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07/07/2013

4 novembre 2012

Ce dimanche 4 novembre

 

Par une température de plus en plus clémente – l’hiver tend à s’installer aussi ici pour notre plus grand plaisir – c’est-à-dire 30/32° au lieu de 33/35° l’envie me prend de vous conter comment se passe notre vie à Bonaire. Depuis le départ de nos amis de SAS3 pour Spannish water, nous avons continué à plonger. Les fonds sont ici de toute beauté et nous avons même « risqué » une plongée sous le bateau qui nous a ravis. Tarpons, baracudas, carangues et autres habitants du récif moins imposants étaient au rendez-vous. Quand on s’immobilise devant un tombant par une bonne vingtaine de mètres de profondeur, on découvre alors les petits, voire les minuscules animaux peuplant éponges et coraux d’une diversité rarement rencontrée. Des crevettes nettoyeuses, des chevaliers, des rascasses « Lions fishes » et autres poissons pierre font partie des rencontres habituelles. Toujours pas de requin !... Dès le retour de plongée, nous dînons puis nous nous reposons, métabolisant ainsi l’azote dissout dans nos tissus. Juste avant que le crépuscule ne s’installe, je regonfle les bouteilles  pour la plongée du lendemain. Le plus souvent, j’arrête le compresseur alors que le soleil se couche derrière l’île de Klein Bonaire.

Hier et avant-hier, nous n’avons pas plongé. Repos. Notre éolienne faisait du bruit et nécessitait un sérieux contrôle. Avec l’aide d’Alain du bateau PAGUS, nous avons donc « abattu en carêne » le mâtereau de soutien de l’éolienne et avons complétement démonté le système de pales du capricieux engin pour découvrir que deux vis étaient desserrées ce qui provoquait la vibration. Après resserrage avec cette fois de la colle de calage pour éviter toute récidive, nous avons remis le tout en place puis avons fêté la nouvelle jeunesse de notre moulin en invitant Alain et Yolande  - son épouse  - a partager les poissons que Marjo avait achetés le matin aux pêcheurs locaux.  C’est en « kibbeling » que Marjo les avait préparés faisant découvrir ainsi à nos amis français, la cuisine néerlandaise. Ambiance décontractée à bord, discussions intéressantes entrecoupées de grands éclats de rire, Alain et moi nous donnant la réplique pour amuser la galerie. A 17 h30, nos amis quittaient notre bord. C’est dire si nous n’avions pas vu le temps passer !...

Aujourd’hui, jour des grandes courses. Lever tôt, à 8h30 nous étions en route avec notre diable (qui nous est indispensable pour le transport de denrées lorsque nous ne louons pas de voiture). 20 minutes aller, 25 minutes retour le diable chargé jusque la poignée ! Et me revoilà assis dans le cockpit sous notre pare-soleil, tapotant mon clavier accompagné du son « mélodieux » de notre petit groupe électrogène que nous sommes bien obligés d’utiliser pour recharger nos batteries faute d’un alizé soutenu qui nous permettrait de nous contenter de l’éolienne comme fournisseur d’électricité. Le soleil brille, le vent est doux et agite à peine les pavillons. L’eau est cristalline. La vie est belle à Bonaire !...

Demain ou après, nous louerons une voiture pour la visite incontournable de l’île.

(à suivre)…

 

Aujourd’hui, lundi 5 novembre, nous sommes partis avec nos voisins de PAGUS, Alain et Yoyo louer une voiture. Un tenancier de bar à qui nous demandions de nous localiser un loueur qui avait été recommandé à Alain, nous a aidés au-delà de nos espérances. Un petit coup de fil et, après un petit café pour patienter, une demoiselle se présentait pour nous emmener à l’agence où les formalités de location furent expédiées. Nous disposions d’un pickup Toyota presque neuf. Alain, en ancien de chez Renault, prit le volant et nous conduisit de main de maître durant toute la journée. Découverte des salines dont le développement industriel nous a stupéfaits. Leur histoire que nous découvrirons au fur et à mesure de notre progression nous ramènera encore à cette route des esclaves que nous suivons depuis notre départ. Découvrant les « huttes » dans lesquelles les esclaves exploités jusqu’au XIXème siècle, nous ne pûmes que réaliser une fois de plus combien la vie de ces pauvres gens fut rude, voire inhumaine. Lorsque l’on voit ces huttes dans lesquelles plusieurs personnes étaient entassées en dehors des heures de travail, on ne peut s’empêcher de penser que des chiens sont mieux logés que ces esclaves ne l’étaient à l’époque. Que de misère humaine transpire des murs de ces « huttes » qui ressemblent plus à des niches qu’à des logements. Encore une page de cette terrible histoire de l’esclavage a été tournée  ici à Bonaire.

