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04/05/2019

Spinaker

Depuis notre arrivée dans l’atoll de Kauehi (archipel des Tuamotu), nous nageons en plein dépaysement. Qu’elles sont loin les Marquises et leurs altitudes, leurs côtes déchiquetées, la houle qui nous y berçait sans relâche... Ici, à l’abri du lagon, on est comme à la maison. L’Otter est figé presqu’au-dessus de son ancre, ne subissant que l’effet du courant de marée qui, inexorablement, vide et remplit le lagon. Le soleil vient de se coucher et la Lune dont la phase est gibeuse décroissante, se fait attendre. Aujourd’hui, elle sera en conjonction avec Saturne alors qu’il y a quelques jours , c’était avec Jupiter qu’elle flirtait. Quel plaisir d’avoir ainsi l’attention attirée vers des évènements astronomiques qui sont presque impossibles à suivre dans nos pays pollués par les éclairages divers qui perturbent toute velléité d’observation du ciel nocturne. Ici, grâce à une petite application facilement téléchargeable sur l’Applestore, Sky Guide, nous passons des heures à découvrir le ciel nocturne dont l’observation chez nous, en Europe, il faut bien le regretter, relève des rares nuits d’été durant lesquelles notre disponibilité y a enfin été propice. Au fur et à mesure des nuits qui se succèdent, nous reconnaissons de plus en plus de constellations et nous efforçons, ce qui est le plus difficile, à mémoriser les noms des étoiles les plus brillantes. Ce bel outil d’aide à l’observation peut s’afficher en rouge ce qui protège la vision crépusculaire. Un vrai petit bijou ! N’hésitez pas à le télécharger...

Cette parenthèse ainsi fermée me ramène à notre mouillage perdu au milieu du Pacifique. Le silence y est quasi parfait au point d’être impressionnant. Seules des chasses de poissons nous rappellent que nous sommes sur l’eau. C’est féerique ! Sans vouloir jouer mon désaccordeur, tout cela me rappelle la fragilité de l’environnement qui sera le nôtre durant nos futures visites des Tuamotu en sursis comme bien d’autres formations coraliennes dans le monde. Faut-il encore rappeler l’inexorable montée des eaux condamnant sans rémission possible ces merveilles de la nature ayant mis des millénaires pour se construire. Se savoir peut-être l’un des derniers visiteurs de ces îles merveilleuses où il fait tellement bon vivre, n’en déplaise aux climatosceptiques, repose la question du climat et de notre responsabilité dans son dérèglement. Que faire ? Témoigner de l’alternative dont parlent de plus en plus les insulaires qui se voient obligés d’envisager un abandon de leur île submergée bientôt par les eaux. Si les Marquisiens se préparent à cette nouvelle forme d’immigration, ce n’est certainement pas pour rien ! Et lorsque l’on se promène dans les villages, que l’on rencontre des personnes si accueillantes, des enfants insouciants dont les rires embellissent les rues, on se met à douter qu’une telle catastrophe arrive un jour. L’espoir qu’un frein à la folie des hommes pourra être mis en place dans les prochaines décennies reste la seule attitude possible. N’est-ce pas quand même un peu adopter l’attitude de l’autruche qui, sa tête cachée dans le sable, croit que personne ne la voit ?

Kauehi

Depuis notre arrivée dans l’atoll de Kauehi (archipel des Tuamotu), nous nageons en plein dépaysement. Qu’elles sont loin les Marquises et leurs altitudes, leurs côtes déchiquetées, la houle qui nous y berçait sans relâche... Ici, à l’abri du lagon, on est comme à la maison. L’Otter est figé presqu’au-dessus de son ancre, ne subissant que l’effet du courant de marée qui, inexorablement, vide et remplit le lagon. Le soleil vient de se coucher et la Lune dont la phase est gibeuse décroissante, se fait attendre. Aujourd’hui, elle sera en conjonction avec Saturne alors qu’il y a quelques jours , c’était avec Jupiter qu’elle flirtait. Quel plaisir d’avoir ainsi l’attention attirée vers des évènements astronomiques qui sont presque impossibles à suivre dans nos pays pollués par les éclairages divers qui perturbent toute velléité d’observation du ciel nocturne. Ici, grâce à une petite application facilement téléchargeable sur l’Applestore, Sky Guide, nous passons des heures à découvrir le ciel nocturne dont l’observation chez nous, en Europe, il faut bien le regretter, relève des rares nuits d’été durant lesquelles notre disponibilité y a enfin été propice. Au fur et à mesure des nuits qui se succèdent, nous reconnaissons de plus en plus de constellations et nous efforçons, ce qui est le plus difficile, à mémoriser les noms des étoiles les plus brillantes. Ce bel outil d’aide à l’observation peut s’afficher en rouge ce qui protège la vision crépusculaire. Un vrai petit bijou ! N’hésitez pas à le télécharger...

