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07/07/2013

Fin janvier 2013

Quittant Cruz Bay, port d’entrée où nous avions atterri le 10 janvier (v. rapport de terre/mer II.6), nous avons fait le tour de l’île par le N afin de nous rapprocher de l’Otter Creek. Le lecteur comprendra pourquoi. Comme les instructions nautiques nous donnent ce mouillage comme autorisé uniquement le jour, nous allons mouiller notre ancre à proximité : à Coral Harbour. Déjà au mouillage, nous remarquons que la fréquentation est quelque peu « babacool », les bateaux voisins étant plus baroudeurs que plaisanciers avec quelques autres qui tendent plutôt au statut d’épave qu’à celui de bateau ! A terre, ce sera la même tendance. Assez curieusement, la population à majorité blanche semble être là  comme perdue, vivant à première vue principalement d’artisanat. On y voit un homme retapant une vieille jaguar dans un abri fait de tôles et de vieilles planches dont l’écriteau annonce : « The gallery », des bars dépeuplés, de rares noirs occupés à l’entretien des endroits publics, des rastas désoeuvrés, et des biquettes partout en liberté… Toujours en quête de connexion Wifi, nous irons prendre la température locale en buvant une bière dans l’un de ces bars où nous rencontrerons Pirat Bill, vieil homme aux pieds nus et cheveux longs, préparant à la vente des T-shirts à son effigie, dix ans plus jeune ! Sûrement sa seule source de revenus. Ces gens sont pauvres mais semblent assumer cela comme un art de vivre ! Aux alentours, égrainées à flanc de colline, des villas assez cossues contrastant avec les constructions littorales. Un endroit assez pittoresque. Nous y verrons aussi un pêcheur noir étripant le produit de sa pêche dans l’eau au bord d’une petite plage de galets et faisant ainsi le bonheur de dizaines de frégates venant prélever ces restes de leur vol majestueux. C’est là que nous verrons aussi n’en croyant pas nos yeux, un tarpon (c’est du moins ce que nous avons cru voir) qui, attiré également par cette nourriture providentielle, venait tellement près du bord qu’il découvrait une bonne partie de son dos, sa nageoire dorsale complétement hors de l’eau. Il devait faire ses deux bons mètres !

Avant d’abandonner Cruz Bay, le prof retraité que je suis ne peut passer sous silence l’importance donnée ici et partout d’ailleurs dans les îles à l’Education (voir photos ci-contre et  pêle-mêle en fin de rapport).

 

Dimanche 20/1/2013 : Otter Creek

 

Ayant fait le tour de Coral Bay, nous levons l’ancre pour visiter « notre » crique : Otter Creek qui n’a d’intérêt – nous le découvrirons par la suite - que l’homonymie avec notre bateau. Nous sommes toujours dans le parc national et donc sur bouée. L’eau y est claire sans plus. L’endroit est isolé et bordé d’une mangrove peu profonde. Pas de moustiques ! Le temps est nuageux avec tendance aux grains mais l’endroit est tellement protégé que la surface de l’eau est très calme et nous incite à une séance de « snorkelling » qui sera écourtée par le peu de choses à voir sous l’eau. Aussi étonnant que cela puisse l’être, certains endroits semblent ainsi abandonnés par Mère Nature alors qu’à première vue, il paraissent paradisiaques. L’endroit l’est sans conteste mais c’est sous l’eau que, curieusement, le contraste sous-marin est surprenant.

Nous larguons donc assez rapidement notre bouée et nous dirigeons vers Great Lameshur Bay. C’est sur bouée dans cet endroit que nous avons vécu – j’ajoute jusque là car depuis, nous avons encore trouvé mieux ! - les meilleures conditions de mouillage. Pas la moindre vague. L’Otter II est immobile faisant face à l’alizé qui reste présent mais apaisé pour la nuit. Pas le moindre bruit hormis celui des animaux qui, dans le maquis voisin déploient leur trépidante vie nocturne. Une nuit de rêves. Un endroit inoubliable entourés que nous étions de voisins aussi respectueux que nous de la paix de ce magnifique environnement.