Poursuivant notre route, nous sommes arrivés au « sanctuaire des ânes ». Ceux-ci ont été introduits par les espagnols pour les travaux des champs et se sont reproduits sur l’île dès l’apparition de la mécanisation qui les remplaça. Depuis, on les trouve en liberté un peu partout  mais  en plus grand nombre dans une sorte de ferme qui s’en occupe. Elle compte quelques 369 pensionnaires qui sont cajolés par une charmante dame qui se dévoue avec quelques volontaires pour faire de ce lieu, un endroit d’une quiétude remarquable. C’est incroyable comme ces gentils animaux dégagent une sorte de paix qui donne toute sa valeur à cet endroit.  C’est en voiture que nous visitâmes cet immense domaine,  comme en safari, des ânes de toutes origines, venant nous saluer, débouchant au détour du chemin d’une sorte de maquis d’épineux et de cactus qui couvre tout le domaine.

Nos estomacs nous rappelant que midi était déjà passé de plus d’une heure, nous nous dirigeâmes vers un petit restaurant très sympa où un filet de barracuda nous attendait. Dé-li-cieux !... Après un petit café nous reprîmes la route et parcourûmes encore un vaste domaine clôturé par des haies de cactus assez étonnantes. Un vrai labyrinthe dont nous parvînmes à sortir après maintes hésitations et demandes à des autochtones de passage.  Derrière ces clôtures de cactus, nous découvrîmes des espaces labourés d’une terre semblant assez fertile et de couleur terre de Sienne, presque rouge.

Que de  nouvelles images enregistrées dans nos mémoires curieuses de découvrir toujours d’autres histoires, d’autres modes de vie. Quelle magnifique journée partagée dans la joie d’être  avec d’adorables personnes pour partager nos découvertes unis par le même enthousiasme et la même joie de vivre ces moments privilégiés !...

Mardi 6 novembre

C’est reparti. Deuxième jour de visite. Destination le parc national. C’est un peu comme si on faisait un safari. 37 kms de pistes à travers un territoire merveilleusement préservé. Des lacs où broutent des centaines de flamands roses, des collines mystérieusement dessinées par les activités volcaniques dont nous découvrirons les explications en visitant le musée qui clôture le circuit. Au détour d’une piste menant à un point d’eau caché sous les épineux, nous découvrirons côte à côte en train de se désaltérer des iguanes peu farouches et un caracas, rapace endémique, magnifique de la taille d’une buse variable de nos pays. Il nous sembla entrapercevoir les fameux perroquets de l’île mais ne pûmes pas les observer aux jumelles… Des plages immaculées où viennent quand même – aucun endroit de l’île ou presque ne peut ignorer que nous sommes au « divers paradise » - quelques plongeurs déjà habitués à la beauté du site et simplement concentrés sur leur activité préférée. Petit repas bien hollandais : croquettes à la moutarde avec pommes allumettes. Pas génial mais les estomacs sont recalés pour poursuivre notre route qui ne fut plus bien longue car la journée était déjà bien entamée lorsque Kralendijk fut en vue. Magasinage dans un supermarché pour renouveler notre provision d’eau potable (on profite de la voiture pour le transport). Retour au mouillage et T-punch à bord de PAGUS qui souhaitait nous faire goûter son sucre de canne fait maison parfumé à la canelle et au clou de girofle : délicieux ! A 21 heures, je crois bien que je dormais déjà, rêvant des paysages extraordinaires rencontrés et de ce petit lézard (de 15-20 cm quand même !) qui me mordit le doigt, confondant probablement celui-ci avec un morceau de pain !...

