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07/07/2013

Un peu de poésie

Deux bateaux s’aimaient d’amour tendre… à l’insu de leurs propriétaires.

 

 

Il était une fois l’Otter II, Hans Christian 43T[1], que son équipage, Marjo et Jean, avait prêté à un chantier lorientais pour l’aider à donner vie à d’autres beaux bateaux comme lui. Ils ignoraient que leur Ami supporterait mal l’éloignement de la merveilleuse rivière de Pénerf où il se sent si bien en été. Il était nostalgique, ne côtoyant dans le vieux port, hormis son nouvel ami Yves, que des bateaux de passage, pas toujours beaux et pas toujours bien élevés. Enfin, il se faisait une idée de tout cela, prenant son mal en patience en attendant de pouvoir prendre le large. Il était mélancolique et tirait mollement sur ses amarres…

Un beau jour, son cœur soudain s’accéléra. Une belle unité, racée comme lui mais un peu plus petite, vint prendre place à un ponton situé non loin de lui, à peine une encablure l’en séparait. « Elle est belle et très jeune », se dit-il. À partir de ce moment, il n’a d’yeux que pour elle. Il n’en peut plus de tirer sur ses amarres en l’absence toujours trop longue de son skipper. Impossible de lire son nom. Encore moins de le lui demander. Tout le monde sait que les bateaux ne peuvent que murmurer à l’oreille des seules personnes qui les aiment et les écoutent. Un beau jour, la belle est prise en charge par de nouveaux propriétaires et quitte Lorient.  Otter la regarde s’éloigner avec tristesse mais l’image de son nom peint sur sa fesse gauche, ne le quitte plus : « La Clémence ». « L’a-t-elle seulement remarqué ? », se dit-il. Plein d’espoir, il pense qu’un jour peut-être, il la reverra.

L’été venu, quittant la rade de Lorient pour son vagabondage estival, Otter n’a qu’une seule idée : la retrouver au détour d’un cap, d’une baie ou l’attendre dans un merveilleux mouillage. Son barreur le trouve bien fringuant en ce début de croisière. Il ignore encore que son meilleur Ami est amoureux. Et d’ailleurs, est-ce bien raisonnable de penser qu’un bateau puisse l’être ?

À la fête de la mer de Pénerf, Otter est tout pavoisé. Ses propriétaires l’ont décoré. Outre son grand pavois[2],  il arbore tous les pavillons de courtoisie gagnés au cours de ses nombreux voyages. Les bateaux à faible tirant d’eau ne sont pas, comme lui, contraints de rester amarrés à leur corps-mort. Ils tournent autour de lui avec élégance. Tous ont revêtu leurs plus beaux atours. Les feux de Bengale, les cornes de brume, les chants de marins, le son des binious du bagad[3] venu pour la circonstance, donnent à la fête tout son panache pendant la bénédiction de la mer.

Mais Otter est toujours un peu triste. Certes, il a beaucoup navigué. Ses propriétaires l’ont emmené jusqu’au Portugal. Mais partout où il est allé, nulle part il n’a aperçu La Clémence. « La reverrai-je un jour ? », se lamente-t-il.

Soudain, alors que tous les vieux gréements appareillent pour aller faire la fête au Croisic, La Clémence est là. Sa grand voile haute,  timidement, elle tourne autour de lui. Il entend à peine ce que les personnes se disent des deux bords. Il est sous le charme… À peine rencontrée, la voilà qui s’éloigne encore et disparaît lentement, empruntant la passe de l’Est.

Plusieurs jours plus tard, alors qu’il continue à se reposer un peu trop à son gré, Marjo et Jean lui cherchent un nouvel endroit où passer l’hiver moins loin de sa belle rivière. Ils n’en parlent guère, lui réservant la surprise ! Ainsi, à la fin du mois d’août, l’Otter II  dirige  son  étrave vers un endroit merveilleux qu’il connaît déjà : une autre rivière, mieux abritée : la belle Vilaine qu’il remonte jusque La Roche-Bernard.

Alors qu’il vire de bord vers le vieux port où l’attend son nouvel emplacement, Otter distingue le beaupré[4] caractéristique d’un Hans Christian. Un doute surgit : « Serait-ce La Clémence ? »

Amarré avec soin à côté du bateau restaurant et presqu’en face de la capitainerie, l’Otter est tout excité. Il est presque certain que c’est la Clémence qu’il a vue. Il n’y a plus qu’à attendre. Le hasard fera bien les choses. Et comme dans toutes les belles histoires d’amour, ce sont souvent les demoiselles ou les dames qui prennent l’initiative…

Voilà donc qu’arrive dans son cockpit, le plus beau cadeau que Otter ait reçu de toute sa vie :

 

« Dans le port de Lorient

Parmi les goélands,

Tu paraissais si grand

Si fort et triomphant.