 

 

 

Lundi 21/1/2013 arrivée à St Croix

 

 

Partis de Lameshur Bay assez  tôt le matin, nous traversons vers St Croix distante d’une trentaine de milles et arrivons à Christansted Bay en début d’après-midi. Comme la consonnance de ce nom l’indique, l’architecture de la ville est tout simplement nordique. On se croirait au Danemark ! Et dans les rues, nous sommes souvent interpellés par des racoleurs qui travaillent pour des restaurants ou autres magasins de souvenirs qui nous demandent : « Are You danish ? ». Ces gens sont pour la plupart de race blanche. Il y a peu de noirs qui semblent confinés dans les taches subalternes. On ressent encore beaucoup la présence danoise dont l’île a été la propriété, achetée à la France en 1733 pour la somme de 750 000 livres. Alors que depuis 1917 l’île est devenue territoire américain, la présence danoise reste évidente notamment à travers les nombreux touristes danois qui y affluent. Monuments et graffiti répartis dans la ville rappellent les terribles événements liés aux luttes des noirs contre l’esclavage dont une femme, la « Queen Mary » fut en 1878 l’héroïne.

Chaque fois que nous en avons l’occasion, nous visitons les îles en empruntant les bus locaux. Ils sont tellement différents ! Nous nous sommes ainsi retrouvés assis dans des bus tellement vétustes que le conducteur ouvrait et fermait les portes avec des ficelles ! C’était à St Martin. Dans les îles, les bus comme nous les connaissons en Belgique, font place à des gros pick-ups à long chassis dont la benne arrière, sans portières, est aménagée de plusieurs banquettes. Ces « safari taxis »,selon l’île où on les rencontre, sont soit rutilants et bichonnés comme des sous neufs soit bringuebalant attendant avec lassitude qu’on les envoie enfin se reposer dans un cimetière de voiture. Nous avons eu l’occasion d’en fréquenter toute la gamme et ceci toujours avec un plaisir fait de surprises diverses. Pour ne citer que ces deux-ci, je retiendrai la façon avec laquelle le conducteur gère le prix de la course. Il conduit de la main gauche principalement, la droite contenant une liasse de dollars. Les passagers lui font signe et montent. Lorsqu’ils sont arrivés à destination, soit ils le signalent au conducteur en utilisant un interrupteur placé au plafond (cela pour les « taxis » en bon état !) soit ils interpellent le chauffeur en haussant la voix et prononçant quelques mots le plus souvent incompréhensibles. Le chauffeur s’arrête et le passager descend. Il passe ensuite à côté du chauffeur et, sans un mot, lui donne le prix exact de la course. Le plus souvent un billet de 1$. Il tourne alors le dos et s’en va sans un regard pour le conducteur qui poursuit alors sa route. Vous dire comment il fait pour vérifier le juste payement de tout un chacun reste pour nous un mystère ! Peut-être compte-t-il sur l’honnêteté des gens ? Personnellement, je n’ai remarqué aucun resquilleur. N’est-ce pas magnifique ?...

Le deuxième exemple concerne la vocifération du prêcheur qui nous accompagna durant toute la traversée de l’île. Le chauffeur avait branché sa radio de façon à ce que tous ses passagers « profitent » de la religieuse leçon du prêcheur qui s’en donnait à cœur joie pour fustiger dans des termes très sévères les pauvres pécheurs que nous sommes. C’est incroyable comme cela n’étonne pas les passagers qui, s’ils n’écoutent pas tous, n’en témoignent pas le moindre agacement. Il n’est pas rare de lire là où, chez nous, on verrait des publicités, une ou l’autre phrase extraite de la bible ou l’un ou l’autre appel à la croyance en Jésus. Petit à petit en fréquentant les îles, nous apprenons à entendre sans plus nous en étonner des « God bless you » qui nous sont adressés après le traditionnel « Hi, how are you » déjà mentionné et le « where are you come from ? », très contrastant avec nos coutumes européennes. Et pour conclure le chapitre « religion », je signalerai la présence de nombreuses églises toutes chrétiennes mais de confessions différentes qui se côtoient sans problème l’une étant parfois édifiée en face de l’autre ! Cette omniprésence religieuse se remarque également aux grandes croix dorées pendant autour du coup de très nombreux autochtones. Dernier constat : pas de foulard, pas de mosquée… Je relèverai encore  pour être complet au chapitre « religion » et en clin d’œil, la présence de nombreux adeptes du « standup paddle boarding » qui laisse à penser en les regardant de loin que, imitant Jésus, ils marchent sur l’eau ! 

