Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/03/2014

rapport de mer/terre III.7

Rapport de mer III.7

 

Ce samedi 8 mars 2014.

 

Impossible de passer sous silence, avant de poursuivre le récit anecdotique de notre voyage, le « Whale watching » que nous nous sommes offert la veille de notre départ vers les Turks & Caïcos. Ce fut une matinée inoubliable car la rencontre des baleines à bosses à bord d’un gros bateau à moteur est quelque chose d’exceptionnel. Des dames océanologues et passionnées des mammifères marins nous y commentèrent chaque rencontre, expliquant l’âge des baleineaux, les moments de leur naissance, les moments de leur conception, étonnamment, juste après la mise bas.
baleines1rap.jpg C’est dire s’il y a de l’activité dans la baie ! Les mâles se jaugent et se provoquent dans des sauts qui pourraient être (ce ne sont qu’hypothèses) des comportements de séduction. En même temps, des femelles accouchent, d’autres allaitent et éduquent. Car à la fin du mois de mars, les petits doivent être capables de suivre leurs parents vers le N. De bien intéressantes explications, d’excellentes conditions d’observation, le capitaine de notre bateau ayant plus de dix ans d’expérience d’approche, approche qui ne se fait pas en dépit du bon sens. Il faut un grand sens de l’observation pour anticiper sur le mouvement des animaux et évaluer l’endroit où ils feront surface après avoir sondé. Un grand moment de vie, un grand moment de réflexion sur la richesse de la biodiversité et sa défense devant les comportements irresponsables d’exploitants sans scrupules…

Le lendemain, quittant la baie de Samana à bord de l’Otter II et comme pour saluer notre départ, un grand mâle est venu sauter majestueusement à une encablure de notre babord. Et c’est avec ces magnifiques images en tête que nous prîmes la mer pour une traversée de 190 miles, de quoi continuer à rêver pendant nos quarts…

 

Arrivés à Grand Turk, jeudi passé à 22h00 locales, nous avons bien récupéré de notre belle traversée.



M’adressant à mon Ami Jean-Paul en cours de celle-ci, voici quels étaient mes états d’âme en ce moment privilégié. J’écrivis en ce bel après-midi : « (…) Et pourtant, il me plaît de décrire cet environnement extraordinaire qu'est la mer sur laquelle nous glissons en direction des Turks & Caïcos. Je suis assis dans le cockpit, bien calé dans des coussins. Il est 15h30 et le soleil a entamé sa course plongeante vers l'horizon. L'océan est d'un bleu outremer incroyablement lumineux. Nous naviguons au grand portant presque vent arrière, l'alizé soutenu oscillant entre 4 et 5 sur l'échelle de Beaufort. Il creuse donc l'océan, le parsemant de moutons d'écum


 
e d'une blancheur rendue éclatante et lumineuse par le soleil, omniprésent. C'est ce qu'on appelle en terme de marins "la mer du vent". Celle-ci est croisée par la grande respiration Atlantique plus courte qu'en Europe ce qui donne souvent une mer caraïbe un peu chiffonnée. Mais comme c'est beau ! Le bateau roule un peu ce qui n'est pas dérangeant. Cela berce, même. Mais, de temps à autre une lame un peu moins disciplinée vient quelque peu perturber cette harmonie et nous secoue, l'air ainsi de nous rappeler que nous sommes en traversée, loin des côtes et que la vigilance reste de rigueur ! Le bateau, lui, semble se rire de ces dunes d'eau qu'il laisse passer sous sa quille, levant le cul pour les laisser passer  et pour tout aussitôt, profiter de leur pentes pour accélérer. Nous filons ainsi en

Dorade.JPGtre 6 et 7 noeuds depuis nos adieux aux baleines. Marjo lit, installée à mes côtés. Nous digérons le succulent repas qu'elle a élaboré avec les moyens du bord sur la base de notre fabuleuse pêche d'hier soir. Une magnifique dorade coryphène (on l’appelle aussi Mahi-Mahi) d'une petite dizaine de kilos est en effet venue se faire surprendre par le leurre que nous traînons régulièrement en vue d'enrichir de poissons frais notre ordinaire. Accompagnée de quelques pommes de terre et carottes, ce fut un véritable délice. »

Alors que je reprends le clavier (c’était quand même plus joli quand on disait « la plume »), je suis encore sous le charme gastronomique de la dorade que nous continuons à déguster jour après jour et préparé chaque fois de façon différente et originale par mon cordon bleu. La soupe de poissons qui mijote déjà avec les restes me laisse augurer du futur plaisir que nous aurons à passer à table demain !