 

Je voulais t’attirer

Tout au moins essayer,

Te parler d’amitié,

Peut-être me faire aimer.

 

J’étais intimidée,

Dans mes petits souliers,

Je n’osais t’approcher,

Encore moins t’aborder.

 

Je suis un peu joufflue,

Et je sais que mon cul

N’est pas vraiment pointu

Ni mes hanches menues.

 

Je ne saurais te plaire,

Mais ne suis pas amère,

Et je saurais bien faire

Ma vie sans ton aussière

 

Je suis heureuse en mer,

Et puis, sous le ciel clair

J’aime à croire, cher OTTER

Que tu es mon grand frère

 

 

             LA CLEMENCE »*

 

 

« Mon grand frère, mon grand frère ! Facile à dire cela après m’avoir tout émoustillé… » 

 

Gageons que le grand frère n’a pas dit son dernier mot et regrettons ensemble que l’on ne puisse conclure :

ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants !

                                                                                 

 

Jean LUMAYE



[1]Type de bateau inspiré des premiers bateaux de sauvetage norvégiens dessinés par Colin Archer. / 43 est la longueur en pieds soit environ 12,50 m. / T pour traditionnel.

[2] Le grand pavois désigne la décoration des bateaux à l’aide de pavillons qui, avant l’invention de la VHF, servaient à la communication. Ces pavillons se hissent les uns derrière les autres et se répartissent de la poupe (du cul – on peut le dire d’un bateau sans vulgarité - ) à l’étrave en passant par la pomme du ou des mats. Ce grand pavois ne peut être arboré qu’au port et uniquement aux fêtes officielles ou après demande dûment effectuée auprès de la capitainerie locale.

[3]Groupe folklorique breton.

[4]Le beaupré est la pièce de menuiserie (un espars) qui, dans les bateaux traditionnels, prolonge la proue au-dessus de l’eau. Synonyme : bout-dehors.

* publié avec l’aimable autorisation de Renaud LEVACHER, propriétaire de La Clémence et auteur de ce beau poème.

Mille milles sur les traces du Prestige...

Mille milles sur les traces du Prestige…

 

Que de souvenirs demeurent intacts lorsque nous évoquons notre croisière en Galice ! C’était en 2002, avant la catastrophe. Toujours au départ de Lorient, nous avions croisé jusque Bayona puis caboté pendant un mois vers le nord par petits bords de près jusqu'au cap Finisterre. Débarquant à Portosin, nous avions visité Saint Jacques de Compostelle par ce que l’on appelle par tradition « le chemin des anglais ». Cette belle région de Galice et ses sympathiques habitants nous avaient accueillis au sein d’une nature magnifique et jalousement protégée. Aux Iles Cies, pour raisons écologiques, notre chienne Ondine avait même été refoulée à bord par les autorités insulaires. C’est donc sans elle que nous avions visité cet environnement paradisiaque. Nous étions toujours sous le charme lorsque la terrible marée est venue semer la désolation. Nous étions écoeurés. Notre rancœur était omniprésente lorsque, avec nos enfants, nous nous sommes joints aux bénévoles pour récolter sur les plages bretonnes de Pénerf les résidus de ce terrible gâchis. L’année suivante, hormis notre escale à La Coruna au cours de notre retour de Flores (voir LN n°387),  nous avons évité de croiser dans ces eaux polluées. Déjà lors de cette dernière visite, nous avions pu constater les dégâts économiques de cette tragédie tant humaine qu’écologique. Le port semblait en léthargie. Nous ne pouvions que nous apitoyer sur le sort de tous ces pêcheurs désoeuvrés ou contraints de quitter leurs familles pour de beaucoup plus longues périodes, obligés qu’ils étaient d’aller chercher bien loin ce qui, quelques semaines avant le drame, se trouvait dans leurs merveilleuses rias.

Cette année, nous avions décidé de pousser plus loin vers le Sud et de visiter le Portugal, Lisbonne puis la côte Algarve. Tous documents utiles à bord, nous quittons nos quartiers d’hiver lorientais le 2 juillet 2004. Vent du sud ouest. Nos deux adolescents sont à bord et nous sentons que leur motivation pour nous accompagner en croisière est de moins en moins forte. Ils ont maintenant 15 et 16 ans. Avant de larguer les amarres, les copains manquent déjà ! Le vent refusant de nous accorder une route directe, nous décrirons une grande courbe dans le Golfe. A mi-chemin, nous laisserons le Plateau de Rochebonne par le travers bâbord ! C’est dire si cette année nous sommes vraiment rentrés dans le Gascogne. À partir de là, le vent tournera à l’Ouest puis au Nord-ouest ce qui nous permettra d’infléchir notre route vers le cap Finisterre et d’atterrir vent arrière à CARINO (43°44N 07°51W) quelques milles à l’est de LA CORUNA après trois jours d’une traversée sans problème et marquée par la rencontre avec un rorqual commun de belle taille : deux fois la longueur de l’Otter II !