 

Jeudi 24/1/2013 arrivée à St Thomas

 

L’entrée de la rade de St Thomas Harbour est assez étroite pour laisser passage aux grands navires de croisière qui sont omniprésents dans ce port franc qui les attire comme des mouches sur… « you see what I mean ». Ils s’y retrouvent parfois à cinq ! Trois à quai, deux au mouillage ! On peut donc dire qu’il y a du mouvement dans la rade et donc que pour y rentrer, il ne faut pas qu’un de ces buildings de la mer décide de sortir quand vous arrivez !

J’écris buildings car, rappelez-vous l’épisode love boat de Bonaire, ces navires y étaient nettement plus petits !

Fort heureusement,  lors de notre arrivée, la voie était libre et nous pûmes ainsi tranquillement mouiller à quelques encablures seulement de la marina. Celle-ci est envahie de super méga yachts, tous amarrés aux pontons protégés par des portiques à fermeture électronique et où des écriteaux interdisent de prendre des photos ce qui est une fort bonne chose en soi car c’est vraiment agaçant, à la fin, de se voir tout le temps poursuivis par ces paparazzi qui ne respectent pas votre vie privée ;-) !...

Nous voilà donc descendus à terre à Charlotte Amélie. Nous n’avons encore jamais vus d’endroits, sauf peut-être à Anvers, où se concentraient autant de richesses ! Plusieurs rues ne sont bordées que de boutiques où se vendent bijoux, montres, et autres articles de luxe. On se fait racoler presque systématiquement et ici également, et plus encore ici qu’à Bonaire, les croisiéristes font la pluie et le beau temps ! Vous imaginez la ville sans un navire de croisière à quai et la ville avec cinq fois deux mille croisiéristes qui débarquent avec leur pouvoir d’achat. Ce que j’ai décrit à Bonaire est ici une réalité exposant dix ! C’est tout-à-fait stupéfiant…

Et là, dans ce feux d’artifice d’articles de luxe où ROLEX – et ce n’est qu’un exemple - se permet de monopoliser  une seule boutique pour exposer tous ses modèles, Jean trouvait que ses cheveux devenaient décidément trop longs !... Nous éloignant de l’effervescence de ces grandes rues  commerçantes et découvrant ainsi les petites ruelles réservées au calme de la vie citadine au quotidien, nous découvrons enfin un petit salon de coiffure où nous nous hasardons. Quand il faut y aller, il faut y aller ! Le figaro noir nous accueille avec un sourire de « hair killer » qui en dit long sur mon envie de foutre le camp ! Mais bon… Je lui laisse une chance et m’installe dans le fauteuil du condamné non sans appréhension car vous savez tous combien je tiens à mon avantage capillaire ! Et là, le choc… J’ai cru que j’allais défaillir car le quidam s’empare de sa tondeuse et me demande non pas ce qu’il doit laisser mais ce qu’il doit couper ! Enfin, c’est ce que je comprends et je lui dis de couper l’épaisseur de deux doigts. Marjo, hilare, observe lâchement son mari se battre pour défendre sa grise chevelure. Elle me dira plus tard qu’il n’était plus possible de reculer donc… Voilà notre coiffeur qui se met au travail. Je venais de voir le film Brubaker où Robert Redford glisse deux dollars au coiffeur pour qu’il lui laisse les oreilles ! Je vous assure que j’ai vu chaque mèche de cheveux tomber comme au combat tant j’entendais et ressentais la désagréable sensation d’être tondu comme un mouton ! Et c’est bien ce qu’il arriva à faire. Je me retrouvai dans la rue, délesté de 15 $ et complétement rasé encore que si mon fils Julien et mon beau-frère me voyaient, ils diraient que je m’en suis encore bien sorti ! fin de l’épisode.

