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14/02/2016

Enfin, Cuba s’inscrit sur la longue route

Enfin, Cuba s’inscrit sur la longue route de notre découverte du monde et…

 

Partis de Georgetown avec une fenêtre météo pas « top » mais nous garantissant une « following sea » sans toutefois nous prévoir des vents « fair », nous avons navigué, dois-je le dire sans faire rougir notre Otter, comme de vrais pros, notre vitesse n’étant pour ainsi dire jamais descendue sous les 6 nœuds et courtisant le plus souvent les 7, voire parfois les 8 nœuds ! Bref, 425 milles parcourus en 70 heures, les marins peuvent rapidement se demander si nous ne sommes pas un peu menteurs avec un voilier pesant en charge près de 20 tonnes ! Notre voyage s’est achevé en baie de Santiago de Cuba   sous bas ris et yankee enroulé de plusieurs tours avec un vent catabatique nous obligeant à tout rentrer en slalomant dans les grains pour terminer au moteur vent de 35-37 nœuds dans le nez !

Une fois le goulet d’entrée franchi sous les regards des touristes visitant le Castillo del Moro gardant l’entrée de Santiago de Cuba, le calme oublié depuis trois jours s’installe tant dans les haubans de notre fier voiler que dans nos esprits un peu embrumés par le manque de sommeil.

Plusieurs appels VHF étant restés sans réponse, les officiels chargés de surveiller les entrées du port étant certainement occupés à d’autres tâches plus importantes, nous sommes arrivés en vue de la marina internationale Santiago de Cuba, la VHF restée muette jusque là. Les guide nautiques insistent pourtant sur l’obligation de se signaler dès l’entrée dans les eaux cubaines, c’est-à-dire à moins de 12 milles des côtes. Arrivés donc en vue de la marina, un officier de la Guarda Frontera nous donne (c’est la première fois qu’une telle procédure nous est proposée) une position GPS pour l’ancrage. Un petit cafouillage provenant de la difficulté de compréhension des chiffres annoncés nous fait renoncer et refaire une demande. L’officier, de guerre lasse, modifie sa demande en nous indiquant une aire de mouillage plus facile à comprendre et située entre les bouées rouges du chenal et la marina. Aussitôt dit, aussitôt fait, cette position nous semblant plus normale que celle indiquée précédemment qui nous envoyait de l’autre côté de la baie là où aucun autre navire n’était ancré. Nous apprendrons par la suite qu’il nous avait tout simplement appliqué le principe de quarantaine d’antan !

Quelque temps après avoir vérifié notre ancrage, une « lancha » (sorte de bateau-taxi) vient nous déposer une jeune dame ressemblant à l’épouse de Timour, cheveux roses, ongles assortis, tablier blanc qui demande à monter à bord de façon qui nous sembla officielle parce qu’elle brandissait un sac de l’UNICEF ! Après les présentations, nous comprenons que c’est la médecin qui représente l’inspection sanitaire, inspection qui se borna à vérifier le bon état de nos conserves et de nos fruits ainsi que si nous avions des bières au frigo ! Elle insista pour partager les deux bières fraîches qu’il nous restait en disant « Salute en bienvenudos a Cuba ! Bref, en trois coups de cuiller à pot, elle était devenue une amie et nous demandait quand même un peu de sous parce qu’elle devait désinfecter le bateau en prévention d’éradiquer le nouveau moustique « tueur » (moustique-tigre ?) dont se méfient les autorités sanitaires cubaines. Ah, oui, je ne voudrais pas oublier de mentionner la prise de température corporelle qu’elle effectua sur chacun d’entre nous avec une sorte de laser de poche qui, en éclairant un point entre nos yeux, indiquait notre température, notée immédiatement sur un des nombreux formulaires qu’elle devait remplir pour justifier sa présence à bord. Nous découvrons ainsi l’étonnant contraste cubain dont nous aurons, j’en suis certain, l’occasion de reparler… Nous sommes donc priés de dégager le carré après les remerciements chaleureux de la part de notre « docteur » appuyés de plusieurs « bessos ». Et oui, vous avez bien lu entre les lignes, j’y ai eu droit, aussi !