 La plage de Carino est superbe. Aucune trace de pollution.Nos ados se baignent dans une eau cristalline mais néanmoins assez fraîche. La température de l’eau est, disons, bretonne ! Une petite vingtaine de degrés. Peu enthousiastes à l’idée d’augmenter la distance nous séparant de notre port d’attache et arguant du fait que notre inquiétude concernant l’état de l’environnement était partiellement levée, les enfants freinent le départ et insistent pour prolonger ces instants de farniente qu’ils préfèrent au rythme des quarts. Après concertation, mon épouse et moi décidons de modifier nos plans pour adopter un « compromis à la belge » qui nous permettra de poursuivre notre croisière tranquillement en donnant l’impression aux enfants que nous entamons déjà le retour ! Nous ferons route vers l’Est à la découverte des beaux petits mouillages de la côte nord de l’Espagne et remettrons à l’année prochaine notre projet portugais. J’avais déjà envisagé cette option et m’étais procuré le guide d’Alain Rondeau correspondant. L’ennui, c’est qu’il est resté en Belgique ! Il faut donc se débrouiller pour se le procurer sur place car sans lui ou l’équivalent, difficile d’inventer ces petits mouillages sympathiques que nous apprécions tant. Fort heureusement, je dispose de la cartographie électronique de détails Mapmedia  achetée en 2002 couvrant la première partie de notre route, d’une carte papier du Sud Gascogne et… du guide du routard pour le Nord de l’Espagne. De plus, j’ai toujours le pavillon de courtoisie basque (indispensable si l’on veut de faire bien voir des autochtones !) que ma belle-sœur, vivant en Espagne, m’avait déjà procuré pour parer toute éventualité.

Dès que possible, il faudra donc se procurer des instructions nautiques. Je pense qu’il y aura un maximum de chance que ce soit le guide en anglais de chez Imray : « South Biscay » et que nous ne le trouverons qu’à GIJON (prononcer rirone). Avec des informations glanées ci et là auprès de plaisanciers de rencontre que je remercie au passage, je planifie nos prochaines étapes en tenant compte d’une part, des prévisions météo qui nous annoncent des conditions anticycloniques c’est-à-dire, vent faible de secteur est pour plusieurs jours et, d’autre part, de nos 2 mètres 10 de tirant d’eau… sans oublier bien entendu de consulter le guide du routard. Je sélectionne Vicedo (43°46’N 07°40’W) dans la Ria del Barquero, Cillero (43°43’N 07°31’W) dans la Ria de Vivero (prononcer bibero), Ribadeo (43°33’N 07°02’W) dans la Ria du même nom et Puerto de Cudillero (43°34’N 06°09’w). Un seul mouillage payant ce qui nous permettra de concentrer notre budget sur les plaisirs de la table ! Soit dit en passant, notre port d’atterrissage, Carino nous a permis de nous amarrer sur ponton (voir photo 1) certes sans eau ni électricité mais gratuitement ce qui est, il faut le souligner, assez rare. Au fond de la magnifique ria del Barquero, nous mouillons au Nord du môle du Porto de O Vicedo et débarquons. Nous découvrons un port assez désert et fort peu accueillant. Pas  un touriste, ce qui n’est pas pour nous chagriner mais en ce qui concerne les autochtones, à croire qu’ils sont tous à la messe… Pas un chat dans les rues ! Pas de petits restos sympas où manger des tapas. Juste un super marché fort peu fréquenté où nous achetons de quoi compenser à bord le manque d’accueil rencontré ici. Seule Ondine, ses besoins naturels satisfaits, semble contente de la visite ! Quant à nous, on resaute dans l’annexe, levons l’ancre et la redéposons sous le vent de la Pointa Congreira, un peu plus au Nord où nous bénéficierons d’un mouillage idyllique. Le soleil est au rendez-vous. Les enfants partent en annexe découvrir un tas de petites grottes stimulant leur aventureuse imagination. Ils nous rapportent avec enthousiasme des photos d’une petite plage de sable fin cachée au fond de l’une d’entre elles.Le lendemain, après une navigation de trois petites heures voile-moteur, nous découvrons la ria de Vivero et mouillons en face de la « Playa del Covas », à l’abri du môle du port de Cillero. En annexe, nous remontons le Rio Landrove jusqu’au port de Vivero et, l’estomac dans les talons, partons à la découverte de la vieille ville. Une fois rassasiés dans un sympathique restaurant (il n’y a qu’en Espagne que l’on a une chance d’être accueillis pour déjeuner à 16 heures !), nous pénétrons dans des ruelles dont le charme n’a d’égal que la qualité de conservation des vieilles pierres. Le village nous livre son âme tant les murs transpirent un passé prestigieux. Des maisons d’un autre âge, une église magnifique exhibant ses cloches et semblant sortie d’un film de Sergio Leone. Adossé à cette église, un cloître caractéristique avec son sas lugubre (photo n°3), seul lien des reclus avec le reste de l’humanité. Les enfants s’interrogent sur l’utilité de ce sas et ce choix de vie. On tente des explications. Est-ce véritablement un choix ? Ces réflexions nous laissent perplexes… Fort heureusement, nous sommes rapidement repris par le charme des ruelles, des petits bars sympas…  La vieille ville est animée mais sans excès. Des gamins exubérants jouent dans les rues, la vie semble s’écouler douce et simple. Seule ombre au programme, les prix ! On est loin de l’Espagne où mes parents m’emmenaient en vacances pour faire des économies. L’euro s’est installé ici comme chez nous avec l’arrondi vers le haut et tout notre voyage sera organisé sous le signe de l’économie. On fait les marchés, Marjo s’ingénie à copier la cuisine locale avec les moyens du bord et on fréquente le moins possible les ports payant. Ainsi, nous limitons les dégâts tout en ne lésinant pas sur les opportunités gastronomiques rencontrées. Tout le mois de cabotage pourra être ainsi organisé grâce au peu de difficultés rencontrées pour trouver des abris confortables même par vent d’est ! Revenus de notre visite, nous nous déplaçons pour mouiller au Sud de l’Insua d’Area où nous passerons une nuit très confortable face à deux magnifiques plages de sable fin dénuées de toute trace de pollution mazoutée. Cette pollution, nous la traquerons tout au long de notre progression vers l’Est et jusque là, mises à part quelques traces sur des roches particulièrement exposées au ressac, nous n’avons rien constaté. Questionnés avec notre mauvais espagnol et bien que le sujet semble déranger, les autochtones nous disent chaque fois avoir été épargnés.

