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07/07/2013

septembre 2012

Rapport de mer II.1

Après une semaine de remise en état du bateau qui, après quatre mois de mise au sec au chantier Royal Marine de Curaçao, avait subi les affres de l’air tropical particulièrement agressif à cet endroit. Ne me demandez pas pourquoi ! Le constat est que tous les inoxs ont été plus ou moins oxydés même des pièces d’accastillage Wichard réputées pour leur qualité ont encaissé. Il a donc fallu organiser leur sauvetage à coup d’huile de bras et surtout d’un produit de passivation - découvert par Marjo – qui fait des merveilles.

Ensuite, quittant le chantier où j’avais débarqué toute la chaîne d’ancre pour la vérifier et la repeindre, j’avais constaté que notre guindeau[1] était HS. La raison en étant inconnue et le temps pressant, c’est à la main que nous avons mouillé à Spannish water, magnifique enclave, véritable trou à cyclones, situé à quelques milles à l’est de Willemstad. Nous sommes restés là une semaine, le temps de préparer le bateau à naviguer. Nous devions notamment replacer notre yankee (grande voile d’avant) sur son enrouleur (nous avions dû le porter à la voilerie locale pour réparations. La transat et les navigations caraïbes de l’an passé  avaient eu raison du nerf de chute[2] et du point d’écoute qu’il fallait réparer) et surtout nous occuper du guindeau ! Cela, ce n’était pas une mince affaire. Je vous passe les détails de mes nombreux séjours dans la baille à mouillage plus adaptée à la taille d’un chinois qu’à la mienne et ce par 35° ! Démonter ce guindeau resté en place pendant 23 ans m’a pris une demi-journée pour constater que l’origine de la panne n’était pas mécanique mais électrique. Les gros câbles qui courent tout le long du bateau depuis les batteries jusqu’à la proue étaient à remplacer. C’est terrible comme l’eau de mer, dès qu’elle trouve un point faible en profite pour s’infiltrer et effectuer son travail d’entropie qui ici, en mer, consiste à organiser le chaos. Un coût assez désagréable pour le portefeuille ! Au prix actuel du cuivre !!! Bref, remplacer ces câbles nous a pris et du temps et surtout beaucoup d’énergie. Je n’ai jamais bu autant ! Et pas des T-Punchs !!! De l’eau, de l’eau, de l’eau ! Je ne me rappelle pas l’avoir trouvée aussi bonne tant il est vrai que dans ces conditions, sans eau,  c’est la déshydratation assurée. Je transpirais des litres par jour ! Sans rien faire déjà, on souffrait de la chaleur mais en travaillant, c’était l’enfer… Aussi, quand tout a été remis en place et le guindeau testé, la satisfaction du travail bien fait a été proportionnelle à l’effort fourni. Pour être complet, je ne vous cacherai pas les efforts réalisés par Marjo et Ann pour se procurer le matériel nécessaire : allers-retours en dinghy, bus, auto-stop, marches forcées. Pendant que je souffrais à bord, les filles galéraient à terre… Pas si facile la plaisance ! Non seulement il faut bosser contre la tendance marine à l’entropie mais encore se préserver des passagers clandestins ! Et oui, à Piscadera, là où nous avions laissé le bateau et là où j’ai eu la mauvaise idée de laisser la chaîne d’ancre déroulée pendant une nuit le temps que la peinture sèche, un rat pour Marjo, une grosse souris, voire un mulot pour moi, a profité de cette aubaine pour monter à bord et c’est en effectuant le grand nettoyage d’un équipet[3] que Marjo s’est rendu compte de sa présence avec un grand cri d’épouvante digne des plus grands films du genre ! « Jeany, il y a un rat !!! Je te jure un gros rat ! » Courageux mais pas téméraire, pendant que Marjo récupérait un taux normal d’adrénaline, je me mets à la recherche d’une paire de gants en cuir que je ne trouve bien évidemment pas. Pour toute alternative, Marjo me propose un drap de vaisselle. C’est comme de chasser le chevreuil avec un lance-pierre ! Enfin, voilà les gants… Intrépide, je m’approche, l’air déterminé. Le même que celui que j’adaptais avec mes élèves difficiles… Vous voyez le genre !... M’apercevant, la « bête » comprend que sa vie ne vaut plus grand chose et, surprenant le chasseur, se jette vive comme l’éclair, dans l’équipet voisin, se faufilant sous tout ce qu’elle peut trouver comme abri. Marjo, très attentive, suit la chasse de très près. De trop près car dès qu’elle revoit bouger la « bête », elle me pousse dans l’oreille un nouveau cri hystériforme qui me provoque un réflexe de recul fatal. Mon crâne porte violemment contre le vaigrage[4] en teck massif et me fait voir trente-six chandelles ! La bête en profite pour sauter hors de sa cache et, à la vitesse de l’éclair se sauve hors du bateau escaladant l’échelle de descente en trois bonds. Marjo n’a rien vu. Moi, je dois dire que je l’ai à peine distinguée tant ma tête tente de récupérer du traumatisme subi. La chasse est finie. Je pense que la « ratatouille » - c’est le nom que notre amie Ann a donné à la bête – a fait le grand plongeon, terrorisée qu’elle était par l’agressivité évidente de mon attitude.    En réalité, la chasse ne faisait que commencer car Marjo n’étant pas convaincue de sa disparition, avait été acheter de la mort aux rats convaincue qu’elle était que c’en était un !... Et durant la nuit, on entendit que Ratatouille était encore bien là. La preuve en fut faite le lendemain matin : Ratatouille avait entamé avec enthousiasme le bidon en plastique contenant le poison. Constatant son intérêt pour celui-ci, nous lui en avons distribué pour sa troisième nuit à bord et elle s’en délecta. Fin de l’épisode.

