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02/04/2020

Atterrissage en Nouvelle Zélande...

Après une nuit de rosée qui a déposé sa fraîche humidité sur tout le bateau au-dessus comme au-dessous de la toile de protection du cockpit, j’ai entraperçu Manawatawhi, petite île aux avant-poste de la Nouvelle Zélande, notre destination. Et là, après huit jours de vie commune avec l’océan, les yeux larmoyants de bonheur, mes pensées se bousculent, se télescopent dans mon cerveau secoué par l’émotion. Depuis hier, le vent nous a abandonné. La peau de l’océan est tout juste ridée un peu comme la peau d’une jolie femme prenant de l’âge. L’océan respire. De très longues ondes à peine visibles viennent à la rencontre de notre étrave que celle-ci incise comme le scalpel d’un chirurgien. Son haleine condensée par le froid du matin se dépose sur l’horizon comme une couette immaculée. Le ciel est illuminé derrière sa couverture nuageuse qui le protège encore un peu des brûlures du soleil qui s’attaque à ses couches supérieures pour dissiper la rosée matinale. Celle-ci s’accroche  désespérément à tout ce qu’elle trouve pour se retenir se déposant comme une multitudes de perles sur toutes les parties,métalliques du bord. La lumière est fantastique. Matawatawhi ne veut pas encore se réveiller. Elle a retiré sur elle la blancheur de sa couette dans laquelle elle s’est noyée, prolongeant avec volupté sa sérénité nocturne.  Une grasse matinée, pourquoi pas ? Semble-t’elle dire. Et elle a disparu, enveloppée dans son brouillard. Encore un peu implore-t’elle. Encore un peu ... Et moi, je reste là, muet de reconnaissance, à contempler l’océan avec le regard attendri de l’amant admirant au petit matin la peau nue de son amoureuse encore endormie. Perdu dans mes pensées, je réalise combien l’océan m’a apprivoisé, durant toutes ces années qui ont été comme des fiançailles, en me faisant accepter ses sautes d’humeur, ses langueurs, ses caprices, ses colères. Aujourd’hui il est teinté de gris. Hier il était bleu. De ce bleu intense qui a ma préférence dans le spectre de l’arc-en-ciel. Emeraude, il surprend. Comme une femme élégante, il choisit ses couleurs en fonction de l’humeur du jour. Je l’ai déjà vu rubis au coucher du soleil. Dans le fond, c’est le soleil qui est son esthéticien attitré le maquillant et le remaquillant selon son inspiration. Ce matin est comme une déclaration d’amour réciproque de vieux mariés reconnaissant les bons moments vécus ensemble et oubliant tous les autres. Ce matin, au sommet de ma béatitude, j’en ai oublié, pour un moment pur comme un diamant, mes préoccupations familiales.

Anachronisme

Chronique d’une traversée (de Nouvelle Calédonie à la Nouvelle Zélande).

 

Partis sans enthousiasme contre un vent établi de 5 Beaufort, rafales à 6 et mer bien formée, nous avons suivi les conseils du routeur Bob McDavitt recommandé dans les guides nautiques trouvés sur le web et en tenant compte des différents avis de navigateurs zélandais familiers de cette traversée. Le Sudet (vent de SE) dans le pif, les vagues contre nous, nous avons planté des pieux le temps de trouver le bon angle d’attaque et surtout d’en avoir l’intelligence ! C’est fou comme le mal de mer, même s’il ne va pas jusqu’à vous déranger l’estomac, vous dérange tout court en vous injectant une apathie telle que les moindres petits réglages de voiles se transforment en corvées. Bref les deux premiers jours furent pour moi une véritable galère ! Secoué par une mer qui voulait en découdre, mon système nerveux fut mis à rude épreuve. Marjo me convainquit que c’était bien le mal de mer qui m’irritait et non l’océan qui, lui, était égal à lui-même... Dès lors que je l’ai accepté, l’amarinage m’aidant ainsi que la cynarisine, nous noqus installâmes dans la routine de la traversée. L’alizé ou ses derniers soubresauts (je ne suis pas certain qu’il ne change pas de nom à cette longitude) a cela de bond qu’il ne change pas souvent de direction hésitant le plus souvent entre le SE, l’ESE et le SSE. Il n’était pas prévu de passer ENE ce qu’il a fait en faiblissant en fin de traversée. C’est donc sous un ciel bas (celui que le grand Jacques disait faire l’humilité) que nous découvrîmes le premier problème. La nouvelle pompe de cale installée et testée lors de l’escale, n’étalait plus les nombreuses rentrées d’eau en provenance, ce qui est normal, de notre presse-étoupe (système ingénieux qui permet à l’arbre d’hélice de traverser la coque en conservant à celle-ci une relative étanchéité) et des cadènes dont l’étanchéité s’avéra à refaire. Il faut dire que l’allure de près qui entraîne une gîte importante «  noie » les pavois (espace de circulation sur le pont préservé par une petite muraille - le pavois- dotée de plusieurs dalots (passages destinés à évacuer du pont l’eau embarquée et au près, ce sont des paquets de mer qui sont embarqués  et évacués). Après avoir déconnecté le tuyau d’aspiration de la pompe et constaté son bon fonctionnement, je remarquai que la remise en place du tuyau avait laissé une minuscule entrée d’air responsable du dysfonctionnement. Je suppose que vous vous rappelez du principe d’entropie ! Cela n’a l’air de rien mais sans cette découverte, nous aurions été contraints et forcés de pomper régulièrement et manuellement sous peine de couler ! C’est donc soulagés que nous poursuivîmes notre traversée, les jours succédant aux nuits et les nuits aux jours. L’ambiance à bord, rythmée par les temps de repos, de lecture et, les meilleurs, les repas, s’est ainsi installée. Le ciel s’est ouvert progressivement faisant plus de place au soleil qui s’est remis à peindre la mer en bleu, ce bleu intense qui nous vaut le nom de « blue water cruisers ».