Mais revenons à Grand Turk et Cockburn town. Descendus à terre, nous partons comm

e d’habitude en exploration avec comme priorité la recherche des spots WiFi free ! Mais aussi des supermarchés - la rech

DSC01184.JPGerche de nourriture étant devenue obsessionnelle chez Marjo !  - et des musées et autres curiosités. C’est là qu’une anecdote a retenu mon attention pour égayer ces rapports et arriver à vous faire sourire, le cas échéant.

 

Déambulant dans les rues, découvrant çà et là une ou l’autre curiosité que Marjo se dépêche de photographier, nous tombons nez à nez en face du « National Museum ». La porte est ouverte. Nous entrons. Je précise que c’est Marjo qui rentre et moi qui suit ! C’est très important pour la suite. Nous montons un escalier et pénétrons dans une salle seulement éclairée par la lumière du jour filtrant à travers la porte d’entrée vitrée. Je m’avance vers l’entrée d’une pièce adjacente et crie : « Il y a quelqu’un ? ». «Is there somebody » aurait été plus approprié mais enfin, on ne se fait pas refaire ! Aucune réponse. Cela ne semble pas perturber Marjo qui cherche l’interrupteur, allume, visite la pièce principale dont les vitrines se sont éclairées comme par enchantement, passe dans la pièce suivante, allume, visite, quitte la pièce sans oublier d’éteindre suivie en cela par son mari restant quand même très étonné que personne ne surveille ce p… de musée. Enfin, Marjo me disant que c’est sûrement par souci d’économie que les pièces sont plongées dans l’obscurité, nous poursuivons notre visite, persévérant en bons écologistes dans l’allumage et l’extinction des feux. C’est alors que, pénétrant dans la dernière pièce, nous déclenchons l’alarme et là, je me dis que mon appréhension était justifiée ! Marjo n’en dit rien mais presse le pas pour redescendre l’escalier et se rendre compte que la porte d’entrée est fermée ! « M…, Marjo, on est renfermés ! » Marjo secoue la porte, bien décidée à ne pas se laisser piéger comme des rats. Moi, je pense qu’on aurait bien mieux fait de ne pas insister et de redescendre immédiatement plutôt que cette « sauvage visite » qui ne me
DSC01186.JPGdisait rien qui vaille ! Un peu le « si j’aurais su, j’aurais pas v’nu » de Ti Gibus dans la guerre des boutons. Quand je vous disais que je n’étais pas un héros !

Marjo poursuivait ses tentatives d’ouverture en secouant la porte avec l’énergie du dépit quand deux dames « shocking » ouvrent et demandent : « What are you doing here ? The museum is closed ! » Elles poursuivent leur litanie de personnes ne comprenant vraisemblablement rien à rien. Nous nous sommes vraisemblablement croisés pendant la fermeture et avons fort heureusement – pour nous – déclenché l’alarme, sans quoi nous passions la nuit emprisonnés dans le musée. Mais qu’avons-nous été provoquer là ? Nous apprenons que l’alarme est reliée à la police et que la visite du musée est payante mais pas aujourd’hui, jour de fermeture ! Nous avions omis de bien lire l’écriteau des horaires d’ouvertures placé à l’entrée…

Devant l’attitude scandalisée des deux responsables du musée et les conséquences de notre étourderie, sans demander notre reste cette fois ! Quand je pense à la nuit que nous aurions passée là !après nous être excusés, nous avons pris la clé des champs et avons poursuivi notre visite le plus discrètement possible...DSC01224.jpg

 

(à suivre)

02/03/2014

De St Martin à Samana

Rapport de terre/mer III.6

 

Ce 1er mars 2014.