Le 13 juillet, après avoir taquiné mon épouse sur ses inquiétudes concernant les risques de passage de notre Otter II sous le pont (hauteur 30 mètres) précédant l’entrée du port, nous atterrissons à Ribadeo (43°33’N 07°02’W). C’est une jolie marina assez récente mais dotée d’un personnel stylé et accueillant. Pontons tout neufs sans encore d’eau ni électricité. Les ouvriers s’activent pour les futurs aménagements. Vue du port, la ville, accrochée à la colline assez pentue, attire le regard. De majestueuses bâtisses d’aspect assez délabré, jalonnent notre escalade vers le centre. Ici, ce qui n’est pas à vendre est en cours de restauration grâce à la subsidiation européenne (photo n°4). Les enfants, comme nous, apprécient. L’architecture respire la gloire passée, l’opulence. Les demeures sont spacieuses, ouvertes vers la ria et nous remarquons que si l’on monte, quelles que soient les rues empruntées, on arrive à la grand place, le contraire nous conduisant immanquablement au port. Chaque itinéraire contient son lot de curiosités et nos déambulations dans ces jolies ruelles sont pour nous un véritable délice. Il en sera de même pour presque toutes les villes ou villages visités. La côte étant partout assez élevée, toutes nos visites seront une véritable partie d’escalade.

 Un quidam assez âgé, attentif à nos discussions concernant un bon endroit où manger nous interpelle en français : « Bonjour ! Est-ce que je peux vous aider ? » D’abord méfiants, nous entamons la conversation et apprenons que le Monsieur en question est un camionneur rentré au pays pour une retraite bien méritée et qu’il est déjà venu tout près de chez nous, en Belgique, pour livrer des marchandises. Notre rencontre lui évoque manifestement de bons souvenirs car il ne tarit pas d’éloges pour l’accueil qu’il a reçu dans notre pays ! Il semble disposé à nous rendre la pareille et nous propose de nous conduire dans un bon endroit où déjeuner. Optant pour la confiance, nous ne serons pas déçus, un peu plus encore convaincus du bon goût des routiers concernant les bonnes tables !