Fumigation terminée, nous revenons dans le cockpit et notre femme-médecine, s’arrogeant le rôle de capitaine, nous invite à lever l’ancre et d’aller nous amarrer à la marina où d’autres Officiels nous attendent…

Le comité d’accueil était là, sur le quai, tout disposés à prendre nos amarres, sourires et paroles de bienvenue compris. Nous savons que tout n’est pas encore gagné mais on se détend. L’ambiance cubaine s’installe déjà dans nos cœurs lorsque nous sommes accueillis dans le bureau de l’immigration par une série de stries enthousiastes lancées par un grand nombre d’oiseaux non encore identifiés perchés sur les palmiers locaux. Les formulaires défilent. Patiemment, en « anglespagnol » Marjo installe sa stratégie de séduction qui fera dire à l’Officier à mon intention que si je n’ai pas de fleurs à bord, Marjol en est une et que je peux bien lui offrir un beau bouquet le lendemain, jour de la St Valentin. Ah ces cubains, chaud devant. Il va me falloir être « attentif », Marjo continuant à roucouler afin de nous faciliter le parcours administratif. L’homme se détend. On parle de nos enfants et petits-enfants. Il parle des siens (pas encore de petits-enfants car il est trop jeune). On papote, quoi ! Je précise que tout se passe autour d’un bureau décoré d’un ordinateur relativement moderne mais dont Arthuro (Et oui, on s’appelle déjà par nos prénoms !) ne se servira pour ainsi dire pas si ce n’est pour jouer entre les coups avec la souris. Le reste du temps, il s’applique à remplir le long questionnaire en s’appuyant, le regard du prédateur compris, sur les dire en anglespagnol de Marjo dont il boit littéralement les paroles. Dois-je préciser que le tout se passe sous le regard bienveillant de Raoul Castro, bien encadré au mur, comme il se doit !

Revenu au bateau avec deux autres Officiers pour une dernière inspection, nous nous préparons (ou plutôt Marjo se prépare à cette inspection à laquelle nous nous attendions). Les Officiers ne sont pas accompagnés d’un chien qui, aux dires de certains, saute sur tous les coussins reniflant dans tous les coins à la recherche de l’une ou l’autre drogue. Nous semblons donc déjà placés dans la catégorie « soft personnes » ce qui est de bon augure ! Il faut remarquer que, pour certains – mais c’est radio-pontons qui le dit – l’inspection du bateau peut se transformer en véritable cauchemar, tout le contenu des coffres devant être sorti !!!).

Alors que je m’occupe à rectifier l’amarrage en fourrant les aussières susceptibles d’être attaquées par le quai en béton, Marjo entraîne les deux officiers, déjà sous son charme à inspecter les coffres qu’elle a choisi de leur faire voir. Elle a mis en place une stratégie de rangement subtile attirant l’attention sur certaines choses, la détournant d’une autre. Un chapeau, négligemment suspendu devant l’équipet qui nous sert de bar fera que celui-ci ne sera pas inspecté… Un bouquet de tampons décorant l’évier des toilettes découragera illico l’inspection de ce local. Toute sa stratégie s’avérera payante car non seulement les officiers ne découvrirent rien d’illicite (notamment tout notre matériel de capture de langouste et autre arbalètes sous-marine, sans oublier notre provision de rhum !) mais ils se confondirent en félicitations pour la qualité de rangement de notre bateau. Marjo, modeste, transforma cet agréable compliment en obligation sécuritaire pour la navigation. Nous clôturerons cette appréhendée inspection en faisant présent d’une clé USB à chacun des officiers qui quittèrent notre bord alors que la nuit était déjà bien installée. Ils étaient ravis et nous, nous étions arrivés. Nous étions acceptés à Cuba !

Alors que je m’occupais de tester l’électricité du quai afin de nous y raccorder, Arthuro s’approche et me demande si j’ai besoin d’aide. Il me dit alors avoir oublié de faire signer quelques papiers à ma Capitaine. Je l’invite donc à bord me disant que nous avons peut-être crié victoire trop tôt… On l’installe à la table du carré et il présente les différents papiers à signer. La conversation s’engage et, alors qu’Arthuro se prépare à prendre congé, Marjo lui propose une bière. A cela, je crois déjà avoir compris qu’aucun cubain ne résiste car notre ami s’installa devant sa bière et commença à parler de son île, répondant ainsi à nos nombreuses questions concernant la communication et les transports, notamment. L’homme s’avéra être charmant au propre comme au figuré répétant une fois encore que j’étais un heureux homme car j’avais une fleur à bord ! Vous aurez tous compris qu’il parlait de ma « femme navigante ou autre femme sirène » selon Hervé Hamon !). Nous apprendrons ainsi que les trois choses qu’ils recherchent dans les bateaux sont la drogue, les armes, et les passagers clandestins ! Ils ont ainsi des pavillons dans le collimateur : Français, Américains, Mexicains, Italiens, parfois ! Notre pavillon belge, comme le canadien et l’anglais, semble nous avoir bien facilité le passage, sorte d’initiation à la fréquentation tant des eaux que du territoire cubain.