C’est alors que le vent nous a refusé petit à petit son aide. Le yankee fut d’abord complètement déroulé et le deuxième puis le premier ris ont été relâchés. Et il a bien fallu faire appel à Yan, notre trop bruyant moteur à qui nous nous sommes promis de mettre un bâillon tant il n’arrête pas de pérorer...

Il nous reste donc 262 nautiques pour rallier la « Island of Bay marina » et 179 nautiques pour contourner d’extrémité Nord de la Nouvelle Zélande. Marjo reste sereine alors que moi, je suis déjà tout excité malgré la réalité qui me rappelle qu’il nous reste encore deux bonnes journées de navigation. La météo nous annonçant la fin du calme plat, c’est avec l’idée que les voiles vont museler ce p... de moteur que je vous laisse à vos occupations habituelles...

 

 

 

03:18 Écrit par Otter2 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Sortie de léthargie... deux traversées passées sous silence ( des Fidji à la Nlle Calédonie et de là en Nlle Zélande.

Chronique de confinés en Nouvelle Zélande…

 

Alors que nous ne pouvions pas prévoir la pandémie qui nous attendait à notre retour en Nouvelle Zélande, une fois sur place, nous nous sommes occupés avec une remarquable efficacité à nous acheter un minivan destiné à nous abriter durant un roadtrip que nous avions prévu pour deux gros mois  de découvertes de ce magnifique pays. Une semaine plus tard, nous étions prêts à appareiller. Ok, c’est un terme de marine mais bon, c’était quand même un peu ça ! Nous nous sommes donc mis en route. Direction l’île du sud. Au moment où nous démarrons, on ne parle pas encore de confinement et nous nous disons, naïvement, que la Nouvelle Zélande sera peut-être épargnée. Et nous voilà en route. Notre minivan est un econovan de marque Ford (année 2005-157000 km). Nous l’avons fait expertiser et avons changé un pneu afin de partir avec un train de pneus homogène et presque neuf. On l’a doté de deux coffres de toit supplémentaires afin de ne pas trop amputer l.espace de rangement à l’intérieur.

 Nuit après nuit, nous redécouvrons la joie du camping qui, en Nouvelle Zélande, est particulièrement bien organisé. Nous ne sommes pas les seuls à crapahuter ainsi un peu partout. Des backpakers (c’est le nom que l’on nous donne ici) sillonnent les routes en mobilhomes, en minivan comme nous mais aussi à vélo,  en breack dont l’habitacle arrière a été transformé en lit ou plus simplement encore, à pied. Tout ce petit monde circule, réserve son arrêt par internet et s’en vient à ce rendez-vous dès l’amorce de la fin du jour. On choisit son emplacement, on découvre les installations sanitaires et on s’installe. On côtoie des jeunes de toutes nationalités mais aussi des seniors suréquipés qui font notre admiration. Les australiens sont les champions. De vrais camions 4 x 4 transformés en véritable maisons tout confort et manifestement prévus pour des expéditions bien plus exigeantes que la découverte de la NZ, quoique… pour n’en avoir encore aperçu qu’une petite partie, gageons que ces pros du « roadtrip » visitent des endroits inaccessibles pour nous. Nous verrons bien plus tard si ces supputations sont avérées ou non.

Urettiti Beach Campsite, Holiday park à Hamilton, Lowerhutt près de Wellington avant d’embarquer sur le ferry. Trois nuits pour nous habituer à notre roulotte (c’est en définitive le nom que nous lui garderons). Trois nuits pour nous réjouir et rêver de ce qui nous attend sur l’île du sud. 