 

 

Mercredi 7 novembre

 

C’est reparti… On a prolongé la location. Trop de choses à découvrir en trop peu de temps. Comme la location est partagée, on est plus à l’aise. Aujourd’hui, nous partons à la découverte des inscriptions indiennes qui, d’après les indications des dépliants touristiques, se trouvent au N de l’île. C’est là que notre ami Alain montra ses grandes capacités de conducteur. On se serait crû en train de faire le Paris-Dakar au ralenti tant le terrain était accidenté ! Je pense que si le loueur nous avait vus, il se serait fait du mauvais sang ! Paysages lunaires fréquentés presqu’exclusivement par iguanes, lézards - que nous n’aurons jamais vu en aussi grand nombre - et bien entendu les ânes qui gambadent en liberté un peu partout comme dans les westerns tant l’impression de monde sauvage était grande (avec un petit effort d’imagination pour remplacer les ânes par des chevaux bien entendu !). Les inscriptions indiennes, nous ne les avons pas vues et il semblerait que peu d’habitants de l’île les aient déjà vues. Une légende indienne ? Une de plus ?... Peut-être mais la recherche fut tellement magnifique qu’elle n’engendra aucune frustration de notre part. Petit repas dans l’unique restaurant de Rincon, un chinois où nous étions les seuls clients excepté les habitués qui passaient leur temps de midi à siroter des bières et retour en passant par le supermarché où nous poursuivîmes notre avitaillement.

 

@ suivre…

 

2 décembre 2012 à Bonaire

2 décembre 2012

 

Aujourd’hui, c’est dimanche. Lever avec le soleil et petit déjeuner dominical avec œufs sur le plat, tranches de pain complet à la hollandaise et dessert également hollandais avec du pain d’épices au gingembre. Thé comme tous les autres jours où nous nous contentons de yoghourt avec muesli. Délicieux quand même. Le soleil est là mais moins agressif qu’il y a quelques semaines maintenant. La température dans le bateau est descendue de quelques cinq degrés ! C’est suffisant pour rester agréable… Même l’eau dans laquelle nous plongeons s’est refroidie : 29° au lieu des 33° du début du mois de novembre. Et oui, en apprenant que les premiers flocons sont tombés sur la Belgique, nous réalisons que l’hiver ici aussi prend ses marques ! Cela signifie pour nous l’idée que la transhumance est proche. Plus de risque cyclonique et donc le désir de poursuivre notre route. Ici à Bonaire, le temps est au farniente. Il n’y a pas un souffle de vent et la mer est comme un lac. Observant la surface autour d’Otter II, on dirait que sa quille repose sur le fond. L’eau est tellement claire que l’on croirait qu’elle s’est retirée et que seul le fond est visible. Quelques petits poissons (Sergents majors) que j’appelle les Daltons à cause de leur tenue de prisonnier et de la frénésie qui s’empare d’eux quand je leur offre les restes de nos repas en chantant – je suppose que vous avez trouvé ![1] Pour l’instant, j’attends avec tendresse le : « On va plonger ? » de ma Chérie qui ne se lasse pas, tout comme moi d’ailleurs, des merveilleuses possibilités de plongées de cet exceptionnel endroit. Aujourd’hui donc, nous irons plonger sur Klein Bonaire[2]. Hier, c’était plus au sud sur une épave couchée sur le fond à une trentaine de mètres. Quel plaisir de se retrouver sous l’eau en amoureux, en totale symbiose, habitués que nous sommes à plonger en duo. Les barracudas étaient au rendez-vous et si l’épave se révéla telle que des amis plongeurs nous l’avaient annoncée, il n’en est pas moins vrai qu’une plongée sur épave revêt toujours un caractère mystérieux, un peu inquiétant comme tous les endroits qui ont une histoire quelque peu sinistre. C’est une ambiance assez difficile à décrire. Bien que nous complaisant à plonger nous deux, nous faisons aussi volontiers équipe, partageant notre expérience avec des voisins de mouillage qui, débutants en plongée, sont encore un peu intimidés par l’idée de plonger en autonomie. C’était le cas de Free Spirit, sympathique famille anglaise avec laquelle nous avons presqu’immédiatement sympathisé. Quel bonheur de travailler son anglais loin des classes !!! Et avec pour sujet la plongée et la navigation. Immergé dans leur univers unilingue (sans vouloir les critiquer, comme la plupart des anglais !...), nous avons partagé plongées et T-punchs avec tellement de plaisir. Aussi avec Rêve de lune avec qui nous avons également plongé et partagé des « happy hours ». Eux nous ont emmenés plonger au sud de l’île dans deux « spots » trop éloignés du mouillage pour être accessibles en « dinghy ». Ils avaient loué un pickup pour l’occasion. Ils appareillent aujourd’hui pour St Martin.