Cette parenthèse ainsi fermée me ramène à notre mouillage perdu au milieu du Pacifique. Le silence y est quasi parfait au point d’être impressionnant. Seules des chasses de poissons nous rappellent que nous sommes sur l’eau. C’est féerique ! Sans vouloir jouer mon désaccordeur, tout cela me rappelle la fragilité de l’environnement qui sera le nôtre durant nos futures visites des Tuamotu en sursis comme bien d’autres formations coraliennes dans le monde. Faut-il encore rappeler l’inexorable montée des eaux condamnant sans rémission possible ces merveilles de la nature ayant mis des millénaires pour se construire. Se savoir peut-être l’un des derniers visiteurs de ces îles merveilleuses où il fait tellement bon vivre, n’en déplaise aux climatosceptiques, repose la question du climat et de notre responsabilité dans son dérèglement. Que faire ? Témoigner de l’alternative dont parlent de plus en plus les insulaires qui se voient obligés d’envisager un abandon de leur île submergée bientôt par les eaux. Si les Marquisiens se préparent à cette nouvelle forme d’immigration, ce n’est certainement pas pour rien ! Et lorsque l’on se promène dans les villages, que l’on rencontre des personnes si accueillantes, des enfants insouciants dont les rires embellissent les rues, on se met à douter qu’une telle catastrophe arrive un jour. L’espoir qu’un frein à la folie des hommes pourra être mis en place dans les prochaines décennies reste la seule attitude possible. N’est-ce pas quand même un peu adopter l’attitude de l’autruche qui, sa tête cachée dans le sable, croit que personne ne la voit ?

Atterrissage sans inverseur...

 

 

Arrivée à la hussarde à la baie de Hakahau sur  l’île de Ua pou (Marquises du N), histoire de conter que la vie de voyageurs au long court n’est pas toujours un long fleuve tranquille. 

 

Hier donc, samedi 30 mars, veille de l’anniversaire de notre passage du Canal de Panama, nous avions fait une magnifique traversée depuis Nuku Hiva. Au près et tout dessus au début, nous avons achevé ce petit saut de 26 nautiques le coeur en bandoulière car tout n’avait été que plaisir de naviguer...

C’est alors que les ennuis commencent. Il faut savoir que dans ce petit port bien protégé de la houle, un avantage n’allant pas sans son contraire, un léger courant de marée de 0,3 noeuds oblige les voiliers à s’amarrer avant et arrière afin que tous les bateaux fassent front à l’entrée du port. La houle précédant le passage de la digue est assez impressionnante mais se métamorphose en calme plat dès la limite franchie. Six voiliers étaient en place. Marjo hésite un peu car les meilleurs emplacements sont toujours les premiers choisis. Comme d’habitude, je laisse toute latitude à Marjo de choisir l’endroit où jeter notre ancre. C’est alors que Marjo me crie :  «  profondeur 8 mètres, je n’ai plus ni marche arrière, ni marche avant. Largue l’ancre ! Maintenant !... ». Je largue ainsi une trentaine de mètres de chaîne et me rends dans le cockpit pour essayer de comprendre. Et là, je vois Marjo les commandes en mains qui ne répondent plus. Ce n’est pas la première fois que notre inverseur nous faisait des frayeurs mais au dernier moment chaque fois, il réagissait et nous permettait de finir notre manoeuvre. Ce n’est pourtant pas faute d’attentions car il a été déposé et complètement révisé au Guatemala. 

Dans l’immédiat, nous n’étions encore que partiellement ancré et, en plus, pas au bon endroit ! Le courant et le vent nous font dériver jusqu’à presque toucher l’enrochement de la jetée. Il ne reste que quelques mètres. La panique cherche son chemin car pas une seule personne n’a encore répondu à la demande d’assistance de Marjo sur la VHF. Comme je sais que la plupart du temps, on ne peut compter que sur nous-même, l’idée de nous en sortir avec notre annexe (que fort heureusement nous avions traînée et non rangée sur le pont) s’impose à moi. Je saute dedans et demande à Marjo de m’y déposer le moteur entreposé sur son support. Grâce au palan prévu à cet effet, elle obtempère. Je crois que ce moteur n’a jamais aussi vite trouvé place sur le dinghy. Il démarre au premier essai ! Ok, Un peu de chance de temps en temps, on est preneur... Marjo me file une aussière frappée à la poupe de l’Otter, je l’amarre à l’avant de l’annexe et commence à tirer l’Otter hors du danger. Entretemps, un jeune Anglais vient nous prêter mains fortes avec son petit dinghy en poussant l’arrière du voilier dont l’inertie est énorme ! 20 tonnes offertes au vent et au courant, ce n’est pas facile à mobiliser si bien qu’il nous faudra un bon quart d’heure pour repositionner l’arrière du voiler à un endroit acceptable. Je rappelle au lecteur que l’ancre principale avait été larguée dans l’urgence et pas nécessairement à l’endroit que nous aurions choisi ! Pendant que les 15 chevaux de notre annexe s’escrimaient à trouver une position correcte pour l’ancrage arrière, Marjo qui ne s’occupe jamais de cela, a dû sortir notre FOB light (ancre légère démontable que nous stockons dans le coffre avant) et la monter en quatrième vitesse. Moi qui en connais la difficulté qui ressemble à un casse-tête chinois, j’observais Marjo qui se démenait comme une diablesse avec le montage de cette p... d’ancré ainsi qu’avec la préparation du bout plombé qui l’accompagne. Je lui crie qu’elle doit ajouter une aussière supplémentaire, le bout plombé s’étant d’expérience avéré trop court. Pendant ce temps , le jeune Anglais m’aidant, je maintenais l’Otter au bon endroit et, une fois le matériel d’ancrage arrière prêt, je larguai l’aussière et me précipitai pour quérir l’ancre et l’emmener le plus vite et le plus loin possible vers la plage afin de maintenir les voiliers côte à côte. Plouf ! L’ancre est posée. Espérons qu’elle s’engage bien... Je reviens à bord et reprends la aussière arrière pour l’aider. L’Otter pourra donc dormir en sécurité. Quant à nous, momentanément soulagés, nous remercions notre jeune ami et nous apprêtons à bien cogiter pour savoir comment poursuivre notre voyage sans inverseur !...

 

Le lendemain, la nuit ayant porté conseil, c’est avec calme que je démonte pour la xième fois la potence du cockpit qui reçoit le compas de route et où aboutissent les câbles d’accélérateur et... d’inverseur. Il n’y a plus qu’à essayer. 

Moteur ! En arrière... tic, la marche arrière s’enclenche. Point mort. Ok . En avant... tic, la marche avant s’enclenche. 

On se regarde, incrédules. Mon sang ne fait qu’un tour, le même que celui de Marjo qui dit : « il n’y a qu’à pas remettre le compas en place ! ». Il faut dire que ce compas fixé sur un gros cercle en teck a déjà fait l’objet d’une modification (un espace creusé au ciseau de menuisier afin de laisser la place pour le levier d’inverseur qui vient s’y heurter perturbant ainsi son bon fonctionnement). 

Ni une ni deux, je prends la Scie vibreuse et y découpe une fenêtre suffisamment grande que pour offrir au levier d’inverseur tout l’espace nécessaire. Je remonte. Marjo me dit : « moteur ? ». Ok, on essaie !... Et là, la victoire et le soulagement s’inscrivent sur nos visage où l’anxiété s’était installée. Une belle journée pouvait commencer et nos rêves de voyage, mis à rien le temps d’une nuit, pouvaient reprendre toute la place !

