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23/03/2014

rapport de terre/mer III.9a

Ce jeudi 20 mars 2014.

 

L’inoubliable nuit à Attwood Harbour…

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Quelle nuit, mes amis ! Et c’est dans l’abri que nous croyions si confortable que cela s’est passé. Nous sommes donc à Acklins Island dans cette petite crique appelée Attwood Harbour, reposant notre système nerveux tant notre nuit que nous avions rêvée au calme de cette petite anse paraissant sur la carte être un havre de paix, fut cauchemardesque. La houle entre ici en se sentant vraiment  chez elle ! Les brisants signalés à l’entrée de cette sympathique crique se prolongent à marée basse à l’intérieur du mouillage. A quelques encablures de notre Otter, les lames déferlent montrant ainsi l’amplitude de la houle (un bon mètre !) qui entre ici. Ce matin, deux superyachts, un bateau de pêche sportive, deux voiliers et nous occupions cet infernal chaudron. Les départs précipités dès le lever du soleil en dirent long sur le déplaisir insomniaque des occupants du mouillage. Quant à nous, ne faisant pas exception, nous étions lessivés. Si il y a quelque chose de déplaisant en navigation, c’est bien un mouillage rouleur ce qui fut le cas ! Deux options s’offraient à nous : reprendre la mer comme les autres pour un autre saut d’au moins une trentaine de milles ou insister en tentant intelligemment de gérer la situation. L’endroit méritait une hésitation. Mis à part cette houle déplaisante, l’endroit est joli et les brisants à l’entrée constituent à eux seuls un merveilleux spectacle. De plus, il nous a été dit qu’ici, les langoustes se font légions ! Après un rapide conciliabule, la décision est prise. Le mouillage étant désert, on pouvait choisir la meilleure place par rapport à la houle ce que nous fîmes en plaçant une ancre à la poupe du bateau pour que celle-ci nous maintienne le cul face à la houle. Au moment où j’écris ces lignes, la situation est stable. Le mouillage est désert. Nous sommes de nouveau seuls et le bateau tangue mais ne roule plus. Cerise sur le gâteau, il y a une belle langouste qui nous attend pour le souper. Il n’est pas mal dans le fond ce petit mouillage !...

18h00. Le soleil amorce sa descente vers l’horizon. Le vent a tourné et commence à nous mettre en position de rouler encore malgré l’ancrage arrière. Il nous reste une heure pour nous préparer et quitter les lieux.

Prochaine escale : Rum Cay, petite île située au NO et dont l’abri des vents qui tournaient au NNE était assuré. 79 milles au près par vent prévu de 2 Beaufort. Arrivée prévue pour le début de l’après-midi du lendemain. Et, c’est parti. On franchit la barre qui déferle sur presque toute la largeur du chenal d’accès. La houle de plus d’un mètre – plus importante qu’à notre arrivée - nous conforte dans notre décision de poursuivre notre voyage. Et c’est donc vers une bonne nuit de navigation tranquille que l’Otter II nous emmène, toutes voiles dehors.

(à suivre…)

 

rapport de terre/mer III.9

Rapport de terre/mer III.9

 

Le roi de Mayaguana

 


DSC01718.jpgAprès nous être reposés au cours d’une belle nuit à l’abri de la barrière de corail - du reef comme on dit ici - nous nous sommes dirigés en dinghy vers ce qui semblait être le débarcadère incontournable de l’île. La marée est basse et même le tirant d’eau du dinghy se révèle trop important. Il nous faut donc « trimer » le moteur au maximum pour nous éviter de terminer à la rame ! Le petit chenal sablonneux apparaissant sous la trentaine de centimètres d’eau en dit long sur le labourage des hélices au quotidien. Le balisage n’est pas nécessaire. Il suffit de suivre la tranchée de sable dans le fond herbeux !

