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08/08/2018

Mise à jour 3 : 7ième jour



Comme le Pacifique est grand ! Voilà bientôt une semaine que nous naviguons sans traîner en chemin et nous avons parcouru environ 650 MN. Il ne reste plus que 1950 MN pour rallier l’île de Pâques ! Ok, il a fallu faire avec Mr Humbolt qui nous a poussé vers le N alors que nous faisions route au SO. Sans le moteur nous étions bons pour visiter les Galapagos… Mais ce soir, les affaires reprennent. Le vent se positionne de plus en plus SE ce qui nous autorise un bon angle pour viser l’île aux géants. Alors que je prends mon premier quart (de 11h00 à 02h00), Marjo m’annonce un ciel magnifique et, de fait, je découvre une voûte céleste incroyable que je reconnais avec l’application de mon iPad Sky guide (éclairé en rouge pour ménager ma vision crépusculaire).
Il faut s’habituer aux différences avec le ciel européen et ce puissant outil équivalent dans son principe au starfinder de ma jeunesse n’en a plus que le principe car ne nécessite aucun réglage, l’iPad se positionnant automatiquement grâce à son Gps interne ! Quel progrès !!! Je redécouvre les noms mythiques des constellations. Tiens ! La Grande Ourse n’a pas complètement disparu. La petite non plus mais elle est plus difficile à situer. On commence toujours par rechercher ce que l’on connaît… ou croit connaître ! « Selon la mythologie grecque, cette constellation représenterait Callisto, une nymphe aimée de Zeus. Quand Héra, l’épouse de Zeus découvre leur relation, elle changea Callisto en Grande Ourse et son fils
Arcas en Petite Ourse. Outragée par cette offense à son honneur, Héra demanda justice à l’Océan et les ourses furent condamnées à tourner perpétuellement autour du pôle Nord. ». Comme vous le constatez, ce « Sky guide » m’aide non seulement à reconnaître planètes et étoiles mais en plus, comble mes lacunes classiques ! Le ciel a décidément toujours fasciné les hommes. Les ourses étaient déjà connues de Ptolémée.  Ils en ont fait un terrain d’aventures d’abord imaginaire en y associant les dieux puis scientifiques et technologiques au point d’y aller voir de plus près. Tintin n’a-t-il pas précédé l’homme sur la Lune ?… Le ciel restera toujours un magnifique terrain d’investigations philosophiques ne laissant personne indifférent et nous ramenant irrémédiablement aux trois questions fondamentales : qui suis-je ? D’où vins-je ? Où vais-je ?… Comme vous le constatez, je n’échappe pas à cette fascination et prends un plaisir tout particulier à réaliser le privilège d’une observation du ciel en haute mer, loin des inévitables pollutions lumineuses générées par l’activité humaine.
Et pendant ce temps, l’Otter II creuse bravement son sillage poussé par l’alizé qui s’installe et souffle de manière soutenue entre 4 et 5 Beaufort. Le courant se faisant de moins en moins sentir - la t° de l’eau est ici de 23° - nous allons commencer à rattraper notre retard si tant est que nous puissions en avoir ! Notre vitesse sur le fond grimpe plus souvent au-dessus de 6 noeuds ce qui nous laisse espérer des moyennes journalières supérieures à 120/130 MN. Mais nous sommes maintenant dans le rythme. Bien amarinés, plus de séquelles de mal de mer. L’ambiance est excellente. Chacun vaque à ses occupations, Marjo préférant le confort du carré et moi squattant le cockpit. Tous mes quarts, je les passe dehors, bien équipé et à l’abri de la capote, je suis comme un coq en pâte, à pied d’oeuvre pour intervenir sur la barre ou les voiles. J’aime ça. Je suis dans mon élément. Je respire. Je me sens vivant et bien dans ma condition de marin. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ici, ce n’est pas les Caraïbes. Il fait beaucoup plus frais. L’alizé dont j’ai déjà décrit l’incroyable douceur aux Antilles est à notre latitude beaucoup moins doux. Il n’y a que lorsque le ciel se dégage et que le soleil peut donner toute sa chaleur que l’on se rend compte que l’on est sous les tropiques… C’est parfois plus facile de supporter la fraicheur de l’air car il suffit de se couvrir que d’encaisser tout nu une chaleur humide sans autre possibilité de rafraîchissement que le ventilateur ou le T-punch !
Autant on nous avait annoncé une vie marine beaucoup plus manifeste dans le Pacifique autant celle-ci brille par son absence depuis notre départ. Si ce n’est quelques fous de Bassan ou autres puffin qui nous suivent et s’oublient de temps en temps sur nos voiles neuves (ceci au grand dam de Marjo !!!), nous n’avons encore rencontré ni dauphins, ni baleine ou autre visiteurs probables. Rien ! Nous sommes en attente et je me dis parfois qu’à force de lire, on ne regarde plus assez l’océan…
05h00. Je prends mon deuxième quart après 3 merveilleuses heures de sommeil profond. Je pousse mon nez dehors et le ciel a changé car la Lune s’est levée et éclaire magnifiquement le ciel où trônent quelques nuages dont la Lune se sert pour éparpiller sa lumière. Elle est en phase croissant descendant et sera nouvelle dans 5 jours, 9 heures. Actuellement, elle est pleine à 33,340%. Toutes ces précisions  proviennent d’une autre appli mais cela n’effacera jamais la poésie du petit truc qui ne changera jamais et est, dans ce sens, rassurant : la Lune ment toujours !