 

photo.JPGDimanche 23 février. Deux mois d’immobilité au mouillage et beaucoup de contraintes d’entretien derrière nous, nous levons l’ancre dont j’ai dû nettoyer une bonne partie de la chaîne la veille car les inévitables parasites y avaient déjà élu domicile. De longues algues assez urticantes l’avaient en effet déjà colonisée !

La zone de mouillage à peine quittée, nous envoyons les voiles et faisons route N0 pour rejoindre le Necker Island Passage entre l’île la plus orientale des BVIs, Anegada et la toute proche, Virgin Gorda, plus à l’O. Nous sommes tribord amures, le vent nous pousse au grand largue. Cette allure fluctuant avec le vent arrière ne nous quittera plus pendant toute la traversée qui nous fera adapter notre route prévue en passant au N d’Anegada et des autres BVIs, USVIs et Puerto Rico. Les heures se succéderont ainsi sous bonne brise dans le confort du portant, le bateau roulant à peine sous yankee dûment tangonné. 

Mercredi vers 13h00, nous pénétrons dans la merveilleuse Baia de Samana non sans avoir déjà aperçu, au loin, le souffle d’une baleine ce qui augure de merveilleuses futures rencontres. Le soleil est haut et la lumière parfaite pour mettre en évidence la luxuriance de la côte couverte de forêts de cocotiers. Çà et là, l’une ou l’autre luxueuse villa dominent la baie. La côte est accore et c’est sans problème que nous atteignons le Puerto Bahia où une nouvelle marina datant d’à peine quatre ans nous ouvre ses bras.  L’accès est aisé. Le personnel du port tout sourire nous accueille, se saisit de nos amarres et nous aide à alimenter l’Otter en électricité. En marins scrupuleux de l’étiquette, nous avions hissé dans les barres de flèches tribord le pavillon de courtoisie de la République dominicaine ainsi que le Q, pavillon jaune signifiant la demande  de libre pratique (cela indique que nous sommes en attente du passage des autorités susceptibles de nous autoriser à débarquer).  La première chose environnementale qui attire notre attention est le chant de diverses espèces d’oiseaux dont les trilles et autres sifflements charment nos oreilles. Le port est bien protégé et tranquille. Un grand nombre d’emplacements sont libres. La semaine sera reposante.

Peu de temps après notre amarrage, la marine de guerre monte à bord avec le responsable de la lutte anti-drogue qui avait déjà bu quelques bières avant d'arriver. Il  a fait un effort pour en boire une de plus avec nous ! Lorsqu'il a pris congé, j'ai remarqué qu'il portait son arme de service (un colt) fourrée sous la ceinture de son pantalon ! « Bienvenue en République dominicaine ! » nous a déclaré, avec un large sourire, le responsable des « gardia costa ». Il est vrai que nous avions remarqué… que nous y étions vraiment arrivés !

Pour être bienvenus, nous l’avons été aussi dans le port car une invitation à un apéritif dînatoire à 19h00, nous fut exprimée le deuxième soir dans la salle de réception luxueuse de l'hôtel jouxtant la marina. Nous apprîmes (passé simple pour faire plaisir à ma fidèle lectrice Emily) que chaque arrivée d'un bateau donnait lieu au même accueil. Le but est de rassembler tous les plaisanciers présents et favoriser ainsi les échanges d’informations. Et je ne parle même pas des douches toutes de marbre tapissées avec des chutes d'eau dignes du sanitaire du plus haut de gamme !!! Un vrai délice…