 

 

 

 

 

 

29/03/2019

Au mouillage de Hanaho

Au mouillage de Anaho

 

Nous sommes ancrés dans la baie de Anaho depuis quatre jours. Le mouillage est vraiment bien protégé tant de l’alizé que de la houle. Sa surface est telle que les montagnes côtières laissent un bon angle d’entrée au soleil, ce qui fait l'affaire de nos panneaux solaires qui peuvent travailler plus tard le soir et plus tôt le matin. L’endroit est paradisiaque et les habitants vraiment accueillants. De plus, il y a de l’eau non seulement potable mais délicieuse qui vient directement de la montagne.

Lorsque de telles conditions sont réunies, on joue les prolongations ce qui nous permet d’entrer en contact avec les habitants. Tout d’abord, le « restaurant » qui est à ciel ouvert, en bord de plage et meublé de quelques tables et chaises en plastique. La cuisine est réalisée au sein de l’habitation érigée en retrait à seulement quelques mètres du « restaurant ». Au menu le premier jour, carpaccio de thon et moi qui préfère le poisson cuit, j’ai eu droit sans supplément à un service spécial et me suis délecté. Les accompagnements sont toujours un peu les mêmes : uru, manioc, riz. Un vrai régal ce thon rouge ! 

Alors qu’avant hier, nous nous étions épuisés à trouver l’endroit, derrière un col, où l’on nous avait renseigné la présence d’un maraîcher, nous avons remis ça hier en escaladant un autre col séparant Anaho de Hatiheu. Une heure et demie d’une marche d’autant plus épuisante que nous manquons d’entraînement. Il faut dire que ça grimpe fort ! Mais bon, au sommet du col, quelle belle récompense que ce panorama surplombant plusieurs vallées découpées sur l’océan. A Hatiheu, nous sommes accueillis par la mairesse Yvonne, merveilleuse octogénaire parée d’une magnifique robe rouge à fleurs blanches.  Quelle dignité chez cette femme visionnaire qui a compris depuis longtemps déjà que ce qui a été ne le sera jamais plus ! Elle a, il y a quelques années - c’était en 82 -, pris les enfants du village en otage pour nettoyer tous les excès de leurs parents. Avec la complicité de l’institutrice, son slogan : « Les parents jettent, les enfants ramassent ! ». C’est ainsi que, petit à petit, elle a pu changer les mentalités et que son village est devenu un exemple de propreté. Ici, on trie les bouteilles... ce qui est pris est pris. Il est loin maintenant le temps où l’on trouvait des lessiveuses et autres électroménagers vétustes jetés dans les rivières pour se retrouver sur les plages !!! Yvonne peut être fière d’elle. Avec un charme fou, cette femme de tête nous parle de son combat pour refuser la construction d’une route qui aurait permis l’accueil d’un hôtel de 300 chambres dans son île. Elle a compris que cela n’aurait rien rapporté à ses administrés au contraire. Elle poursuit donc la résistance mais ne peut guère compter sur une relève active. Les jeunes ne sont pas intéressés. Un certain désenchantement émerge de son propos. L’internet arrive et pervertit le rêve d’avenir de la jeunesse. La rencontre d’Yvonne fait partie de celles qui comptent dans une vie.

 Aussi celle de Ra Hi hé, Jean, Raymond et Eric qui sont là, arrêtés à mi-chemin en train de papoter pour récupérer et laisser leur cheval chargé de courses faire de même. Ici, tout le monde possède un cheval qui sert de transport d’une vallée à l’autre. Il n’y a que très peu d’autos (presque toutes des 4x4). Marjo en profite chaque fois que l’occasion se présente pour faire connaissance et sympathiser en s’intéressant à ce que les gens font. C’est ainsi que l’on apprend que Ra-hi-é fabrique du tamanou (c’est une sorte de crème cosmétique à base de coco et amandes de tamanou qui permet, entre autres, de lutter contre le vieillissement de la peau) dont elle partage le secret avec Marjo. Celle-ci n’a pas sa pareille pour construire une complicité magique avec les Marquisiennes. Raymond, attendri par le spectacle de cette complicité naissante, offre à Marjo un flacon d’huile de monoï qu’elle n’acceptera qu’après plusieurs refus car ces gens n’ont que la nature comme richesse mais le partage est dans leur culture. Il insiste de bon coeur. Ra-hi-hé est la plus jeune des trois. Elle a 32 ans. Les hommes sont plus âgés. Elle est accompagnée d’un chien très gentil (les chiens marquisiens doivent être gentils sans quoi ils se font corriger) et d’un cochonnet sauvage d’à peine un mois qu’elle apprivoise. Elle est aux petits soins pour lui qui a aussi droit à se faire oindre de tamanou pour qu’il ait un poil bien brillant !!! Ses commentaires sont ponctués de rires cristallins...