A ce moment, nous prenons de plus en plus conscience que le covid-19 voyage si pas plus vite que nous, aussi vite et c’est la raison pour laquelle nous faisons l’impasse sur le célèbre musée de Wellington que nous réservons pour notre retour. Eviter la promiscuité, se laver les mains, désinfecter tout ce que nous touchons. Le « lockdown » n’est pas encore installé mais nous nous l’imposons déjà. Nous sommes comme des manouches. On ne nous la fait pas. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. C’est ce que je nous répète souvent depuis notre départ de La Roche-Bernard.

 

A croire que notre escapade démarre sous le signe « ils ne passeront pas », le ferry s’y reprendra à trois reprises pour accoster, des vents catabatiques violents forçant le capitaine à renoncer et demander assistance. On sous-estime souvent ces vents qui s’apparentent aux célèbre williwaws sévissant dans les canaux de Patagonie et bien ici, à Picton, nous en avons eu un échantillon !

 

En route vers la capitale de la moule : Havelock où Marjo, toujours curieuse de cuisiner de nouveaux produits, en achète rapidement (on commence à nous regarder de travers) et, en route pour  Cable Bay, petite bourgade sympathique ayant acquis une certaine célébrité le 5 février 1876, date à laquelle la Nouvelle Zélande fut reliée à l’Australie par un câble sous-marin. De là son nom de Cable Bay qui a remplacé l’ancien lieu-dit  Schrouders Mistake.

 

C’est le lendemain de notre arrivée que, partis pour une longue ballade à pied, nous rencontrons un panneau d’information touristique qui attire toute notre attention. Deux jours auparavant, un directeur de campingsite nous avait prêté deux recueils de documents à propos de l’histoire de la Nouvelle Zélande et, le parcourant, je m’étais étonné de la date trouvée sur des photographies vieillottes décrivant l’état des premières routes gagnées sur le « bush » : 1890 ! Un rapide calcul confirme donc qu’il n’a fallu que 130 ans pour transformer « l’île du grand nuage blanc » comme les premiers découvreurs l’appelèrent, en la Nouvelle Zélande moderne et incroyablement développée que nous découvrons aujourd’hui. Moi qui n’ai jamais été féru d’histoire, force m’est de constater que celle de ce pays m’interpelle ! Il n’a donc fallut que trois ou quatre générations pour passer de l’époque pionnière à l’époque moderne… Et Cable Bay d’ajouter un nouvel étonnement à ma structuration temporelle. 

40 ans de ma vie pour transformer une ferme vétuste et insalubre en la jolie maison de famille qui vit grandir mes enfants et seulement trois fois plus pour construire la Nouvelle Zélande ! Je suis sidéré. D’autant que lorsque l’on parcoure son territoire, c’est comme un dessert à chaque tournant (et il y en a beaucoup !). Les paysages sont à couper le souffle et tellement variés tant le relief donne l’impression de montagnes russes qu’il faut escalader ou contourner. Quel travail d’avoir gagné sur une nature tellement présente en forêts, bushs, vallées fertiles, cols et creux et y avoir construit ces routes si agréables à parcourir !…

Mais revenons à notre découverte de Cable Bay. C’était le 5 février 1876 c’est-à-dire à peine trois lustres. Deux navires l’Hibernia et l’Edimburgh, engagés pour poser un câble de télécommunication entre l’Australie et la Nouvelle Zélande par l’Eastern Extension Cable Company, arrive en vue de la plage de Cable Bay sur laquelle déferle des rouleaux de vagues transformant le fond de la baie en un joli croissant d’écume blanche telle que celle, inchangée depuis lors, que nous observons aujourd’hui. La différence ? C’est que ces deux câbliers sont alors entourés d’une douzaine d’embarcations aux fins de prendre possession du précieux câble. Si ce n’est les rouleaux qui sont habituels et fort heureusement, le temps est particulièrement clément. Il a d’ailleurs bien profité aux deux bâtiments pour une traversée de la mer de Tasmanie qui s’effectua à la vitesse de 6 nœuds et demi en ce compris les arrêts dûs aux raccordements successifs des éléments du câble. Un record ! Onze jours après avoir quitté l’Australie, les câbliers arrivaient à destination créant ainsi l’évènement relaté à l’époque dans les colonnes du journal. Celui-ci y décrivit l’effervescence qui présida à la récupération du câble et à son difficile transport depuis les câbliers jusqu’à un bâtiment imposant construit pour l’occasion et dans lequel électriciens et experts se mirent à l’ouvrage pour établir la jonction. Il faut préciser qu’à l’époque, les communications se faisaient par l’intermédiaire d’un galvanomètre (miror galvanometer) ce qui signifie que les mots composant les messages étaient transmis par éclats lumineux et nécessitaient deux opérateurs : un lecteur et un transmetteur (dictation). Ce n’est que plus tard qu’un dispositif d’enregistrement fut couplé au système. 