Internet à bord presque comme à la maison (certaines lenteurs et déconnexions doivent être gérées avec philosophie). Mais pas de shipchandler. Aussi, ce matin, comme je recherchais dans mes réserves, du bout pour remplacer les lazy-jacks[1] de ma grand voile cassés lors de notre traversée - ils étaient en fin de vie -, le sympathique capitaine du port s'est proposé de m'en procurer. Je lui en ai fourni la quantité recherchée et il est parti à la ville voisine de la marina pour m'en procurer. Une heure après il était de retour, découvrant ses belles dents blanches dans un sourire qui en disait long sur le plaisir qu'il avait de me rendre service. Quel bonheur ! Quelle gentillesse ! Du plus jamais vu à Liège depuis des années...  

photo3.JPGIci, le temps est comme en Europe. Il est au carnaval avec seulement quelques degrés en plus. C’est aussi la période, février, mars, où les baleines se rassemblent pour se reproduire. Lundi, nous allons à leur rencontre avec une océanographe parlant français. Nous vous joindrons des photos dans le prochain rapport. Et si vous vous demandez pourquoi nous n'allons pas à leur rencontre avec notre bateau, c'est tout simplement parce que c'est interdit. Business ? Protection des animaux ? Il est vrai aussi qu'un voilier est moins manoeuvrant ! Néanmoins je suis convaincu que les rencontrer lundi ne sera pas un événement unique. Nous aurons encore et encore cette chance lors de notre remontée vers le N.

Avant-hier et aujourd’hui, nous sommes allés à Santa Barbara de Samana. Le premier voyage en voiture est offert par l’hôtel. Dans cette sympathique petite cité dominicaine que nous avons découverte le jour du carnaval,  l'ambiance me rappelle mes jeunes années à Liège (en été !) où tout était autorisé, comparé au jour d’aujourd’hui bien-sûr. Ce qui frappe surtout aux premiers regards est que tout semble ici permis ou, en tout cas, accepté comme par exemple de rouler à 4 sans casque sur une moto !

Les gens sont gentils mais assez pauvres quoiqu'ils fassent actuellement la fête en raison de la période carnavalesque. La circulation est principalement le fait d’une quantité incroyable de motos de petites cylindrées. Je pense à des 125cc. Certaines d’entre elles servent de taxi. Cela s’appelle des « motoconchos ». moto.jpegNous en avons fait l’expérience car rien ne nous arrête (surtout quand les prix – 4,5€/2 pers - sont beaucoup moins élevés que ceux des taxis !).  J’ai d’ailleurs bien cru que je devrais descendre pour pousser dans les côtes ce qui nous est déjà arrivé à Sercq dans les anglo-normandes mais là, c’était le cheval qui peinait à grimper la côte !

Les motos circulent partout et en tous sens (parfois même interdits !) à vive allure. Tout ce petit monde se croise, klaxonne pour se dire bonjour… Il y en a même qui jouent au taxi en prenant des passagers payants en croupe, les passagères montant en selle en amazone ! Pas une seule attitude agressive. Pas de stress. Tout fonce dans tous les sens sans que personne ne semble s’inquiéter d’un danger… Personne ne porte le casque !!! Quel dépaysement ! Quel enchantement ! Vraiment, la République dominicaine est une destination de choix.

 

 (à suivre)

 

pe_cheurs.jpg



[1]Les lazy-jacks sont un réseau de fins cordages destinés à canaliser la grand voile dans le sac (“bag”) qui reçoit la grand voile en position basse c’est-à-dire affalée.