Position  ce vendredi 8  juin à 05h48 :

S 03°39’50.0’’
W 089°36’14.1’’

Mise à jour 2 après traversée vers les Gambier (4ème jour)

Quatrième jour (mardi 5 juin 2018): Position à 13h00 local time : S 00°29’43.3’’ W 086°07’42.3’’

Une journée à bord de l’Otter II

Tout se passe bien à bord. Le temps s’enfuit sans qu’on s’en aperçoive. Le temps en mer est différent. Il est comme pris en charge par les impératifs de la navigation. De jour comme de nuit, lorsque le vent forcit, une prise de ris dans la grand voile ou quelques tours à l’enrouleur de yankee doivent être pris. De même, lorsque le vent faiblit, il faut renvoyer de la toile. Quand il refuse ou adonne, des réglages dans l’orientation des voiles sont nécessaires. Cela demande une attention permanente qui s’intègre presque comme une seconde nature à tel point que Marjo et moi nous retrouvons souvent ensemble dans le cockpit avec une intention identique. On pense ensemble qu’il est temps de faire quelque chose et, le plus souvent, on est d’accord sur le choix de la manoeuvre à effectuer. On dirait que l’état de marin prend le pas sur le quotidien. Quand Marjo cuisine, je temporise en reportant un réglage destiné à accélérer le voilier ce qui le rendrait moins confortable. Quand l’un de nous dort, sauf nécessité, pas question de « wincher » pour affiner un réglage qui peut attendre et ainsi, respecter le sommeil du juste !… Quelquefois, je déroge à ce principe quasi sacré et c’est le retour de flamme assuré. « Quelle idée t’as encore eue de toucher aux réglages ! ». Aussi, l’habitude s’est presque transformée en règlement. Pendant la nuit, exception faite des changements de quart qui y sont propices, pas de bruit. Tous les bruits habituels du bateau qui travaille sont intégrés dans nos oreilles comme « normaux ». Les autres comme une alarme du radar, un écart de route du pilote, une cible AIS dangereuse,… demandent une réaction le plus souvent individuelle (celui ou celle qui est de quart intervient). Parfois, ce qui est plus rare, il s’agit de la sécurité du bateau et les pêcheurs en sont les principaux responsables. Les locaux surtout qui travaillent sans AIS, sont parfois très difficilement visibles sur le radar. Ils changent de direction très souvent et sont tellement éclairés que leurs feux de navigation permettant d’en déduire le sens de la marche, sont inutilisables. Il faut reprendre le voilier en mains en débrayant le pilote (que ce soit le pilote automatique ou le régulateur d’allure) et, barre en main faire un grand tour afin d’éviter filets et… parfois collision !!! Quand ils sont loin, l’équipage respire car ils représentent le plus souvent une entrave à une nuit douce et tranquille… La vie à bord est donc réglée au rythme des manoeuvres mais aussi - et ce qui fait le plus souvent le sel de la croisière - les repas. A bord de Otter2, tous les petits déjeuners sont composés de céréales agrémentées de fruits secs (noix, figues, raisins,… dont le mélange varie en fonction des humeurs de Marjo ainsi que de la disponibilité dans les magasins d’alimentation rencontrés). Quand je dis tous les petits déjeuners, c’est en oubliant les exceptions du week-end ou l’équipage a droit à la totale ! Marjo a prévu le coup et a cuit un pain dont elle a le secret. Cela parfume le bateau le jeudi ou le vendredi, laissant déjà nos esprits se préparer aux oeufs sur le plats, lard rissolé, confiture, chocolat et plus si possibilités de la cambuse. Le côté exceptionnel de ces petits déjeuners en font un moment vraiment apprécié de tout l’équipage. Vers midi, moi qui suis le plus souvent assis dans le cockpit, je salive déjà stimulé par les bonnes odeurs de cuisine de Marjo qui, quel que soit le temps, nous concocte un repas chaud