 

Revenus de notre plongée, je reprends le clavier.

 

Avec notre annexe qui accuse quand même son âge mais encouragés par la performance réalisée avec elle pour la plongée d’hier (20 minutes pour rallier l’épave !), nous avons fait le tour de Klein Bonaire et, en passant sur le spot de plongée W (EBO’s special), nous nous sommes bien entendu arrêtés : 60 minutes à 31 m mais la plus belle partie fut au retour entre 20 et 10 mètres de profondeur. Nous y avons vu une anguille serpent à taches dorées. Magnifique !...

Je sais que Marjo voudrait encore plonger demain mais je résiste car il faut préparer le bateau pour notre prochaine traversée. Actuellement, le pont est un véritable chantier encombré qu’il est de tout ce qui touche à la plongée : compresseur à air, combinaisons qui sèchent, détendeurs, ceintures de plomb, masques, tuba, etc. sans parler des réservoirs d’essence 2 temps et normale pour annexe, groupe électrogène et compresseur. Fort heureusement, il n’y a pas de voleurs à Bonaire et c’est pourquoi, nous osons laisser tout notre matériel sur le pont !... Il y a d’autres endroits pour lesquels on ne peut pas malheureusement dire la même chose.

Mardi donc, nous larguerons nos bouées d’amarrage que nous squattons depuis plus d’un mois. Direction le N. Notre intention est de faire durer le plaisir avant de rejoindre la Jamaïque ou Cuba et donc, de mettre le plus d’est possible dans notre N et qui sait, démontrer que notre Otter II peut aussi remonter le vent. Marjo rêve d’un nouvel appareil photo[3] qu’elle n’a trouvé ni à Bonaire ni à Curaçao. C’est à Saint Martin que nous avons le plus de chance de trouver ! Donc, direction St Martin ? Mais nous savons que si ces intentions relèvent d’un certain possible, nous savons également que, au bout du compte, c’est le vent et la mer qui auront le dernier mot. A suivre donc, je donnerai ma position tous les jours par STW si la communication Iridium veut bien passer. Vous connaîtrez donc au fur et à mesure la direction qu’Eole et notre bon Otter nous auront laisser prendre…

 

A bientôt… Bises et, comme disait Moitessier, fraternité à tous



[1] Tagada tagada voilà les Daltons (air connu)

[2] Klein Bonaire est une petite île inhabitée située au NO de Bonaire

[3] Pour ceux qui l’auraient oublié, Marjo s’est malencontreusement trébuchée en déhalant le zodiac sur la plage de Barbuda et a de ce fait offert à notre appareil photo son premier et dernier bain d’eau salée !

25 octobre 2012 réflexions

25 octobre 2012

 

 Ce soir, il fait toujours aussi chaud !... Bien qu’un petit courant d’air s’infiltre par bonheur dans le carré,  je me réjouis de recevoir le petit ventilateur que nous avons commandé afin de mieux résister surtout pendant la nuit où la température diminue à peine tandis que le vent faiblit.

 

Réfléchissant à ce qui peut bien vous intéresser avant d’aller plus loin dans la rédaction de ce rapport, je pense que c’est peut-être plus notre ressenti  qui fait le sel de ce voyage plutôt qu’une sorte de livre de bord énumérant notre quotidien. Nous devons faire nos courses, nous devons lessiver, nous devons faire aiguade[1] ; beaucoup de tâches d’entretien occupent nos journées et le gonflage des bouteilles nous prend une petite heure tous les jours. Chaque descente à terre nous apport le dépaysement que nous sommes venus chercher. On rencontre un tas de gens différents parlant des langues différentes, possédant des cultures différentes. Même dans le chef des plaisanciers de rencontre. Il y a ceux qui nous saluent et ceux que nous allons saluer. Il y a ceux que nous saluons et qui nous ignorent comme si nous étions des importuns. Il y a des snobs, des babacools, des aventuriers, des vieux, des jeunes, des couples avec des enfants. On se demande un peu quel genre de vie ils ont choisi pour se retrouver si jeunes dans les mêmes conditions que nous, en croisière prolongée au terme d’une vie de travail. Bref le monde de la plaisance est beaucoup plus cosmopolite qu’il n’y paraît a priori.



