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07/07/2013

mars 2012

Rapport de terre/mer 4 :

 

C'est proue à quai au port de Jolly Harbour sur l'île de Arruba que je reprends le clavier pour vous conter la suite de notre aventure. Hé oui, nous sommes au port car il y avait assez longtemps que la lessive attendait du 220 volts. Nous avons en effet testé notre petit groupe électrogène pour faire tourner notre lessiveuse et cela fonctionne bien. Il ne faut cependant pas tenter le diable en actionnant un autre gros consommateur électrique car le groupe déclare alors forfait ! D'un autre côté, au mouillage, lorsqu'il ne pleut pas, c'est l'eau qui est un problème... La lessiveuse en consomme beaucoup ! Nous revoilà en présence de l'éternel Yin et Yang qui, dans le fond, règle notre vie, que nous soyons en Europe ou au paradis Caraïbe. Chaque choix est régit par le pour et le contre. Rien donc de nouveau sous le soleil...

Mais où avais-je laissé notre parcours Caraïbe ? Nous quittions la Dominique pour l’îlet des Cabrits situé aux Saintes : point de départ de notre découverte de la Guadeloupe. Nous y arrivons après une courte traversée qui nous prend la matinée et mouillons sur bouée. Il faut savoir que les mouillages sur bouées se multiplient dans les endroits où les fonds méritent d'être protégés et c'est une très bonne chose. Il suffit de plonger sur l'aire d'évitage de sa propre ancre pour constater combien une chaîne qui rague sur le fond détruit tout sur son passage. Les patates de corail n'y résistent pas !  Donc, nous sommes sur bouée et découvrons les fonds sous-marins avec palmes, masque et tuba (pour ne pas utiliser l'horrible expression « snorkeling »!!!). L'eau est toujours à 27°  et offre une excellente visibilité. Nous irons ainsi de surprise en surprise, découvrant une multitude de poissons organisés en territoires très spécifiques à chaque espèce qui se confondent merveilleusement avec leur environnement. Nous retiendrons parmi tous ces magnifiques poissons tropicaux merveilleusement colorés, les diodons, les murênes, le chevalier, les balistes, le papillon Kat-Zié pour ne citer que ceux-là. A chaque retour au bateau, nous les identifions sur une planche illustrant les habitants du récif. Notre enthousiasme est tel que c'est  le froid qui nous a poussé à arrêter là  notre exploration. Une heure dans de l'eau à 27° nécessite quand même le port d'une protection thermique qu'à tord nous avions estimée non nécessaire. Les prochaines explorations furent toutes réalisées avec nos combinaisons excepté certaines petites sorties supplémentaires que Marjo, émerveillée par tout ce qu'elle voyait, réalisait en pendant que je m'occupais à bord. Nos Amis de SAS³ et Umilialtak nous retrouvèrent là-bas ce qui fut l'occasion d'un sympathique barbecue sur l'île que l'on aurait bien crue centre de revalidation psychiatrique pour gallinacés tant plusieurs coqs n'arrêtaient pas de chanter.... jour et nuit ! Peut-être l'influence de Bob Marley ?... Une bien sympathique soirée... Plusieurs allers-retours en annexe nous ont permis de prendre l'ambiance du Bourg situé à un petit mile à l'est. C'est le nom du village unique de Terre-de-Haut. Que dire de cette ambiance sinon qu'elle est pétaradante sillonnées que sont les rues par des scooters fous. Les dépliants touristiques annonçaient bien la couleur mais à ce point !... Nous n'y sommes retournés que pour l'avitaillement qui nous permit quand même de découvrir les gâteaux de l'endroit qui s'appellent des « tourments d'amour ». Un vrai régal ! A part cela, que des pièges à touristes... Nous avons très vite passé notre chemin pour pointer notre étrave sur les îles Pigeon qui est une réserve naturelle dédiée au Commandant Cousteau. Les mouillage n'y étant pas possibles, nous avons jeté l'ancre en face de l'île, à quelques encablures à l'est. Des tortues nageaient autour de l'Otter et nous les vîmes à plusieurs reprises venir respirer à proximité. A chaque fois, le même émerveillement, le même enthousiasme pour partager cela entre nous. « Regarde ! Une tortue !!! » Et toute activité cessante, nous nous précipitions pour les observer.

A l'Anse de la Barque (nom de l'endroit où nous étions mouillés), toutes les activités tournent autour de la plongée qui est très bien organisée et très bien surveillée. Nous plongerons là-bas une première fois avec notre moniteur préféré alias Stéphane de SAS³ et sa femme Ann  puis deux fois en couple alors que SAS³ nous avait quittés. Notre compresseur a donc bien travaillé et nous a permis de réaliser de magnifiques plongées entre 10 et 30  mètres de fond, les plus beaux endroits se situant entre 15 et 5 mètres. La lumière y est plus présente et les poissons plus nombreux. Nous y verrons des langoustes énormes ainsi que des poissons perroquets qui, bénéficiant de la protection de la réserve, se portaient merveilleusement bien. Les langoustes étaient vraiment impressionnantes et nous ont bien fait saliver... Je pense l'avoir écrit dans un précédent rapport, Marjo a inauguré une sauce créole au coco pour accompagner la langouste qui vous donne une idée de mon état d'esprit, rêvant au moment où, loin des interdictions, je pourrai en remonter une ou deux pour améliorer notre ordinaire ! Bref, les îles Pigeon resteront dans nos souvenirs un magnifique endroit de plongée.

Poursuivant notre route vers le nord, nous sommes arrivés à Deshayes, d'où nous comptions partir à la découverte de l'île en voiture de location. Bien qu'un peu décevante, la visite nous a permis de traverser la forêt qui, si elle est moins luxuriante qu'en Martinique (surtout moins fleurie) n'en est pas moins magnifique d’exubérance végétale. En chemin, nous avons eu l'occasion de visiter la maison du Cacao qui, outre l'intérêt que suscitèrent exposés et démonstration, nous permit de déguster le cacao à chacun des stades de sa fabrication, le chocolat chaud en étant le point d'orgue. Je m'en voudrais de ne pas mentionner la rivière salée qui sépare les deux terres de guadeloupe qui, faut-il le rappeler, se présentent sous la forme d'un papillon.