presque toujours digne d’une excellente pension de famille. Je dois avouer que ce don qu’a ma Capitaine de toujours agrémenter nos repas de cette touche de cordon bleue qui la caractérise, crée une ambiance que d’aucuns pourraient imaginer improbable sur un petit voilier. Et pourtant, c’est ainsi que je le vis ! Une tasse de thé, un ou deux pancakes pour le goûter lorsque l’envie lui prend et le milieu de l’après-midi se fait retrouvailles dans le cockpit. On parle de la route qui se refuse à nous et des options que l’on envisage pour « passer ». On commente les courriels reçus. On se retrouve ainsi un peu car nous avons chacun notre vie à bord. A l’heure ou j’écris ces lignes, Marjo est allongée à l’intérieur dans le carré et lit. Elle rattrape le temps perdu en préparation du bateau. Elle se replonge dans cet univers tellement riche qu’est et a toujours été pour elle, la lecture . Pareil pour moi qui ne m’arrête de lire que pour manger manoeuvrer, écrire, dormir et… regarder la mer. Fort heureusement, liseuse et iPad nous permettent d’emmener notre drogue avec nous sans alourdir le bateau. C’est en tous cas un avantage qu’on n’enlèvera pas à l’informatique ! Le soir au coucher du soleil, nous prenons l’apéro. Le plus souvent un doigt de rhum que nous économisons un max car, bien que nos réserves soient confortables, l’idée - lue dans un blog ami - qu’il était possible de négocier des perles contre du rhum (denrée apparemment très rare dans les îles perlières) nous pousse à l’économie !… Afin de ne pas alourdir les estomacs, on grignote un peu et, une fois l’apéro siroté, nous nous sustentons de quelques salades de fruits ou autre en-cas très léger. Ce « régime » est très orienté vers les fruits et légumes (nous mangeons très peu de viande) et dès que la traversée se prolonge, nous pêchons et tentons d’attraper des dorades coryphènes aussi appelées par les îliens caraïbes des maï-maï. Ces excellents poissons, qui peuvent atteindre des tailles impressionnantes, nous les prélevons avec un leurre de fabrication artisanale au départ de vieux tubes de dentifrice. Faut croire qu’elles aiment ça ! De plus la taille relativement petite de ce leurre nous permet déjà une sélection. Seules des dorades dont les filets représentent deux repas pour deux sont pêchées. On est écolo ou on ne l’est pas. Un truc à savoir est que ces dorades sont de redoutables prédateurs dotés d’accélérations stupéfiantes qui leur permettent de suivre les poissons volants (exocets) et de les attraper à l’atterrissage ! Vous aurez compris qu’il ne faut pas être bien malins pour décider que, lorsque des exocets s’envolent par escadrilles entières autour de nous,, les dorades sont là, il est temps de mouiller une ligne de traîne… Le soleil se couche ici aux environs de 07h00 et la nuit s’installe très rapidement. A 08h00, il est mon temps d’aller me coucher. Des « quarts » de trois heures rythment ainsi nos nuits. Je dors donc de 8 à 11 et de 2 à 5 et Marjo le reste du temps. Nous dormons donc chacun 6 heures par nuit ce qui est suffisant, quelques siestes diurnes viennent parfois compléter agréablement ce capital sommeil et ce rythme prend lentement le pas sur ceux qui règlent notre vie à terre. Après quelques jours, les période de veille deviennent de moins en moins difficiles. Les envies d’endormissement s’estompent et les quarts de veille deviennent rapidement une habitude. Néanmoins, lorsque, comme cette nuit, nous sommes seuls au monde et que, durant les 12 heures de quart, nous ne rencontrons pas âme qui vive à plus de 24 milles à la ronde, il nous faut toute notre rigueur de marins pour ne pas penser que les quarts de veille, en ces lieux, sont de la foutaise !… (à suivre…)

Mise à jour 4 : 10ème jour...