Poursuivant notre route vers l’Est, nous nous arrêterons encore à Cudillero (43°34’N 06°09’W), dernier port avant Gijon. L’entrée, étroite, est assez tortueuse et je me félicite de l’emprunter par temps calme et à marée basse. Nous pouvons ainsi découvrir ses difficultés et nous faufiler sans problème  jusqu’à l’aire de mouillage assez réduite (photo n°5). Certes des bouées sont libres dans la zone des corps-morts mais je rechigne toujours à squatter des bouées non marquées « V » et qui, de ce fait, ne semblent pas m’être destinées… Je mouille donc mon ancre. Avec un voisin anglais, nous serons les deux seuls à pratiquer ainsi. Tous les autres plaisanciers seront moins scrupuleux et frapperont leurs aussières sur le premier corps-mort trouvé. Tant pis si on dérange ! Cela  semble une pratique malheureusement (c’est mon point de vue qui dénote quand même une petite pointe de jalousie ! Eux, ils osent !) de plus en plus répandue… Descendus à terre, nous serons surpris par le contraste avec Ribadeo. Autant cette ville est peu touristique (elle marque pourtant la frontière entre la Galice et l’Asturie), autant Cudillero draine une multitude de touristes pour la plupart espagnols. Nous découvrons des bars à tapas très fréquentés où le cidre est servi de très haut à la manière asturienne (photo n°6), des boutiques de souvenirs, de la musique, bref une animation caractéristique des mois d’été dans une cité balnéaire. C’est le Week-end ! L’animation culminera,  malheureusement pour la qualité de notre sommeil, entre minuit et 6 heures du matin, le port se transformant en véritable discothèque à ciel ouvert. Boules Quiès de rigueur ! Pendant la journée, nous effectuerons de véritables escalades dans les ruelles composées presque exclusivement d’escaliers tant les pentes sont fortes.Par moments hésitants quant à notre itinéraire qui semble nous emmener  à l’intérieur des propriétés, nous sommes encouragés à poursuivre notre chemin par d’adorables vieilles espagnoles qui nous indiquent avec une gentillesse incroyable le chemin à suivre. Essoufflés, nous nous demandons dans quel état ces personnes âgées rentrent de leurs courses après de telles escalades car ici, aucun accès n’est possible en voiture… Mais, dans le fond, peut-être est-ce là le secret de leur apparente bonne santé ?

Après deux nuits chahutées, nous décidons de poursuivre notre route vers Gijon où, après une petite cinquantaines de milles au près serrés puis au moteur, d’aimables voisins de pontons français nous prennent les amarres. On en profite pour faire le plein d’eau et un dessalage complet du bateau. Nos réservoirs étant presque vides, nous les remplissons de 600 litres ce qui nous autorise à penser qu’une partie des 30 € réclamés pour la nuitée fut ainsi amortie ! Ville peu enthousiasmante, Gijon (43°334N 05°404W) nous aura permis de nous procurer les fameuses instructions nautiques constituant l’objet principal de notre visite. Sans regrets, nous larguons les amarres pour rallier le petit port de Lastres (43°314N 05°154W). Sympathique sans plus, ce port nous aurait servi uniquement d’étapes et serait passé presque inaperçu s’il n’avait été marqué par la rencontre d’un sympathique équipage français venu mouiller à une encablure de l’Otter II. A bord, une charmante jeune fille de l’âge de François. Vous épargnant les rapides travaux d’approche de mon équipage d’adolescents en manque de camarades, je signalerai simplement que la soirée fut passée sur la plage à refaire le monde, que le lendemain matin, les adresses furent échangées et que, à peine revenus en Bretagne, François et Julie (C’est le prénom de la jeune et jolie française) se sont revus. Cela me pousse à me demander par ailleurs si « camarade » était bien le bon mot !

Recherchant depuis notre atterrissage en Espagne un endroit où plonger et disposant maintenant des instructions nautiques et des deux cartes couvrant le restant de notre parcours, je repère un charmant petit mouillage à moins de deux milles de Llanes, Ensenada de Póo (43°25’N 04°47’1W). Nous y mouillons l’ancre par 10 mètres de fond et découvrons un environnement magnifique. Déplorant néanmoins quelques résidus mazoutés sur les parois des roches qui nous entourent, la présence d’un chasseur sous-marin nous rassure. Il doit  quand même y avoir du poisson ! Remettant notre plongée pour l’étal de marée haute du lendemain, nous partons en annexe à la découverte du petit port naturel invisible de l’endroit où nous nous trouvons. On n’en aperçoit encore que l’entrée. Nous pénétrons dans un boyau étroit d’une quinzaine de mètres et, au détour d’une courbe, nous entrons dans un autre monde : une petite plage magnifique de sable doré baignée d’une eau cristalline et calme (photo n° 7). Tout cela serait idyllique sans les dizaines de baigneurs qui observent notre arrivée comme une intrusion dans leur domaine réservé ! Des regards à la limite de l’hostilité nous poursuivent malgré la précaution que nous avons eue de stopper immédiatement le moteur et de continuer à la rame en nous écartant des baigneurs. Dommage ! On peut néanmoins comprendre qu’un tel endroit soit jalousement protégé. Après être descendus à terre et nous être procuré le nécessaire pour notre avitaillement, nous repartirons discrètement, comme nous étions venus, sans demander notre reste. On peut imaginer qu’un passage hors saison risque de laisser un meilleur souvenir… Le lendemain, la plongée sera assez terne… beaucoup de courant malgré l’heure de l’étal dont la précision doit être perturbée par la vidange de la petite ria voisine. Pas ou peu de poissons, si ce n’est quelques seiches. Est-ce dû à la marée noire ou à la chasse intensifiée par le nombre de vacanciers fréquentant le site ? La question est restée sans réponse. Une autre également qui concerne les dauphins : pas un seul ne croisera notre sillage pendant ce bon mois de navigation. Malchance, filets dérivants, marée noire ? Pourquoi pas un peu des trois…