[1]Renouveler les réserves d’eau potable d’un navire

octobre 2012 Les Aves

Rapport de mer II.2

 

Il y a maintenant trois jours que nous sommes arrivés à Aves de Borlavento. Il fait très lourd et orageux. La nuit, il éclaire de tous côtés et on entend au loin le roulement du tonnerre. C’est assez féerique comme ambiance. L’eau autour du bateau est à 31°C ce qui invite à la baignade. En Bretagne, l’eau était trop froide et ici, elle est presque trop chaude. Il faut plonger pour trouver de l’eau un peu plus fraîche. Une heure sous l’eau avec des combinaisons de 1-2 mm d’épaisseur sans ressentir le moindre frisson ! Bien qu’il serait plus agréable de vivre en transpirant un peu moins, on ne se plaint pas. Surtout quand on pense à la température qui règne actuellement en Belgique !...

 

Depuis notre arrivée, nous nous sommes organisés pour pouvoir gonfler nos bouteilles de plongée. Je le fais le matin afin d’y pousser de l’air un peu plus frais et de ménager ainsi les cartouches filtrantes qui se saturent beaucoup plus vite en fonction de la température et de l’humidité de l’air aspiré.

 

Il fait nuit noire dès 19 heures et quand nous ne recevons pas ou sommes reçus à nos bords respectifs, nous nous endormons le plus souvent dans le cockpit profitant de la relative fraîcheur du début de nuit. A 6 heures, nous nous levons avec le soleil et « farnientons » jusqu’au petit déjeuner.

 

Les plongées sont belles, peu profondes car la vie marine dans le lagon est surtout en surface. Dès que l’on descend, le sable prend le pas sur les patates de corail qui seules sont colonisées et fréquentées par des poissons et invertébrés de toute beauté. Nous avons chaque fois droit à un festival de couleurs magnifiquement mise en évidence par le soleil de midi. Toujours pas vu ces énormes langoustes dont l’existence a été une des motivations qui nous ont fait venir jusqu’ici. Peut-être cherchons-nous mal ? Qui sait, peut-être demain ?...

 

Hier en fin de journée, visite de pêcheurs locaux qui nous demandent d’utiliser notre VHF pour communiquer avec les coast guards vénézuéliens. Marjo n’ayant peur de rien se lance en espagnol, préférant tenter la communication qu’avoir un quidam à bord. Pas de réponse. Ici, les coast guards ne sont pas les mêmes qu’aux USA. Ici, on bricole. La preuve en est que ce matin, ces mêmes pêcheurs ont servi de taxi à deux gardes côte assez sympas qui sont venus nous contrôler. Cela fait quand même étrange de voir des représentants de l’ordre se déplacer dans une barque traditionnelle peu motorisée. C’est cela aussi le dépaysement. Bref, ils montent à bord, on se débrouille avec eux moitié en anglais, moitié en espagnol et, après une bonne demi-heure d’explications et de présentation de documents et autres accessoires de sécurité, il nous est conseillé de quitter les lieux afin de faire notre entrée au Venezuela par Los Roques, magnifiques îles situées à 30 miles à l’est des Aves. Là se trouve un service d’immigration qui, une fois visité, nous permettrait de demeurer jusque 6 semaines dans les îles vénézuéliennes. On aurait pu éviter cela en passant par le consulat à Curaçao mais cela, nous l’ignorions. Le peu de vent actuel nous pousse à choisir cette option que nous n’avions pas envisagée tant radio ponton déconseillait sa fréquentation à cause de la présence éventuelle de pirates. Les garde-côtes nous ont rassuré à cet égard ce qui nous fait hésiter. Los Roques faisant partie de ces îles incontournables et incontournées des tour-du-mondistes, je pense qu’il y a de grandes chances pour que nous nous y dirigions bientôt. Il nous reste encore un mois et demi avant de pouvoir prendre la direction de la Jamaïque. Il me semble donc que nous avons le temps !...