 

Dire que l’arrivée de ce câble fut une aubaine pour la région est un moindre mot car un grand nombre de personnes dont dépendait le bon fonctionnement de cette nouvelle liaison y construisirent des maisons et même fondèrent une école pour opérateurs câbliers qui forma du personnel dont les compétences furent accueillies partout jusqu’à Singapour. En juin 1914, cette petite communauté fut victime d’un grave incendie qui détruisit tout le village.  L’île du N n’attendait que cela pour prendre le relais.

 

Quand j’entends ma femme et ma fille papoter pendant des heures au téléphone, nous ici à l’autre bout du monde et ma fille en Belgique, je suis sidéré des progrès des communications ainsi accomplis. 12 heures de décalage horaire n’y font rien. Quand on téléphone le matin, c’est le soir en Belgique ! Ma petite-fille Ava qui grandit à Arlon sous haute protection maternelle,  nous entend au téléphone. On se voit quand l’envie nous prend de brancher les caméras. On se voit plus souvent presque que si nous étions en Belgique. Certes ces rencontres sont virtuelles mais quel progrès ! On n’aurait même pas oser en rêver en 2011 au début de notre voyage ! La fibre optique a du bon. Notons que à l’époque du câble, alors qu’il fallait six mois pour joindre l’Angleterre par courrier, un télégramme ne prenait que quatre jours !...

 

Laissant Cable Bay dans notre sillage (oui, le vocabulaire marin me manque alors je me fais un peu plaisir) nous embouquons la route vers la très jolie ville de Nelson mais là, les masques commencent à apparaître dans les rues. Ma femme ne veut plus que je l’accompagne pour les courses car elle craint pour ma santé et, de toutes façons, je ne lui suis d’aucune aide si ce n’est pour porter les courses. Les cas de contamination passent de 3 à 20 en Nouvelle Zélande…

 

16 mars, le gouvernement impose un confinement à toute personne entrant en NZ

 

20 mars, fermeture des frontières exceptés pour ressortissant et résidents.

 

21 mars : 52 cas…. Je vous passe l’évolution chiffrée qui glace le sang !

 

.../...

 

Immigrés en NZ, nous nous faisons les plus discrets possible. Peu de sorties et seulement au coucher du soleil quand il n’y a plus que nous qui nous y intéressons. Il n’y a plus de touristes. Il n’y a plus que les débrouillards comme nous qui squattons un petit pavillon proche de la côte. On y accède en quelques minutes à pied. Marjo a réussi à le louer tout juste avant le lockout et a même poussé le bouchon jusqu’à le négocier. Elle est incroyablement efficace ! 

Nous voilà donc confinés mais un peu comme chez nous. Un bon lit, une cuisine bien équipée, de l’eau chaude, une bonne connexion internet,… on n’a vraiment pas à se plaindre. 

Une semaine que nous sommes ici et nous nous organisons. Comme tout le monde, nous faisons des choses que nous remettions à plus tard avant le covid notamment une grande réorganisation de nos données numériques. Moi, je fais des mots croisés pour entretenir mon vocabulaire (Moi qui aime tant la langue française, je me suis aperçu que je n’arrivais parfois pas à trouver un mot que je sais faire partie de mon bagage mais auquel je perds l’accès. Cela me fait enrager mais il paraît que cela arrive à beaucoup même plus jeunes. Il faut quand même dire que dans deux mois, je serai septantenaire !... Le temps ne nous fait pas de cadeaux !).

Tous les soirs, nous quittons notre gîte et je me promène sur la plage pendant que Marjo s’en va faire ses 10 000 pas avec ses cannes de marche. J’ai bien tenté de l’accompagner mais ma hanche gauche a bien vite déclaré forfait. Alors, je médite, le regard perdu dans cet océan que j’adore. Je découvre des trésors dans la grande quantité de bois flottés emmenés là-bas par le flot. La mer peut se faire artiste avec, comme assistant le temps passé à flotter. Cela donne des choses étonnantes et, tout en cherchant le morceau de bois exceptionnel, je me détends et les pensées vont vers parents et amis, si éloignés et ce, d’autant plus que l’impossibilité de retour se précise. Enfin, comme vous, nous allons faire preuve de patience et de vigilance afin de ne pas prêter main forte à ce satanique virus.

 

A vous retrouver bientôt chers lecteurs et, espérons-le, tous en pleine forme ! « S’en sortir sans sortir ». On va gagner !

 

(à suivre... si tant est qu’il puisse y avoir une suite ce qui est mon plus cher souhait)