Avant de conclure ce rapport, il faut encore mentionner la rencontre au mouillage de « Sweet Madam Blue », bateau dont le sympathique couple de canadiens vint nous saluer pour nous demander si nous captions Internet, préoccupation au quotidien de nombreux navigateurs. Ils m’avaient en effet vu essayer de me connecter – sans succès mais cela, ils ne le savaient pas ! - depuis le siège de poupe de notre bateau. Après avoir fait connaissance et nous être invités mutuellement pour les traditionnels apéros entre globe-flotteurs au cours desquels un tas d’informations furent partagées, nous échangeâmes nos coordonnées non sans nous être aperçus que nous avions des connaissances communes : nos charmants amis Josiane et François de Umialtak ! Décidément, le monde de la voile est très petit ! Et ces charmants navigateurs de nous inviter à venir les visiter à Montréal.

 

A propos, c’est loin, Montréal ?...

 

(à suivre)

16 janvier 2013

Mercredi 16 janvier 2013

 

Quittant Tortola, nous mettons le cap sur Jost van Dijk, dernière île du groupe anglais des BVIs. Nous ne pouvons pas y manquer le magnifique et surtout célèbre mouillage de Great Harbour au fond duquel se trouve le Foxy’s bar, réputé dans toute la Caraïbe pour son ambiance relevée au quotidien par la présence charismatique de « Foxy » son propriétaire et de sa guitare. C’est un peu le « Peter Café Sport » des BVIs. 

La baie est magnifique, cernée par une plage de rêve avec sable blanc, cocotiers et les éternels pélicans et autres frégates qui animent la baie de leurs incessants plongeons à la recherche de poissons dont ils font une consommation gargantuesque. Surtout les pélicans ! Il faut voir les énormes poissons qui, après un bref séjour dans la poche que ces beaux oiseaux possèdent sous le bec, sont avalés entiers en moins de temps qu’il faut presque pour être pêchés. Incroyable ! On se demande comment ils parviennent à digérer tout cela…

L’endroit possède néanmoins l’inconvénient d’avoir des emplacements d’ancrage de très mauvaise tenue. Les fonds laissés par les zones réservées aux bouées sont constitués de corail mort et émietté. Cela ressemble à du sable vu de la surface mais lorsque l’on va y voir de plus près avec masque, palmes et tuba, on constate que les ancres ne s’y accrochent que difficilement. Elles ne pénètrent pas, elles crochent et décrochent lentement mais sûrement si bien qu’après une nuit au cours de laquelle nous remarquerons avoir quelque peu reculé, nous choisirons la sécurité malheureusement payante du « moorings ». Mais il n’y a pas que Foxy comme curiosité dans cette île (voir photo ci-contre ;-)

 

Quittant Great Harbour et forts de nos visas, direction les USVIs et Cruz Bay que nous connaissions déjà pour y être venus en ferry. Après renouvellement du rituel « Customs » avec vérification des visas, empreintes digitales et photos, nous sommes acceptés sur le sol américain. Je devrais plutôt écrire accueillis car une fois passé l’épisode hyper sérieux de la douane, l’atmosphère se détend dans des « enjoy your stay » accompagné de ce sourire caraïbe inimitable.