La météo nous annonçant une longue période sans vent, et le bateau étant enfin prêt, nous décidons de lever l’ancre et de véritablement poursuivre notre route. A 17 heures précises, SAS3  faisant de même, nous sortons de Spannish water et mettons le cap sur les îles Aves (Venezuela). Nous naviguons de conserve. SAS3  sous voiles, nous au moteur. Avec 5, 10 nœuds de vent, nos amis avancent entre 5 et 7 nœuds ! L’Otter II est plus exigent en vent et c’est donc au moteur que nous poursuivrons notre route. 80 milles nautiques sur une mer quasi d’huile. Nous n’avons même pas hissé la grand voile pour stabiliser le bateau. Cela n’était pas nécessaire. C’est entouré de gros nuages sombres que nous avons poursuivi notre route suivant le feu de poupe de nos amis qui nous précédaient. De temps en temps, un grain nous en masquait la vue. Les éclairs zébraient le ciel sans que cela nous étonne outre mesure tant nous nous sommes habitués à ce temps resté orageux depuis notre retour d’Europe. Il y a toujours un coin de ciel illuminé çà et là par des éclairs. Il paraît qu’aux San Blas c’est encore pire. C’est la zone où il tombe le plus de foudre au mètre carré !

Rassurés par le peu de navires détectés par le radar à 12 milles à la ronde, nous plaçons une alarme sur celui-ci et nous assoupissons, présumant que la nuit serait longue. Et elle le fut car un grain plus conséquent que les autres se présenta sur notre radar (Pour celles et ceux qui ne le savent pas, la pluie est très bien détectée par le radar et permet parfois au navigateur de s’en détourner). C’est ce que je tentai de faire mais c’était sans savoir que celui-là, il serait pour nous ! Petit à petit, de grosses gouttes nous firent rentrer tout ce qui risquait d’être mouillé dehors, fermer tous les capots et autres hublots et attendre que la pluie cesse pour tout rouvrir. Nous avons attendu une bonne heure durant laquelle des trombes d’eau se sont abattues sur le bateau à un tel point que nous avons dû fermer même la descente qui est pourtant protégée par la capote !... Un vrai déluge qui laissa l’Otter II bien rincé. C’est alors que le soleil se levait que nous avons aperçu l’archipel des Aves où nous avons atterri sans problème, quatre beaux dauphins venant nous souhaiter la bienvenue. Peu de temps après, notre ancre descendait dans une eau turquoise digne des plus belles cartes postales. Moteur de l’annexe remis en place, nous découvrons l’île faite de mangroves et de petites plages de sable de corail très fin et très blanc, un peu rosé. Des oiseaux , dont les  fous de Bassan à pattes rouges s’envolent à notre approche.