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DSC01700.jpgNotre amarre frappée sur la seule bite du quai, nous partons à la découverte de l’île. Une immense antenne nous laisse espérer une bonne connexion Wifi et nous oriente sur la seule option à prendre, une petite route dont l’asphalte est dévoré par les ans. Chemin faisant, nous croisons un grand noir qui nous aborde dans un anglais dont seule Marjo décrypte le sens mais dont l’expression non verbale est toute empreinte de sympathie. Elle comprend que ce Yul – c’est son surnom qu’il doit à sa ressemblance (assez contestable à mon avis) à l’acteur Yul Brinner ! – ne nous veut que du bien. Il se dit le personnage le plus important de l’île et nous annonce qu’il peut tout nous procurer : eau, fuel et services en tout genres. Il est plombier, électricien, facteur, et j’en passe mais aussi et je ne voudrais pas le manquer : docteur. Et oui, il nous dit avoir étudié tout cela et savoir conseiller ses compatriotes en cas de problèmes, maladie ou autres… Bref, tout en nous énumérant ses innombrables qualités – moi, je le trouve un peu mytho mais il est vrai que je ne comprends pas tout ce qu’il raconte - il nous emmène au village où nous ferons notre « clear in » pour les Bahamas. Pendant que Marjo remplit les papiers, notre Yul, sur un ton assez autoritaire, m’invite  à m’asseoir et à sortir mon ordinateur car la connexion Wifi est ici, dit-il, la meilleure de l’île et il sait que je suis impatient d’avoir des nouvelles du pays. D’habitude, nous sommes très discrets avec nos ordinateurs pour ne pas avoir l’air de squatter sans vergogne ; surtout dans les bureaux de l’immigration où nous nous faisons tout petits car la plupart du temps, d’accord, c’est convivial mais pas jusqu’à être rigolo ! Lui, manifestement est ici comme chez lui et tout le personnel souriant semble se mettre à notre service. Et quel service ! Le responsable local des télécommunications restera une bonne heure et demie avec Marjo pour lui bricoler une carte SIM qui transformera son iPad en borne Wifi et en téléphone tant que nous resterons dans les eaux des Bahamas. Avec une patience exemplaire, il répondra aux questions de Marjo jusqu’à ce qu’elle soit rassurée sur le bon fonctionnement de son achat. Il faut dire que nous n’avons pas l’habitude d’assister dans les points de vente Base et autre Mobistar européens à des séances de bricolage allant jusqu’à découper une carte SIM à l’aide d’un emporte-pièce semblant prévu à cet usage ! Bref, après une bonne heure et demie d’essais-erreurs tout en sourires patients, ça fonctionne ! Il est 17 heures et les bureaux d’immigration et douane ferment. Les préposées nous indiquent fort gentiment que la connexion wifi n’est pas interrompue et peut être captée le plus facilement assis sur le seuil, derrière les bâtiments. Quelle merveille que la gentillesse émanant de cette population insulaire perdue au milieu de nulle part. Ils sont 300 sur l’île et se connaissent tous par leur prénom et donc, dans ce petit monde, notre Yul nous raconte l’histoire de sa famille de sang royal, précision qu’il accompagne de photos montrées sur son Blackberry où on voit son grand-père noir et son arrière grand-père, un anglais – blanc bien-sûr - qu’il dit être proche de la famille royale d’Angleterre, photographié en compagnie d’une esclave qui aurait été son arrière-grand-mère ! « Je ne suis donc pas black , I’m brun», nous déclare-t-il ajoutant pour nous rassurer quand à la couleur de notre sang « non royal » que  de toute façon, la couleur du sang est rouge quelle que soit celle de la peau. Un vrai philosophe dans le fond notre Yul !

Toutes ces histoires, il nous les racontera en partie le lendemain où nous irons découvrir le « reef » en sa compagnie à la recherche de langoustes qui brilleront par leur absence et de lambis dont Marjo pêchera un magnifique spécimen. Revenus à terre après un apéritif à bord où on lui a offert – cadeaux de roi vu son enthousiasme – mon vieux sac à dos ainsi qu’une vieille paire de palmes qui nécessitait une petite réparation, Yul nous montre comment sortir le lambi de sa coquille, le nettoyer et nous explique comment le préparer car, comme le poulpe, il faut le battre avant de le cuire !  Quand Marjo – qui adore les noix de cocos – lui demande s’il serait possible de lui en cueillir quelques unes, il répond que cela ne pose aucun problème puisque l’île lui appartient avec, bien entendu, tous les cocotiers qui y poussent !