19/01/2014

rapport de terre/mer III.5

Ce 18 janvier 2014 – III.5 L’alizé soufflant sans discontinuer d’E/N-E flirtant avec le sixième niveau sur l’échelle de Beaufort, nous avons patienté à Culebra jusqu’à ce que, le 24 décembre, une petite fenêtre météo apparaisse dans les prévisions. Il fallait  vraiment que le vent tombe car notre route pour St Martin était presque plein Est et nous ne voulions pas doubler ou tripler la distance en recommençant à tirer des bords, le vent nous venant en plein dans le nez ! Nous nous étions résolus à abuser de la brise Yanmar (Yan pour les intimes – c’est le petit nom de notre moteur) pour gagner du temps et, comme une bonne centaine de milles nous attendaient, nous levâmes l’ancre le matin afin d’arriver à St Martin dans la matinée du lendemain. Pendant que tous – ou malheureusement, presque tous - réveillonnaient en festoyant, nous avions choisi de passer le réveillon en mer. La journée se passa sans incident. La mer était presque calme et nous progressions à la vitesse de croisière de l’Otter c’est-à-dire six petits nœuds à 2600tours/min. Afin de récupérer le peu de vent réel (entre 5 & 10 nds) additionné du vent de vitesse que notre Yan nous procure, nous naviguons toujours avec un ris dans la grand voile et la trinquette, toutes deux bordées à plat. Cela nous autorise de petites accélérations lorsque le vent apparent nous vient quelque peu de côté et participe ainsi à la propulsion. C’est confortable - les voiles bordées à plat diminuant la tendance au roulis - et efficace. Fort de l’expérience de notre traversée depuis Los Roquès, nous avions cette fois pris d’office le deuxième ris. C’est ainsi que nous parcourûmes les premiers milles, vaquant à nos occupations en traversée principalement axées sur la lecture. Au fil des milles parcourus, notre route fut de plus en plus ponctuée de passages de grains. Ceux-ci sont toujours anxiogènes car imprévisibles. L’horizon s’obscurcit, parfois zébré d’éclairs ponctués d’un coup de tonnerre. Impossible de connaître la force du vent et des rafales que le grain va générer. La nuit tombe augmentant encore cette impression gauloise « du ciel qui va nous tomber sur la tête ! ». Et bientôt, malgré mes tentatives de changements de cap pour les contourner, nous passons à travers cette succession de grains qui rincent le bateau de maîtresse manière. Ce n’est pas une douche qui nous tombe dessus, ce sont des trombes d’eau qui, la pluie étant plus fraîche que la mer, font fumer l’océan. On distingue le phénomène à la lumière des éclairs ou de notre puissant phare ; on voit cette vapeur d’eau qui émerge de la cataracte sous laquelle se trouve l’Otter II. Le vent monte, monte, monte, poussant l’anémomètre qui grimpe, grimpe – on se demande même jusqu’où – et bien jusque 47 nœuds (9 Beaufort !) en même temps que le vent couche le bateau qui prend de la gîte comme aux plus beaux jours de près pavois dans l’eau ! Les rafales ont en effet adonné et le vent nous touche maintenant à 040° sur notre avant. Abrité dans la descente prudemment protégée des entrées d’eaux par les deux panneaux coulissants prévus à cet effet, les vieux réflexes construits pendant les années 470 (C’est le type de dériveur sur lequel j’ai fait mes armes), refont surface et c’est en choquant en grand les deux écoutes de grand voile et trinquette que le bateau se redresse et part dans une accélération incroyable. Avec deux ris dans la grand voile et trinquette bien étarquée sur sa bôme, nous accélérons à plus de huit nœuds. Notre Otter II semble nous dire : pfffft 47 nœuds, ce n’est que du plaisir !... Lui peut faire le malin… moi, je reste sur la défensive et c’est avec beaucoup d’appréhension et de surveillance attentive que nous poursuivrons notre route qui sera ponctuée jusqu’au petit matin d’une succession de grains fort heureusement moins violents que celui que nous venons de traverser ensemble. Le matin à l’aube, bénéficiant des bonnes conditions de traversée, le vent appuyant notre moteur avec efficacité, nous étions en avance pour déposer notre ancre dans le magnifique mouillage de Marigo Bay à St Martin (Antilles françaises).