La houle rentrant dans ce magnifique mouillage et la pauvreté des fonds sous-marins nous invitent à poursuivre notre cabotage vers l’Est. 18 nautiques seulement ! Nous avançons vraiment par de véritables sauts de puce. Il est vrai que les conditions anticycloniques perdurent  ce qui nous contraint à allonger considérablement la route. Nous tirons de longs bords de près par petite brise ce qui ne constitue pas un avantage pour notre Otter II. Pour qu’il soit à l’aise, il lui faut du vent et force est d’admettre que, depuis notre atterrissage sur la côte espagnole, celui-ci nous fait cruellement défaut. Nous entrons à San Vicente de la Barquera (43°244N 04°234W) à marée basse. Les conditions atmosphériques étant idéales, nous nous positionnons  à mi-distance des deux digues qui protègent l’entrée du port. Les instructions nautiques (Imray) indiquent une profondeur minimale de 3,6 m ce qui nous laisse de la marge et nous permet de progresser sans appréhension. À peine avancés de 200 mètres entre les digues, nous talonnons ! Heureusement, c’est du sable… Guide en main, je vérifie la profondeur minimale : 3,60 m. Nos 2,10 m de tirant d’eau nous font pourtant toucher le fond ! L’Otter II, moteur à 3000 tours, charrue la vase et poursuit ainsi vaille que vaille sa progression vers le port et ce n’est que à la hauteur des premières habitations qui se dressent sur la droite du chenal que notre quille retrouve sa liberté. Ouf ! Il s’en est fallu de peu que nous soyons obligés d’attendre le flot pour poursuivre notre route… Comparant plus tard les données Imray avec celles du Pilote côtier d’Alain Rondeau, nous constatons que les sondes aux plus basses mers sont plus proches de la réalité dans le second ouvrage : 3,50 m à l’entrée du chenal puis 1,50 m, 1,70 m et jusqu’à 0,60 m à l’approche des mouillages ! Nous en conclurons qu’il convient toujours de se ménager une large marge de sécurité en choisissant, dans la mesure du possible, de rentrer au port à mi-marée montante plutôt qu’à basse mer. Quant au mouillage dans le lit du chenal, il se situe aux abords d’un réseau de corps-morts et à un endroit peu profond où le courant de mi-marée devient particulièrement fort. La vase n’offrant pas une bonne accroche, cela nous a contraints à plusieurs manœuvres d’ancres que nous aurions pu éviter en nous amarrant tout simplement au quai des pêcheurs situé dans le fond du chenal d’accès. Moralité : le souci de ne pas déranger peut parfois se retourner contre soi ! À méditer… Ces petites tracasseries de mouillage oubliées, la découverte de la ville (photo n°8) fut un véritable régal dont la visite du château et le magnifique point de vue que l’on y découvre sur la ria sont les points d’orgue. Le soleil était de la partie. Les enfants étaient ravis !

Prochaine étape : Santander (43°29’N 03°46’W). Une belle ville certainement trop fréquentée en cette saison. De fait, plus une seule place ni dans le port, ni sur les corps-morts du club, occupés ou réservés pour les concurrents de la régate du Prince des Asturies qui se déroulait en plusieurs manches ce week-end-là. Un des employés du club nous conseille très aimablement de mouiller notre ancre à proximité du club sous le regard curieux des célèbres plongeurs en bronze (photo n° 9). Il nous autorise à utiliser leurs installations gratuitement (débarquement et possibilité de se doucher). Il nous est demandé cependant de ne pas nous attarder lors de notre passage avec notre chien qui est ici, comme dans la plupart des établissements espagnols, tout juste toléré[1]. Hormis la vieille ville dont la visite nous laissera un merveilleux souvenir, relevons la visite du musée de la marine qui vaut vraiment le détour.