Et ça papote, et ça papote. Après 10 minutes de discussion, on connaît toute la famille. Ils sont tous plus ou moins cousins et Marjo retient tous  les prénoms. Moi, je dois dire que je suis un peu largué.  

Hier, journée de repos. Marjo décide d’aller nager. A contrario des autres navigateurs qui se baignent autour de leur voilier, nous nous rendons sur la plage où des femmes se baignent en famille avec des petits enfants. Les hommes se baignent à l’écart et discutent en marquisien.  Alors que je reste assis à l’ombre de la cocoteraie à les observer, Marjo les rejoint et fait connaissance. La glace est très vite rompue si bien qu’elle m’invite à les rejoindre. L’eau est chaude et claire sur un fond de sable blanc. 28°C ! Quelques petits requins à pointe noire sont venus partager la baignade. Le soleil tape très fort et je me félicite de ne jamais quitter mon t-shirt ni mon chapeau. Des ados nous rejoignent et j’en profite pour leur apprendre la godille de la nage synchronisée. Il s’y essaient en rigolant mais ce sont de vrais poissons et ils y arrivent assez rapidement. C’est alors qu’en blaguant, la dame m’envoie retrouver les hommes en disant ainsi qu’aux gamins que mes conseils intéressaient :  « les hommes avec les hommes, les femmes avec les femmes ! ». Je  me joins donc à eux dont le plus jeune baigne ses chevaux. Il les emmène jusqu’à ce que l’eau leur arrive au poitrail et les frictionne en les aspergeant. Les chevaux semblent vraiment apprécier si bien que l’un d’eux se met à crottiner sous l’hilarité générale ! Les hommes parlent chasse et pêche et nous partageons nos histoires personnelles. Ils s’intéressent beaucoup aux armes qui sont utilisées en Belgique et moi j’apprends qu’ils utilisent aussi des armes de poing pour chasser la chèvre dans les grottes... Et ça discute, et ça plaisante, et ça rit... Pour moi, ces moments me rappellent « Oh temps suspends ton vol... » Encore un ajout à tous ces moments que personne ne pourra jamais nous reprendre !

Et je sais que d’autres nous attendent encore...

Hanamenu troisième jour

Hanamenu : troisième jour.

 

Revenus à bord avec toutes nos « offrandes », Marjo s’occupe à les transformer en pépites à déguster sous forme de confitures et autres préparations dont elle a le secret et qu’elle veut partager.

Un peu honteux de quitter nos hôtes sans cadeau en retour et me rappelant l’intérêt que José avait manifesté en voyant le long bout (souvenir de mon passé de prof. Lorsque je récupérais les cordes déclassées pour l’escalade) dont je me sers à l’occasion pour prolonger l’amarre de l’annexe, je la donnai à sa cousine pensant que ça lui reviendrait ! Celle-ci sans se faire prier, la donna à son mari Thierry qui, ne demandant pas son reste, se l’appropria. La nouvelle arriva aussitôt aux oreilles de José, ce qui créa - on l’apprit plus tard - une certaine déception car j’avais donné la corde sans m’en rendre compte, à celui qui ne me l’avait pas demandée. Une bourde que, plus attentif aux parentés, j’aurais pu facilement éviter.

Mais José n’avait pas dit son dernier mot ! L’après-midi, à bord de sa pirogue à balancier, il vient à nous avec une invitation à accepter une part de sa pêche. Il nous en remplit un plein seau (petits poissons qu’ils consomment en grillades ou utilisent comme appâts pour la pêche au gros). 