Alors que nous embouquions la rade en reconnaissance à la recherche d’un bon endroit où mouiller, nous entendons à la VHF : « Otter II, Otter II, Otter II, de Maeva, me recevez-vous ? ». Quel bonheur d’être ainsi accueillis par les amis bateau Chantal et Laurent, que nous savions là mais qui, nous le pensions, dormaient encore…

Lire la suite

29/12/2013

Ce dimanche 22 décembre 2013 (Anniversaire de mon fils Julien)

Ce dimanche 22 décembre 2013 (Anniversaire de mon fils Julien)

 

Aujourd’hui, je me suis réveillé couché dans une couchette horizontale tant dans le plan antéro postérieur que dans le plan transversal ! Quel bonheur me dis-je ! Mais où suis-je ? En mer ? Ce n’est pas possible ! Tout est si calme. Ah oui, je me souviens, maintenant, nous sommes à Culebra, dans ce fabuleux mouillage de Culebra que nous avons atteint hier dans la nuit comme la Terre promise pour les Hébreux. Quelle traversée ! Cinq jours de près contre un alizé soutenu qui n’est jamais descendu sous les 15 Beaufort et est resté pour ainsi dire tout le temps au-dessu des 6Beaufort avec des pontes à 8 (On a plusieurs fois vu notre anémomètre fleureter avec les 35 nœuds !

Mais revenons au jour de notre départ des Roquès. Nous y étions si bien aux Roquès ! Nous avions revu notre vieil ami Martin (voir la saison passée : les tortues de Dos Mosquises) et nous avions de nouveau sympathisé en lui offrant sur clé USB le film tourné avec le jeune vétérinaire Luis. Nous avons aussi eu le grand plaisir de revoir nos amies les tortues (du moins ce qu’il en restait après toutes les remises à l’eau parrainées pendant notre retour en Europe). Comme elles ont grandi ! Et embelli également…

Bref, nous étions bien dans ce mouillage de rêve quand Martin et son copain Tchiche nous envoient des sifflets intempestifs avec des grands signes nous invitant à venir prendre possession d’une information qui, d’après leur insistance, nous sembla importante. J’étais en combinaison de plongée, bouteilles sur le dos, près à nettoyer notre demi-coque bâbord. Devant l’insistance de nos amis, je me déséquipe et, avec Marjo, nous sautons dans l’annexe et allons aux nouvelles. Ils nous annoncent qu’ils viennent d’apprendre que les coastguards, qui avaient briller par leur absence depuis notre arrivée, allaient arriver dans une paire d’heures et que pour éviter le payement d’une grosse taxe de séjour dans le parc national, nous avions intérêt à nous sauver bien vite !!!

Après nous être salués avec beaucoup de fraternité, nous avons plié bagages en un temps record. Je crois qu’on a mis moins d’une heure pour replier le Zodiac, ranger le moteur et préparer le bateau à une traversée devant durer un minimum de quatre jours. Record battu, nous faisions route alors que les coastguards n’étaient toujours pas arrivés. Bien que nous attendions une météo plus acceptable qui tardait à arriver, nous savions que les conditions ne seraient pas idéales mais qu’elles seraient, disons, acceptables. Et la traversée commença, le vent montant rapidement au-dessus des 20 nœuds. Le deuxième jour, pendant la nuit, nous entendons un grand clac qui me fait me demander ce qui s’est passé. Nous étions à l’intérieur et ne nous doutions absolument pas de ce qui s’était passé. Inquiet, je sors donc dans le cockpit et me rends immédiatement compte que la bosse du premier ris qui était pris compte tenu de la force du vent avait cassé. Littéralement explosée ! Voir cela permet de se rendre compte des forces terribles que subit le matériel dans ces conditions de vent soutenu. Je décide donc de prendre le deuxième ris en me disant que, dans le fond, j’aurais peut-être déjà dû le prendre avant. On ne se refait pas ! Quand on traverse, contrairement à Marjo pour qui les traversées sont toujours trop courtes, j’ai toujours envie d’arriver le plus vite possible ! Le reste de la traversée a été à la hauteur de cette prise de deuxième ris car, à aucun moment, nous n’avons regretté la rupture et donc l’impossibilité d’utiliser le premier ris sans réparer. En atterrissant, notre yankee complétement enroulé et donc sous grand voile ainsi arisée et trinquette seule, nous filions 7 nœuds à 50° du vent apparent ce qui donne une idée du confort régnant dans le bateau qui affrontait des lames de 2,50m, 3 mètres d’amplitude très courtes comme on a l’habitude d’en rencontrer dans la mer Caraïbe.