Quant aux points négatifs, je vous passe les détails des excentricités nocturnes d’un équipage arcachonnais passablement éméché s’exerçant à des prises de coffres entrecoupées de slalom à vive allure à travers la zone de mouillage où tout le monde dormait. Ils agrémentaient leur déambulation de cris de guerre scandés en rythme et avec un enthousiasme que seul mon avertissement d’en informer leur sponsor a pu stopper. Une idée à retenir d’ailleurs qui confirme que, chez certains, heureusement peu nombreux dans le monde de la plaisance, les seules valeurs ayant encore du crédit sont celles en rapport direct avec d’éventuelles sanctions financières !

Le lendemain, en route pour Castro Urdialles, nous sortons de la baie, cueillis par un nordet bien établi de force 6. Un premier bord de petit largue tout dessus nous permet, au sortir de la baie, de nous rendre compte que nous faisons jeu égal avec les concurrents de la régate qui disputent la dernière manche du W-E. Il est vrai que notre HC43T ne donne vraiment le meilleur de lui-même que dans ces conditions de mer et de vent.  Et je me surprends à espérer pouvoir griller, ne fut-ce que sur un bord au débridé,  mes chambardeurs de la nuit… Il faut dire que cette petite vengeance aurait relevé du plus pur des hasards. Malheureusement, nous devrons infléchir notre route et prendre un ris pour poursuivre en serrant le vent mais non sans avoir talonné très sérieusement un des concurrents qui se demande peut-être encore aujourd’hui ce qui lui est arrivé !

Castro Urdialles (43°23’N 03°12’W) mérite une mention spéciale. C’est le port qui, de tous ceux que nous aurons fréquentés au cours de notre croisière cantabrique, nous aura réservé le meilleur accueil. Certes, nous sommes au mouillage mais l’abri est sûr et il y règne un calme plat.  Une, voire plusieurs navettes aux heures de pointes et jusque tard dans la nuit, sillonnent la zone et offrent leur service gratuitement. La jeunesse locale est très motivée par les joutes nautiques régulièrement organisées dans la rade. Nous assisterons à l’entraînement quotidien des équipages qui, leur journée de travail terminée, oublient leurs soucis en souquant ferme sur les avirons de ces magnifiques et rapides yoles de mer. Un beau et puissant spectacle qui doit trouver son apothéose lors de la fête de la mer qui se déroule le 16 juillet, malheureusement, quelques jours avant notre passage !

 Nous sommes le 29 juillet et notre rendez-vous aoûtien avec la Bretagne s’impose de plus en plus comme incontournable. Les enfants s’impatientent vraiment et pour qui sait combien la demande de deux adolescents peut se faire, disons, pressante, il n’est point difficile de comprendre que l’étrave de l’Otter II va bientôt devoir se diriger vers le Nord. Après une dernière et brève escale dans le port de Lequeito (43°23’N 02°304 W) d’où nous ne retiendrons que la gentillesse des marins locaux qui partagent volontiers le quai avec les marins de passage, nous visiterons enfin la magnifique rade de San Sebastian (43°20’N 02°00’W), très encombrées en cette fin de mois de juillet. À l’approche de cette magnifique côte protégée par l’Isla de Santa Clara, la mer est d’huile. Çà et là, des miroitements inhabituels attirent l’attention des enfants. Je mets en panne et, progressant sur l’erre, infléchis ma route vers ces mystérieux signaux. Nous découvrons alors avec émerveillement, la présence d’une compagnie de poissons lune (photo n° 10) de belles tailles qui, remontant vers la surface, semblent se prélasser au soleil. L’enthousiasme est au rendez-vous. Les enfants n’en croient pas leurs yeux et Ondine, confondant poissons lune et dauphins, aboie de bon cœur ! L’appareil photo mitraille.

Le lendemain à midi, les courses faites, les enfants savent que le grand moment du retour est arrivé. L’annexe est dégonflée et rangée, le bateau préparé pour une vraie navigation de traversée. Avec entrain, tout l’équipage s’affaire avec une motivation soudain retrouvée ! Après deux nuits de navigation entrecoupées d’une escale sur l’île d’Oléron que nous n’avions pas encore visitée, l’Otter II retrouve les eaux de la rivière de Pénerf, la coque exempte de toute souillure mazoutée. Il prend ses quartiers d’été, fier d’ajouter mille milles supplémentaires à ce beau sillage qui ne laisse pas d’émerveiller  son équipage. Quant aux enfants, sans attendre les services de l’annexe qu’il faut regonfler, ils plongent et s’en vont sans plus attendre, à la nage, retrouver tous les amis venus les accueillir sur la cale…



[1]Pour info, la loi espagnole les interdit dans les restaurants et cette loi est partout scrupuleusement respectée.