07h00 locales. Le jour se lève à la suite de la Lune qui s’obstine encore un peu à éclairer notre nuit qui fut d’encre. L’Otter fonce vaillamment dans cette obscurité à laquelle on s’habitue peu. L’océan s’est creusé sous l’effet prolongé d’un alizé que je trouve plus musclé que ce à quoi on s’attendait. Il souffle de l’ESE hors rafales entre 5 et 6 Beaufort (17-27nds). Nous naviguons au près bon plein presque vent de travers et notre vitesse descend rarement sous les 5 noeuds avec deux ris dans la gd voile et plusieurs tours dans le yankee. On fait même des pointes à 8 ! Il reste 1400 nautiques pour rallier l’île de Pâques… On n’est qu’à la moitié du chemin ! Il faut vivre cette navigation pour réaliser que le Pacifique est immense ! Habitués depuis nos années caraïbes à de relativement courtes distances (nos plus longues traversées atteignaient rarement une semaine), nous sommes confrontés ici au temps qui passe et semble nous dire : quoi que vous fassiez, il faudra autant de jours pour aller de là à là. On ne compte plus en nautiques ; on compte en nombre de jours probables. On apprend à appréhender les distances en vrais marins ! Pour moi, l’apprentissage est plus difficile que pour Marjo qui reste indéfectiblement d’humeur égale, heureuse qu’elle est d’être dans notre projet et de s’occuper de moi et du bateau en bon capitaine qu’elle est. Elle redouble d’imagination pour cuisiner « poubelles vides » tout en nous mijotant des repas succulents dont la surprise est rarement absente ! Cette énergie qui l’anime me sidère moi qui ressens de plus en plus le poids des ans. Mais je tiens bon et puise dans mes réserves de philosophie l’idée que je suis ici par choix et que, tant qu’à les assumer, autant le faire en retirant des moments de lassitude le meilleur de ce qui m’a attiré si loin de tout : l’océan à perte de vue, ses couleurs changeantes, ses ciels cyclothymiques passant du noir orageux au bleu optimiste en seulement quelques heures, parfois moins. Et ce vent, imperturbable moteur de notre voilier. Quelle formidable énergie !…


17/05/2018

Le sel du voyage

2011-2018, sept années de vagabondage, de découvertes, de déconvenues, aussi. Comment pourrait-il en être autrement ? Certes, des retours au pays ont échelonné ce déjà long chemin qui me fit me rendre compte, cela m’est arrivé en observant dans un musée une carte du monde qui situait la culture Inca en rapport à la nôtre, de l’incroyable distance déjà parcourue depuis notre départ du joli port breton de La Roche-Bernard. Dire combien de milles navigués sous voile, le nombre de kilomètres de route parcourus, le nombre de miles volés lors de nos allers-retours, le nombre de personnes rencontrées avec lesquelles un lien a été construit, relève de l’impossible.  Laissant ma pensée courir devant cette carte de géographie qui n’était là que pour m’emmener à la rencontre de la prestigieuse préhistoire de l’Amérique du Sud, je fus saisi par la vertigineuse réalité de notre aventure. Prendre conscience de cette réalité a été rendu possible, je crois, par une promiscuité avec le tourisme de masse, incontournable pour visiter le Machu Pichu. La plupart du temps, nous traçons notre propre route faite de choix orientés autant par la météo que par les destinations ou encore des évènements fortuits qui viennent bouleverser notre projet initial. Mais nous avons le temps. Le temps qui passe est l’élément qui nous distancie principalement de la condition de touristes. Nous avons cet immense privilège qui se matérialise dans les propos recueillis au détour d’un chemin, d’une rencontre. On réalise que, dans le cas précis du Machu Picchu, les gens qui partagent la visite avec nous ont quitté Leur pays il y a parfois une soixantaine d’heures et qu’ils auront à peine le temps de se reposer quelques jours  avant de ressauter dans un avion pour le retour, le porte-feuille vide une fois leur temps de vacances achevé. 