(à suivre…)

14/01/2016

Otter II prend la plume...

Tant de journées à rester amarrée à une bouée alors que mes marins vont et viennent avec mon annexe, souvent pour aller à l’essentiel, c’est-à-dire s’occuper de moi : trouver les pièces de rechange nécessaires à mon entretien, améliorer, réparer, briquer – cela ils pourraient faire un petit effort ! – couture, matelotage, bref, s’opposer avec fermeté et opiniâtreté au lent mais efficace travail d’usure et de corrosion de l’air marin. De temps en temps, il n’y en a que pour eux : ils visitent ! Ils s’en vont en courses, voire à la laverie pour l’incontournable lessive. Ils ne sont pas encore aux Bahamas ! Là, seuls les maillots se salissent et encore !!! Ils semblent néanmoins heureux de partager mon aventure. C’est du moins ce qu’ils se disent entre eux, se congratulant sans cesse après une journée passée à s’occuper de moi. Il y a même des jours où ils s’octroient un bon petit verre qu’ils boivent parfois à ma santé mais il faut bien le dire, le plus souvent à la leur ! Autour de ce verre, ils discutent de tout et de rien. De mon pied de mât où j’ai toutes mes antennes, j’entends leurs réflexions à propos de la Famille et des amis que Marjo a très souvent au téléphone ou sur Skype, leurs inquiétudes à propos de la santé de l’un ou l’autre de leurs proches, de sujets partagés sur facebook… Il y a des jours plus tranquilles où ils reparlent de leurs rêves et c’est là que je leur prête une oreille attentive. Où vont-ils m’emmener cette fois. Ce fut si bon l’an passé, de monter dans le Nord et visiter tant de beaux mouillages où je me suis sentie si bien !

Et voilà que je repense à ce qui m’a envoyée au tapis, pendant le Boat show d’Annapolis. Un bien triste souvenir mais qui est presque oublié si ce ne sont les quelques cicatrices encore visibles sur ma coque bâbord. Mais restons positifs… Où vont-ils m’emmener ? Je les entends beaucoup parler de Cuba mais aussi du Mexique et du Guatemala, des terres inconnues encore pour moi et que je me réjouis de visiter. Ils passeront par les Bahamas dont j’ai un si bon souvenir : une eau des plus cristallines et d’une tiédeur très confortable où ils vont encore me quitter pour partir seuls plonger en annexe.

 

Ce petit texte, je vous l’écris alors qu’il fait nuit noire et que je me repose à l’abri de Crab Cay (Bahamas) après une impressionnante traversée du Gulfstream au départ de St Augustine. Il y avait plusieurs jours que je les entendais discuter météo et dire combien el Ninio chamboulait le temps un peu partout. Les dépressions se succédaient et reportaient chaque fois leur envie de larguer mes amarres. Ces amarres que Jean avait triplées pour ma sécurité. Et oui, ma sécurité ! Je les ai entendu dire que nous avons passé ici trois nuits d’enfer encore jamais vues aussi infernales aux dire de personnes vivant là-bas depuis dix-sept ans ! Sans un répit, pendant trois jours et trois nuits, le vent n’est pas descendu en-dessous de 30-35 nœuds avec rafales à plus de 40 ! Le fetch qui rentrait dans le mouillage était tel que ma pauvre annexe a vécu les heures les plus noires de son existence ! Au cours de ces trois nuits dantesques, deux voiliers ont rompus leurs amarres et sont allés perdre leur mât sur le pont situé en aval de la marée montante…

 