La traversée vers Antigua, longue d'une petite quarantaine de miles se passa fort bien. L'Alizé continuant à nous offrir ses services tribord amures, c'est par un petit 3 Beaufort que le Canal comme on appelle ici les bras de mer séparant les îles, que le Canal donc a été franchi. Afin d'arriver soleil haut et ainsi se faciliter la navigation à vue, nous avons levé l'ancre à 6 heures. D'une part, les premières heures de la journée sont toujours les meilleures en mer. Pas trop de vent, belle luminosité et mer agréable. Et d'autre part, les cayes comme on appelle ici les patates de corail qui parsèment les abords des îles plus ou moins entourées de récifs, sont plus visibles et peuvent être alors contournées en sécurité. Cela n'empêche pas les approches d'être assez tendues  d'autant que, Marjo étant à la barre et moi assis sur le beaupré surplombant la proue, j'ai confondu à trois reprises caye et tortue, faisant monter la pression à la barre par mes exclamations enthousiastes !  « Là-bas, une... tortue ! » Marjo croit entendre qu'elle doit virer à l'opposé de la direction indiquée. Elle donne un grand coup de barre et moi de me rendre compte que j'ai oublié la raison pour laquelle je suis assis à l'avant ! Ah... cet incorrigible Peter Pan qui sommeille en moi ! D'autres disent Professeur Tournesol... Je crois que je ne m'améliorerai pas et que un peu des deux me convient finalement parfaitement bien... Après ces émotions d'atterrissage, nous embouquions le chenal d'accès au port très fréquenté par des voiliers quittant le port toutes voiles déployées et donc priritaires. Ici, on roule à gauche et j'ai bien l'impression que les habitués de l'endroit confondent les règles de circulation automobile et les règles de navigation car pour autant que je me souvienne de mes cours, ce n'est pas parce que les balises latérales sont ici inversées que l'on s'y croise autrement que dans les eaux européennes ! Disons simplement que la meilleure règle étant de s'adapter aux circonstances en laissant le bon sens nous guider, c'est donc en passant sur la gauche du chenal que nous sommes arrivés à l'abri du « Jolly Harbour », marina assez récente où nous avons par la suite trouvé tout ce dont nous pouvions rêver tant en avitaillement qu'en accessoires pour l'entretien du bateau. Nous avons notamment de nouveau vu des étals de viande appétissants que Marjo se dépêcha d'exploiter en me faisant ressortir notre barbecue. Nous y déposâmes de succulents morceaux de viande dont nous avions presque oublié la saveur au profit des poulets et autres substituts protéiques et ce, depuis les Canaries.

Demain, nous irons nous ancrer à l'extérieur du port afin d'être fin prêt pour parcourir « à la fraîche » les 30 miles qui nous séparent de Barbuda. Départ donc pour le paradis des langoustes jeudi matin. On prévoit un peu de pluie et peu de vent. Espérons que le soleil sera bien présent quand même pour nous faciliter l'approche du mouillage.

A suivre...

avril 2012 découverte de Barbuda

Nous voilà donc arrivés à Barbuda. Premier mouillage en sécurité en face du Martello tower. C'est l'atterrissage le plus sûr et nous nous y ancrons précédés de peu de Umialtak, sympathique équipage canadien avec lequel nous faisons route de conserve depuis déjà quelques temps. SAS³, plus rapide mais surtout dont le capitaine Stéphane déteste se réveiller aux aurores, nous rejoindra quelques heures plus tard.

Le mouillage est rouleur et le petit port peu intéressant. Nous n'avons plus le temps de changer de place avant la nuit. Nous décidons donc de « faire avec »... le roulis bien entendu ! Après un apéritif dînatoire pris à bord de l'Otter II qui a rassemblé les trois équipages dans une ambiance toute conviviale, chacun rejoint son bord et s'organise pour la nuit. Je m'en veux encore de ne pas avoir eu le courage de mettre en place mon système anti-roulis. J'y reviendrai... La nuit fut, disons, remuée ! Le roulis est ce qui est le plus désagréable au mouillage car on dirait que une sorte de génie malfaisant donne à chaque mouvement la petite pichenette que l'on apporte aux enfants sur une balançoire pour augmenter l'amplitude des balancements... Le bateau se place naturellement bout au vent mais travers à la houle et, c'est parti !...  La fête commence avec l'insomnie à la clé. Une très mauvaise nuit de sommeil, donc. Au petit matin, très tôt levés car lassés d'essayer de dormir, nous constatons la disparition de SAS³. Nous nous disons qu'ils n'ont pas supporté le roulis et qu'ils y ont mis fin prématurément en changeant de mouillage. Nous aurions préféré cette éventualité car le contact fut rétabli par téléphone en cours de matinée et nous apprit que Ann avait été malade toute la nuit et que vu l'importance des douleurs gastriques ressenties, ils avaient décidés de rallier St Barth plus tôt afin de consulter un médecin. Nous apprendrons plus tard que des calculs à la vésicule biliaire seraient responsables des terribles douleurs qui ont terrassé notre pauvre Ann.

Au vu de ce diagnostic, nos amis avaient bien pris la bonne décision, Barbuda n'étant pas nécessairement l'endroit rêvé où nous voudrions être soignés. Gageons que les soins qui lui seront prodigués la soulageront rapidement, transformant ce pénible épisode en mauvais souvenir.

Avec Umialtak donc, nous levons l'ancre et partons vers Cocoa Bay. Ils font route directe car leur bateau, un plan Caroff en acier, est un dériveur intégral qui leur autorise des rase-motte que nous n'oserions même pas envisager ! C'est donc en marins prudents que nous les rejoignons en faisant le grand tour loin de ces hauts-fonds qui ne sont que des sources de stress dont nous nous passons volontiers. C'est à peine si ce détour nous a pris dix minutes de retard sur eux. L'eau est turquoise, la plage que nous longeons, un peu plus au large que nos amis, est immense et de sable blanc aux reflets rosés dûs à une algue endémique, appelée « reef cement » qui recouvre certaines espèces de coraux propres à Barbuda. C'est magnifique ! L'ancre bien plantée dans ce sable de bonne tenue, nous découvrons les charmes et le confort d'un mouillage idyllique. Pas de roulis. Rien que l'Alizé qui nous apporte l'énergie électrique dont nous avons besoin à bord...