Nous retrouvons SAS3 ancré à quelques encablures. Un petit arrêt à leur bord s’impose pour échanger les nouvelles de la traversée et préparer nos futures plongées.

 

(À suivre)…



[1]Guindeau : sorte de cabestan moderne à propulsions électrique et manuelle destiné à faciliter les manoeuvres de mouillage

[2]cordage courant sur le bord de la voile et destiné à arrondir sa forme en fonction de la force du vent. Cela l’empêche également de battre.

[3]Petit espace de rangement dans un bateau.

[4]Grosse pièce de bois soutenant le “plafond” du carré.

mars 2012

Rapport de terre/mer 4 :

 

C'est proue à quai au port de Jolly Harbour sur l'île de Arruba que je reprends le clavier pour vous conter la suite de notre aventure. Hé oui, nous sommes au port car il y avait assez longtemps que la lessive attendait du 220 volts. Nous avons en effet testé notre petit groupe électrogène pour faire tourner notre lessiveuse et cela fonctionne bien. Il ne faut cependant pas tenter le diable en actionnant un autre gros consommateur électrique car le groupe déclare alors forfait ! D'un autre côté, au mouillage, lorsqu'il ne pleut pas, c'est l'eau qui est un problème... La lessiveuse en consomme beaucoup ! Nous revoilà en présence de l'éternel Yin et Yang qui, dans le fond, règle notre vie, que nous soyons en Europe ou au paradis Caraïbe. Chaque choix est régit par le pour et le contre. Rien donc de nouveau sous le soleil...

Mais où avais-je laissé notre parcours Caraïbe ? Nous quittions la Dominique pour l’îlet des Cabrits situé aux Saintes : point de départ de notre découverte de la Guadeloupe. Nous y arrivons après une courte traversée qui nous prend la matinée et mouillons sur bouée. Il faut savoir que les mouillages sur bouées se multiplient dans les endroits où les fonds méritent d'être protégés et c'est une très bonne chose. Il suffit de plonger sur l'aire d'évitage de sa propre ancre pour constater combien une chaîne qui rague sur le fond détruit tout sur son passage. Les patates de corail n'y résistent pas !  Donc, nous sommes sur bouée et découvrons les fonds sous-marins avec palmes, masque et tuba (pour ne pas utiliser l'horrible expression « snorkeling »!!!). L'eau est toujours à 27°  et offre une excellente visibilité. Nous irons ainsi de surprise en surprise, découvrant une multitude de poissons organisés en territoires très spécifiques à chaque espèce qui se confondent merveilleusement avec leur environnement. Nous retiendrons parmi tous ces magnifiques poissons tropicaux merveilleusement colorés, les diodons, les murênes, le chevalier, les balistes, le papillon Kat-Zié pour ne citer que ceux-là. A chaque retour au bateau, nous les identifions sur une planche illustrant les habitants du récif. Notre enthousiasme est tel que c'est  le froid qui nous a poussé à arrêter là  notre exploration. Une heure dans de l'eau à 27° nécessite quand même le port d'une protection thermique qu'à tord nous avions estimée non nécessaire. Les prochaines explorations furent toutes réalisées avec nos combinaisons excepté certaines petites sorties supplémentaires que Marjo, émerveillée par tout ce qu'elle voyait, réalisait en pendant que je m'occupais à bord. Nos Amis de SAS³ et Umilialtak nous retrouvèrent là-bas ce qui fut l'occasion d'un sympathique barbecue sur l'île que l'on aurait bien crue centre de revalidation psychiatrique pour gallinacés tant plusieurs coqs n'arrêtaient pas de chanter.... jour et nuit ! Peut-être l'influence de Bob Marley ?... Une bien sympathique soirée... Plusieurs allers-retours en annexe nous ont permis de prendre l'ambiance du Bourg situé à un petit mile à l'est. C'est le nom du village unique de Terre-de-Haut. Que dire de cette ambiance sinon qu'elle est pétaradante sillonnées que sont les rues par des scooters fous. Les dépliants touristiques annonçaient bien la couleur mais à ce point !... Nous n'y sommes retournés que pour l'avitaillement qui nous permit quand même de découvrir les gâteaux de l'endroit qui s'appellent des « tourments d'amour ». Un vrai régal ! A part cela, que des pièges à touristes... Nous avons très vite passé notre chemin pour pointer notre étrave sur les îles Pigeon qui est une réserve naturelle dédiée au Commandant Cousteau. Les mouillage n'y étant pas possibles, nous avons jeté l'ancre en face de l'île, à quelques encablures à l'est. Des tortues nageaient autour de l'Otter et nous les vîmes à plusieurs reprises venir respirer à proximité. A chaque fois, le même émerveillement, le même enthousiasme pour partager cela entre nous. « Regarde ! Une tortue !!! » Et toute activité cessante, nous nous précipitions pour les observer.

