Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/12/2013

Ce mercredi 4 décembre 2013 à Barlovento (Avès – Vénézuéla)

Ce mercredi 4 décembre 2013 à Barlovento (Avès – Vénézuéla)

 

Mouillés devant la plage de Isla Oeste par un vent constant de 15 à 25 nœuds d’ESE, nous sommes seuls. Pas un bateau ne partage Barlovento avec nous. Nous sommes seuls au monde et savons que les coast guards, étant venus hier, ne repasseront pas avant probablement une semaine.  Sans un voilier visiteur, l’archipel est à nous et seulement à nous ! Le soleil brille de tous ses feux et nous savourons, sous cet alizé soutenu qui soulève la mer en petites lames courtes,  le doux dandinement de l’Otter qui tire sur son ancre, profondément enfouie dans du sable blanc d’excellente tenue. Les jours prochains,  le vent tournera plus franchement à l’ENE, voire au NE ce qui devrait encore améliorer le confort à bord. Pour l’instant, l’éolienne produit beaucoup d’électricité ce qui arrange bien nos batteries qui ne demandaient pas mieux de refaire le plein d’énergie.

Autour de nous, il n’y a que de jolis paysages. Tout d’abord la plage de sable blanc. Sauvage. On y distingue du bois flotté mais aussi des épaves diverses, témoins de l’activité irresponsable de l’homme. Quelques bouteilles en plastiques, boîtes de conserve et autres joyeusetés de la « civilisation ».  Marjo et moi nous sommes dits que nous dépolluerions bien cette jolie grève en rassemblant toutes ces épaves en un grand « cimetière » et ce, afin de marquer notre passage et ainsi montrer aux pêcheurs locaux notre respect pour leur environnement et notre souci de poursuivre ainsi, au cours de notre voyage, la construction jamais achevée du temple de l’humanité, emmenant ainsi au bout du monde la part de civilisation responsable qui nous est chère.

A l’O, jouxtant la plage, la mangrove qui se prolonge, derrière la plage, par une vaste étendue plane couverte d’herbes marines où nichent des fou de Bassan qu’on ne sait pas encore s’ils sont à pattes bleues ou rouges ou jaunes. Peut-être le verra-t-on quand nous aurons débarqué, encore qu’il ne soit pas dans nos intentions d’aller les déranger.

A l’E, une ruine de cabane en bois flottés semble monter la garde de « notre » île. Elle témoigne de l’activité épisodique de pêcheurs qui viennent y passer la nuit. A côté de ce qui reste donc d’une improbable cabane, une petite tente igloo semble témoigner de cette présence humaine un peu plus collée à la réalité. Qui sait ? Peut-être sera-t-elle visitée un de ces jours et nous donnera l’occasion de rencontrer ces pêcheurs que nous connaissons un peu pour les avoir rencontrés l’an passé alors qu’ils venaient nous demander si nous avions de l’eau car ils avaient soif !!! Et oui, la pauvreté prend ici cette forme d’échange. De l’eau, des sodas, des piles, du fil à coudre contre du poisson.

Au SE, le regard se perd dans le fond de l’archipel où nous avions mouillé l’an passé et qui comporte un phare. C’est là que nous avions déposé une trace de notre passage avec SAS3 et PAGUS. Peut-être y retournerons-nous en pèlerinage avant de prendre la direction des Roquès. Est-ce cet environnement qui est propice à la réflexion personnelle ? Je ne le sais pas. Je sens juste que notre vie, ici, prend une autre dimension. Le temps n’est plus le même. Il n’est plus celui du cadran de nos montres ; il est celui de la course du soleil. Il est celui de notre horloge biologique. Il est celui du bonheur de savourer le présent, d’en savourer toutes les saveurs, toutes les odeurs, tous les sons, jusqu’aux mouvements du bateau qui participent à cette agréable impression de légèreté.

Dans cet état d’esprit, j’ai repris, pour la première fois la troisième lecture d’un livre. C’est une première ! Il s’agit du merveilleux livre de Hervé Hamon « Besoin de mer » publié chez Seuil. Cela ne m’était encore jamais arrivé car relire un livre, alors qu’il y a encore tant et tant de bouquins non encore lus, relevait pour moi d’un certain gaspillage de temps. C’était oublier le plaisir de retrouver des images mentales, des réflexions, des émotions nouvelles à chaque lecture car ressenties à différents moments de la vie. C’était aussi oublier la disponibilité intellectuelle dans laquelle nous plonge cet environnement enchanteur. O temps, suspends ton vol, déclamait Baudelaire. Ici, j’ai vraiment l’impression que les cinq mots  de ce magnifique ver prennent tout leur sens…

 

(à suivre)