En voyage, nous ne rencontrons pas que des retraités qui, comme nous, se distancient du tourisme de masse. Il y a aussi des jeunes, avec ou sans enfants, qui font une pause dans leur vie professionnelle qui les tue. Ils se déplacent en stop, en vélo, en moto. Il y en a même (notamment une jeune femme de nos connaissances) qui se déplace à cheval. Les plus chanceux ont un métier sac-à-dos. Ils peuvent ainsi s’extraire du système... Les autres sont débrouillards. Comme nous, tous donnent la préférence aux commerces locaux, aux airbnbs, aux tuk-tuks plutôt qu’aux taxis. Ils recherchent les restaurants authentiques. Plus il y a d’autochtones attablés, moins il y a de touristes, meilleur est le choix. On y gagne en authenticité. Une fois la glace rompue, des liens peuvent se tisser. Les jeunes enfants de ces couples aventureux découvrent très jeunes des cultures différentes, des langues qu’ils s’approprient sans retenue ; ils réalisent combien les conditions de vie diffèrent de ce qu’ils ont connu en Europe ou ailleurs... Deux exemples parmi tant d’autres me traversent l’esprit : un matin, pour nous rendre au marché, nous empruntons un de ces tuk-tuks qui sont des tricycles à moteur comportant une cabine - conduit par une jeune femme. Grimpant à bord avec nos sacs, nous découvrons à l’intérieur toute une famille qui accompagne Maman au travail. Un des trois doit encore être au sein. Il est couché aux pieds de la conductrice dans une sorte de couffin fait de toile multicolore tissée probablement par elle ou par une locale.  Les deux autres sont serrés contre leur mère sur le siège avant. Quelle leçon de vie ! Si la jeune femme a 20 ans, c’est beaucoup. Ici, pas de contraception et il faut faire avec... et gagner sa croute ! Impossible de ne pas lui régler cinq fois la course. Et impossible de vivre cette expérience en voyage organisé. 

L’autre exemple qui sera le clou de notre séjour au Pérou sera notre dernière nuit à Cuzco. Marjo avait réservé dans un airbnb, attirée par le fait que cette location faisait partie d’un atelier de tissage et comprenait une information sur les techniques traditionnelles de teinture et de filage de  cette laine incroyablement douce qu’est celle des alpagas. Accueillis avec chaleur par la jolie propriétaire et son beau-frère. Il apparaît de suite que c’est une affaire familiale. Dans la cour intérieure deux femelles et un mâle alpagas sont là libres de s’intéresser à nous. Ils se laissent approcher et caresser. Le ton est donné : accueil et authenticité. Cette cour n’est que couleurs. Des toitures basses pendent des fils de laine parsemées de pompons multicolores. La chambre qui nous est réservée se situe sous la toiture. Elle comporte une porte basse, vraiment très basse ! A voir l’épaisseur des couvertures il est clair que les nuits à cette altitude sont très froides. Il n’empêche, la fatigue du voyage aidant, nous y passerons une bonne nuit entrecoupées d’escapades nocturnes éclairées par la lampe de poche (accessoire indispensable à emporter en voyage), les « baños » étant situées au rez-de-chaussée et accessibles par un escalier extérieur accroché au mur de la maison. Authenticité écrivais-je. Celle-ci prit tout son sens au petit déjeuner compris dans la location. La propriétaire nous emmena dans une pièce assez sombre où un assemblage de grosses pierres noircies de fumée supportait une grosse soupière dans laquelle mijotait la soupe du jour que la patronne prépare pour le repas de midi des huit ouvrières travaillant quotidiennement dans l’atelier de tissage. Le feu brûlait sous la soupière et seul un vieux réchaud à gaz permit de chauffer l’eau indispensable à la préparation du thé. Un morceau de pain frais et de la confiture constituèrent notre petit déjeuner que nous avalâmes assis sur des tabourets avec l’impression de faire envie aux rares personnes dont un petit garçon qui partageaient avec nous l’occupation de cette pièce hors du temps. La fumée dégagée par le feu ne s’évacuait que par une ouverture pratiquée dans la toiture. Dire que la vie est dure pour ces pauvres gens est une réalité complètement ignorée des touristes qui achètent leur production bien loin de se douter des conditions de vie des artisans qui les produisent.

Bien d’autres exemples hors des sentiers battus pourraient encore illustrer ma réflexion à propos de l’esprit de découverte et de partage qui nous anime. C’est le sel du voyage que seule l’écriture me permet de partager...

25/04/2018

En route vers l'Equateur

En route pour Ecuador en passant par l’équateur (avril 2018)