A l'Anse de la Barque (nom de l'endroit où nous étions mouillés), toutes les activités tournent autour de la plongée qui est très bien organisée et très bien surveillée. Nous plongerons là-bas une première fois avec notre moniteur préféré alias Stéphane de SAS³ et sa femme Ann  puis deux fois en couple alors que SAS³ nous avait quittés. Notre compresseur a donc bien travaillé et nous a permis de réaliser de magnifiques plongées entre 10 et 30  mètres de fond, les plus beaux endroits se situant entre 15 et 5 mètres. La lumière y est plus présente et les poissons plus nombreux. Nous y verrons des langoustes énormes ainsi que des poissons perroquets qui, bénéficiant de la protection de la réserve, se portaient merveilleusement bien. Les langoustes étaient vraiment impressionnantes et nous ont bien fait saliver... Je pense l'avoir écrit dans un précédent rapport, Marjo a inauguré une sauce créole au coco pour accompagner la langouste qui vous donne une idée de mon état d'esprit, rêvant au moment où, loin des interdictions, je pourrai en remonter une ou deux pour améliorer notre ordinaire ! Bref, les îles Pigeon resteront dans nos souvenirs un magnifique endroit de plongée.

Poursuivant notre route vers le nord, nous sommes arrivés à Deshayes, d'où nous comptions partir à la découverte de l'île en voiture de location. Bien qu'un peu décevante, la visite nous a permis de traverser la forêt qui, si elle est moins luxuriante qu'en Martinique (surtout moins fleurie) n'en est pas moins magnifique d’exubérance végétale. En chemin, nous avons eu l'occasion de visiter la maison du Cacao qui, outre l'intérêt que suscitèrent exposés et démonstration, nous permit de déguster le cacao à chacun des stades de sa fabrication, le chocolat chaud en étant le point d'orgue. Je m'en voudrais de ne pas mentionner la rivière salée qui sépare les deux terres de guadeloupe qui, faut-il le rappeler, se présentent sous la forme d'un papillon.