 

Pour la petite histoire, les coast-gards, Charly et Co, leur tâche terminée, nous ont demandé un peu d’huile et du beurre, prétextant une prolongation imprévue de leurs prestations dans les îles sans ravitaillement supplémentaire. Il semble que cela corresponde surtout au fait que ces denrées sont très rares au vénéz et c’est donc de bonne guerre qu’ils nous ont sollicités. Repartant avec ce qu’ils avaient demandé et un petit supplément offert par ma capitaine, ils s’en sont allés faire le même cinéma auprès de SAS3 qui les a aussi gâtés à leur façon. Vous direz corruption ? La manière avec laquelle ils l’ont demandé était significative de leurs conditions de vie difficiles. Ce n’est pas à bord d’un super zodiac qu’ils nous ont abordés mais plutôt transportés - sûrement à l’œil - par des pêcheurs qui en retirent vraisemblablement un avantage. Peut-être ce soir ces pêcheurs nous apporteront-ils du poisson et des langoustes ? Chose promise…

(…)

Les pêcheurs sont repassés, la première fois avec des poissons dont un délicieux mérou que nous avons dégusté avec SAS3.Ces poissons ont été troqués contre quelques piles, du rhum, de l’eau potable et un nécessaire de couture (fil et aiguille). Le lendemain, les pêcheurs nous apporterons des langoustes mais o tempore o mores, le prix demandé était inabordable et Marjo, en bonne gestionnaire de notre budget, leur a dit que le prix était trop élevé. Ils sont repartis un peu moins sympas que l’avant veille… On est loin de la langouste troquée contre un paquet de cigarettes (que nous avions achetées à cette fin !)

Après discussion entre nous, Marjo et moi avons décidé de ne pas risquer Les Roques car le flou artistique régnant dans les contraintes administratives nous ont convaincus de donner une fois de plus la priorité à la raison. Gageons que cette attitude continue à préserver notre  plaisir de naviguer ! D’autres îles nous attendent sans que nous puissions espérer les visiter toutes… Mais reparlons des Aves. Quel plaisir de partir en annexe à la découverte de ce paradis pour oiseaux. Des fous à pattes rouge surtout (il en existe aussi des à pattes bleues et à pattes jaunes) nichaient ou construisaient leur nid à grand renfort de cris désapprobateurs quand nous approchions. Des photos, on en a pris beaucoup ainsi qu’Ann de SAS3 qui nous accompagnait. Parcourant la mangrove, nous découvrons le chemin donnant accès au monument des bateaux où nous déposerons un souvenir de notre passage. Cet endroit est chargé de sens et d’émotions tant les noms de bateaux inscrits ou gravés sur  bois flotté ou autre coquillage rappelle des navires rencontrés, des noms connus. On a cherché Pro’s Per Aim en pensant très fort à nos Amis Isa et Guy, passés là-bas il y a quelques années mais le temps avait effacé le passage. L’essentiel n’est pas dans le fond d’en avoir retrouvé la trace mais bien l’idée de la rechercher en pensant à eux ! Visite de la mangrove terminée, nous reconduisons nos amis de SAS3 à leur bord, notre dinghy laissant dans son sillage une eau claire aux chatoiements turquoises de toute beauté. Un bien agréable mouillage ce lagon de Sotavento…

 

(…)

mercredi 24 octobre

 

Je reprends la rédaction alors que nous sommes arrivés avant-hier soir à Bonaire. Nous sommes au mouillage, aussières frappées sur deux bouées comme il convient de procéder ici. Levés tôt, nous avons quitté les Aves à 6 heures et, vent arrière, avons tangonné notre yankee et foncé entre 4 et 7 nœuds jusqu’à Bonaire que nous avons atteint à 17 heures sans avoir été rattrapé par SAS3 , partis une heure et demie après nous. Otter II, très fier, a salué l’arrivée de  SAS3 déboulant toutes voiles dehors, déçus de ne pas nous avoir rattrapés. 

septembre 2012

Rapport de mer II.1

Après une semaine de remise en état du bateau qui, après quatre mois de mise au sec au chantier Royal Marine de Curaçao, avait subi les affres de l’air tropical particulièrement agressif à cet endroit. Ne me demandez pas pourquoi ! Le constat est que tous les inoxs ont été plus ou moins oxydés même des pièces d’accastillage Wichard réputées pour leur qualité ont encaissé. Il a donc fallu organiser leur sauvetage à coup d’huile de bras et surtout d’un produit de passivation - découvert par Marjo – qui fait des merveilles.