Laissant là le bateau, nous sautons dans l'annexe avec notre petit matériel de plongée et partons à la découverte de la vie du récif tout proche. Quelque peu déçus par l'état des coraux (le corail est cassé et mort, présentant l'aspect d'un éboulis calcaire de couleur blanchâtre), nous découvrons des patates de corail intactes où la vie marine est particulièrement active. Sur le temps d'une petite heure de déambulation le ventre parfois au ras du fond tant la profondeur est faible à certains endroits, nous rencontrerons un bel échantillon de poissons de récifs ainsi que deux beaux lambis (énormes coquillages qui sont au menu de tous les restaurants antillais), une langouste et une belle raie très peu farouche. L'endroit étant une réserve naturelle, pas question de sortir quoi que ce soit de l'eau ! Quant au piètre état des coraux, nous apprendrons le lendemain par notre guide que cette dégradation est la conséquence de la pêche - tenez-vous bien - à l'eau de javel ! Les braconniers, ces enfants de chœur si ingénieux dans leurs illicites pratiques, disposent leurs filets puis jettent de l'eau de javel en amont de ceux-ci ce qui poussent tous les poissons à se sauver droit dedans ! Après, ce sont les coraux qui dégustent. Mais quand donc l'homme cessera-t-il de saloper notre pauvre planète bleue ?...

Après une merveilleuse nuit toute en tranquillité, nous levons l'ancre pour poursuivre notre route vers le nord par l'ouest de l'île et c'est très prudemment que nous nous faufilons entre les récifs coralliens pour atteindre  le mouillage jouxtant le « Codrington Lagoon ». Umialtak nous y a précédé, utilisant à son habitude la route la plus directe. Ils se feront quand même un peu peur quand leur ventre d'acier caressera  le fond ! Nous, malgré les précautions prises en traçant notre route, verrons notre sondeur afficher 3,10 m là où il y aurait dû y avoir plus d'eau... Il nous restait quand même un bon mètre sous la quille mais cela ne nous a pas empêchés de nous faire, nous aussi, notre petite frayeur !

Pour accéder au village de Codrington, il faut faire franchir aux annexes une cinquantaine de mètres de dune qui sépare l'océan de la lagune. Grâce à la jeune équipe d'Umialtak, les deux annexes franchissent cet obstacle sans problème et nous nous retrouvons dans le lagon. Direction Codrington. Nous découvrirons un petit village sans intérêt notoire dans lequel nous ne rencontrons pour ainsi dire personne sauf, chance inouïe, un gentil Monsieur de couleur, que notre amie Josiane identifie immédiatement comme étant le guide dont la photo se trouve dans ses documents de parfaite voyageuse.  Elle l'interpelle aussitôt et nous organise, avec lui bien-sûr, une visite du sanctuaire des frégates et ce pour le lendemain après-midi.

Après une bonne nuit de sommeil sans roulis grâce à l'ingénieux système[1] déjà cité, mais cette fois mis en place, et la matinée consacrée à l'entretien du bateau, nous nous rendons au rendez-vous fixé à 14 heures avec notre guide. Il nous embarque dans sa grande barque à fond plat propulsée par un gros 60 chevaux Yamaha. Il connaît son affaire le Georges. Après être passé au bureau du port pour payer la taxe de visite du sanctuaire, il nous emmène avec une passion non contenue visiter « son » lagon dont il nous raconte l'histoire dans un anglais accentué d'intonations créoles qui m'ont fait rater une partie de l'exposé. Il nous dit notamment que le lagon est une véritable nursery naturelle de langoustes. Elles y naissent et grandissent à l'abri des prédateurs et ce n'est que lorsqu'elles sont prêtes à affronter  leur vraie vie qu'elles s'en vont vers leur vrai domaine : l'océan.

Après un véritable slalom entre les hauts-fonds de ce lagon dont la plus grande profondeur ne dépasse pas les trois mètres, un détour par une balise latérale canadienne ayant dérivé après décrochage depuis le grand nord jusque Barbuda et la récupération dans une de ses nasses de cinq  belles langoustes, nous atteignons le sanctuaire en question qui compte des milliers de frégates. Dès l'approche une multitude d'entre elles nous informent que nous arrivons. Leur vol est majestueux et d'une précision remarquable. Ces magnifiques oiseaux, les plus rapides au monde, profitent du moindre souffle d'air pour se l'approprier aux fins de mille acrobaties. Un spectacle extraordinaire qui sera magnifié au fur et à mesure de notre approche par la proximité que ces superbes oiseaux qui, se sachant probablement protégés, acceptent. Georges, moteur arrêté, pousse sa barque avec une longue perche vers les îlots où sont posés les oiseaux. Ceux-ci ne bougent pas. Ils nous observent de leur oeil noir tout rond ? Il  y a des grands mâles, des femelles et des jeunes de  7 semaines et plus. Impressionnant ! Une véritable nursery dispersée sur une assez grande quantité d’îlots recouverts de buissons dont le feuillage est blanchi de guano. Quelle belle excursion ! Visite terminée, notre ami Georges nous dépose sur la plage près de nos annexes et, cerise sur le gâteau, nous offre, accompagné de son plus beau sourire, les cinq  langoustes ramassées dans son casier ! Umialtak possédant la plus grande casserole, c'est donc à son bord que seront dégustées ces charmantes petites bêtes accompagnées de la sauce créole devenue la spécialité de Marjo.

