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14/05/2019

les requins de Fakarava

La plongée sous-marine est un peu, dans notre voyage, une cerise sur le gâteau. Un grand nombre de plaisanciers se contentent du « snorkeling » ce qui peut déjà, en certains endroits, laisser de merveilleux souvenirs. Les fonds sous-marins tropicaux foisonnent de vie et ce, du plus petit ver au plus gros cétacé. On ne peut bien évidemment espérer découvrir ce monde merveilleux en une seule fois ! Le hasard des rencontres, l’opportunité de se mettre à l’eau avec palmes, masque et tuba, l’enthousiasme que l’on a à le faire, celui de s’émerveiller autant devant un spirographe, qu’un poulpe, un hippocampe ou autre holoturie, tout cela construit dans nos mémoires respectives une bibliothèque de noms dont la diversité croit avec l’expérience, sortie après sortie, au fil des rencontres : ange français, diodon, perroquet, labre, carangue, baliste, oursin, étoile de mer...n’en sont que des exemples auxquels bien d’autres viennent s’ajouter... Alors, celles et ceux qui trouvent que sous l’eau, c’est quand même plus confortable de pouvoir respirer, retournent à l’école ou y sont déjà allés pour y apprendre à plonger. En eaux claires, comme ici, dans les atolls polynésiens, ce n’est guère difficile et le nombre de « brevetés » augmente chaque années pour le plus grand plaisir d’abord, de tous ces plongeurs mais aussi, bien entendu, des centres de plongée qui en font leurs choux gras, car, il faut bien le dire, plonger avec ces centres n’est pas donné. C’est pourquoi Marjo et moi, plongeons depuis longtemps en totale autonomie. Pour cela, nous avons fait l’effort d’acquérir tout le matériel nécessaire et ce, jusqu’au compresseur d’air, qui nous permet de regonfler nos bouteilles après chaque plongée sans faire appel, pour ce faire, à un service payant. Notre expérience a montré qu’il y a belle lurette que tout cela a été assez vite amorti. Il y a néanmoins des endroits où, se passer des services d’un centre de plongée est bien compliqué, voire dangereux... et très mal vu des centres de plongée qui n’apprécient guère de voir un plongeur solo se payant une dérivante amarré à son dinghy vide d’occupants et dont l’amarre, (c’est l’exemple classique) traverse parfois une palanquée quand ce n’est pas une horde de requins, même et souvent à l’insu de son imprudent propriétaire dérivant plus profond ! Où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir !...Bref, c’est toujours la même histoire qui se rapporte au savoir-vivre malheureusement si souvent contourné, voire ignoré. Tout ceci pour vous expliquer que l’autonomie en plongée n’est pas aussi évidente qu’on pourrait le croire. C’est pourquoi, forts des informations reçues à propos des possibilités de plongée de Fakarava, nous avons opté pour le centre de plongée dont il nous avait été dit le plus grand bien : Kaina plongée. Et nous n’avons pas été déçus. Après une ou deux plongées pour faire connaissance, les moniteurs ont confirmé notre niveau et c’est parti pour les dérivantes dans la passe N qui voit chaque jour et à deux reprises, se remplir et se vider le lagon. Les requins en raffolent car ils peuvent y respirer sans le moindre effort excepté celui de se maintenir face au courant. La passe attirant également un grand nombre de poissons, la prédation y est facilitée. Cela devient donc vite le paradis des requins. Et le nôtre par la même occasion car le spectacle de ces magnifiques poissons dont l’aquacité est phénoménale ne lasse pas de nous émouvoir. Plongée après plongée, nous nous habituons à leur présence qui, d’inquiétante au début, s’intègre rapidement dans le paysage sous-marin. L’observation de leur comportement si indifférent à notre présence nous a beaucoup aidés. De proie potentielle (c’est un peu avec cette idée que nous avons vécu la première rencontre), on s’est vite rendu compte que nous étions plutôt un obstacle à contourner dans leur progression. C’est ainsi rassurés que nous nous sommes mis à l’eau le dimanche 12 mai. Je précise la date car la plongée que nous allons vivre ce jour-là restera longtemps j’en suis convaincu, la plus belle plongée de notre vie. Arrivés sur site au bon moment - ça aussi fait partie de l’avantage de plonger avec des chefs de palanquées rompus à la fréquentation de cette passe dont les caprices dépendent certes des heures de marées mais aussi de la houle extérieure et d’autres facteurs que seule l’expérience permet de préciser - au signal, toute la palanquée est larguée et descend