1.- Risque de feu à bord (Pour ceux que les informations techniques ennuient, passer de suite au point 2)
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Alors que nous étions sur le départ et qu’il ne restait pour le lendemain que les formalités administratives incontournables avant de quitter un pays, 22h45, nous dormions tout les deux. Aussi incroyable que cela paraisse, notre moteur s’est mis en marche tout seul !
Sautant hors de nos couchettes, dans un ensemble où la panique prenait toute sa place : «  Tu as mis le moteur en marche ? » Aussitôt, une odeur de Bakélite brûlé envahit le carré en provenance du compartiment moteur. L’idée d’un court-circuit se bouscule dans mon esprit encore ralenti par le sommeil profond dans lequel j’étais plongé. Premier réflexe stupide - les réflexes ne le sont-ils toujours pas ? - je plonge sur le tableau électrique et éteint tous les contacts. Alors que Marjo, qui tente sans succès d’arrêter le moteur au moyen de la commande électrique,  me hurle : « n’ouvre pas ! », j’ouvre le compartiment moteur et laisse entrer dans le cockpit un nuage de fumée toxique dont l’odeur confirme l’idée d’un court-circuit dans l’alimentation du moteur. Est-ce l’odeur de Bakélite qui rend intelligent ? Je ne saurais le dire. La seule chose que je peux affirmer est que je plonge alors sur les trois clés qui permettent de déconnecter nos batteries privant ainsi le court-circuit d’alimentation. Je ne vous cache pas que l’image de l’extincteur m’a traversé l’esprit, aussi ! ; presque aussitôt, alors que nous ouvrons tous les hublots pour aérer, la fumée se dissipe et me permet de chercher la source du court-circuit. Le moteur tourne toujours. Le bouton poussoir de fermeture du contact moteur ne répond toujours pas ! Marjo me rappelle que cela nous est déjà arrivé ! La pièce tombe et je recherche l’étouffoir dont chacun devrait connaître l’usage mais qui n’est pas trop souvent évoqué dans les cours MOTEURS. Ok, le moteur s’arrête ! Dans le silence retrouvé ainsi qu’un air plus respirable, nos esprits se mettent au travail, calmement, il n’y a plus d’urgence. Il n’y a plus de fumée, rien pour nous indiquer l’endroit du court-circuit. Etant le nez au-dessus de ce qui me semble le plus près de l’origine de la fumée, je demande à Marjo de renvoyer le jus ! Aussitôt dit , aussitôt fait, un grésillement se fait entendre et je crie à Marjo d’arrêter ! Les batteries sont aussitôt isolées et je retire du dessous du moteur, le fameux relais made in Yanmar, installé par un électricien aux Etats-Unis l’an passé et destiné à faciliter le démarrage qui, à l’époque, était devenu aléatoire et m’obligeait parfois à démarrer à la hussarde, avec un tournevis !!! Ce relais une fois installé, nous en étions totalement satisfait mais nous ne lui en demandions pas tant que mettre en marche sans en recevoir la commande effective !!!
Que s’est-il effectivement passé ?  Trouver une panne, c’est bien. Prévenir une panne, c’est mieux ! Le relais en question avait été installé sans isolation particulière (merci l’électricien) si bien que lors d’un entretien vraisemblablement (je pense au nettoyage du filtre du circuit de refroidissement à l’eau de mer), une goutte d’eau s’est glissée dans le relais et avec l’oxydation comme complice, a remplacé l’impulsion électrique initiée par la clé de contact lors d’une utilisation normale. Un vrai concours de malheureuses circonstances…
C’est bien beau tout ça ; encore faut-il retrouver un relais qui pourrait nous faire oublier ce désagréable incident. Et c’est là que le capitaine d’un sympathique équipage français rencontré la veille et à qui l’on raconte notre nocturne mésaventure, se propose de venir à notre bord évaluer les dégâts et voir si le relais dont j’ai besoin pour le remplacement du déficient fait partie des pièces de réserve qu’il garde à son bord. Ce capitaine, Eric de son prénom (j’apprendrai par la suite que son titre est plutôt Commandant en tant qu’amiral retraité de la marine nationale), a l’air d’en connaître un sacré brin en électricité, arrive à bord prétextant qu’il a toujours eu envie de visiter un Hans Christian, plonge dans le compartiment moteur et me dit que, dès que sa présence à son bord ne sera plus requise (il attend un frigoriste pour régler un problème avec son nouveau frigo qui refuse tout service ! Et oui c’est aussi cela la « plaisance » !), il viendra me solutionner mon problème. Il me conseille quand même de remplacer, par mesure de précaution, les quatre fils ayant subi le court-circuit. Le gaillard me semblant digne de confiance, je me mets au travail, délicat faut-il le dire, de remplacer ces câbles dont l’accessibilité est plus que douteuse ! Mais, j’ai ma fierté et, non seulement je veux y arriver tout seul mais surtout, je veux que l’intervention de mon sauveteur se limite aux seules connexions de son relais de rechange qu’il m’offre en cadeau.
En fin de journée, le travail de préparation terminé, Eric arrive en salopette de travail et constate avec bonheur que le gros du travail est fait et bien fait car le bougre examine chaque connexion avant de se saisir de son multimètre, repérer les fils en deux coups de cuiller à pot, effectuer les branchements et demander à Marjo de mettre le moteur en marche. Celui-ci démarrera au premier coup ! Me confondant en remerciements, Eric me félicitera en me disant qu’il n’a rien dû faire du tout puisque j’avais pour ainsi dire tout fait, et bien fait ! Quel charmant bonhomme ce Commandant ! Grâce à lui nous n’allions perdre qu’un seul jour des conditions météorologiques  idéales pour rejoindre l’Ecuador. (fin de l’épisode).