La traversée vers Antigua, longue d'une petite quarantaine de miles se passa fort bien. L'Alizé continuant à nous offrir ses services tribord amures, c'est par un petit 3 Beaufort que le Canal comme on appelle ici les bras de mer séparant les îles, que le Canal donc a été franchi. Afin d'arriver soleil haut et ainsi se faciliter la navigation à vue, nous avons levé l'ancre à 6 heures. D'une part, les premières heures de la journée sont toujours les meilleures en mer. Pas trop de vent, belle luminosité et mer agréable. Et d'autre part, les cayes comme on appelle ici les patates de corail qui parsèment les abords des îles plus ou moins entourées de récifs, sont plus visibles et peuvent être alors contournées en sécurité. Cela n'empêche pas les approches d'être assez tendues  d'autant que, Marjo étant à la barre et moi assis sur le beaupré surplombant la proue, j'ai confondu à trois reprises caye et tortue, faisant monter la pression à la barre par mes exclamations enthousiastes !  « Là-bas, une... tortue ! » Marjo croit entendre qu'elle doit virer à l'opposé de la direction indiquée. Elle donne un grand coup de barre et moi de me rendre compte que j'ai oublié la raison pour laquelle je suis assis à l'avant ! Ah... cet incorrigible Peter Pan qui sommeille en moi ! D'autres disent Professeur Tournesol... Je crois que je ne m'améliorerai pas et que un peu des deux me convient finalement parfaitement bien... Après ces émotions d'atterrissage, nous embouquions le chenal d'accès au port très fréquenté par des voiliers quittant le port toutes voiles déployées et donc priritaires. Ici, on roule à gauche et j'ai bien l'impression que les habitués de l'endroit confondent les règles de circulation automobile et les règles de navigation car pour autant que je me souvienne de mes cours, ce n'est pas parce que les balises latérales sont ici inversées que l'on s'y croise autrement que dans les eaux européennes ! Disons simplement que la meilleure règle étant de s'adapter aux circonstances en laissant le bon sens nous guider, c'est donc en passant sur la gauche du chenal que nous sommes arrivés à l'abri du « Jolly Harbour », marina assez récente où nous avons par la suite trouvé tout ce dont nous pouvions rêver tant en avitaillement qu'en accessoires pour l'entretien du bateau. Nous avons notamment de nouveau vu des étals de viande appétissants que Marjo se dépêcha d'exploiter en me faisant ressortir notre barbecue. Nous y déposâmes de succulents morceaux de viande dont nous avions presque oublié la saveur au profit des poulets et autres substituts protéiques et ce, depuis les Canaries.

Demain, nous irons nous ancrer à l'extérieur du port afin d'être fin prêt pour parcourir « à la fraîche » les 30 miles qui nous séparent de Barbuda. Départ donc pour le paradis des langoustes jeudi matin. On prévoit un peu de pluie et peu de vent. Espérons que le soleil sera bien présent quand même pour nous faciliter l'approche du mouillage.

A suivre...

avril 2012 découverte de Barbuda

Nous voilà donc arrivés à Barbuda. Premier mouillage en sécurité en face du Martello tower. C'est l'atterrissage le plus sûr et nous nous y ancrons précédés de peu de Umialtak, sympathique équipage canadien avec lequel nous faisons route de conserve depuis déjà quelques temps. SAS³, plus rapide mais surtout dont le capitaine Stéphane déteste se réveiller aux aurores, nous rejoindra quelques heures plus tard.

Le mouillage est rouleur et le petit port peu intéressant. Nous n'avons plus le temps de changer de place avant la nuit. Nous décidons donc de « faire avec »... le roulis bien entendu ! Après un apéritif dînatoire pris à bord de l'Otter II qui a rassemblé les trois équipages dans une ambiance toute conviviale, chacun rejoint son bord et s'organise pour la nuit. Je m'en veux encore de ne pas avoir eu le courage de mettre en place mon système anti-roulis. J'y reviendrai... La nuit fut, disons, remuée ! Le roulis est ce qui est le plus désagréable au mouillage car on dirait que une sorte de génie malfaisant donne à chaque mouvement la petite pichenette que l'on apporte aux enfants sur une balançoire pour augmenter l'amplitude des balancements... Le bateau se place naturellement bout au vent mais travers à la houle et, c'est parti !...  La fête commence avec l'insomnie à la clé. Une très mauvaise nuit de sommeil, donc. Au petit matin, très tôt levés car lassés d'essayer de dormir, nous constatons la disparition de SAS³. Nous nous disons qu'ils n'ont pas supporté le roulis et qu'ils y ont mis fin prématurément en changeant de mouillage. Nous aurions préféré cette éventualité car le contact fut rétabli par téléphone en cours de matinée et nous apprit que Ann avait été malade toute la nuit et que vu l'importance des douleurs gastriques ressenties, ils avaient décidés de rallier St Barth plus tôt afin de consulter un médecin. Nous apprendrons plus tard que des calculs à la vésicule biliaire seraient responsables des terribles douleurs qui ont terrassé notre pauvre Ann.

Au vu de ce diagnostic, nos amis avaient bien pris la bonne décision, Barbuda n'étant pas nécessairement l'endroit rêvé où nous voudrions être soignés. Gageons que les soins qui lui seront prodigués la soulageront rapidement, transformant ce pénible épisode en mauvais souvenir.