Trouver une place d’ancrage à Cruz Bay est loin d’être évident. Les différents ferries qui entrent et sortent du port provoquent des vagues telles que tout mouillage à proximité du chenal est franchement inconfortable. Aussi, après une première nuit assez agitée, ancrés que nous étions à la sortie du port, nous envisageons de déménager de l’autre côté. Nous ne pouvions en effet pas nous éloigner de la ville car nous devions nous procurer carte de téléphone (magasins fermés samedi et dimanche) et accès à internet pour joindre les enfants. La communication reste en effet pour nous une préoccupation permanente…

Nous décidons donc de déplacer l’Otter au sud de l’entrée de Cruz Bay où il nous semblait, d’après les instructions nautiques, que l’endroit serait plus tranquille. Ce que nous faisons sans problème, l’ancre crochant au premier essai. Parcourant le rivage avec les jumelles, je fais remarquer à Marjo un écriteau indiquant « Dangerous anchorage : underwater cable » qui provoque chez moi une immédiate et désagréable sensation de stress assez primaire dans le fond. Un peu du style « si j’aurais su, j’aurais pas venu ! » Marjo, zen, me dit que le câble est probablement en face de l’écriteau et que notre position en est quand même il est vrai assez éloignée. Voulant en avoir le cœur net, j’enfile mes palmes et avec masque et tuba, je saute dans l’eau pour vérifier l’ancre. Vue de la surface, celle-ci est enfoncée à 5-6 mètres de profondeur dans du sable parsemé d’herbes qui laisse à penser que nous sommes en sécurité.  Voulant néanmoins en avoir le cœur net, je plonge et me rapproche de l’ancre dont je distingue mieux la trace du chemin parcouru avant de s’enfoncer et là, horreur !, je remarque qu’elle est passée sur un énorme câble qui ne peut être que le fameux câble électrique ! L’ancre est enfoncée dans le sable à peine un bon mètre derrière lui. Inutile de dire qu’à peine remonté, je décidai de quitter le mouillage et que l’ancre une fois relevée ce fut avec soulagement que nous décidâmes de ne plus tergiverser et de nous diriger vers la zone de mouillage payante cette fois mais où nous étions certains d’être en sécurité. De là, nous ne mettions qu’une dizaine de minutes pour rallier Cruz Bay avec l’annexe. C’est ainsi que nous pûmes non seulement visiter la ville mais encore y effectuer notre approvisionnement et partir en taxi pour une visite guidée de l’île des plus sympathique.

Quittant Canneel Bay, nous remontons la côte vers le NE, découvrant toute une série de petites baies toutes aussi merveilleuses les unes que les autres et décidons de nous arrêter à Maho Bay, extraordinaire endroit découvert la veille lors de notre randonnée en taxi. Nous nous plaçons directement sur bouée. Nous sommes toujours dans le parc national qui est propriétaire de tous les « moorings ». Ils sont tous payants. J’y reviendrai (voir note en bas de page). Ici, tout est protégé. Pour accéder à la plage avec un groupe de plus de 9 personnes, il faut un permis délivré par les agents du « National Park ». Il est vrai que cette plage est magnifique ! Elle est protégée au point qu’elle doit être libérée dès 16h30. Des tortues viennent en effet y pondre toute l’année. Il est bon de savoir que l’île a été la propriété de Laurence Rockefeller qui en a fait cadeau a l’état américain en échange de l’assurance que celui-ci en ferait un parc national à perpétuité ce qui fut fait et, il faut le souligner, bien fait. Les poissons sautent partout, les tortues viennent régulièrement respirer à proximité du bateau. Les pélicans sont tellement habitués aux « snorkellers » qu’ils pêchent à proximité sans aucune retenue ! A Cruz Bay, alors que nous faisions aiguade, j’étais accroupi devant le nable du réservoir quand un OVNI tomba du ciel en me frôlant à tel point que j’en ressentis le déplacement d’air. Sursautant, j’en fis un saut de côté en m’apercevant que c’était un pélican qui avait plongé, je lançai : « Ah le con !!! » tellement cet impertinent m’avait surpris… (à suivre…)

 

5 janvier 2013

Samedi 5 janvier 2013

 