16:15 Écrit par Otter2 dans Articles publiés | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Santa Maria (article pour LN jamais terminé !!!)

Santa Maria, l’île oubliée…

C’est déjà notre troisième croisière aux Açores. La première (LN n° ?) nous avait permis de

découvrir le groupe central des îles de l’archipel des Açores ainsi que Sao Miguel qui fait

partie du groupe oriental. Nous étions revenus en nous réservant Santa Maria pour une autre

fois. La deuxième croisière avait pour but la découverte de Flores, île enchantée par

excellence qui nous laissa un souvenir impérissable ancré par une somme d’aventures qui

nous firent rencontrer des personnages hauts en couleurs. C’était en 2003. Flores et ses

habitants nous offrirent une amitié sincère et vraie dont les adieux constituèrent le feux

d’artifices (LN n° ?). Emportés par l’enthousiasme de deux français ayant posé leur sac làbas,

Alain & Anita, nous ne pûmes rendre visite à la plus petite, Corvo. Peut-être y

retournerons-nous un jour ?

Il restait Santa Maria à découvrir. Nous avons donc largué nos amarres à La Roche-Bernard le

3 juillet en fin de journée. La météo est mitigée pour traverser le Golfe mais les prévisions à

5-7 jours ne nous encouragent pas à attendre. Le vent, établi à l’ouest va bientôt tourner vers

le S-O ce qui est loin de nous arranger ! Nous sommes donc cueillis à la sortie de la Vilaine

par une méchante brise d’ouest de 20-25 noeuds, rafales à 30 qui soulève une mer hachée très

inconfortable ! La croisière s’annonce musclée et les estomacs commencent déjà à rouspéter.

Grand voile et trinquette bordées à plat, nous quittons le Plateau de la Grande Accroche et

nous dirigeons vers les Grands Cardinaux au N de Houat. C’est à la nuit tombante que nous

observons les lumières de Belle-île disparaître à l’horizon. Le ciel est chargé de pluie, la nuit

s’annonce noire et peu engageante. Les vestes de quart sont sorties, les harnais et gilets de

sauvetage capelés. Le radar nous aide à veiller… Le vent d’O tourne au S-O et nous contraint

à renter dans le Golfe plus que nous ne le souhaitions car les prévisions à 5 jours nous

donnaient déjà des vents du N à l’approche du Cap Finistere ce qui nous avait laissé espérer

de pouvoir infléchir notre route vers les Açores dès que possible et éviter La Corogne, escale

incontournable pour mes enfants (Il y a là-bas un glacier exceptionnel) – Ah oui, j’avais

oublié de vous dire que cette année encore, malgré l’adolescence qui s’installe, notre fils

François (19 ans) et notre fille Manon (17 ans) ont tenu à nous accompagner. L’attrait de

l’Archipel a été plus fort que les velléités d’autonomie ! Ce sont les vents qui ont décidé…

Après 3 jours de mer à la voile, le plus souvent au près serré et parfois appuyé par le moteur,

nous sommes arrivés devant La Corogne. Inutile donc de résister, nous y faisons escale pour

le plus grand plaisir de l’équipage, déjà fatigué par cette allure de près qui n’a pas son pareil

pour saper le moral des troupes ! Notre bateau, un Hans Christian 43T, est un champion aux

allures arrivées mais déteste se mesurer au vent. Je pense qu’il partage en cela l’avis de

nombreux plaisanciers !...

Le lendemain en soirée, il est 20h30 quand nous contournons la tour d’Hercule et pointons

notre étrave vers l’ouest. Le vent est NNE. Le pied ! Le spi est sorti et l’Otter II fonce à 8

noeuds vers sa destination. Pendant 5 jours, le vent restera établi entre F3 & 5 du secteur N.

Pour nous, c’est l’allure royale : notre bateau ne demande que cela, beaucoup de vent bien

orienté et la croisière prend sa vraie dimension ! On bronze, on pêche, on lit, on dort… La

belle vie, quoi !

Les deux derniers jours de traversée seront moins amusants : le vent refuse et nous oblige de

faire à nouveau appel à notre moteur, ce qui est, reconnaissons-le, beaucoup moins amusant…

Le 13 juillet en début de matinée, nous apercevons dans la brume, les premiers contreforts de

Santa Maria. Vers midi, nous sommes arrivés. Il est 10 heures locale soit l’heure TU. Le

voyage aura donc duré 11 jours, escale d’un jour comprise à La Corogne

16:12 Écrit par Otter2 dans Articles publiés | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |