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15/03/2018

Journal de bord —-> Panama

J+2 : le soleil grimpe dans notre Est alors que notre Otter, sous régulateur d’allure, taille sa route à 40° du vent vrai. Un vrai régal ces voiles neuves qui nous font gagner en angle contre le vent, en vitesse et en raideur à la toile. Le temps est « Caraïbes ». L’alizé souffle imperturbablement à peine dévié de sa course NE par les petites dépressions locales. Le soleil donne. Le ciel est « windows ». La mer est comme une vieille copine toute ridée de ses habituels cafouillages. L’Otter y creuse sa route, infatigable. Elle donne l’impression de reprendre ses marques, un peu comme nous d’ailleurs qui passons de la stabilité terrestre à l’équilibration permanente. Il n’y qu’en position couchée, bien calés entre des coussins, que l’on peut relâcher sa recherche d’équilibre. La vie de marin, quoi !
Au plus près du vent, nous avons remonté la côte du Belize et bien au large, nous venons de laisser Banco Chinchorro par notre travers bâbord. C’est là que nous avions fait escale l’an passé pour rallier les Caymans. Cette fois-ci, pas question de s’y arrêter ; on est en projet non stop jusque Panama !
Tapant sur mon clavier, il me vient un regret, celui d’avoir négligé de m’occuper plus tôt de l’Iridium. J’ai procrastiné en donnant la priorité à autre chose... une erreur qui va m’empêcher d’envoyer mes petites bafouilles au fur et à mesure. Désolé pour ceux qui le regretteront avec moi ! Bientôt, nous pourrons « laisser courir » en ouvrant les voiles au souffle de l’alizé bâbord amures et, plus confortablement, poursuivre notre route. Nous veillerons à laisser le « Gorda bank » bien à l’écart et a ainsi passer au large des zones à risques de piraterie...

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J+3

Les jours se suivent et se ressemblent mais le vent continue son refus de s’installer sur notre cul en passant au N comme promis (par la meteo). C’est la troisième fois que nous virons de bord pour gagner contre l’alizé qui refuse. A part ce petit contre-temps, la navigation au près serré reste confortable. La mer est à peine creusée, le soleil brille et le vent reste tout juste supérieur à 10 noeuds. Le Windpilot, contrôlé de mains de maître par Nestor, maintient notre Otter imperturbablement sur son cap. Nos panneaux solaires nous changent la vie car même lorsque notre alternateur d’arbre produit moins pendant les période d’hésitation du vent qui nous ralentissent, nous restons avec un voltage supérieur à 13 volts. Le radar est réglé pour fouiller l’horizon pendant 2 minutes toutes les 8 minutes et une zone circulaire de sécurité a été configurée. On pourrait se demander pourquoi car depuis notre départ, nous avons assez de nos deux mains pour compter le nombre de navires croisés à plus de 5 milles de notre position. Il n’y a décidément guère de voiliers en mer ! Le seul que nous ayons côtoyé en navigant de conserve pour nous photographier réciproquement sous voiles fut Décadence de notre ami canadien Russel. Depuis, plus une seule voile à l’horizon !

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J+4

Le vent hésite et est variable bien que son intention soit clairement de s’orienter du N comme prévu. Nous sommes au moteur et le peu de vent nous vient par le travers bâbord imprimant a l’Otter une légère gîte. La mer s’est considérablement calmée et son caractère cafouilleux a maintenant complètement disparu. La « menteuse » est gibeuse. Elle illumine l’océan de son dernier quartier et le ciel se parsème d’étoiles. Seul le bruit du moteur jette un bémol sur l’impression de plénitude que je ressens. Hier, en fin de journée, quelque peu fatigué de mes lectures - en mer, j’en retrouve le goût avec délectation - je me promenais sur le pont, laissant mon regard errer sur le gréement et les voiles à l’affût d’une imperfection à corriger, je me suis déplacé sur le beaupré où un petit siège permet de jouer la figure de proue assis au-dessus de l’océan. Penché vers l’onde, le regard se perd dans ses profondeurs d’où surgit ça et là le reflet argenté d’un exocet sur le qui-vive, chassé qu’ils sont par les dorades coryphènes (dont nous prélevons de temps en temps un individu pour alimenter la cambuse). Ainsi assis au-dessus de l’eau, on ne voit qu’une ligne d’horizon aussi longue que le permet la rotation de la tête. La vue scrute la surface à la recherche d’un éventuel souffle de baleine, d’une nageoire de dauphin,... L’esprit court alors dans tous les sens et installe un sentiment de reconnaissance envers la vie que nous menons, Marjo et moi. Pour rien au monde, ai-je dit à ma capitaine venue me rejoindre, je n’échangerais ma place ! Un grand moment de félicité dont j’ai chargé ma mémoire pour compenser les futures et inévitables contraintes de la vie de marin... Il est 2h. L’Otter profite de cette mer d’huile pour utiliser le répit que nous laisse l’alizé afin de progresser vers l’Est. Demain matin le nordet qui s’installe timidement va se renforcer. Nous serons alors en bonne longitude pour foncer au portant vers le Sud et notre destination Panama.

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J+5 :

Le soleil vient de se lever avec le changement de quart. Yan (c’est le petit nom de notre moteur) se repose et rend à nos oreilles ravies les bruits de l’océan et du vent. Le nordet s’est installé et nous filons 6 noeuds dans une mer se réveillant. Marjo dort. Le ciel est dégagé, parsemé de quelques nuages de beau temps. Une belle journée de plaisir sous voiles se précise.

18h30 la nuit prend ses quartiers après une agréable journée à naviguer SSE grâce au nordet qui semble vouloir se renforcer, opportunité que nous allons bien entendu saisir pour plonger vers Panama.

J+6

11h52. Le ciel bleu parsemé de nuages de beau temps accompagne notre traversée. Le vent se maintient au NE ce qui nous permet de progresser SE en direction d’un waypoint très au large du Gorda bank que nous aurions pu traverser gagnant ainsi un jour au moins de navigation. Suite aux récentes attaques de pirates à cet endroit, nous avons préféré faire le grand tour et, alors que j’écris ces lignes, nous approchons du moment où nous allons pouvoir bénéficier de la possibilité de « laisser porter » c’est-à-dire ouvrir nos voiles et accéder aux allures plus confortables, le vent nous venant par le travers jusqu’au au vent arrière, allures dites de largue. Même si nous n’avons pas à nous plaindre des conditions météorologiques, cinq jours (et nuits) au près serré entame imperceptiblement le moral tant de la cuisinière que de l’équipage... Aussi, nous nous armons de patience.


J+7 :

Le vent s’est levé et, contre la courant portant au N à l’extrême E du Honduras. Vent contre courant (env 2noeuds quand même !) n’ont jamais fait bon ménage aussi, nous avons été bien chahutés dans une mer creusée que l’Otter a escaladé inlassablement pendant toute la nuit et toute la journée qui a suivi. Il a plu et le vent est monté à 28 noeuds ce qui nous a contraints à mettre notre bimini à l’abri.
Il nous reste 400 petits milles à avaler jusque l’entrée du canal où une marina bien équipée (bonnes douches, une piscine) nous attend avec... peut-être une surprise !

J+9

Hier, excepté deux navires croisés à distance, nous avons été, une fois de plus, seuls au monde. Le vent ENE ne faiblissant pas, nous dûmes nous abriter du soleil qui, fort heureusement, fut filtré par une couche de nuages assez dense (par prudence, le vent forcissant, nous avions rentré le bimini).
Aujourd’hui, grand voile haute, yankee complètement déroulé, nous faisons route directe vers Panama. Filant 6 petits noeuds, ce qu’il reste de milles (212) à parcourir s’égraine petit à petit, activant pour ma part, la joie d’arriver bientôt. Marjo, quant à elle, continue inlassablement à s’ingénier à la cambuse, à me gâter par l’originalité et la diversité des plats proposés aux différents repas de la journée. J’ai même eu droit à une choucroute garnie (self-made lactofermentation) ! Ma capitaine a pris ses marques, est couverte de bleus dus aux déséquilibres provoqués par les mouvements parfois imprévus du voilier (cuisiner nécessite parfois les deux mains ce qui est incompatible avec « une main pour soi et une pour le bateau ») mais se dit prête à prolonger sans problème notre traversée. Pour ma part, je reste un impatient et je serai vraiment content d’arriver !

Biaisant notre impossibilité actuelle d’envoyer et recevoir des mails par Iridium (Merci XGate!), Marjo reste connectée par sms notamment avec nos amis Texans Jim &Kitty. Jim note quotidiennement notre position, recherche les prévisions sur zone et nous les envoie. Nous les recevons comme un témoignage d’affection amicale incroyable. Nous nous imaginons les rendez-vous dans la « palapa » des équipages colocataires de la marina qui se rassemblent pour clôturer la journée qui, pour la plupart, est une journée de travail sur les bateaux. Un (ou deux si affinité) verres de rhum clôturent la journée et notre navigation, dixit Jim, est au centre des conversations. Pour la plupart, notre traversée sans escales semble être un exploit ! Le plus souvent, ils font du cabotage... et passer 10 jours sans escale reste exceptionnel...

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23/02/2017

Jeudi 23 février 2017 :

Demain est un autre jour…

 

Hier, mercredi 22 février 2017, nous sommes amarrés sur bouée devant Geogetown aux îles Cayman. Le petit patrouilleur du responsable du port nous annonce un coup de vent de NW. On l’avait vu se préparer sur Zygrib et Weather forecast mais en avions minimiser les conséquences. Le vent n’était pas prévu plus fort que 5 Beaufort mais bon, si les locaux bougent, c’est qu’ils connaissent les conditions locales qu’une telle météo amène. On plie bagages, déçus car on avait prévu une belle plongée et, forts de la lecture des instructions nautiques, filons vers le S où Sand Cay dans le South Sound, est annoncé pouvoir nous abriter. Nous cherchons des bouées orange et en trouvons deux tout à l’entrée qui semblent répondre aux critères des instructions nautiques. Nous nous amarrons sur l’une d’entre elles. L’après-midi voit une grande quantité de bateaux de plongée venir nous rejoindre et cela fait vite du monde ! C’est alors que trois plongeurs viennent nous annoncer que les bouées que nous croyions nous être destinées sont des bouées privées leur appartenant. Le vent est déjà monté et la houle commence à entrer dans le mouillage. Marjo tente bien de négocier prétextant des problèmes de barre mais les plongeurs ne veulent rien entendre. Un sous-marin est en route pour venir s’amarrer sur le corps-mort que, sans le vouloir vraiment, nous squattons ! M’imaginant que nous n’avons guère d’alternative, je m’énerve et lance au plongeur en anglais : « Sorry, I can lost my boat for your beautifull eyes !  We must to find a solution ! ». Mal m’en a pris – comme quoi, l’agressivité est rarement payante… Le plongeur choisit de s’adresser à Marjo pour lui demander de me calmer ! Marjo m’excuse en relevant ma difficulté de m’exprimer en anglais et le caractère angoissant de la situation car celle-ci est claire : si nous quittons la bouée, nous n’avons d’autre alternative que celle d’aller passer la nuit au large ! Bref, elle gagne quelques heures au cours desquelles elle téléphone à la capitainerie de Georgetown pour expliquer la situation et demander confirmation de l’état privatif de la bouée sur laquelle nous avons frappé nos amarres. Très gentiment, le Capitaine nous informe qu’il y a bien une bouée jaune à l’entrée du Sand Cay qui pourrait nous dépanner mais il ne peut pas nous accorder l’autorisation de nous y amarrer. Entre-temps, les plongeurs sont revenus aux nouvelles et nous annoncent l’heure d’arrivée du sous-marin. Ils vérifient avec bouteille l’état du corps-mort sous l’eau et nous demandent de l’aide, le temps pour moi de faire la paix en leur prêtant le marteau dont ils avaient besoin. Ils nous proposent ensuite de nous aider à nous amarrer sur la fameuse bouée jaune qui est une sorte de tonne[1] réservée aux professionnels.

Les amarres à peine larguées, un grain d’une violence inouïe (l’anémo grimpera à 49 nœuds !) nous tombe dessus et c’est dans ces conditions que nous partons à l’assaut de la bouée jaune, Marjo à la barre et moi, aveuglé par une pluie diluvienne, en train de jouer au cowboy en transformant les aussières en lasso improvisé ! Pas facile de frapper une amarre sur une telle bouée alors que la houle est maintenant bien rentrée dans le mouillage, l’avant de l’Otter tossant magnifiquement devant la cible (la croix surmontant la tonne). Au rythme de la houle, cette tonne s’éloigne et se rapproche du beaupré sur lequel je suis perché ne me laissant vraiment qu’une fraction de seconde pour y frapper cette p… d’amarre. Là, je sens que vous réalisez que je suis encore très énervé !... Ni une ni deux, je dis à Marjo que j’y vais à la nage car je ne nous vois pas passer la nuit assurés par une seule aussière qui ne manquera pas d’être rapidement cisaillée avec les conséquences que l’on imagine aisément. C’est ainsi que j’ajouterai deux grosses amarres à la première dont une partie de chaîne me garantissant une sécurité certaine pour la nuit. A peine (presque) dûment amarrés car la manière avec laquelle les aussières garnissent l’énorme taquet est loin d’être académique, les professionnels propriétaires de la tonne arrivent à bord d’un remorqueur et, se confondant en gentillesses, acceptent que nous restions amarrés sur leur bouée, nous rassurent quant à sa bonne tenue et nous souhaitent une bonne nuit !

 

Moralité :       1) Toujours annoncer nos intentions aux locaux sans penser que nous les dérangeons en leur demandant leur avis. Les instructions nautiques sont parfois erronées.

2) Ne pas faire confiance à la cartographie qui contenait des erreurs de profondeur qui auraient pu être dramatiques.

3) Même pour une courte navigation (nous avions 5 milles nautiques à naviguer au moteur), préparer le bateau comme pour une grande traversée (nous avions laissé nos bouteilles et notre sac de plongée sur le pont certes bien arrimés mais bon, cela était dans le chemin).

4) Ceci uniquement pour moi : rester calme ! Perfectionner mon anglais !

5) Enfin, l’unique solution pour aller s’abriter était de rallier Sand Creek dans le North Sound.

 

NB : Ce jeudi 23 février fin de matinée, la VHF nous apprend que le port de Georgetown est fermé ce qui confirme qu’ici, on ne plaisante pas avec un coup de vent d’ouest. A bon entendeur…

 

(à suivre)

 

 

[1] Grosse bouée au sommet de laquelle se trouve un taquet (pièce métallique en forme de croix destinée à recevoir les grosses amarres des bateaux professionnels)

19/02/2017

Du Rio Dulce aux îles Caymans via Cayo Norte

Après quatre mois passés à réaliser un lifting complet de notre Otter, nous ne somme toujours pas prêts. Il reste encore un tas de détails à régler mais nous connaissons la musique. Comme on dit en certaines circonstances : « ils se croient prêts ! » Et bien, quand on en est là, il faut larguer les amarres et prendre le large. Nous laissons derrière nous un ponçage complet de notre pont en teck avec remplacement de toutes les vis et bouchons collés à l’époxy, le renouvellement de notre capote qui a grandi en hauteur et en longueur afin de mieux nous protéger. Des fenêtres dont la transparence nous comble de joie y sont découpées et sont munies de volets amovibles destinés à nous protéger de l’effet de serre inévitable au mouillage sous ces latitudes. Le lazybag[1] a également été remplacé par un neuf. Notre électronique devenue obsolète et lunatique par moments, a été remplacée par mes soins, travail dont je tire une certaine fierté car préjugé facile lors de l’achat mais avéré beaucoup moins évident à la réalisation. Enfin, tout fonctionne (presque tout) et nous voilà donc partis. P… j’allais oublier tout l’extraordinaire travail de couture de Marjo qui a réalisé des couvertures (covers) pour tous nos coffres fraîchement revernis ainsi que celui du poste de barre. Notre Otter reprend donc du service avec une garde-robe partiellement renouvelée, voire réparée (yankee et trinquette).

La vie à Monkey Bay Marina était agréable, entourés que nous étions de gens issus de tous les coins du monde. Il y avait des Américains, des Canadiens, des Russes, des Polonais, des Australiens, des Belges, des Allemands, des Anglais, des Suisses,… et des singes hurleurs qui détestent la pluie et le manifestent bruyamment à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Au moment du départ, seuls les singes étaient absents pour un au revoir dignes des grands départs de transats. Tout ce monde sur le pont pour nous larguer les amarres et nous souhaiter bon vent, nous laissant ainsi un petit sentiment de tristesse de les quitter. Ce sentiment disparaîtra très vite, remplacé par le plaisir des yeux au cours de la descente du Rio Dulce ayant creusé pendant des millénaires son cours dans la jungle… Après les formalités de sortie expédiées grâce aux compétences administratives et relationnelles de Marjo, nous avons pris contact avec Hector afin qu’il nous aide à franchir la barre ce qui fut fait « just in time » en vrai professionnel. Remarquons cependant que cette fois-ci, le Hector a dû nous tirer franchement à la gîte, notre pavois étant complétement sous eau ! La marée était certes haute au moment de notre passage mais les coefficients étant ce qu’ils sont, nous avions moins d’eau sous la quille que lors de notre arrivée…

Nous voulions naviguer. Nous en avions besoin ! Nous savions que nous allions devoir nous battre contre les alizés et c’est ce qui s’est passé. Dès les voiles envoyées, le ton était donné : alizé de ENE 15-17 nœuds. Le premier ris est donc pris, la trinquette bordée à plat et le yankee complétement déroulé, nous prenons le pouls de l’océan que l’on retrouve caribéen, tel que nous le connaissons : mer hachée, creux bien prononcés, petites lames perverses qui surprennent par leurs surprenantes directions. Le temps est beau. Le soleil habille l’océan de petites crêtes blanches qui en font tout le charme. Le windpilot installé, l’Otter II se cale sur son meilleur cap au près qui varie entre 45 et 55° du vent apparent. Il prend la mesure du temps et file ses 5-6 nœuds. Je n’y toucherai que pour les changements de bord et, des bords, nous allons en tirer un certain nombre pour « remonter » vers le N, ces bords nous emmenant jusqu’à approcher Roatan (île du Honduras) ce qui montre bien qu’une victoire n’arrive jamais tout d’un coup ! D’abord gagner de l’E. De là, c’est un très long bord tribord amures[2] qui nous fait gagner en latitude en taillant notre route vers le N, notre compas fleuretant avec le O° pendant toute cette remontée. Au soir de la troisième journée en mer, nous approchions de la barrière de corail qui protège la côte du Mexique et décidons d’y faire relâche et d’y refaire le plein d’énergie. Nous pourrons ainsi nous retremper au propre et au figuré dans ce « farniente[3] » dont, depuis plus de huit mois, nous avions perdu l’habitude. Le soir, l’ancre dûment crochée dans un sable coralien profond de 3,50 mètre mais de tenue médiocre, je larguai 35 mètres de chaîne nous garantissant ainsi une nuit de rêves tranquillisée par la sécurité retrouvée d’un bon abri. Aujourd’hui, snorkeling[4] et remise en ordre du bateau pour nous préparer à une nouvelle bataille contre les « trade winds[5] » afin de gagner (là est notre but) les îles Caymans (prononcer k i mons comme me le rappelle chaque fois Marjo !).