immédiatement afin de rejoindre rapidement le fond. Cette descente dans le bleu de l’océan est toujours pour moi un grand moment de bonheur. C’est un moment de transition. C’est un passage. Celui d’un milieu à un autre... C’est le début d’une nouvelle aventure sous-marine. Les plongeurs sont tous confirmés et se retrouvent ainsi sans traîner devant l’incongruité annoncée et retrouvée avec maîtrise par JC, le moniteur qui, manifestement, connait les fonds de la passe comme sa poche ! L’incongruité est une rose des vents sculptée dans le corail et cachée sous un surplomb à 40 mètres de profondeur. Cette première étape réalisée, JC nous emmène dans le courant qui nous emporte et nous donne l’impression d’être de petits avions survolant une forêt de corail foisonnante de vie. Une vie dont nous ne percevons qu’une infime partie tant le courant est fort et nous entraîne rapidement. A l’approche d’une sorte de canyon sous-marin, JC palme plus énergiquement vers le fond auquel, après nous y avoir invités par signes, il s’accroche et se colle à plat ventre sur le corail. Depuis le début de la plongée, les requins sont présents mais se font discrets. Ils dérivent avec nous ou, sans l’impression de faire le moindre effort, remontent le courant qui nous emportait. Ainsi à plat ventre, comme des sioux convoitant un troupeau de bisons, nous nous approchons du rebord du canyon au sein duquel nous observons une concentration de poissons de grandes tailles dont nous reconnaissons quelques thons perdus dans un banc très serré d’espèces diverses. Le nombre de requins augmente alors considérablement. Qu’est-ce qui les attire ? Nous approchant encore en changeant nos points d’accroche par petits pas (si on lâche la prise, on est pris par le courant qui reste relativement fort), nous sommes maintenant au centre de l’évènement dont on ne connaîtra pas la nature mais qui excite les requins dont certains partent comme des fusées participer à une frénésie de prédation située dans le fond du canyon mais masquée par les poissons dont la concentration me semble avoir encore augmenté. Les requins arrivent de tous les côtés. Ce sont pour la plupart des requins gris de récif. Il y a aussi des pontes noires et blanches mais en moins grand nombre. Il y a des départs de chasse impressionnants de vitesse. Changements de direction intempestifs. Nous sommes maintenant entourés de requins. Il font tous leurs deux bons mètres ! Il en vient de partout au point que l’un d’entre eux se faufile entre Marjo et moi à plat-ventre côte à côte à un petit mètre de distance. C’est hallucinant ! Jamais je n’aurais imaginé me retrouver dans une telle situation, curieusement sans peur, fasciné par l’exceptionnel spectacle auquel Mère Nature nous a invités aujourd’hui. Mais la profondeur et les ordinateurs de plongée nous rappellent à l’ordre. Il faut mettre fin au spectacle. C’est un peu comme se lever et quitter le cinéma avant la fin de la séance ! Comme nous ne sommes pas des poissons et que l’air sous pression que nous respirons peut nous jouer des tours, nous nous laissons reprendre en mains par le courant et, palmant en travers imitant en cela JC, nous atteignons une sorte de jardin de corail à l’abri du courant. Curieusement, il y a des endroits bien u des moniteurs où les palanquées peuvent se poser un peu et faire ainsi une pause dans la dérivante. Et là, comme pour confirmer que la plongée que nous vivons sera LA plongée, JC nous déniche deux requins dormeurs sous un platier et, en dernier bouquet de ce feu d’artifice, une énorme murène qui semble nous dire : « allez, les p’tits gars, il est temps de remonter ! On reprend donc le fil de notre dérive, retrouvant le bleu du lagon où. Avant de retrouver la surface, nous effectuons les paliers indispensables à notre désaturation. Ayant fait surface, le monde où le silence nous est imposé se transforme en cour de récréation où chacun y va de ses commentaires enthousiastes qui ne tariront même pas une fois remontés à bord du bateau qui nous ramènera au centre. Même le moniteur nous dira que cette plongée, cette frénésie de prédation diurne, telle que celles filmées de nuit par l’équipe de Ballesta dans « les 700 requins de Fakarava », revêt un caractère d’exception. Nous avons donc eu beaucoup de chance car, de l’avis de JC, il y en avait bien 300 à l’endroit de notre exceptionnelle rencontre ! A propos, qui disait que les requins ne se nourrissaient qu’aux levers et couchers de soleil, voire pendant la nuit ?…

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