DSC01690.jpgLe lendemain, après les échanges de photos, nous prîmes congé et je reçu en cadeau car notre ami ne voulait pas être en reste, son arbalète de chasse sous-marine très particulière car constituée d’une flèche de deux mètres de long sur laquelle coulisse une poignée dotée de deux sandows. Cette « arme » m’a semblé plutôt être une défense contre les requins dont notre « roi de Mayaguana », ses nombreuses mises en garde en témoignent, ne partageait manifestement pas l’idée qu’ils seraient inoffensifs !...

Revenus à l’embarcadère, trois noix de coco nous avaient été déposées dans le dinghy.

(à suivre...)

16/03/2014

rapport de terre/mer III.8

Rapport de terre/mer III.8

 

Ce jeudi 13 mars 2014

 

De South Cay où nous étions vraiment à l’abri de l’alizé et de la houle, nous avons rallié Providenciales, plus familièrement appelée « Provo ». A l’E, alors que nous étions encore dans le « deep blue water »,                                     nous rencontrons une baleine à bosse dont Marjo aura le temps de prendre deux clichés avant qu’elle ne sonde. La traversée commence bien. 50 milles nautiques à raser le fond avec notre tirant d’eau de 2 bons mètres ! Fort heureusement sans vent, nous pouvions bien voir le fond défiler sous la coque. Au départ, Marjo à la barre et moi assis comme une figure de proue sur le petit siège en bout de beaupré. Le stress est bien présent. Je guide Marjo mais les minutes passent et la lassitude s’installe. Voir défiler le fond à travers cette eau turquoise d’une limpidité incroyable finit par m’endormir. C’est comme si le fond de la mer m’hypnotisait. DSC01628.jpgCe rase-mottes pendant plus de 8 heures finit par devenir une sorte de condition disons « normale » de navigation. Plutôt que m’endormir sur le beaupré, je me suis focalisé sur les cartes très précises de Raynald Collard, navigateur canadien ayant beaucoup travaillé pour  les produire en combinant les prodigieux outils Google earth, guides nautiques et autres cartes. Au fur et à mesure de notre progression sur ce plateau coralien « very shallow », nous avons repéré la plupart des patates de corail signalés sur la carte et avons ainsi pu lever le doute quant à la confiance que nous pouvions accorder à cette prodigieuse aide à la navigation à laquelle est venue s’ajouter la comparaison des données avec les cartes Navionics dont Marjo avait chargé son iPad ! C’est donc sans encombres mais fourbus que nous avons déposé notre ancre à l’abri de French Cay, petite île déserte au SO de Caicos Bank. Seule rencontre dans ces eaux, un couple de pêcheurs locaux venus nous proposer des langoustes que nous leur avons achetées avec le plaisir de la rencontre et celui de nous dire que nous les avions bien méritées ! Comme à l’accoutumée, j’avais à peine eu le temps de m’installer pour notre traditionnel apéritif du « sunset » que les langoustes étaient cuites et préparées pour être dégustées froides. Embrasant le ciel, le soleil était couché quand nous nous régalâmes de ce providentiel menu.

Le lendemain, après une courte navigation placée sous le signe de la rencontre de deux dauphins magnifiques, nous posions notre ancre à « Provo » sous le vent de Five Cays.tuks___caicos.jpg

Après une excellente nuit de sommeil – nous sommes le mercredi 12 mars 2014 – nous devons rallier la terre en dinghy pour repérer les bureaux où faire notre sortie, trouver du WiFi pour nos courriels et la météo et éventuellement effectuer quelques achats de légumes et fruits notamment. Nous ne savons absolument pas par où commencer nos recherches car aucun débarcadère n’est en vue. La ligne droite vers de petites embarcations de pêcheurs nous paraissant la meilleure option, nous nous dirigeons vers elles en remarquant que les fonds remontent très vite au point de nous obliger de relever notre moteur et de finir pendant de longues minutes à la rame tant – nous sommes à marée basse – le plateau menant à la plage est étendu et peu profond. C’est donc en ramant que nous atteignons la plage où un pêcheur local s’activait auprès de son bateau. Il nous fait un grand signe de bienvenue et vient vers nous. C’est un beau noir rasta affublé d’un grand bonnet de laine contenant la masse de ses cheveux. Il est très souriant et nous propose son aide en nous disant que la ville est encore très loin mais qu’un de ses cousins – nous apprendrons par la suite que des cousins, il en a beaucoup et tous rasta ! – peut nous véhiculer. Un peu piégés par les circonstances, nous acceptons et emboîtons le pas à ce sympathique pêcheur. C’est ainsi que nous pénétrons dans une sorte de territoire semi-fermé implanté de petites maisons en dur mais qui semblent toutes ou presque en chantier. Des chiens de races indéfinissables, indolents siestent un peu partout. Des noirs de tous âges mais exclusivement masculins vaquent à diverses occupations de bricolage, voire de jeu. Il nous semble être entrés dans une sorte de communauté « rasta ». Notre guide nous présente alors notre chauffeur affublé d’un énorme bonnet multicolore qui en dit long sur le nombre d’années de cheveux conservé ainsi à l’abri de la lumière ! L’homme est affable et nous annonce qu’il n’y a aucun problème à ce qu’il nous véhicule jusqu’à une banque, un supermarché et un point « Wifi free ». D’une banque, il nous faudra nous rendre à une autre ; après quoi il nous emmènera à un supermarché où il nous laissera faire nos course pendant qu’il ira rechercher sa fille à l’école puis qu’il cherchera assez longtemps avant de se décider à comprendre ce que c’était le Wifi. Bref, après avoir enfin rencontré toutes nos demandes, nous revînmes au « village rasta » où nous offrirons une bière à notre sympathique chauffeur. Dédommagé pour sa peine, il poussa la gentillesse jusqu’à nous ramener en voiture à la plage et nous aider à remettre notre annexe à l’eau. C’est fou comme ces gens sont cools ! La marée avait eu le temps de remonter et c’est au moteur mais prudemment que nous retrouvâmes notre Otter se dandinant tout seul au mouillage.DSC01680.jpg

Après avoir fait notre clear-out, nous sortons du Caicos Bank par l’ouest en poursuivant notre navigation en rase corail et nous ancrons un peu au S en attendant minuit avant de franchir le Caiacos Passage. Il convient en effet de ne pas arriver n’importe quand à Mayaguana car l’entrée du lagon protecteur est « shallow », « very shallow ». Ce mot fait définitivement partie de mon vocabulaire et me fait toujours penser à nos amis canadiens pour qui la traduction n’est pas « peu profond » mais bien « point creux ! »

 

 

Après une toute petite nuit de sommeil, à minuit donc, nous levons l’ancre et, faute de vent, entamons la traversée au moteur. Au fur et à mesure de notre remontée vers le NO, nous établîmes les voiles avec le vent qui montait mais qui a forci à un tel point que nous dûmes réduire notre voilure en arisant notre grand voile à deux reprises et en enroulant notre yankee jusqu’à ne plus avoir qu’un petit mètre carré d’établi ! La mer se creusant et le vent refusant tout en forcissant, cette traversée qui se pronostiquait  très tranquille s’est avérée plutôt musclée !  On ne peut pas gagner à tous les coups… Nous sommes donc installés au calme de ce mouillage enfin atteint. Après une visite de l’île -  pour effectuer le « clear-in » - aux 300 habitants, nous sommes rentrés à bord et, contents d’être enfin chez nous pour récupérer, nous vaquons à nos occupations avant une bonne nuit de sommeil réparateur. Marjo termine de ranger sa cuisine et moi, je tape sur mon clavier afin de partager avec vous, les points forts de notre aventure.  Reste à installer ma couchette, un bon livre et bonjour Morphée…

(à suivre)