J’avais laissé le récit de nos aventures à Spannish Town, câble d’inverseur dûment remplacé. Le lendemain on lève l’ancre pour la visite de Devil’s Bay and the Baths. L’Otter sur bouée, c’est en confiance que nous prenons l’annexe et nous dirigeons vers la grève. Arrivés à la limite de la zone de baignade, c’est à la pagaie que je dépose Marjo sur la plage et reconduit le Zodiac hors zone de baignade pour revenir ensuite à la nage. C’est ici la règle ! La baignade étant un grand plaisir, pas de problème, je m’y colle ! Dépêchons-nous de visiter ce pittoresque endroit avant de devoir le faire à la queue leu leu ! Mais comment vont-ils arriver jusqu’à la plage tous ces touristes ? Ont-ils le privilège d’être déposés sur la plage, eux ? Que nenni, nous les voyons contraints d’enfiler le gilet de sauvetage réglementaire et avec –quand même- un petit sourire, se mettre à l’eau et venir vers la plage en barbotant, tout jaunes qu’ils sont comme des petits canards ! Quand je pense qu’on a même pas eu le réflexe de prendre une photo de cet insolite débarquement !... Précédant donc ce grand groupe, nous parcourûmes le dédale des roches semblant avoir été jetées dans l’eau par un géant. L’ambiance, la résonnance des sons, la lumière se faufilant entre les pierres pour mettre en évidence la couleur turquoise des eaux, la déambulation faite d’escalades et de descentes dans un véritable circuit semi-sous-terrain valaient vraiment le détour. Revenus sur la plage, nous nous sommes hâtés pour retourner à bord, évitant ainsi les petits canards qui commençaient à affluer. C’était décidément une bonne idée de s’être levés suffisamment tôt pour éviter une visite trop « accompagnée »…

De Devil’s Bay quelques miles seulement nous séparaient du mouillage prévu pour les nuits suivantes : formant la partie NE de Gorda Sound, Prickly Pear Island nous abrita de l’alizé pendant trois jours au cours desquels nous fîmes la découverte en annexe d’endroits magnifiquement organisés autour, pour Bitter End Resort, d’un hôtel particulièrement bien intégré à l’environnement. Des bungalows en bois et toits en tuile de bois également, sont ainsi dispersés à flan de colline et reliés entre eux par des escaliers, sentiers et passerelles du plus bel effet. On s’est promenés dans ces petits chemins fleuris qui respiraient la tranquillité et la douceur de vivre avec d’autant plus de plaisir que nous étions salués à chaque rencontre par un sympathique « good morning ! » tant par le personnel de l’hôtel que par les clients ou autres promeneurs. Difficile d’ailleurs de dire où commençait et finissait le territoire hôtelier, l’ensemble des habitations étant si harmonieusement disposées et construites. Une bien belle réussite architecturale !

Le lendemain, à l’ouest du Sound, Leverick Bay nous accueillit également. Un peu moins cossu, le petit port n’en a pas moins de charme et là encore nous pûmes nous féliciter de l’accueil reçu. Que de beaux et sincères sourires de bienvenue !

