérité, donner la hauteur des vagues divisée par deux étant donné que la hauteur de la vague est théoriquement la différence de hauteur entre le niveau de la mer calme et horizontale et le point le plus haut de la lame. Compte tenu de cela, je me risquerais à dire que nous avons navigué dans des creux de deux à 3 mètres et plus pour certaines lames un peu plus traîtresses que les autres. Si vous multipliez par deux, cela vous donne une idée de l’impression que cela fait lorsqu’un mur d’eau déferlante vous rattrape. Sans fanfaronnade, j’avouerai que, au début, cela fait un peu peur mais lorsqu’on s’aperçoit avec quelle agilité le bateau se joue de ces caprices de la mer, nous avons très vite récupéré notre confiance dans ce bon bateau qu’est notre cher Otter. J’ai écrit dans un courriel en anglais que « Our sailing boat negociated the waves like a dancer » et c’est vraiment l’idée qu’il donne lorsqu’il résiste à la mer en la négociant avec habileté, souplesse et force. On dirait qu’il fait corps avec elle. On dirait qu’il dance. Alors que, le calme étant revenu, le vent s’étant calmé, nous poursuivons notre route, je me délecte de l’impression d’aisance qui se dégage du bateau. Nous sommes au près bon plein, un ris dans la grand voile, trinquette haute et yankee enroulé de deux tours. Le vent de 15 nœuds nous propulse entre 6 et 7noeuds. Le soleil brille. De petites lames saupoudrées çà et là de petits moutons nous entourent et l’Otter II glisse sans bruit sur cet océan de bonheur qui nous porte avec attention comme une mère porte son enfant. Je suis assis dans le cockpit, l’ordinateur sur les genoux pour vous écrire ce qui passe par la tête d’un retraité pas comme les autres qui profite de la chance d’être marié à une femme formidable qui aime l’océan et les bateaux presque plus que lui (elle est plus tolérante !)…

J’arrête là de taper sur ce clavier car j’entends déjà Marjo me dire que je suis trop long, beaucoup trop long. Mais comment faire pour écrire une synthèse de tout ce qui précède en trois ligne ? Si je vous écrivais seulement quatre mots : je suis un homme heureux. Ce serait suffisant pour moi mais pour vous ? Je pense que si vous me lisez, c’est pour un peu mieux connaître l’étrange choix qui nous a emmenés, Marjo et moi, après trois années presque de vagabondage, en vue bientôt de la terre canadienne…(à suivre, si j’ai raison de le penser !)

 

 

Intermède

Rapport de terre/mer III.14c

 