Ce dimanche 1 décembre 2013

Ce dimanche 1 décembre 2013 (rapport de terre/mer n° III.1)

 

Après une dernière soirée à Bonaire toute ponctuée de la joie de faire la fête des autochtones pour qui la St Nicolas a été le prétexte, pendant toute la semaine, à des réjouissances inégalées en Belgique, nous avons savouré notre première nuit dans le silence de Sotovento (Los Avès). Après une traversée comme prévu sous voile arisée et moteur, une petite brise de 2-3 Beaufort  nous venant en plein dans le nez, nous avons mouillé notre ancre sous le vent du phare de Sotovento. Quel plaisir de mouiller à l’aide de notre nouveau guindeau ! Et quel beau mouillage ! Notre ancre s’est plantée dans du sable de corail à 5 mètres de profondeur. J’ai pu la suivre durant toute sa descente dans cette eau turquoise et cristalline et le petit nuage de sable soulevé à son arrivée, c’est magique. Que du bonheur… La suite va s’avérer à la hauteur de cette mise en bouche. Il y a déjà la perspective gastronomique de déguster le barracuda pêché à la traîne pendant la traversée ! Au moment où j’écris ces ligne, je pourrais ajouter comme certains le font sur Facebook : « ça, c’est fait ! ». En effet, ce midi, Nous nous en sommes régalés et moi qui ne suis pas trop fan du poisson, je dois dire que j’ai ajouté le barracuda à la liste de mes poissons préférés. Un vrai délice ! Bravo à la cuisinière que je devrais plutôt affubler du titre de cordon bleu tant elle excelle dans l’art d’accommoder les petits plats. Cela aussi ce n’est que du bonheur !

 

Ce matin, alors que je m’étais enfin décidé à faire ma part dans l’astiquage des inoxs du bateau, j’observais avec un petit sourire l’étrange manège de Marjo qui se « bricolait » un montage de pêche assez original, dois-je le souligner. Marjo est en effet toujours cerveau droit en éveil et est capable d’innovations dépassant tout ce que je pourrais imaginer. Aussi, je ne résiste pas à l’envie de décrire ce terrible montage : un fil de pêche enroulé sur une sorte de demi-tore acheté l’an passé et jamais utilisé depuis. Une boule fluorescente que Marjo croyait être un flotteur mais qui sert en réalité à émettre un bruit d’appel pour les poissons quand il est utilisé au lancer. Ensuite, une mitraillette comportant 4 hameçons camouflés dans des petits plumeaux et, au bout, une turlutte destinée au départ à pêcher la morgate (nom des seiches en Bretagne). Au bout des hameçons, des morceaux de poissons mis de côté la veille car son coup était manifestement prémédité ! Le montage terminé et enfin prêt, Marjo s’avance vers le bord du bateau riant sous cape car ayant aperçu dans son champ visuel mon regard, si pas étonné, en tout cas incrédule quand à l’efficacité d’un montage aussi peu académique. Elle laisse filer cette espèce de dandine par-dessus bord et, à peine la turlutte arrivée au fond, elle s’écrie tout étonnée : « J’en ai déjà un ! C’est un gros, viens m’aider ! ». Je me précipite, saisis le fil et remonte, je vous le donne en mille, quatre mérous  de belle taille déjà !!! Oui, je sais, il y en a des plus gros mais enfin, quatre d’un coup ! Marjo était ravie et pour ma part, j’imagine déjà ce que cela va donner demain dans mon assiette !

 

Bon, d’accord j’arrête là la page gastronomie, question de ne pas vous donner trop envie…

 

Hier en fin de journée, j’étais en train de regonfler l’annexe qui tire ses dernières cartouches (l’achat d’une nouvelle est maintenant devenu incontournable tant notre bon vieux zodiac souffre du poids des ans ainsi que de l’impitoyable action destructrice des UVs ; en attendant ST Martin, je gonfle et je regonfle et Marjo m’encourage en me disant que cela me fait des épaules magnifiques, hum, hum, hum…). Hier donc, je regarde par dessus le bord car mon attention est attirée par un remue-ménage de surface. En début de soirée, quand les prédateurs passent à table, il n’est pas rare d’assister à de véritables courses poursuites sous-marines, les chasseurs fonçant à travers les bancs de plus petits. Mais là, c’était différent. J’entendais une sorte de frétillement de surface, très léger. Curieux, je me penche et découvre une énorme masse sombre de forme changeante et animée de mouvements très rapides mais semblant aléatoires. Il s’agissait d’une multitude de petits poissons de couleur sombre animés de mouvements complétement synchronisés dont l’ensemble m’a fait penser à la devise de la Belgique : « L’union fait la force ». Ensemble, ces petits poissons se jouent probablement des plus gros en les impressionnant par leur taille. Ensemble, ils construisent une sorte de leurre comportemental pour se protéger des prédateurs mais cette évidence n’explique pas comment, sans gps, ces poissons semblent avoir une  sorte de pensée unique. C’est absolument magique de constater la précision de ces mouvements d’ensemble. J’étais fasciné et ai bien-sûr partagé ce bon moment en appelant Marjo qui, elle aussi, fut sous le charme de cette inattendue rencontre.