Mais ces endroits ont beau être accueillants, notre voyage continue. Nous devons avancer et le réveillon de nouvel an approche. Nous levons donc l’ancre pour l’incontournable Peter Island (comment passer à côté d’une île ayant pour nom le prénom de mes beau-père et beau-frère ?!) que nous atteignons après quelques heures d’une navigation toutes voiles dehors au grand largue, l’Otter II donnant à cette allure sa pleine puissance. Un grand moment de bonheur sous le soleil Caraïbe.  Au terme de cette belle navigation, nous mouillons dans Deadman Bay, petite crique au N de Peter Island. Magnifique mouillage dont la tranquillité nous fut comme un cadeau de réveillon.  A minuit, nous n’étions plus que trois voiliers au mouillage pour assister au magnifique feu d’artifice tiré du rivage de Tortola. Le bouquet final à peine éteint, nous plongeâmes sur nos couchettes, heureux de notre réveillon passé tranquillement à bord de notre compagnon de voyage.   Le lendemain,  direction l’île au trésor : Norman Island de son vrai nom. Mouillage sur bouée uniquement (35 $ la nuit et, à terre, un vrai piège à touristes !) Ha, si Stevenson avait pu prévoir ce que le tourisme ferait de « son » île !...  Je peux bien dire que de là, nous nous sommes sauvés ! Direction NO vers Soper’s hole sur l’île de Tortola, le port d’où nous comptons prendre le ferry pour l’Amérique ou plus précisément les US Virgin Islands.  Pour poursuivre notre route à travers les USVIs et Porto Rico, il nous faut en effet obtenir un visa que nous aurions pu demander avant de quitter la Belgique mais pour cela, il aurait fallu que nous sachions que nous allions modifier notre programme. Seul un aller-retour en ferry dans les USVIs, muni d’une autorisation ESTA  obtenue sur Internet, permet de se le procurer. Donc, après avoir pu vérifier la tenue de notre ancre, nous laissons là notre Otter et nous dirigeons vers l’embarquement pour l’Amérique. Cela semble tout simple et cela me semblait également ne pas relever de l’exploit. C’est donc en toute confiance que je m’étais fait tout beau en enfilant mon plus beau short Le Glasik bleu marine et un beau polo orange du plus bel effet. Je ne pense évidemment pas que le passage par l’immigration va être organisé comme pour un départ en avion ! Aller en Amérique, ça ne rigole pas ! Me voilà donc franchissant le portique de détection de matériel illicite après m’être débarrassé de mon portefeuille, montre, etc. Bref tout le cinéma habituel. C’est alors que déposant ma ceinture dans le plateau, je m’aperçois que j’ai laissé mon couteau qui y est attaché. L’air de rien, je dépose le tout dans le plateau et passe le portique. Marjo dont je croise le regard commençait déjà à transpirer quand le préposé me demande ce que c’est que cet insolite objet. Placé dans son étui c’est en effet très difficile de savoir qu’il s’agit d’un couteau. « What’s this ? » dit le préposé en se saisissant de l’objet. « It’s my knife » réponds-je comme si le garder me paraissait tout à fait normal. « No, no, no. It’s impossible !!! » répond l’officier, l’air aussi offusqué que le mien était étonné. Je le voyais en effet, mon couteau en main, prêt à le fourguer dans sa poche et retourner chez lui content de sa bonne journée de travail. C’est alors que Marjo sauva la situation en proposant dans son anglais dont les progrès sont en plein galop, que le couteau soit confié à la préposée aux billets jusqu’à notre retour, ce qui fut fait à mon grand soulagement. Je parvins quand même à dire en riant à la jolie  préposée : « It’s not for your man !!! It’s mine… » et Marjo d’ajouter car elle craint par dessus tout les répercussions de mon humour quand je l’exprime en anglais !!! « It’s a gift ! »… « No problem, I  keep it » répondit la dame. Fin de l’épisode.  Ou presque car à peine assis sur le banc du ferry, Marjo me grondait pour ma désinvolture qui aurait pu nous coûter… mon couteau !...

Notre court séjour aux USVIs se passa sans problème. Nous y obtînmes le fameux visa et cela pour une durée de deux mois. J’y laissai mes empreintes digitales (les dix doigts !), la photo de ma tête sans les lunettes et quelques dollars. J’en rapportai des images, une ambiance, le souvenir d’une belle promenade littorale en attendant le retour du ferry. Le soir, nous revenions à bord de notre Otter, tout content de le retrouver tel que nous l’avions quitté. Et ce matin, après un dernier passage en ville pour poster les cartes et communiquer une dernière fois avec les enfants et la maman de Marjo,  départ pour Cane Garden Bay,  magnifique petit mouillage en face d’une belle plage de sable fin plantée de nombreux cocotiers. Il est 2035 h locales. L’alizé est toujours soutenu entre 15 et 25 nœuds dans les rafales. L’ancre est bien enfoncée dans un sable de bonne tenue. Nous sommes donc en sécurité. Le  ciel nuageux nous plonge dans une nuit très noire d’où seules émergent les lumières des bars-restaurants installés en bord de plage. Une musique rythmée se bat avec l’alizé pour nous parvenir, les basses y réussissant mieux que les autres. Pas de quoi nous empêcher de dormir. L’éolienne travaille bien à la production de notre électricité. Tout est calme. Il fait doux. Je suis encore en maillot. La vie est belle à bord de l’Otter II.

 

(à suivre…)