2.- La traversée :

Début d’après-midi, nous levons l’ancre et quittons le mouillage de la Plahita anchorage… Nous slalomons au moteur entre les nombreux navires à l’ancre en attente de passer le canal. Impressionnant tous ces énormes bâtiments dont nous avons respiré les retombées pendant tout notre séjour dans ce mouillage dont l’eau de surface charriait une sorte de suie vraisemblablement produite par ces énormes navires qui brûlent du fuel lourd et laissent leur moteur tourner pendant le temps d’attente. Je me demande dans quel état sont les poumons des gens qui travaillent ici ! A ce propos - et ceci pour rassurer certains qui estiment rencontrer des problèmes de mobilité dans leur travail - la majorité des gens qui bossent dans la City où les logements sont impayables, sont obligés de se loger à la périphérie les contraignant à des trajets leur demandant jusqu’à deux heures et demie le matin et la même chose le soir et cela dans une circulation d’une rare densité klaxonnante afin d’appliquer la seule règle de priorité qui consiste à sourire, klaxonner et se pousser là où l’on veut se diriger ! Un paradis fiscal bien éloigné d’un paradis tout court et qui n’a rien à envier à la trépidance newyorkaise !

Bref, nous nous sauvons de cet endroit mythique et prenons la mer. Après quelques milles parcourus le vent dans le nez et uniquement au moteur, le vent adonne et les voiles sont envoyées. Le vent du Nord annoncé est bien présent et c’est l’allure de grand largue qui est adoptée. Cap sur l’île de Malpelo que nous devons laisser sur bâbord pour éviter le courant de Humboldt qui court du sud vers le nord le long de la côte péruvienne jusqu’au Panama et qui, surtout lorsque le vent fait défaut, s’oppose à la descente des voiliers vers le sud.
Durant les quatre premières journées de traversée, le noroit ne nous quitta pas, nous poussant grand largue (120° du vent) et nous offrant la « following sea » chère aux souhaits de bon vent des anglo-saxons. Le soleil nous accompagna malgré une couverture nuageuse de plus en plus présente au fur et à mesure de la descente. Nous qui craignions d’être copieusement arrosé, tout se passait bien. C’est alors que le vent refusa et vira SW jusqu’à faiblir au point de nous contraindre à rentrer la grand voile lattée ainsi que le yankee. Nous restions sous trinquette seule, maintenue haute et bordée à plat pour la stabilité du voilier. De gros nuages menaçants se sont alors accumulés     sur l’horizon de notre route. Le radar montrait plusieurs foyers de grosse pluie qui nous barraient la route. Le « Motion scoop » de notre nouveau radar colorait même certains foyer de rouge ce qui en montrait l’intensité. Je savais que nous allions déguster ! Le vent annonciateur de la pluie monta jusqu’à 35 noeuds m’obligeant à choquer la trinquette qui, à elle seule, donnait une belle gîte au bateau ! Fort prudemment, nous avions rentré le Bimini ! Et je me félicitais d’avoir ma grand voile dûment ferlée dans son « lazybag ». La pluie, comme sortie d’un nettoyeur haute pression, vint en renfort du vent pour nous obliger à rentrer à l’abri non seulement de la capote mais également de la descente partiellement fermée pour éviter les trombes d’eau qui déferlaient sur nous me faisant penser à ces gaulois que seule la peur de recevoir le ciel sur la tête, empêchait d’avancer ! Par Toutatis, nous étions servis. L’idée de savoir cette pluie emporter toutes les salissures des retombées des fumées panaméennes nous réjouissait malgré le fait que ces violentes averses se succédaient et prolongeaient ainsi notre inquiétude, l’idée d’être entrain de faire le gros dos face aux éléments étant bien présente ! Debout dans la descente, comme un enfant, je m’émerveillais de ce déchaînement naturel . L’océan était blanc des vagues de vent décapitées et transpercées par la pluie diluvienne qui l’arrosait copieusement ! Le phénomène perdura un bon trois quart d’heures avant de connaître une accalmie.
Quelques heures plus tard, le dicton « après le pluie le beau temps » se vérifia une fois de plus accompagné d’un petit vent sympa. Nous décidâmes de renvoyer de la toile et de nous débarrasser du bruit du moteur. C’était sans compter sur la loi de Murphy (ou loi de la vexation universelle). Notre drisse de grand voile, secouée par les fortes bourrasques générées par le grain précédent s’était coincée dans les hauts, bien au-dessus de notre radar ! Nos nombreuses tentatives pour la décoincer s’avérant inutiles et sachant que les conditions de mer allaient s’améliorer, nous nous armâmes de patience et poursuivîmes notre route au moteur. Il fallait grimper ! A ce moment, l’océan était trop creusé pour tenter l’aventure dès le constat d’impossibilité de hisser la grand voile.
Peu de temps après, les conditions de mer s’améliorant et motivés par le désir de faire taire ce moteur qui nous cassait les oreilles depuis trop longtemps, nous prîmes la décision de grimper, moi jouant le ouistiti et Marjo m’assurant au moyen de la drisse de spi non utilisée. Quelle bonne idée avais-je eue d’installer des marches de mât ! Néanmoins, il s’agissait de bien me tenir car le mât n’attendait qu’une erreur de ma part pour m’envoyer valdinguer dans les haubans ! Autant je peux être fanfaron lorsque je travaille en hauteur en marina, admirant au passage le merveilleux point de vue que l’on peut avoir de là-haut, autant ici, je me réjouissais de mettre cette corvée derrière moi. Marjo, toujours stoïque dans ces grands moments, se concentra sur la tâche si bien qu’elle ne me laissa pas le moindre mou dans la drisse tant à la montée qu’à la descente ! La preuve que je n’étais pas fier est que la drisse récalcitrante fut libérée en moins de deux minutes si pas moins ! Je ne sais si je ne l’ai pas déjà écrit quelque part mais je reconnais que je n’ai jamais eu l’étoffe d’un héros… d’autant qu’ici, au bout du monde ou presque, Marjo autant que moi n’avons pas droit à l’erreur…
Alors que j’écris ces lignes, nous sommes à 50 milles du passage de l’Equateur. Je ne sais s’il mérite une majuscule mais je l’ai tellement attendu que je lui en décerne une au passage. Marjo toujours enjouée, nous a préparé un petit scénario de circonstances avec déguisements en sirène et Neptune. La bouteille de champagne de nos amis de La Roche-Bernard Jean-Pierre & Catherine est au frais et nous nous apprêtons à fêter dignement cet instant solennel en trinquant à leur santé et à celle de toutes celles et ceux qui nous suivent. Nous joindrons bien entendu des photos de ce moment mémorable où l’hémisphère sud nous tend les bras pour nous accueillir et être le théâtre de nos aventures encore à venir.
Copie d’écran de notre traceur au moment du passage de l’équateur.