Avec Umialtak donc, nous levons l'ancre et partons vers Cocoa Bay. Ils font route directe car leur bateau, un plan Caroff en acier, est un dériveur intégral qui leur autorise des rase-motte que nous n'oserions même pas envisager ! C'est donc en marins prudents que nous les rejoignons en faisant le grand tour loin de ces hauts-fonds qui ne sont que des sources de stress dont nous nous passons volontiers. C'est à peine si ce détour nous a pris dix minutes de retard sur eux. L'eau est turquoise, la plage que nous longeons, un peu plus au large que nos amis, est immense et de sable blanc aux reflets rosés dûs à une algue endémique, appelée « reef cement » qui recouvre certaines espèces de coraux propres à Barbuda. C'est magnifique ! L'ancre bien plantée dans ce sable de bonne tenue, nous découvrons les charmes et le confort d'un mouillage idyllique. Pas de roulis. Rien que l'Alizé qui nous apporte l'énergie électrique dont nous avons besoin à bord...

Laissant là le bateau, nous sautons dans l'annexe avec notre petit matériel de plongée et partons à la découverte de la vie du récif tout proche. Quelque peu déçus par l'état des coraux (le corail est cassé et mort, présentant l'aspect d'un éboulis calcaire de couleur blanchâtre), nous découvrons des patates de corail intactes où la vie marine est particulièrement active. Sur le temps d'une petite heure de déambulation le ventre parfois au ras du fond tant la profondeur est faible à certains endroits, nous rencontrerons un bel échantillon de poissons de récifs ainsi que deux beaux lambis (énormes coquillages qui sont au menu de tous les restaurants antillais), une langouste et une belle raie très peu farouche. L'endroit étant une réserve naturelle, pas question de sortir quoi que ce soit de l'eau ! Quant au piètre état des coraux, nous apprendrons le lendemain par notre guide que cette dégradation est la conséquence de la pêche - tenez-vous bien - à l'eau de javel ! Les braconniers, ces enfants de chœur si ingénieux dans leurs illicites pratiques, disposent leurs filets puis jettent de l'eau de javel en amont de ceux-ci ce qui poussent tous les poissons à se sauver droit dedans ! Après, ce sont les coraux qui dégustent. Mais quand donc l'homme cessera-t-il de saloper notre pauvre planète bleue ?...

Après une merveilleuse nuit toute en tranquillité, nous levons l'ancre pour poursuivre notre route vers le nord par l'ouest de l'île et c'est très prudemment que nous nous faufilons entre les récifs coralliens pour atteindre  le mouillage jouxtant le « Codrington Lagoon ». Umialtak nous y a précédé, utilisant à son habitude la route la plus directe. Ils se feront quand même un peu peur quand leur ventre d'acier caressera  le fond ! Nous, malgré les précautions prises en traçant notre route, verrons notre sondeur afficher 3,10 m là où il y aurait dû y avoir plus d'eau... Il nous restait quand même un bon mètre sous la quille mais cela ne nous a pas empêchés de nous faire, nous aussi, notre petite frayeur !

Pour accéder au village de Codrington, il faut faire franchir aux annexes une cinquantaine de mètres de dune qui sépare l'océan de la lagune. Grâce à la jeune équipe d'Umialtak, les deux annexes franchissent cet obstacle sans problème et nous nous retrouvons dans le lagon. Direction Codrington. Nous découvrirons un petit village sans intérêt notoire dans lequel nous ne rencontrons pour ainsi dire personne sauf, chance inouïe, un gentil Monsieur de couleur, que notre amie Josiane identifie immédiatement comme étant le guide dont la photo se trouve dans ses documents de parfaite voyageuse.  Elle l'interpelle aussitôt et nous organise, avec lui bien-sûr, une visite du sanctuaire des frégates et ce pour le lendemain après-midi.