Ensuite, quittant le chantier où j’avais débarqué toute la chaîne d’ancre pour la vérifier et la repeindre, j’avais constaté que notre guindeau[1] était HS. La raison en étant inconnue et le temps pressant, c’est à la main que nous avons mouillé à Spannish water, magnifique enclave, véritable trou à cyclones, situé à quelques milles à l’est de Willemstad. Nous sommes restés là une semaine, le temps de préparer le bateau à naviguer. Nous devions notamment replacer notre yankee (grande voile d’avant) sur son enrouleur (nous avions dû le porter à la voilerie locale pour réparations. La transat et les navigations caraïbes de l’an passé  avaient eu raison du nerf de chute[2] et du point d’écoute qu’il fallait réparer) et surtout nous occuper du guindeau ! Cela, ce n’était pas une mince affaire. Je vous passe les détails de mes nombreux séjours dans la baille à mouillage plus adaptée à la taille d’un chinois qu’à la mienne et ce par 35° ! Démonter ce guindeau resté en place pendant 23 ans m’a pris une demi-journée pour constater que l’origine de la panne n’était pas mécanique mais électrique. Les gros câbles qui courent tout le long du bateau depuis les batteries jusqu’à la proue étaient à remplacer. C’est terrible comme l’eau de mer, dès qu’elle trouve un point faible en profite pour s’infiltrer et effectuer son travail d’entropie qui ici, en mer, consiste à organiser le chaos. Un coût assez désagréable pour le portefeuille ! Au prix actuel du cuivre !!! Bref, remplacer ces câbles nous a pris et du temps et surtout beaucoup d’énergie. Je n’ai jamais bu autant ! Et pas des T-Punchs !!! De l’eau, de l’eau, de l’eau ! Je ne me rappelle pas l’avoir trouvée aussi bonne tant il est vrai que dans ces conditions, sans eau,  c’est la déshydratation assurée. Je transpirais des litres par jour ! Sans rien faire déjà, on souffrait de la chaleur mais en travaillant, c’était l’enfer… Aussi, quand tout a été remis en place et le guindeau testé, la satisfaction du travail bien fait a été proportionnelle à l’effort fourni. Pour être complet, je ne vous cacherai pas les efforts réalisés par Marjo et Ann pour se procurer le matériel nécessaire : allers-retours en dinghy, bus, auto-stop, marches forcées. Pendant que je souffrais à bord, les filles galéraient à terre… Pas si facile la plaisance ! Non seulement il faut bosser contre la tendance marine à l’entropie mais encore se préserver des passagers clandestins ! Et oui, à Piscadera, là où nous avions laissé le bateau et là où j’ai eu la mauvaise idée de laisser la chaîne d’ancre déroulée pendant une nuit le temps que la peinture sèche, un rat pour Marjo, une grosse souris, voire un mulot pour moi, a profité de cette aubaine pour monter à bord et c’est en effectuant le grand nettoyage d’un équipet[3] que Marjo s’est rendu compte de sa présence avec un grand cri d’épouvante digne des plus grands films du genre ! « Jeany, il y a un rat !!! Je te jure un gros rat ! » Courageux mais pas téméraire, pendant que Marjo récupérait un taux normal d’adrénaline, je me mets à la recherche d’une paire de gants en cuir que je ne trouve bien évidemment pas. Pour toute alternative, Marjo me propose un drap de vaisselle. C’est comme de chasser le chevreuil avec un lance-pierre ! Enfin, voilà les gants… Intrépide, je m’approche, l’air déterminé. Le même que celui que j’adaptais avec mes élèves difficiles… Vous voyez le genre !... M’apercevant, la « bête » comprend que sa vie ne vaut plus grand chose et, surprenant le chasseur, se jette vive comme l’éclair, dans l’équipet voisin, se faufilant sous tout ce qu’elle peut trouver comme abri. Marjo, très attentive, suit la chasse de très près. De trop près car dès qu’elle revoit bouger la « bête », elle me pousse dans l’oreille un nouveau cri hystériforme qui me provoque un réflexe de recul fatal. Mon crâne porte violemment contre le vaigrage[4] en teck massif et me fait voir trente-six chandelles ! La bête en profite pour sauter hors de sa cache et, à la vitesse de l’éclair se sauve hors du bateau escaladant l’échelle de descente en trois bonds. Marjo n’a rien vu. Moi, je dois dire que je l’ai à peine distinguée tant ma tête tente de récupérer du traumatisme subi. La chasse est finie. Je pense que la « ratatouille » - c’est le nom que notre amie Ann a donné à la bête – a fait le grand plongeon, terrorisée qu’elle était par l’agressivité évidente de mon attitude.    En réalité, la chasse ne faisait que commencer car Marjo n’étant pas convaincue de sa disparition, avait été acheter de la mort aux rats convaincue qu’elle était que c’en était un !... Et durant la nuit, on entendit que Ratatouille était encore bien là. La preuve en fut faite le lendemain matin : Ratatouille avait entamé avec enthousiasme le bidon en plastique contenant le poison. Constatant son intérêt pour celui-ci, nous lui en avons distribué pour sa troisième nuit à bord et elle s’en délecta. Fin de l’épisode.