 

Jeudi 16 février 2017 alors que le soleil vient juste de se lever…

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Je reprends le clavier alors que nous avons quitté le Cayo Norte depuis plus de 48 heures. Le vent de NE est passé franchement E testant le SE par moment. Cela confirme la météo qui donne des vents de SE virant au NW en fin de prévisions. Tribord amures, l’Otter II a fait route au près grignotant de l’E ainsi que de la latitude, le vent adonnant[6] lentement mais sûrement.

Avant-hier en fin de journée, Marjo (qui pense toujours à nos estomacs) me suggère de jeter une ligne de traîne au cas où. Moi aussi j’ai remarqué de nombreuses chasses de dorades coryphènes aussi appelées ici maï-maï. Ces dorades qui font le délice des grandes traversées, ne manquent jamais d’attirer la convoitise de mon cordon bleu de capitaine[7]. Celle-ci, intriguée par les récits de pêches fabuleuses contés par nos amis de Betty Boop qui ont solutionné le coût exorbitant des leurres en récupérant leurs vieux tubes de dentifrice - d’après eux, ces leurres bon marché font, après un simple petit bricolage, une folie dans l’eau ! A l’heure où j’écris ces lignes et pour confirmer l’efficacité de ces leurres bon marché, Les deux magnifiques filets prélevés par Marjo sur notre belle prise, sont déjà inscrits dans les bons souvenirs de cette traversée…

Ajourd’hui, le front froid se met doucement en place en mettant le vent en congé afin de tourner à son aise vers le SW, la rotation ne pouvant aboutir qu’aux prévisions de vents de NW plus soutenus. Bref, le vent a pris des vacances et c’est grâce à la brise Yanmar[8] que nous progressons cette fois en route directe sur les Cayman. Il nous reste 130 MN à courir pour arriver à destination, le temps de constater avec plaisir que l’électronique embarquée GARMIN est bien configurée et fonctionne de mieux en mieux au fur et à mesure que nous faisons connaissance. Que ce soit sous voiles ou au moteur, le pilote fonctionne parfaitement et le plaisir d’avoir la carte devant la barre est un must dont nous nous sommes certes passé pendant des années mais qui reste un confort assez exceptionnel ? Et, cerise sur le gâteau, Marjo découvre avec bonheur que son iPad peut servir de répétiteur et lui donner en Wifi toutes informations utiles sur la marche du bateau.

Après une nuit lunaire, la lune décroissant sous le regard attentif et particulièrement scintillant de Vénus, le soleil s’est levé sur un océan étalé par l’absence de vent mais quelque peu perturbé par un système nuageux omniprésent sur l’horizon, témoin du changement de régime de vents annoncé. Pendant ce temps, l’Otter fait route tranquillement, moteur calé sur 1800 tours /minute, légèrement en appui sur sa hanche bâbord poussé qu’il est par la petite brise de SW qui vient le stabiliser. Marjo dort. Il est 08h20 et je m’en vais préparer le thé pour bien commencer la journée.

La suite et fin probablement au mouillage dans les Caymans.

 

[1] Lazybag : sorte de sac tenu ouvert pour recevoir la grand voile en position basse évitant ainsi de devoir la ferler (la serrer à l’aide de bouts prévus à cet effet).

[2] Le vent venant frapper les voiles en passant en premier par le bord tribord.

[3] mot particulièrement prisé dans ses récits par notre moniteur de plongée préféré, tourdumondiste à bord de SAS3.

[4] natation découverte avec palmes, masque et tuba.

[5] Nom anglais de l’alizé.

[6] Adonner : terme de marine désignant une modification de direction du vent qui permet d’ouvrir les voiles , le contraire de “refuser” qui oblige le voilier à serrer le vent plus près en bordant les voiles, voire à virer de bord.

[7] Et oui, je me dois de rendre officielle ici ma décision de mise à la retraite en tant que capitaine de l’Otter II. Place à la jeunesse ! Place à la compétence ! Et sur les papiers officiels anglophones j’ai ma petite compensation, captain et crew commençant par la même lettre !!!

[8] C’est la marque de notre moteur.