Et c’est le moment qu’il choisit pour m’informer de ma bien involontaire maladresse. Confus mais pas pris au dépourvu car il y a toujours à bord des bouts déclassés qui font le bonheur des pêcheurs rencontrés, je lui en donne un autre tout content de pouvoir racheter mon erreur... Et on papote, on pose des questions. Il nous dit qu’il est aussi sculpteur ce qui me rappelle que Marjo a acheté en quincaillerie une râpe à coco avec l’intention de la faire fixer sur une planche de bois de rose gravée à la mode marquisienne. L’occasion était trop belle de fournir un peu de travail à notre ami qui nous dit que, si nous le désirons,  la sculpture sera prête dès le lendemain. Marjo, après négociation et de façon un peu indécise, lui donne la râpe en inox avec l’idée que j’ai encore agi trop vite car c’est un peu comme acheter un chat dans un sac que de lui demander ce travail sans avoir rien vu encore de ses productions ! 

Ce qui est fait est fait. Rendez-vous est pris pour enlever la commande demain en fin de matinée.

Après un nouveau passage à la cascade qui vaut à mon sens cent jacuzzis, nous allons donc aux nouvelles de notre râpe. Nous découvrons José en pleine création. Nous lui avions juste imposé le thème d’une raie manta et nous nous rendons immédiatement compte qu’un petit chef-d’œuvre est en train de naître sous nos yeux. La photo de José nous présentant fièrement son travail montre à souhaits combien il était fier de sa création. 

Laissant le temps à José de terminer notre râpe - il doit encore la peaufiner et la cirer - nous le laissons à ses finitions tandis que Marjo prend rendez-vous avec ses nouvelles amies pour une initiation au râpage du coco. Pour celles et ceux qui ne le savent pas, ce travail sert à produire le lait de coco à la base de beaucoup de plats polynésiens. 

Et nous revoilà en bonne compagnie. José nous montre comment ouvrir une noix avec le dos de la lame d’une machette. Il les coupe en deux et nous laisse en déguster l’eau. Un vrai régal !

Sarina se saisit de sa râpe (nettement moins jolie que la nôtre), s’assied dessus et montre à Marjo le bon geste à acquérir pour un travail efficace. Immédiatement, nous constatons que ce n’est pas la première noix qui lui passe entre les mains... Après avoir pris place sur notre nouvel outil alors terminé, Marjo observe Sarina et Te Pua. Elle imite ce geste manifestement entré dans la culture polynésienne et que nous découvrons avec tant de bonheur. A sa suite, je m’y suis mis également constatant personnellement l’efficacité de cette ancestrale technique...

Le soir, nous serons invités à revenir déguster la cuisine marquisienne concoctée en utilisant le coco râpé par nos soins. Et nous nous conformerons à leurs « façons de table » qui se résument à manger avec les doigts ! Pas de problème pour Marjo qui exulte. Pour ma part, une fourchette traînait, alors... Cette nuit, nos amis partent pêcher jusqu’au petit matin où ils comptent s’arrêter au village. Ils pêchent à bord de deux barques en aluminium dont une des deux a déjà trente ans ! La nouvelle est magnifique. Elles sont équipées de moteurs  2tps de 40 chevaux. De vrais petits bijoux...

 

La nuit tombait lorsque, repus et accompagnés de nos amis, nous nous mîmes en route vers la plage en brouettant leur matériel et le viatique pour la veille de pêche. L’union faisant la force, nous les avons aidés à  traîner ces lourdes barques jusqu’aux premières vagues après quoi, ils nous aidèrent à leur tour. La glace étant maintenant bien rompue, José et Thierry, me taquinèrent en exploitant mon appréhension de rater notre remise à l’eau en disant : « monte, Jean ! Non, redescends, Jean ! Ah, ils se sont bien amusés. Quelles bonnes natures ! 

 L’annexe flottant enfin, je sautai à bord et poussés vigoureusement par nos amis en travers des rouleaux, nous regagnâmes notre bord avec nos têtes remplies de toutes ces pensées qui font le sel du voyage...

 

(à suivre...)