 

(à suivre)

Ce mercredi 13 novembre 2013.

Ce mercredi 13 novembre 2013.

 

Demain, il y aura déjà deux semaines que nous avons quitté Spanish Water (Curaçao) pour Bonaire où nous sommes mouillés sur bouées ce qui représente une confortable sécurité. Dès notre arrivée, nous avons pris nos marques, sachant très bien que nous nous arrêterions un assez long temps ici. Tout d’abord, nous y aimons les facilités de plongée. Nous sommes, comme toutes les plaques d’immatriculation l’indiquent, au diver’s paradise et nous nous en régalons autant que nous nous en sommes régalés la saison passée. Nous profitons des commodités offertes par l’île : une navette gratuite nous emmène, comme à Spanish Water, deux fois par semaine au « supermarket » où une bonne connexion internet est possible. Nous nous y rendons avec des copains-bateau avec qui nous partageons de bons moments de camaraderie. Il y a Chantal et Laurent de Maeva que nous connaissions par blog interposé. Ils ont en effet navigué de conserve avec « SAS3 », qui a quitté les Caraïbes à la fin de la saison passée et est maintenant déjà arrivé en Australie. Il y a eu la rencontre fort agréable et intéressante avec Lily et Tom de Tiger Lily[1], solide cotre américain dont le capitaine, un ancien de la Navy et grand connaisseur de la côte E des États-Unis, nous a guidés dans notre projet de découverte de son grand pays. J’écris « grand » comme Gainsbourg a écrit « haut » en chantant  New-York :

 

«J’ai vu New-York, New-York, USA

J’ai vu New-York, New-York, USA

 J‘ai jamais rien vu d’aussi haut,

 si haut, si haut, si haut New-York,

New-York USA (…) ».

 

Il nous a bien expliqué les différentes options nous permettant de visiter son pays via le Canada en une seule saison et en évitant de se trouver dans les régions à risque cyclonique. Autant dire qu’il ne faudra pas traîner et il devient évident que le rêve un peu (beaucoup) insensé d’envisager le passage du NO s’éloigne de nous définitivement !

Décidément, je crois que le Peter Pan qui sommeille en moi et ronronne quand même aussi chez Marjo, va devoir quelque peu mettre ses délires en sourdine pour que l’agréable nomadisme  de l’Otter II reste cadré dans l’objectif initial qui était de partir à la découverte du monde en toute sécurité et sans prendre le moindre risque. L’Amérique du Nord est plus vaste que l’on s’imagine et en remonter la côte E sans passer à côté des sites les plus intéressants relève d’une planification judicieusement pensée, ce à quoi Marjo et moi nous attelons.

 

Entre les courses, la lecture, la natation, les « happy hours », le gonflage des bouteilles de plongée, la dégustation des excellents repas que me cuisine avec enthousiasme ma Dushi, nous plongeons beaucoup, presque tous les jours et pas seulement nous deux mais aussi avec Bob du « Pauwke » (le bon ami-bateau qui m’a si gentiment aidé à installer notre nouveau guindeau) et Laurent qui, malgré une expérience limitée aux quelques sorties baptême avec Stéphane & Ann de « SAS3 », progresse de jour en jour avec une opiniâtreté et une volonté qui force notre admiration. Vidanges de masque et passages d’embout sont maintenant devenus presque roupille de sansonnet et notre Laurent découvre davantage à chaque plongée le grand plaisir de pénétrer le monde que l’on dit du silence en même temps que nous, le plaisir de le partager. Je ne dirai pas encore que Laurent est comme un poisson dans l’eau mais il est sur bonne voie.

Ah, j’oubliais de mentionner une superbe soirée musicale, samedi passé, en l’église de Kralendijk où nous avons eu le bonheur d’écouter Carel Kraayenhof, son bandonéon et ses musiciens (un pianiste, un contrebassiste, un violoncelliste et deux violonistes). Impressionnant. Le public enthousiaste a obtenu deux morceaux supplémentaires en ovationnant les musiciens debout. Un grand moment de musique !



[1] Vous vous rappelez certainement de Lily la tigresse…

la princesse indienne enlevée par le capitaine Crochet dans le Peter Pan de Walt Disney.