Après une bonne nuit de sommeil sans roulis grâce à l'ingénieux système[1] déjà cité, mais cette fois mis en place, et la matinée consacrée à l'entretien du bateau, nous nous rendons au rendez-vous fixé à 14 heures avec notre guide. Il nous embarque dans sa grande barque à fond plat propulsée par un gros 60 chevaux Yamaha. Il connaît son affaire le Georges. Après être passé au bureau du port pour payer la taxe de visite du sanctuaire, il nous emmène avec une passion non contenue visiter « son » lagon dont il nous raconte l'histoire dans un anglais accentué d'intonations créoles qui m'ont fait rater une partie de l'exposé. Il nous dit notamment que le lagon est une véritable nursery naturelle de langoustes. Elles y naissent et grandissent à l'abri des prédateurs et ce n'est que lorsqu'elles sont prêtes à affronter  leur vraie vie qu'elles s'en vont vers leur vrai domaine : l'océan.

Après un véritable slalom entre les hauts-fonds de ce lagon dont la plus grande profondeur ne dépasse pas les trois mètres, un détour par une balise latérale canadienne ayant dérivé après décrochage depuis le grand nord jusque Barbuda et la récupération dans une de ses nasses de cinq  belles langoustes, nous atteignons le sanctuaire en question qui compte des milliers de frégates. Dès l'approche une multitude d'entre elles nous informent que nous arrivons. Leur vol est majestueux et d'une précision remarquable. Ces magnifiques oiseaux, les plus rapides au monde, profitent du moindre souffle d'air pour se l'approprier aux fins de mille acrobaties. Un spectacle extraordinaire qui sera magnifié au fur et à mesure de notre approche par la proximité que ces superbes oiseaux qui, se sachant probablement protégés, acceptent. Georges, moteur arrêté, pousse sa barque avec une longue perche vers les îlots où sont posés les oiseaux. Ceux-ci ne bougent pas. Ils nous observent de leur oeil noir tout rond ? Il  y a des grands mâles, des femelles et des jeunes de  7 semaines et plus. Impressionnant ! Une véritable nursery dispersée sur une assez grande quantité d’îlots recouverts de buissons dont le feuillage est blanchi de guano. Quelle belle excursion ! Visite terminée, notre ami Georges nous dépose sur la plage près de nos annexes et, cerise sur le gâteau, nous offre, accompagné de son plus beau sourire, les cinq  langoustes ramassées dans son casier ! Umialtak possédant la plus grande casserole, c'est donc à son bord que seront dégustées ces charmantes petites bêtes accompagnées de la sauce créole devenue la spécialité de Marjo.

Le lendemain matin, c'est-à-dire lundi, nous devions retourner au village pour effectuer les formalités de sortie d'une part, et d'autre part pour récupérer ma Master card que l'unique machine à billets du coin m'avait phagocytée samedi. Avec Josiane, de Umialtak, nous effectuons ce parcours assez curieux consistant à passer de la douane à l'immigration, bureaux pour ainsi dire impossible à distinguer des habitations voisines. La banque, mis à part les barreaux aux fenêtres, ne s'en distinguait pas davantage ! Formalités remplies, nous allons donc à la dite banque pour récupérer ma carte. L'employé, appelé spécialement pour cette opération et venu de l'extérieur, nous dit que la machine n'avale pas les cartes ! Avec un calme olympien, il va vérifier sa « certitude », revient, téléphone en « haut lieu », fait visualiser le film de l'opération qui confirme bien notre venue et me voit mettre une baffe à l'appareil... et il nous redit très calmement qu'il est désolé mais que la carte n'est pas à la banque ! Et pourtant, « je suis certain que cette p... de machine m'a boulotté ma carte ! » Vous comprenez l'énervement qui fut le mien, le dépit de devoir rentrer sans ma carte et... la gêne de la retrouver bien rangée dans mon porte-feuille laissé à bord !!!  Encore une de ces absences justifiant mon surnom de Professeur Tournesol dont les séquelles ne s'arrangent manifestement pas avec l'âge ! 

 

En route pour St Barth et nos prochaines aventures... 



[1]   Le dispositif consiste à frapper une aussière sur la chaîne d'ancre et l'embraquer par le davier arrière en laissant filer de la chaîne supplémentaire. Le bateau se présente alors face à la houle et non en travers, position qui engendre le roulis.