Nous arrivons donc en vue des bouées d’atterrissage balisant le chenal d’accès à l’Ensenada Honda, mouillage que nous avions tant apprécié en partie avec nos enfants la saison passée. Embouquer un chenal d’accès par nuit noire (la lune décroissante venait juste de se lever et n’éclairait pas encore suffisamment pour améliorer la visibilité) est toujours une source de stress qui nous mobilise tous les deux à 200%.  Marjo à la barre gère l’arrivée aux waypoints corrigeant le pilote automatique quand celui-ci tarde à réagir et moi, je repère les balises rouges (laissées à tribord ici alors que c’est le contraire en Europe) et les vertes à bâbord. Certaines sont éclairées, d’autres n’apparaissent que lorsqu’elles sont illuminées. C’est là que j’interviens les éclairant avec un gros phare après les avoir repérées sur la carte. Cela permet à Marjo de lever chaque fois le doute de savoir si notre position est bien conforme à notre route. Et là, on sait maintenant que nous formons une formidable équipe car c’est ainsi que notre Otter parvint sans encombres, en slalomant entre les différents bateaux que l’on distingue bien grâce à leur feu de mouillage (feu fixe blanc 360°), à l’endroit choisi par Marjo pour mouiller l’ancre. Il y a déjà quelques mois que j’ai renoncé à y mettre mon grain de sel. C’est elle qui est à la barre, c’est elle qui décide !

Le bateau bien immobilisé, la tenue de l’ancre vérifiée par une bonne marche arrière, il était minuit lorsque nous nous sommes retrouvés dans le carré, devant un bon verre de rhum, contents d’être arrivés et, disons-le quand même, fiers de cette belle entrée de nuit dans un mouillage d’accès quand même assez compliqué.

Après une bonne nuit de sommeil, ce matin, nous avons rempli nos obligations à l’immigration. Et là, je ne résiste pas à l’envie de vous en conter les péripéties. Il faut savoir que pour ces tracasseries administratives, c’est ma polyglotte de femme qui s’occupe de tout. Moi, je reste en retrait et me contente de signer en tant que capitaine. Mais aujourd’hui, le « customer officer » s’étant fait attendre sans qu’il en soit responsable (les nouvelles dispositions administratives que nous ignorions imposent aux immigrants temporaires que nous sommes de nous annoncer par téléphone à un numéro certes gratuit mais que nous sommes censés connaître – je me demande bien par quel biais, ce n° n’étant pas identique pour tous les ports d’entrée américains). Bref, nous attendions la venue du « customer officer » depuis une bonne heure quand celui-ci arrive. Je me lève et lui dis : « good afternoon Sir. We are waiting for you » ce qu’il n’a pas apprécié dixit Marjo qui préfère toujours que je reste discret. Bref, le douanier comprend très vite à mon piètre anglais que c’est avec Marjo qu’il va pouvoir discuter et nous emmène dans son bureau. Là, il compose le n° sur son portable et le passe à Marjo. Un préposé demande (en anglais of course) à Marjo si le capitaine parle anglais . Et devinez ce que Marjo lui a répondu… Elle a dit : « Yes, he can but he don’t hear very well ! » Ah, cette Marjo, comme elle sait si facilement me sortir de situations difficiles. Voilà que maintenant, en plus d’être muet (discret), je suis sourd !!!

 (à suivre)

Ce mercredi 4 décembre 2013 à Barlovento (Avès – Vénézuéla)

Ce mercredi 4 décembre 2013 à Barlovento (Avès – Vénézuéla)

 

Mouillés devant la plage de Isla Oeste par un vent constant de 15 à 25 nœuds d’ESE, nous sommes seuls. Pas un bateau ne partage Barlovento avec nous. Nous sommes seuls au monde et savons que les coast guards, étant venus hier, ne repasseront pas avant probablement une semaine.  Sans un voilier visiteur, l’archipel est à nous et seulement à nous ! Le soleil brille de tous ses feux et nous savourons, sous cet alizé soutenu qui soulève la mer en petites lames courtes,  le doux dandinement de l’Otter qui tire sur son ancre, profondément enfouie dans du sable blanc d’excellente tenue. Les jours prochains,  le vent tournera plus franchement à l’ENE, voire au NE ce qui devrait encore améliorer le confort à bord. Pour l’instant, l’éolienne produit beaucoup d’électricité ce qui arrange bien nos batteries qui ne demandaient pas mieux de refaire le plein d’énergie.