Le lendemain matin, c'est-à-dire lundi, nous devions retourner au village pour effectuer les formalités de sortie d'une part, et d'autre part pour récupérer ma Master card que l'unique machine à billets du coin m'avait phagocytée samedi. Avec Josiane, de Umialtak, nous effectuons ce parcours assez curieux consistant à passer de la douane à l'immigration, bureaux pour ainsi dire impossible à distinguer des habitations voisines. La banque, mis à part les barreaux aux fenêtres, ne s'en distinguait pas davantage ! Formalités remplies, nous allons donc à la dite banque pour récupérer ma carte. L'employé, appelé spécialement pour cette opération et venu de l'extérieur, nous dit que la machine n'avale pas les cartes ! Avec un calme olympien, il va vérifier sa « certitude », revient, téléphone en « haut lieu », fait visualiser le film de l'opération qui confirme bien notre venue et me voit mettre une baffe à l'appareil... et il nous redit très calmement qu'il est désolé mais que la carte n'est pas à la banque ! Et pourtant, « je suis certain que cette p... de machine m'a boulotté ma carte ! » Vous comprenez l'énervement qui fut le mien, le dépit de devoir rentrer sans ma carte et... la gêne de la retrouver bien rangée dans mon porte-feuille laissé à bord !!!  Encore une de ces absences justifiant mon surnom de Professeur Tournesol dont les séquelles ne s'arrangent manifestement pas avec l'âge ! 

 

En route pour St Barth et nos prochaines aventures... 



[1]   Le dispositif consiste à frapper une aussière sur la chaîne d'ancre et l'embraquer par le davier arrière en laissant filer de la chaîne supplémentaire. Le bateau se présente alors face à la houle et non en travers, position qui engendre le roulis.

avril 2012 à Barbuda

 

 

Nous sommes actuellement au mouillage à l'abri de la côte ouest de Barbuda. La mer est turquoise ! Malheureusement (!) un peu laiteuse, conséquence du coup de vent que l'île a subi en notre absence la semaine passée. L'approche s'est faite à vue en évitant les patates de corail qui rendent ce type de navigation obligatoire. Pas question d'arriver la nuit ni soleil dans le nez! On se lève tôt. Vers 5 heures alors que l'orient commence à s'éclairer. Nous arrivons donc soleil au zénith vers midi après une navigation d'une trentaine de milles. Les distances entre les îles sont relativement courtes. A 6 noeuds de moyenne, il nous faut 5 heures pour franchir les « canaux ». C'est le nom donné aux passages entre les îles de l'arc antillais.

Enfin, nous sommes arrivés dans l'idée que je me faisais des Antilles ! Plages immenses de sable blanc presque rose bordées de cocotiers et... personne ou presque pour perturber le mouillage. Plus de musique tonitruante jusqu'aux petites heures du matin ! La nuit est noire et seul le vent qui souffle régulièrement dans le gréement rompt le silence nocturne. Nous profitons alors d'une vraie nuit de sommeil bercés que nous sommes par le résidus de houle que laisse passer la côte sous la  laquelle nous sommes abrités. La journée, nous découvrons les fonds sous-marins proches du bateau. Pas besoin de bouteilles ! Nous découvrons cela en compagnie d'une famille très sympathique de canadiens qui terminent un tour d'Atlantique qui les a menés des îles de la Madeleine aux Antilles en passant par les Açores, Madère, Les Canaries, Le Cap Vert et la Casamance. Ils ont ainsi meublé une année sabbatique offerte par leur PO... Ils sont récréologues ! Connaissez-vous ce « métier » ? Ils travaillent à Montréal et doivent être rentrés au pays pour le début septembre. Ils ont la quarantaine et des enfants un peu plus jeunes que les nôtres. Tous ont du soleil dans les yeux excepté le petit qui patiente car en manque de ses amis !... A travers nos conversations, nous découvrons nos différences et nos points communs. J'ai par exemple appris avec stupéfaction que le Ministre de l'Education nationale du Québec avait tout simplement supprimé le droit de grève aux enseignants avec sanction pécuniaires en cas de non respect ! Je lui ai dit que si l'on tentait l'expérience en Belgique, ce serait la guerre civile !!!

A propos du temps qui passe, moi qui croyais que le temps allait ralentir une fois sorti de ma vie professionnelle, je me suis méchamment trompé ! L'autre jour, alors que je clôturais notre séjour à la marina de Jolly Harbour, la gentille employée me demande de payer quatre jours. « Four days ! » I say : « It's not possible ! ». La dame me regarde  avec la sympathie compatissante d'une personne en présence d'un malade d'Alzeimer et me déclare : « Yes, Sir, four days... You can verify the dates ! » Et moi, après vérification dans mon agenda de répondre en plaisantant : « Sorry, it's correct ! I think it's because I'm very happy to be in your beautifull marina that I can't to make a good time evaluation !!! ».

Voilà donc les dernières nouvelles de l'Otter II. Prochaines escales St Barth et St Martin. Bientôt un nouveau rapport terre/mer vous sera envoyé.

(à suivre)

début mars 2012

Rapport de terre/mer 3 : Une semaine que nous avons atterri à la Dominique. Une semaine de grand bonheur en rapport avec le but de notre voyage : la découverte. Ici, contrairement à La Martinique où, mis à part le climat, nous étions « presque » en France, nous avons été totalement dépaysés. Tout d'abord l'île en elle-même : authentique avec sa nature exubérante et riche. La population à grande majorité noire. Beaucoup moins de métissage qu'en Martinique. Des personnes qui semblent être heureuses de leur sort. Pas de mendiants. La bonne santé se lit sur tous les visages. Et la vie qui est rythmée comme chez nous mais de façon beaucoup plus visible par les activités scolaires. Tous les élèves sont en uniforme et envahissent les rues pendant le temps de midi et la fin de l'après-midi. Les uniformes sont différents selon l'établissement fréquenté. La jeunesse ainsi très facilement repérable semble très heureuse et il ressort que les autorités ne rigolent pas avec l'éducation. Nous avons vu de très jeunes garçons portant cravate et semblant déjà être destinés à des carrières diplomatiques ! De vrais petits monsieurs... Rapport à chez nous,... rien à voir !Mardi, nous avons remonté l'Indian river avec un guide local. Moteur relevé dès l'embouchure afin de préserver l'écosystème, c'est à la rame que notre guide nous a fait découvrir toutes sortes d'espèces de plantes et d'arbres de la région. Dégustation de « Dynamite », boisson à base de rhum (tiens donc!) qui nous fut servie fort heureusement en petite quantité, nous permettant ainsi de poursuivre notre route, cette fois à pieds, pour visiter les quartiers plus défavorisés du village. Chaque habitant y possède son lopin de terre et y cultive fruits et légumes divers dont beaucoup d'arbres peu ou pas connus, voire reconnu : l'arbre qui produit les noix de cachou notamment. Le guide a également attiré notre attention sur une petite herbe dont la feuille ressemble à la feuille d'acacia. Il a désigné cette plante comme étant une plante sensitive (elle possède la particularité de se refermer sur son pédoncule dès qu'on la touche), un peu comme, sous l'eau, le spirographe qui rentre dans son tube dès que l'on s'en approche de trop près. Impressionnant ! Nous irons ainsi de découverte en découverte. La cannelle pour ne citer que cet exemple : un arbre comme un autre sauf que, mais il faut le savoir,  quand on détache son écorce du tronc et que l'on renifle, il n'y a plus aucun doute ! Mercredi, nous sommes allés à Roseau, capitale de l'île. Nous avons choisi le bus pour y aller. Je ne me sentais pas capable de découvrir la conduite à gauche sur un tel réseau routier fait de routes tortueuses et relativement étroites où les indigènes sont les rois. J'y reviendrai... Donc, nous voilà monté dans le bus qui, en réalité, sont des petites estafettes d'une dizaine de places avec strapontin. Les voitures ne sont plus de première jeunesse ni les pneus de monte récente mais ça roule et, dans le fond, révèle une efficacité certaine dans la gestion du transport en commun. On attend très peu et, quand on demande à un autochtone de nous dire où se trouve l'arrêt, il nous dit qu'il n'y a qu'à héler le bus là où on se trouve et qu'il s'arrêtera pour nous prendre en charge. Et de fait, quelques minutes plus tard, avant même que nous ayons réalisé qu'il s'agit d'un bus qui arrive car ils sont tous différents, le sympathique passant nous ayant renseigné, crie pour nous et le bus se met sur le côté pour nous prendre en charge. Magique ! Pour quelques dollars ICI (il faut 4 $ICI pour faire un euro), vous pouvez visiter l'île en compagnie des gens de l'endroit qui sont hauts en couleurs. Tous noirs d'abord, ils se coupent en quatre pour répondre à nos questions et, malgré le fait que nous avons chaque fois été les seules passagers de couleur blanche du bus, n'ont jamais montré d'animosité à notre égard. Que des souriants « good morning », « good afternoon », « you're welcome » très polis. Malgré la chaleur qui pourrait vous laisser imaginer que les transpirations  mélangées participent à l'authenticité de ce genre de transport, détrompez-vous, les Dominicains sont des personnes très soignées qui prennent grand soin de leur hygiène corporelle. Mes lointains souvenirs de l'utilisation des transports en commun en Belgique en été sont loin de me rappeler la même impression... Poursuivant notre route vers Roseau, nous constatons qu'ci, le conducteur du bus est un peu comme le facteur chez nous il y a une vingtaine d'années. Il prend en charge un colis par ici, il en dépose un autre par là... Alors que nous attendions depuis seulement quelques minutes le départ du bus où nous étions installés, le conducteur descend. On se dit « Merde ! On n'est pas encore partis !!! ». On remarque alors que le conducteur se penche sous l'estafette et hop ! Voilà qu'il met le moteur en marche, remonte dans le véhicule et démarre. Personne dans le minibus ne semble se formaliser de cette procédure. Etonnant ! C'est le moins que l'on puisse dire... Comme, dans le même registre, cette dame qui monte dans l'estafette avec une bouteille de gaz. Je pense que si cela arrivait en Belgique, la panique d'une attaque terroriste ferait fuir illico tous les passagers !!!

Quant à nous, c'est sans encombres que nous sommes arrivés dans la capitale de l'île. Ici, nous sommes à l'abri de la consommation à l'européenne. Des cordonniers réparent des chaussures que nous mettrions sur les poubelles ! Nous allons de surprise en surprise et découvrons le peu d'intérêt manifesté par les touristes descendus d'un immense love-boat amarré en face d'un sympathique musée que nous avons visité avec l'appréhension qu'il soit envahi... Et bien non, nous étions les quelques rares intéressés ! Sur les centaines de passagers débarqués, seuls quelques couples ont déambulé avec nous dans les salles de cet endroit qui retraçait avec de très belles collections d'objets et de photographies d'époque, l'histoire étonnante de cette île si attachante...

Le lendemain, nous avons visité le fort du Cabrits National Park. Là encore, le Star Clipper était ancré à quelques encâblures du ponton d'accueil et nous craignions donc de devoir faire la visite en compagnie de trop de touristes. Et bien rien de cela n'arriva car les passagers semblaient préférer le farniente à bord plutôt que la découverte. Tant mieux pour nous. Nous avons déambulé seuls ou presque sur les sentiers qui traversent le parc et qui nous ont permis de découvrir les ruines de ce qui fut le fort Shirley et dont une partie a été et est encore en cours de restauration. Du haut de ce fort, nous nous sommes faits canonniers (v. Photo). Nous nous sommes également émerveillés devant la puissance de la végétation se ruant à l'attaque de murs construits à l'épreuve des boulets. Avant de quitter la Dominique, je m'en voudrais de passer sous silence le service du mouillage en la personne de Dany. Ce sympathique dominicain nous a pris en « charge » selon la loi du « premier arrivé, premier servi ! » car à peine notre ancre avait touché le fond, Dany, chevauchant sa pirogue en plastique, nous souhaita la bienvenue au Paradis et nous proposa ses services : enlèvement des poubelles, fournitures de fruits et légumes dont les noix de cocos vertes dont Marjo raffole le jus. Jusqu'à la fin de notre séjour, il nous poursuivit de ses visites dont le caractère est devenu de plus en plus, disons, confidentiel en sorte qu'il nous confia qu'il avait été dessaisi de son bateau et envoyé en prison pour trafic de haïtiens ! Quand il nous a dit combien il demandait par personne, nous nous sommes dits qu'il n'avait pas volé sa condamnation !!! Il nous conta  ses mésaventures avec le sourire, pas même gêné... la vie semblant rester pour lui une sorte de cadeau. Le soleil et la douceur de vivre des Tropiques paraissait avoir fait le ménage des mauvais souvenirs. Quand Dany nous « soutirait » une bière, il partait content à la recherche d'une autre opportunité commerciale. Et toujours avec sa pagaie double dont un seul côté était encore opérationnel ! Un grand moment d'exotisme pour nos yeux et nos oreilles étonnés. Avant d'abandonner la Dominique pour traverser le canal vers les Saintes, il me reste à relater notre visite aux derniers indiens Caraïbes. Ceux-ci sont les derniers représentants de cette race de guerriers qui donnèrent tant de mal aux envahisseurs qui, à l'instar des colons américains, les décimèrent en réduisant leur territoire à une peau de chagrin.   La visite de ce village reconstitué pour le tourisme ainsi que la découverte de leur artisanat dont la technique de confection des objets tissés en paille remonte à l'aube des temps resteront un grand moment de notre visite de la Dominique dont nous retiendrons surtout l'authenticité et sa nature merveilleusement préservée. Avis aux randonneurs, la Dominique recèle un sentier reconnu internationalement par les marcheurs comme la perle des Antilles.

A suivre...

Eté 2006

Souvenir d’une croisière vers

 

Lisbonne avec l’Otter II.

 

56 heures ! Du ponton du port de Lorient à celui de La Corogne, c’est un record que notre Hans Christian 43T (voir LN n°s 367, 373, 374, 387, 401) a établi par un vent soutenu de N-O. Bonne brise par le travers, le bateau a littéralement labouré la puissante houle atlantique stimulant notre loch  tout étonné de se stabiliser au-dessus des 8 nœuds/surface, voire même plus par moments : quelques pointes à 9 nœuds ont été observées. Le pilote B&G a fait merveille et l’équipage, détendu s’est adonné à ses occupations de belle traversée : sieste, bronzette, lecture et pêche à la traîne.  Nos deux adolescents, comme l’an passé et sans qu’il n’ait fallu insister, nous accompagnent, ma femme et moi, ainsi que notre inséparable chienne Ondine.

Arrivés à La Corogne le vendredi 8 juillet 2005 alors que le vent fraîchit et vire au N-E, nous laissons passer un coup de vent annoncé et, le beau temps s’étant rétabli, repartons vers Lisbonne sous la poussée d’une petite brise du N. Nous sommes le lundi 11 matin. Deux jours après, en fin d’après-midi, nous embouquons le Tage alors que le vent a fraîchi comme tous les jours, à partir de midi, sous l’effet des brises thermiques. Lisbonne et sa tour Belem nous accueillent.(photo) Nous imaginons la joie des découvreurs portugais rentrant au pays, épuisés par les privations et les maladies qui ont décimé les équipages et nous savourons notre chance de naviguer au XXIème siècle, confortablement installés, agrémentant notre voyage de nombreuses lectures dont certaines, choisies pour la circonstance, influencent notre imagination :

« Août 1499. Lisbonne. Deux bateaux approchent de l’estuaire du Tage. Cinquante-quatre hommes seulement sont sur les ponts. Des cadavres, animés d’un peu d’émotion à la vue de ce port familier. Des cales presque vides. Près de quarante-cinq mille kilomètres dans les voiles. Le plus long, le plus éprouvant des voyages au pays des Merveilles. (…) Gama sait qu’il a gagné la gloire ; tracé la route des Indes, (…). Désormais le Portugal a gagné la bataille des épices, de la porcelaine et de la soie et devant lui s’ouvre une époque inouïe de puissance et de richesse. »[1] .

Cette puissance et cette richesse, nous allons les percevoir tout au long de notre séjour dans la capitale portugaise. Depuis l'échec de la "révolution des œillets" qui a marqué, en 1974, la victoire de la transition démocratique, le pays s’européanise. Il se modernise sans pour autant cesser de rappeler sa gloire passée qui transpire à travers son magnifique paysage citadin. La misère sociale est , par contre encore présente : on peut la percevoir çà et là au détour de l’une ou l’autre ruelle de certains quartiers.

Il est 18 heures quand nous franchissons le pont tournant qui garde l’entrée de la Marina Alcantara. Attention à ne pas oublier de régler les montres : le Portugal est à l’heure d’été TU + 1. La marina, à cette époque de l’année, ne semble pas du tout surpeuplée et nous nous félicitons d’avoir tenu compte des instructions nautiques qui la conseillent. Elle est gardée nuit et jour  par un sympathique capitaine monolingue assisté de son caractériel caniche, « Roger », beaucoup plus commode qu’il n’en a l’air ! Un portique à code protège l’entrée et nous rassure donc immédiatement : pendant nos absences, l’Otter II ne risquera rien.

Après une bonne nuit de sommeil, nous nous équipons et, avec enthousiasme, partons à pied à la découverte de la ville.

La petite capitale européenne est une magicienne. Le rouge du soleil couchant sur le château São Jorge, le jaune des tramways (photo)et le bleu du Tage confèrent à Lisbonne une atmosphère colorée qui s’est dévoilée à nous au fur et à mesure de nos déambulations à travers les vieux quartiers. Lisbonne n'a pas la prétention ni l'exubérance des grandes métropoles : Lisbonne est simple, belle, idéale pour une escale toute en couleurs. Il faut se perdre dans les vieux quartiers, monter et descendre ses sept collines pour l'apprécier et y découvrir une incroyable chaleur humaine. C’est ce que nous avons fait du12 au 20 juillet. Huit petites journées pour arpenter ses ruelles et apprécier le charme des petits parcs idéalement répartis où les gens se reposent et se rencontrent. Nous visiterons également des musées (celui de la marine, celui du Fado et l’impressionnant Calouste Gulbenkian). Nous flânerons aussi dans lescentres commerciaux débordant d’activités et nous nous émerveillerons en rendant visite au couple de loutres de mer (des « Otter ») (photo) qui sont les vedettes du magnifique aquarium du Pavillon des Océans.

Signalons au passage que la marina de l’expo est toujours fermée suite aux dégâts occasionnés par les coups de vents de l’hiver 2000/2001.

Le vendredi soir, judicieusement conseillés  par la préposée à la billetterie du musée du Fado, questionnée pour éviter les pièges à touristes, nous passerons une soirée inoubliable à l’Esquina de Alfama (4, rua de S. Pedro – 21 887 05 90 pour les réservation).  Nous étions pour ainsi dire les seuls étrangers dans le restaurant.  Tous les autres convives étaient des lisboètes, hauts en couleurs, venant se retremper dans leurs racines pour fêter la fin de la semaine. (photo) À tour de rôle et à l’invitation du maître de maison, différents chanteurs, hommes et femmes, accompagnés de deux guitaristes, se sont succédés au micro pour notre plus grand ravissement. Nos deux ados ont adoré et l’ont manifesté par un enthousiasme sans retenue. L’ambiance était chaleureuse ; le rire et la nostalgie se confondaient en plaisir de partager un bon moment de détente collective. Avec l’accueil inoubliable que nous avons ressenti, cette soirée fut le point d’orgue de notre séjour à Lisbonne.

Respectueux du souci de ne pas dégoûter nos jeunes de notre passion pour la croisière et compte tenu de la possibilité, quand on s’y prend à temps, d’obtenir des billets d’avion bon marché, nos enfants nous quittent pour aller prendre leur bain annuel de camaraderie avec leurs amis de Pénerf [2]. Mes beaux-parents les prennent en charge jusqu’à notre retour.

Nous quittons donc Lisbonne en amoureux, espérant profiter de l’accalmie nocturne pour la remontée vers le N. A l’embouchure du Tage, un gigantesque porte-avion américain nous oblige à prendre un large tour. (photo) Des navires escorteurs veillent à tenir les curieux à distance. Un ferry local est en approche du géant pour prendre en charge la bordée de terre pendant que nous poursuivons notre route vers l’O-N-O au près bon plein. Nous laissons Cascais sur tribord, arrondissons le Cabo Raso et le Cabo de Roca et faisons route vers les Iles Berlenga. Une brume opaque s’installe et ne nous quittera plus jusqu’au lever du jour. Installé pour mon quart devant le radar, je surveille la progression de l’Otter II qui court sous grand voile arisée et appuyé par le moteur à 20° du vent apparent. Nous filons 5 nœuds sur une mer relativement calme. Un écho se dirigeant sur nous à grande vitesse attire mon attention. Je le capture sur le mini ARPA qui équipe notre radar. Sa vitesse est de 20 nœuds et son cap nous prévoit une rencontre (CPU) dans moins de 5 minutes.  J’abats de 20° et réduit ma vitesse. L’écho modifie aussi sa route et poursuit son approche. Je sors dans le cockpit mais redescends très vite. La visibilité est trop réduite :  notre puissant phare éclaire à peine jusqu’au beaupré. Le stress s’installe. Je réveille Marjo, augmente le son de la VHF et réduit encore notre vitesse à 3 noeuds. L’écho n’est plus qu’à 1/2 mile et nous ne l’avons toujours pas, comme le disent les militaires,  « en visuel » ! Je reste maintenant derrière la barre, le cœur battant car j’entends maintenant distinctement le bruit d’un moteur. Soudain, par l’avant du travers bâbord, j’aperçois une silhouette qui émerge de la boucaille. C'est une vedette rapide qui, virant soudain de bord, se place à notre hauteur et nous éblouit de son puissant projecteur. Toujours rien à la VHF. La vedette ralentit, vient sur notre arrière puis sur notre arrière Tribord, son projecteur poursuivant son travail d’inspection. Je commence à m'énerver, saisis mon phare et leur balance aussi  « la sauce » en montrant de la main gauche placée devant mes yeux qu’être ainsi agressé de lumière ne relève pas spécialement des bonnes manières. Leur projecteur s’éteint aussitôt ce qui me permet d’identifier mon agresseur : police maritime ! Aussitôt, la VHF nous envoie : « Otter two, Otter two, Otter two, this is the coast guards. Do you hear me ? » Je vous passe la suite qui consistera  en une cordiale vérification d’identité de routine sans visite à bord. La conversation s’écartant quelque peu de la procédure normale, je compris qu’une fois de plus, l’interlocuteur de Marjo était tombé sous son charme. Que ce soit en mer ou à terre,  Nil novi sub sole… D’un autre côté, mon soulagement était réel car, une fois de plus, cette situation m’avait fait prendre conscience de notre vulnérabilité !

L’île Berlenga nous a déçus. Bien qu’un labyrinthe de grottes et tunnels (photo) soit une curiosité à y visiter, l’île est le territoire des goélands. J’ai tendance à dire : « Rien qu’aux goélands ! » L’endroit dégouline de fiente. Toute l’île en est recouverte ainsi que les toiles de tentes des « malheureux » campeurs qui semblent pourtant s’en accommoder. Déclarée « Réserve naturelle », l’accès  y est interdit aux chiens qui se voient refoulés à bord. J’ai supposé que cette mesure était destinée à les protéger des bombardements des volatiles qui sont tellement nombreux qu’à certains endroits, même lorsque nous étions dans l’annexe, il pleuvait du guano ! Dans ces conditions, on se demande combien de temps encore la promiscuité hommes/oiseaux sera encore possible. Quant aux macareux, moines et cormorans, mentionnés dans les instructions nautiques, j’ai eu l’impression qu’ils s’étaient déjà fait à l’idée que ce territoire n’était plus pour eux. Ils brillaient en effet par leur absence !

Antépénultième étape : Nazaré. Dans ce petit port bien protégé et accessible par tous les temps, nous nous sommes attardés deux jours tant les rencontres y furent agréables. Il y a tout d’abord Mike, le capitaine du port, natif de l’île de Mann (c’est-à-dire ni Anglais, ni Irlandais ! Attention aux susceptibilités…) et sa femme ; ce sont des personnes exquises, dévouées et attentives aux moindres besoins des visiteurs. L’accueil est exceptionnel.

C’est dans leur bureau que j’ai pu lire que les adeptes du pavillon européen avec encart national risquaient une amende dont j’ai oublié le montant. Je savais cet usage non réglementaire mais ignorais qu’une sanction était prévue pour les contrevenants ! Au Portugal, c’est écrit noir sur blanc dans les capitaineries. Qu’on se le dise…

On y rencontre également l’incontournable Luis Estrelinha Guincho (photo) qui se vante de vous vendre absolument tout ce dont vous avez besoin ! Et il le prouve… en français, s’il vous plaît. Adorablement authentique, fils de pêcheur, il sait que dans son magasin, même sans jamais prendre de vacances, il est mieux qu’en mer comme son père dont il a connu la souffrance. Cette vie dure des pêcheurs est encore présente dans ce village devenu une cité balnéaire très fréquentée. Des poissons délicieux sèchent encore sur la plage, vendus par ces femmes de pêcheurs (photo)  que l’on dit porter encore sept jupons ! Encore une fois ici, deux mondes, deux époques qui se mélangent pour exciter notre curiosité. Nous nous y serions encore bien attardés tant la tentation était forte de nous évader à la découverte des nombreux sites les plus intéressants du Portugal comme Fatima , Alcobaça, Caldas da Rainha, entre autres curiosités recommandées par le guide Imray. Une dépression inespérée de S-O en décidera autrement. C’est une occasion vraiment rare. On va donc en profiter. Stimulé par l’équipage du « AMUITZ » dont le skipper José AROCENA est un champion de la météorologie embarquée, nous prenons congé de notre petit monde si sympathique (photo Ójosé Arocena) et mettons le cap, au portant, vers Leixoes d’où nous comptons visiter Porto, dernière escale prévue de notre croisière. Faisant route sous spi, je me surprends à envisager de profiter de ces conditions exceptionnelles pour reporter notre visite à Porto à une autre fois et retraverser le Golfe dans la foulée. La déception lue sur le visage de ma femme à cette seule idée d’écourter notre croisière à deux suffit à balayer cette idée de ma tête de capitaine prévoyant. « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » est un proverbe qui, nous l’apprendrons à nos dépens, s’applique également en mer.

Nous visitons donc Porto (photos) au départ de Leixoes, ce qui est une bonne solution tant les transports en commun s’y prêtent merveilleusement bien. Mis à part notre visite d’une des caves et, pour nous y rendre,  le passage du Douro à pied sur le superbe pont Dom Luis 1er (dû au talent d’un élève d’Eiffel),  peu de choses nous y ont retenus. Le port de Leixoes, certes actuellement gratuit car privé d’eau et d’électricité depuis un incendie survenu l’an passé, accueillait les voiliers de passage mais exprimait un petit air de désolation assez peu engageant. De plus, le vent dépressionnaire avait forci au cours de la deuxième nuit et l’envie d’en profiter pour nous échapper vers le N fut, même si elle n’était plus exprimée, encore présente !

Les amarres sont larguées sans regret et, le vent étant calmé, nous remontons sous spi vers le N. Pendant la nuit qui précède notre arrivée à notre dernière étape prévue avant la grande traversée, le vent tombe. On rentre le spi et c’est au moteur qu’au petit matin, nous embouquons l’une des plus belles rias de Galice, la ria de Camarinas.(photo) Nous sommes le 30 juillet et nous avons laissé passé notre chance… Le lendemain, le vent du N reprendra ses droits !

À Camarinas, nous nous reposons jusqu’au 6 août, attendant en vain une bonne fenêtre météo. L’anticyclone des Açores pousse vers le N et envoie des vents de N-E sur tout le Golfe de Gascogne.

Nous attendons également que des nouvelles batteries viennent de La Corogne où un électricien de marine local nous les a commandées. Les nôtres sont en bout de course. Elles ne tiennent plus la charge et nous avons décidé de les remplacer. Fort heureusement d’ailleurs car la suite de notre voyage va mettre notre pilote à rude épreuve !

Attendus à Pénerf pour le vendredi 12 août au plus tard et la météo, bien que non favorable à notre traversée, n’annonçant pas de coup de vent, nous larguons les amarres. Nous sortons de la ria par un vent soutenu de N. On file 7/8 nœuds. Ce sont les derniers moments de bonheur. Dès la sortie de la ria, le vent forcit et ne descendra plus sous les 20 nœuds jusqu’à Belle-Ile. La houle d’ouest nous cueille, croisée par les vagues levées par le nordet. Nous remontons le vent à 50°. La bagarre commence. Cette allure de près, inconfortable, nous chahutera pendant 5 jours et demi, ne nous laissant aucun répit. L’Otter II, Marjo et moi allons prendre une leçon de patience et de persévérance, Ondine se limitant à nous adresser des regards qui en disaient long sur son envie de revoir un carré d’herbes. Les creux s’amplifieront  et le vent poussera des pointes à plus de 30 nœuds, nous forçant à remonter jusqu’à la latitude d’Ouessant avant de replonger bâbord amures sur Belle-Ile. À 19 heures, le mercredi 10 août, nous apercevons le Pignon balisant l’entrée de la rivière de Pénerf. Le vent est tombé et nous sommes au moteur. Depuis Les Cardinaux, nous remettons de l’ordre dans le bateau, enfin à l’horizontale et répondons aux messages téléphoniques qui nous proviennent  de tous ceux qui s’inquiétaient de notre trop long silence. Sur le journal de bord, en guise de point final à notre croisière, j’ai écrit : « Merci Neptune, on a compris la leçon ! » Je pense que c’est à travers ces inoubliables moments que s’aiguise le sens marin…

Après quelques jours à terre, la chaleur de l’accueil de nos enfants, de nos parents et amis estompent ces mauvais souvenirs. Nous nous rendons compte que ces 5 jours et demi de galère sont déjà presque oubliés et réalisons que, pendant cette éprouvante remontée du Golfe, jamais nous n’avons eu peur. Notre Hans Christian s’est montré à la hauteur de la tâche que nous lui imposions. Il a lutté bravement et nous a ramené au port, sains et saufs, nous permettant de lui conserver notre confiance pour nos vagabondages à venir…

 

 

 

 

 



[1] Olivier & Patrick POIVRE D’ARVOR. Rêveurs des mers. MENGES. Paris, 2005.

[2] Bretagne du Sud