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07/07/2013

Décembre 2011

Lettre aux parents et Amis : décembre 2011 quelque part le long de la côte de Lanzarote.

 

Il est 19h45 et nous faisons route au moteur vers Playa Blanca après être passés à Arrecife pour faire régler Yann qui émet depuis le début de sa convalescence, une fumée noire des suies qu'il rejette, l'air de nous dire : « et quoi ? c'est comme cela que l'on me traite ! juste un nettoyage et même pas de réglage... » Il fait ici nuit noire et la lune est levée. Elle montre juste un petit croissant qui porte bien son nom car elle ment toujours et forme un futur beau D. Les lumières de Lanzarote inondent la côte qui scintille de tous ses feux et les avions continuent leur manège incessant amenant sur l'île le flot de touristes qui font vivre cette communauté canariote que nous avons appris á mieux connaître, tout contraints que nous étions à patienter ici en attendant la réparation de notre moteur. Plus de deux mois passés sur place. Plus de temps que nous n'ayons jamais passé si loin de chez nous. Suffisamment de temps pour mieux apprécier l'endroit extraordinaire que nous aurions vraisemblablement survolé sans nos ennuis mécaniques. Le temps aussi pour Marjo de progresser en espagnol et moi d'en apprendre les quelques rudiments nécessaire à me rendre sympathique ! Le temps de percevoir les variations de couleurs des montagnes volcaniques si dénudées au premier regard et combien changeantes selon le moment de la journée avec les temps forts du petit matin et du soir où la lumière rasante fait merveille avec le relief raviné des pentes volcaniques. Le bateau avance toutes voiles rangées sur une mer presque d'huile. Il fait un peu "frisquet" comme on dit chez nous en été lorsqu'il est temps de passer un chandail. L'Alizé est toujours présent mais plus froid la nuit. J'ai enfilé ma tenue de navigation dans laquelle je me sens si bien depuis maintenant presque 15 ans que je l'ai achetée pour les quarts de nuit sans rosée ou pluie. Je veille. La nuit est vraiment noire, la lune n'étant encore qu'une promesse lumineuse. Le bateau fait route sous pilote et je varie son régime tous les quart d'heure environ car Marjo contrôle avec une minuterie ! Ce sont les consignes de rodage après revalidation et... les consignes sont les consignes ! 

A la veille de passer le nouvel an loin de mes enfants, parents et amis, je me repose la question de savoir si nous avons eu raison, Marjo et moi, de choisir cette option de vie et je me rends compte que le bilan actuel, malgré toutes les viscissitudes mécaniques qui nous ont retardés, est tout á fait positif. Je me sens bien ici. Je me sens rajeunir jour après jour avec la quasi disparition de mes problèmes articulaires et j'ai presque et encore oublié mon ancien métier. J'en apprends un nouveau qui me demande de trouver des solutions au quotidien et je crois que lorsque nous aurons voyagé jusqu'à aspirer au retour, c'est beaucoup plus qu'un diplôme universitaire que nous aurons engrangé en connaissances diverses, tant humaines, que techniques, que scientifiques, que culinaires, que...

Dès que le rodage sera achevé (50 heures dont 15 ont déjà été réalisées), nous nous élancerons dans la traversée que tant d'autres ont déjà réalisée donc peu propice à être qualifiée d'exploit. Pour nous, ce sera simplement l'occasion de vérifier que nous sommes bien en mer, nous deux et notre bateau, en route. Etre en route, c'est ce que je souhaite pouvoir vivre encore et encore jusqu'à ce que les années passant, je ressente que la force de continuer sera tarie. Je me poserai alors là où je serai arrivé, peut-être revenu au bercail, dans notre vieille maison qui ne veut pas se vendre et que nous aurons gardée,  la confiant à des locataires qui l'auront, je l'espère, méritée...

La lune se couche, berceau de lumière posé sur l'horizon... La nuit sera encore plus sombre, encore plus mystérieuse. Je suis pourtant détendu, heureux d'être là. Marjo, dans sa couchette, dort. La vie est belle et je suis heureux !

Tiens ! Sur bâbord avant, un sapin de Noël : un love boat tout illuminé qui emmène ses passagers vers d'autres îles de l'archipel. Un bâtiment immense, une tache de lumière sur l'océan ! 

Voilà ce que j'ai eu envie de vous écrire á vous tous mes amis et parents qui me manquez mais que je n'ai malheureusement pas pu emmener avec nous. Vous á qui je souhaite tant de pouvoir un jour ainsi que je le fais, vivre un rêve, un rêve qui sera le vôtre et qui sera peut-être la concrétisation de cet esprit d'aventure qui caractérise tout homme sincère à la recherche de la vérité, de sa vérité. Que ce soit au cours de voyages, lors de prises de paroles, lors de travaux à réaliser, de livres á écrire, de bonnes oeuvres à mettre en place, de recherches à organiser,...chacun de vous peut courir à perdre haleine après cette inaccessible étoile. C'est ce que je vous souhaite à tous.

Bon, je jette un coup d'oeil vers la proue de l'Otter et m'aperçois que la nuit est vraiment très noire maintenant. Je n'y vois plus goutte et la surveillance radar s'impose. Je suis près de la côte et ne voudrais pas couler un pêcheur attardé parce que je vous écris une bafouille. Il est 21h30 et nous serons bientôt revenus à la marina Rubicon où nous mouillerons pour y passer le reste la nuit.

Prenez bien soin de vous!

Jean