Autour de nous, il n’y a que de jolis paysages. Tout d’abord la plage de sable blanc. Sauvage. On y distingue du bois flotté mais aussi des épaves diverses, témoins de l’activité irresponsable de l’homme. Quelques bouteilles en plastiques, boîtes de conserve et autres joyeusetés de la « civilisation ».  Marjo et moi nous sommes dits que nous dépolluerions bien cette jolie grève en rassemblant toutes ces épaves en un grand « cimetière » et ce, afin de marquer notre passage et ainsi montrer aux pêcheurs locaux notre respect pour leur environnement et notre souci de poursuivre ainsi, au cours de notre voyage, la construction jamais achevée du temple de l’humanité, emmenant ainsi au bout du monde la part de civilisation responsable qui nous est chère.

A l’O, jouxtant la plage, la mangrove qui se prolonge, derrière la plage, par une vaste étendue plane couverte d’herbes marines où nichent des fou de Bassan qu’on ne sait pas encore s’ils sont à pattes bleues ou rouges ou jaunes. Peut-être le verra-t-on quand nous aurons débarqué, encore qu’il ne soit pas dans nos intentions d’aller les déranger.

A l’E, une ruine de cabane en bois flottés semble monter la garde de « notre » île. Elle témoigne de l’activité épisodique de pêcheurs qui viennent y passer la nuit. A côté de ce qui reste donc d’une improbable cabane, une petite tente igloo semble témoigner de cette présence humaine un peu plus collée à la réalité. Qui sait ? Peut-être sera-t-elle visitée un de ces jours et nous donnera l’occasion de rencontrer ces pêcheurs que nous connaissons un peu pour les avoir rencontrés l’an passé alors qu’ils venaient nous demander si nous avions de l’eau car ils avaient soif !!! Et oui, la pauvreté prend ici cette forme d’échange. De l’eau, des sodas, des piles, du fil à coudre contre du poisson.

Au SE, le regard se perd dans le fond de l’archipel où nous avions mouillé l’an passé et qui comporte un phare. C’est là que nous avions déposé une trace de notre passage avec SAS3 et PAGUS. Peut-être y retournerons-nous en pèlerinage avant de prendre la direction des Roquès. Est-ce cet environnement qui est propice à la réflexion personnelle ? Je ne le sais pas. Je sens juste que notre vie, ici, prend une autre dimension. Le temps n’est plus le même. Il n’est plus celui du cadran de nos montres ; il est celui de la course du soleil. Il est celui de notre horloge biologique. Il est celui du bonheur de savourer le présent, d’en savourer toutes les saveurs, toutes les odeurs, tous les sons, jusqu’aux mouvements du bateau qui participent à cette agréable impression de légèreté.

Dans cet état d’esprit, j’ai repris, pour la première fois la troisième lecture d’un livre. C’est une première ! Il s’agit du merveilleux livre de Hervé Hamon « Besoin de mer » publié chez Seuil. Cela ne m’était encore jamais arrivé car relire un livre, alors qu’il y a encore tant et tant de bouquins non encore lus, relevait pour moi d’un certain gaspillage de temps. C’était oublier le plaisir de retrouver des images mentales, des réflexions, des émotions nouvelles à chaque lecture car ressenties à différents moments de la vie. C’était aussi oublier la disponibilité intellectuelle dans laquelle nous plonge cet environnement enchanteur. O temps, suspends ton vol, déclamait Baudelaire. Ici, j’ai vraiment l’impression que les cinq mots  de ce magnifique ver prennent tout leur sens…

 

(à suivre)