Sixième jour de mer. L’Otter poursuit sa route inlassablement au moteur à travers cette haute pression qui n’en finit pas. On n’est jamais content ! Trop de vent, on fait la moue, trop peu, on se lamente… Les longues traversées vent constant de travers ne sont pas légion, ce serait trop beau. Comme chaque situation a ses avantages et ses inconvénients, il faut reconnaître que depuis l’accalmie qui nous a contraints à faire appel à notre moteur, j’ai rédigé deux rapports de mer et suis en train de commencer le troisième ! A terre, il y a tant et tant de choses à faire que le clavier est laissé un peu dans l’ombre. On l’utilise le plus souvent pour échanger des nouvelles du pays et de ses habitants sur facebook en ce qui me concerne, Marjo préférant se servir du courriel. Nous sommes connectés le plus souvent assez bien depuis l’installation de notre nouvelle antenne réceptrice du Wifi. En mer, et qui plus est au moteur, l’océan étant très calme, voire tel un lac, il n’y a rien à faire et comme l’idée de s’ennuyer ne me vient jamais à l’esprit, j’occupe celui-ci à la lecture des instructions nautiques utiles pour l’atterrissage (en anglais cela prend du temps et enrichit le vocabulaire !), la lecture tout court (j’ai toujours un roman entamé qui m’attend), les tentatives de communications satellitaires (Il faut dire à ce propos que les satellites Iridium ne desservent pas bien le NO de l’Atlantique car de multiples tentatives de connexion sont indispensables pour arracher au ciel les précieuses prévisions météorologiques) et, bien sûr la contemplation méditative de l’océan à laquelle je me livre  toujours avec le même plaisir. L’océan grouille de vie mais seule une observation patiente permet de le constater. Pour l’instant par exemple, une baleine pourrait souffler non loin de nous sans que je m’en aperçoive tout occupé que je suis à rédiger ce rapport. On ne peut pas être au four et au moulin ! Ce matin, deux bonnes heures après le lever du soleil, j’étais assis sur notre beaupré – nous y avons installé un petit siège bien confortable pour y admirer les dauphins – et je contemplais la mer. C’est incroyable cette sensation qui est particulièrement bien rendue dans le film Titanic, cette sensation de voler au-dessus de l’océan, l’image du navire qui vous porte disparue dans votre dos. Votre champ visuel balaie l’océan à la recherche de mouvements inhabituels. A la chasse, c’est la même chose : c’est souvent par le mouvement que le gibier se laisse découvrir. C’est lors de cette attentive observation que je découvre au loin une série de moutons blanchâtres de plus en plus nombreux et se rapprochant, devenant multitude. Des centaines d’éclaboussures annoncent la venue d’une bande de très nombreux grands dauphins. Ils approchent et se déroutent pour venir se disputer la place royale située sous la sous-barbe de notre beaupré (que l’on appelle également delphinière lorsqu’il est habillé d’un filet protecteur comme sur les vieux gréements). Ils vont de çà et de là changeant de direction à faire pâlir les meilleurs joueurs de la NBA. Ils vont et viennent et se relaient sous l’étrave du bateau. Chacun veut avoir sa part du plaisir de caresser le point bas de notre sous-barbe du bout de l’aileron. Ce matin, pour la première fois, la bousculade était telle – je devrais plutôt écrire « l’impression de bousculade » car ils ne se touchent guère – qu’un des dauphins heurta cette forte pièce en acier inoxydable et s’en alla, je suppose tout penaud, réfléchir à la manière d’éviter à l’avenir ce désagréable contact ! Pendant près d’une demi-heure, ils se sont ainsi succédés, groupe après groupe. Je ne sais si ils m’entendent les encourager avec enthousiasme, leur crier qu’ils sont beaux, que je les aime, leur montrer par la voix le bonheur que j’ai de les rencontrer. J’ai voulu partager cela avec Marjo mais elle dormait et il faisait froid. J’ai joué l’égoïste, l’ai laissé dormir et enregistré ces belles images pour moi seul. Et oui, je viens de le signaler. Finis les tenues légères, voire d’Adam que les tropiques nous permettaient ! Ici, j’ai ressorti mes sous-vêtements Patagonia (Merci à Emily & Alex qui m’ont si bien équipé au fil de mes anniversaires !), mes salopette et veste de quart Trax, chaussettes et chaussures de pont.

La température a chuté d’un coup. 20° dans le carré. 16°C dans le cockpit. 12,3 °C dans l’eau !!! Du plus jamais vu depuis trois ans !  Le soleil fait des efforts pour briller de tous ses feux sans toutefois caresser l’idée d’égaler ses performances antillaises. Il est maintenant 10h14 locales et notre sillage va bientôt devenir canadien. Plus que quelques milles et nous quitterons les eaux américaines. Nous longeons le banc de Georges, endroit peu profond aussi grand si pas plus que la Belgique. D’après les prévisions, il nous faudra encore attendre demain après-midi pour achever notre traversée sous voiles, poussés par une petite brise de  suroît qui viendra ponctuer cette belle traversée. Destination : Royal Nova Scotia Yacht Squadron à Halifax (à suivre…)Sans titre.png