La météo nous annonçant une longue période sans vent, et le bateau étant enfin prêt, nous décidons de lever l’ancre et de véritablement poursuivre notre route. A 17 heures précises, SAS3  faisant de même, nous sortons de Spannish water et mettons le cap sur les îles Aves (Venezuela). Nous naviguons de conserve. SAS3  sous voiles, nous au moteur. Avec 5, 10 nœuds de vent, nos amis avancent entre 5 et 7 nœuds ! L’Otter II est plus exigent en vent et c’est donc au moteur que nous poursuivrons notre route. 80 milles nautiques sur une mer quasi d’huile. Nous n’avons même pas hissé la grand voile pour stabiliser le bateau. Cela n’était pas nécessaire. C’est entouré de gros nuages sombres que nous avons poursuivi notre route suivant le feu de poupe de nos amis qui nous précédaient. De temps en temps, un grain nous en masquait la vue. Les éclairs zébraient le ciel sans que cela nous étonne outre mesure tant nous nous sommes habitués à ce temps resté orageux depuis notre retour d’Europe. Il y a toujours un coin de ciel illuminé çà et là par des éclairs. Il paraît qu’aux San Blas c’est encore pire. C’est la zone où il tombe le plus de foudre au mètre carré !

Rassurés par le peu de navires détectés par le radar à 12 milles à la ronde, nous plaçons une alarme sur celui-ci et nous assoupissons, présumant que la nuit serait longue. Et elle le fut car un grain plus conséquent que les autres se présenta sur notre radar (Pour celles et ceux qui ne le savent pas, la pluie est très bien détectée par le radar et permet parfois au navigateur de s’en détourner). C’est ce que je tentai de faire mais c’était sans savoir que celui-là, il serait pour nous ! Petit à petit, de grosses gouttes nous firent rentrer tout ce qui risquait d’être mouillé dehors, fermer tous les capots et autres hublots et attendre que la pluie cesse pour tout rouvrir. Nous avons attendu une bonne heure durant laquelle des trombes d’eau se sont abattues sur le bateau à un tel point que nous avons dû fermer même la descente qui est pourtant protégée par la capote !... Un vrai déluge qui laissa l’Otter II bien rincé. C’est alors que le soleil se levait que nous avons aperçu l’archipel des Aves où nous avons atterri sans problème, quatre beaux dauphins venant nous souhaiter la bienvenue. Peu de temps après, notre ancre descendait dans une eau turquoise digne des plus belles cartes postales. Moteur de l’annexe remis en place, nous découvrons l’île faite de mangroves et de petites plages de sable de corail très fin et très blanc, un peu rosé. Des oiseaux , dont les  fous de Bassan à pattes rouges s’envolent à notre approche.

Nous retrouvons SAS3 ancré à quelques encablures. Un petit arrêt à leur bord s’impose pour échanger les nouvelles de la traversée et préparer nos futures plongées.

 

(À suivre)…



[1]Guindeau : sorte de cabestan moderne à propulsions électrique et manuelle destiné à faciliter les manoeuvres de mouillage

[2]cordage courant sur le bord de la voile et destiné à arrondir sa forme en fonction de la force du vent. Cela l’empêche également de battre.

[3]Petit espace de rangement dans un bateau.

[4]Grosse pièce de bois soutenant le “plafond” du carré.