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Quand on aime, on ne compte pas ! De plus, je ne suis pas très attiré par les chiffres. Ce que je trouve intéressant à noter, c’est le nombre d’heures moteur nécessaires à une traversée. Moins il y en a eu plus belle est-elle car elle se fait sous voile ce qui en décuple le plaisir. Cette traversée qui se termine - nous serons arrivés demain matin - aura, autant que possible, épargné le moteur qui ne nous a vraiment été indispensable que pour finir le parcours contre le courant de Humboldt que nous avons sciemment évité en allongeant la route.
Nos nouvelles voiles sont en rodage ainsi que nous qui les manipulons et devons reprendre nos nouvelles marques. Malgré cela, elles nous ont donné entière satisfaction par leurs performances par petit temps surtout, leur efficacité commençant déjà à se faire sentir dès 2-3 Beaufort ce qui n’était pas le cas auparavant. Aux 600 milles à vol d’oiseau  correspondant à la distance à effectuer, on peut en ajouter plus de deux cents en changements de cap afin de s’adapter au vent. Tous comptes faits (à ma façon bien-sûr), en ralliant l’Equateur en six petits jours, on ne s’en est pas si mal tiré ! Et maintenant, préparons nous à passer la ligne !… (à suivre…)
Copie d’écran de notre traceur montrant notre sillage sur l’océan

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+ quelques photos de la cérémonie de passage :

a8a538ac-99e3-43b4-b89c-b618161c1e7c-1.JPGEquateur.jpg2942516e-4f46-4edc-962c-c39bf39e2d74.JPG

 

Icc8248009-510f-48fa-a8f6-eb883d589225.JPGLa cérémonie comportait une offrande à l'océan pour encourager Neptune à nous protéger en nous facilitant le passage lorsque nous traversons... Nous avons offert sardines, fruits, tranches de pain,...

Tous les marins sont superstitieux !!!