Mais aujourd’hui, ancrée dans une eau d’un calme que j’avais presque oublié, je repense à cette traversée dont je parlais tout-à-l’heure. Partis en début de matinée afin d’échapper au brouillard, le cap a été mis vers le S en serrant la côte pour éviter le courant contraire du Gulfstream. Je me sentais suivie ce qui est rare dans ces eaux semblant abandonnées des Américains qui lui préfèrent la quiétude de navigations interminables au moteur dans l’ICW, celui qui m’avait dessiné une bien vilaine moustache tant les tanins qu’il charrie sont comme une signature sur les coques ! J’étais donc suivie et bientôt se découpèrent sur l’horizon deux voiles qui mirent toute la journée à me poursuivre. D’habitude, lorsque nous sommes au portant, mon capitaine n’envoie pas mon petit foc bômé (celui qui fait de moi un cotre). Il m’avait confiée à son régulateur d’allure et vaquait à ses occupations, manifestement content de ma prestation. Je filais entre 6 et sept nœuds avec une mer assez formée qui me venait par l’arrière tribord.nore_route.jpg

Je dis « vaquait » mais j’avais quand même remarqué le petit non verbal de défit qu’il opposait au rapprochement de ces deux voiles dont l’une, reconnue, était celle du Bénéteau 49 pieds d’amis américains, partis pour la même destination que nous mais avec une heure de retard… Alors que le soleil déclinait, le premier voilier se rapprochait inexorablement et je remarquai qu’il portait toute sa toile avec manifestement le désir de nous laisser sur place. Mon capitaine m’avait arisée par deux fois afin de me faire naviguer à l’horizontale et dans un maximum de confort, ce dont je lui suis reconnaissante. Il avait quand même renvoyé un peu de yankee pour limiter l’affront d’être dépassé trop rapidement ! Alors que je m’apprêtais à m’avouer vaincue, branle-bas sur le pont. J’entends mon capitaine se déplacer vers mon avant et, le vent refusant quelque peu, je compris qu’il allait envoyer ma trinquette restée ferlée afin de gagner le demi-nœud qui suffirait à sauver l’honneur ! Non seulement l’honneur fut sauf mais, dégoûtés, les poursuivants rompirent le combat qui, manifestement les avait motivés toute la journée. Ils mirent le cap sur la côte alors que nos amis américains peinaient également à nous rattraper. Ils allaient y parvenir quand ils appelèrent par VHF pour prendre congé et rentrer à Cap Canaveral pour avarie de pilote automatique…notreroute2.jpg

C’est donc seule que je poursuivis ma route, infléchissant celle-ci directement pour aller, en le traversant, à la rencontre du Gulfstream et de sa réputation. C’est la quatrième fois que je le traverse et, comme chaque fois, c’est à la température de l’eau que je sais que sa traversée a commencé : 25,6 °C ! Nous y sommes et le vent refuse. L’océan est comme un chaudron en ébullition. Les vagues se croisent dans tous les sens. La mer se creuse franchement, le vent du NNW faiblissant s’oppose au courant ce qui explique cela. C’est donc au moteur que je franchis ce « tapis roulant » - comme l’appelle Eric Orsenna dans son roman Le gulfstream –. L’archipel des Bahamas nous tendait les bras et c’est au moteur par mer enfin reposée et le cœur toujours emplis des émotions de la traversée, que nous y pénétrâmes par le Strangers Cay Channel.

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18/10/2015

De nouveau en partance

Ce 17 octobre 2015

 Comme le temps est vite passé ! Déjà trois mois et demi que nous sommes rentrés au Pays et nous sommes sur le départ avec un bilan d’activités qui donne le tournis : réception d’une prothèse totale du genou droit (toujours en rôdage), début de convalescence en Bretagne entrecoupé du mariage de mon beau-frère à Pézenas (belle traversée de la douce France de Charles Trenet avec découverte du pont de Millau, la Provence de Gilbert Bécaud, souvenirs des vacances avec mes parents qui m’ont donné le goût de cette France qui reste pour moi un des plus beaux pays du monde). Retour en Belgique. A peine rentrés, mariage de ma belle-sœur à Madrid puis, dans la foulée, une semaine de rêves dans un Riad de Marrakech… Retour en Belgique. Revus parents et amis. Préparation des valises mais surtout des câlins et encore des câlins à nos grands et aux petits, à nos deux poussins qui ont beau vieillir comme nous, ils restent nos rejetons et, contre Nature, c’est nous qui quittons encore le nid…