Découverte de l'Amérique

Rapport de mer III.14.a

 

Première partie : découverte de l’Amérique

 

Avant notre appareillage vers le Canada, mon beau-père, Peter, nous faisait remarquer qu’il y avait bien longtemps que nous n’avions donné de nos nouvelles à nos amis c’est-à-dire toutes celles et ceux qui se sont inscrits sur la liste de diffusion des nouvelles de l’Otter II qu’utilise Peter pour faire suivre mes petites bafouilles dont j’espère vous régaler. La raison en est les conséquences impromptues du remplacement obligatoire de notre radar et le changement consécutif à notre programme de navigation. Fini les Bermudes, bonjour les States plus tôt que prévu. Et c’est là que l’enchantement de ce pays mythique et de ses habitants nous a saisi le cœur et nous a quelque peu éloignés des préoccupations faisant partie de notre quotidien depuis maintenant presque trois ans à savoir rédiger ce que j’ai appelé les rapports de mer puis forcément, de terre/mer.

Deux rencontres importantes nous ont aidé à découvrir ces USA pour lesquels nous n’étions pas préparés puisque nous ne comptions y entrer qu’après notre expérience canadienne. Donc, pas trop de documents nautiques pour les atterrissages si ce ne sont ceux gratuits que nous pouvons télécharger sur le Net. Nous étions à l’affût d’infos et les rencontres, comme je l’écrivais plus avant ont été vraiment déterminantes. Croisés à Rum Cay alors qu’ils se baladaient en vélo, il y eut Don & Lavone Joyce de Cat’s Meow (superbe catamaran). D’une gentillesse incroyable, ils nous invitèrent à leur bord en vue de combler toutes nos interrogations concernant l’atterrissage dans leur grand et beau pays. Ensuite, à Georgetown, dans les Bahamas, nous les retrouvâmes au mouillage et fûmes invités à participer à un apéritif dînatoire à l’américaine où nous rencontrâmes notamment leurs amis Bo & Joyce Chesney de Dream Catcher (Bénéteau 49) avec qui le courant passa immédiatement ce qui entraîna une nouvelle invitation à souper à leur bord. C’est fou comme lorsque l’on sait que les moments de partage sont courts, les initiatives d’invitation se multiplient. A croire que l’on redoute de ne pas pouvoir, faute de temps, créer ces moments magiques de rencontres à la découverte de l’autre. C’est un peu le souci de faire bon accueil à l’étranger voyageur. Nous devions absolument quitter Georgetown (pour la commande de notre nouveau radar) et avons donc pris congé sans avoir pu rendre l’invitation à nos deux couples de nouveaux amis bateau. Pour ne pas être en restes, Marjo leur partagea un pain fait maison ce qui représenta pour eux un véritable cadeau de roi ! Nous étions munis des renseignements nous rassurant sur l’endroit où nous pouvions faire notre entrée aux USA sans trop devoir affronter l’inconnu de l’ICW (intercoastal waterway) dont la réputation de « shallow water » nous inquiétait. Une fois les formalités accomplies, nous reprîmes la mer pour retrouver Dream Catcher à  Myrtle Beach yacht club (Caroline du S) où nos amis Bo & Joyce nous attendaient. Ils avaient réservé pour nous un emplacement à côté du leur, loué une voiture pour un mois et nous en firent bénéficier au-delà de nos espérances, se transformant en véritables guides pour notre découverte de la terre de l’Oncle Sam. Deux week-end très pittoresques en événements nous ont montré l’Amérique des super bikers : le premier rassembla à Myrtle Beach 300 000 (trois cent mille !) motards fans de James Deam et des Harley Davidson. Un événement d’un pittoresque incroyable, les propriétaires de ces splendides et onéreuses machines, venus des quatre coins des Etats-Unis, se déguisant pour la concentration  en rockers fous de chromes, de décibels noblement produits par ces mécaniques de rêve. Une remarque en passant : peu de noirs présents à cette concentration à l’opposé du w-e suivant qui rassembla autant de noirs qu’il semblait posséder une moto aux USA. Il y en avait partout et quand je dis partout, c’était bien évidemment sur la route mais aussi sur les parkings des grandes surfaces, dans les stations-services, les parkings des restaurant, bref une concentration de population inimaginable en Europe ! Des motos néanmoins fort différentes. Des attitudes aussi. Des weelings impressionnants au démarrage n’étaient pas rares du tout. Des filles tatouées aux fesses rebondies perchées derrière leur conducteur préféré tout aussi tatoués qu’elles et vêtus d’habits rappelant le film des black angels. Les motos de grosses cylindrées pour la plupart japonaises brillaient plus par leur puissance et les décibels produits que par la qualité des chromes moins bien entretenus. Il est vrai que ces motos n’ont pas le même panache que les Harley et autres grandes routières. Les philosophies des bikers sont diamétralement opposées. Pas besoin de recevoir un dessin. La chose est on ne peut plus claire ! Ce w-e là, il y eut quatre morts par balles durant la nuit. Cela aussi, c’est l’Amérique… J’oubliais de signaler que les casques et autres vêtements de protection semblaient être complétement ignorés !

Nous voilà donc ayant découvert avec Bo & Joyce les petits déjeuners américains, les supermarchés immenses, les centres commerciaux gigantesques où par comparaison, notre Belle-île fait figure de superette, les restaurants de hamburgers (délicieux force est de le constater en comparaison de la m… servie dans les Mac Do et Quick de notre pauvre Europe !), les habitudes américaines comme, main gauche sous la table et ne se servir que de sa fourchette pour manger (pour avoir essayé, je trouve que ce n’est pas évident et je leur reconnais une habileté certaine à cet exercice !) ou encore, pendant le repas, ne boire que de l’eau ou du cola dans des verres d’un demi-litre remplis de glaçons ou encore la façon de se faire un hug sans bisous ou rester debout pendant un fort long temps avant d’inviter les invités à s’asseoir, ou encore se servir seul de vin à table mais uniquement après le repas, au dessert, ou encore, ou encore,… Je pourrais prolonger la liste de mes surprises à l’envi tant ce pays et ses habitants se sont éloignés de la société européenne dont ils sont originaires. Le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont déconcertants… Notre chance fut d’être invités à fêter le memorial day en famille avec de bons amis de Bo & Joyce. Nous découvrîmes ainsi comme si nous en faisions partie tant l’accueil fut chaleureux, la vie d’une famille américaine au quotidien ou presque.  J’ajouterai que ces américains sont extraordinairement communicatifs, s’adressant la parole sans raison apparente lors d’une rencontre fortuite dans la rue ou au restaurant, se coupant en quatre pour répondre à vos demandes d’information, s’intéressant sincèrement à vous en vous demandant d’où vous venez, par exemple en comptabilisant vos achats à la caisse. Les exemples vécus ici peuvent déjà se multiplier à l’infini. 

Ce premier contact avec les States eut aussi pour cadre le festival annuel dédié au véritable culte que le folklore local accorde à la pêche et à la dégustation du crabe bleu. Nous nous y sommes rendus en compagnie de Bo et Joyce. Outre la dégustation de cet excellent crustacé et de spare ribs inoubliables tant ils étaient énormes, cette manifestation populaire nous plongea au cœur d’un échantillon très représentatif de la  population américaine. De l’ouvrier au fonctionnaire en passant par le cadre, le chef d’entreprise,… tout ce monde était là réuni dans une kermesse familiale de laquelle émanait une certaine joie de vivre habituelle dans ce genre de réunion où l’on vient pour se détendre, se changer les idées, profiter du week-end et rencontrer parents et amis. Curieusement – c’est mon ressenti – à cette impression d’ensemble s’est ajoutée celle que m’ont faites diverses images en relation avec l’activité militaire de ce pays qui, a contrario du notre, rappelle, par petites touches çà et là, l’idée que l’Amérique est en guerre perpétuelle. Des anciens du Vietnam et autres conflits armés ayant pris à la nation sa contribution en fils sacrifiés pour la défense d’une certaine démocratie récoltent des fonds pour leurs invalides, pour la réinsertion problématique de certains soldats démobilisés ou ayant fait leur temps en première ligne… Je me suis dit en croisant  dans la foule des témoins de cette dure réalité, que j’avais de la chance d’avoir un vécu à l’abri de la guerre et de ses souffrances. Et que nous, en Belgique pour ce qui est de mon expérience, nous ne nous réalisions pas l’Amérique comme un pays en guerre, ce qui est pourtant la triste réalité que je ressentais là-bas, en déambulant dans la foule…

Pendant toutes ces découvertes, nous avons commandé, réceptionné et installé notre nouveau radar Furuno 1715, le plus simple, le plus économe en énergie électrique. Il ne nous importe guère de savoir si le mobile qui va nous éperonner est en couleur ou en noir et blanc. Savoir qu’il arrive sur nous est le principal afin de pouvoir l’éviter. Bien que cela paraisse évident, il est peu aisé de résister aux arguments de vente de modèles plus complexes et donc plus chers mais pas nécessairement moins gourmands en électricité. Le gadget se paie et à l’usage maintenant que j’ai passé trois nuits de surveillance avec ce nouvel outil, je nous félicite d’avoir effectué ce choix raisonnable. Il est simple, efficace, beaucoup plus fiable que l’ancien en matière de veille et moins gourmand en électricité (fin de l’épisode radar).

Me voilà donc en train d’écrire cette bafouille alors que nous venons de déguster un excellent dîner confectionné avec joie et amour par une Marjo fort heureuse d’avoir récupéré ses potentialités culinaires. Il faut bien dire que celles-ci deviennent limitées dès que le vent monte à 7, 8 Beaufort ce qui s’est passé jeudi, ce que nous avions raisonnablement accepté.

Raconter notre rencontre avec le mauvais temps sans inquiéter nos lecteurs représente un vrai défi que je vais tenter de relever. Analysant les prévisions météorologique depuis notre arrivée à Myrtle Beach, je me suis rendu compte qu’un chapelet de dépressions émergeait du continent américain et se dirigeait inexorablement vers le NE se renforçant le plus souvent au-dessus de l’océan. Cela donne des vents du SO, S puis SE si on se réfère aux situations possibles quand on se trouve au S de la dépression. L’une d’entre elles se renforça tant et si bien sur l’Atlantique après être passée chez nous qu’elle provoqua la perte d’un équipage britanique et celle du bateau de français qui eurent la chance d’être récupérés par un navire espagnol. Celui-ci fut fort efficacement guidé par les coast guards américains ayant effectué un travail de suivi d’un appel de détresse remarquable. C’est dire si j’étais attentif à comparer les situations entre elles pour être certain de prendre la bonne décision. C’est ainsi qu’une évidence est née qu’il ne serait pas possible, à cette saison de trouver une météo qui nous donne une bonne brise de S, voire SE pour nous pousser au Canada sur une voie royale. La décision de partir relevait donc du compromis dans le domaine duquel la Belgique s’est taillée une belle réputation. C’est donc dimanche passé que les météos à 7 jours de la NOAA (organisation américaine fournissant gratuitement d’excellentes prévisions) me permirent d’entrevoir une fenêtre météo négociable. Il fallait se faufiler derrière une dépression, en subir la queue pour finir le parcours dans les aléas de vents variables et faibles d’une haute pression s’installant sur le S  du Canada. C’est ce que nous fîmes. Le récit de ce début de traversée fera partie de la seconde partie de ce rapport. (à suivre)