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04/05/2019

Atterrissage sans inverseur...

 

 

Arrivée à la hussarde à la baie de Hakahau sur  l’île de Ua pou (Marquises du N), histoire de conter que la vie de voyageurs au long court n’est pas toujours un long fleuve tranquille. 

 

Hier donc, samedi 30 mars, veille de l’anniversaire de notre passage du Canal de Panama, nous avions fait une magnifique traversée depuis Nuku Hiva. Au près et tout dessus au début, nous avons achevé ce petit saut de 26 nautiques le coeur en bandoulière car tout n’avait été que plaisir de naviguer...

C’est alors que les ennuis commencent. Il faut savoir que dans ce petit port bien protégé de la houle, un avantage n’allant pas sans son contraire, un léger courant de marée de 0,3 noeuds oblige les voiliers à s’amarrer avant et arrière afin que tous les bateaux fassent front à l’entrée du port. La houle précédant le passage de la digue est assez impressionnante mais se métamorphose en calme plat dès la limite franchie. Six voiliers étaient en place. Marjo hésite un peu car les meilleurs emplacements sont toujours les premiers choisis. Comme d’habitude, je laisse toute latitude à Marjo de choisir l’endroit où jeter notre ancre. C’est alors que Marjo me crie :  «  profondeur 8 mètres, je n’ai plus ni marche arrière, ni marche avant. Largue l’ancre ! Maintenant !... ». Je largue ainsi une trentaine de mètres de chaîne et me rends dans le cockpit pour essayer de comprendre. Et là, je vois Marjo les commandes en mains qui ne répondent plus. Ce n’est pas la première fois que notre inverseur nous faisait des frayeurs mais au dernier moment chaque fois, il réagissait et nous permettait de finir notre manoeuvre. Ce n’est pourtant pas faute d’attentions car il a été déposé et complètement révisé au Guatemala. 

Dans l’immédiat, nous n’étions encore que partiellement ancré et, en plus, pas au bon endroit ! Le courant et le vent nous font dériver jusqu’à presque toucher l’enrochement de la jetée. Il ne reste que quelques mètres. La panique cherche son chemin car pas une seule personne n’a encore répondu à la demande d’assistance de Marjo sur la VHF. Comme je sais que la plupart du temps, on ne peut compter que sur nous-même, l’idée de nous en sortir avec notre annexe (que fort heureusement nous avions traînée et non rangée sur le pont) s’impose à moi. Je saute dedans et demande à Marjo de m’y déposer le moteur entreposé sur son support. Grâce au palan prévu à cet effet, elle obtempère. Je crois que ce moteur n’a jamais aussi vite trouvé place sur le dinghy. Il démarre au premier essai ! Ok, Un peu de chance de temps en temps, on est preneur... Marjo me file une aussière frappée à la poupe de l’Otter, je l’amarre à l’avant de l’annexe et commence à tirer l’Otter hors du danger. Entretemps, un jeune Anglais vient nous prêter mains fortes avec son petit dinghy en poussant l’arrière du voilier dont l’inertie est énorme ! 20 tonnes offertes au vent et au courant, ce n’est pas facile à mobiliser si bien qu’il nous faudra un bon quart d’heure pour repositionner l’arrière du voiler à un endroit acceptable. Je rappelle au lecteur que l’ancre principale avait été larguée dans l’urgence et pas nécessairement à l’endroit que nous aurions choisi ! Pendant que les 15 chevaux de notre annexe s’escrimaient à trouver une position correcte pour l’ancrage arrière, Marjo qui ne s’occupe jamais de cela, a dû sortir notre FOB light (ancre légère démontable que nous stockons dans le coffre avant) et la monter en quatrième vitesse. Moi qui en connais la difficulté qui ressemble à un casse-tête chinois, j’observais Marjo qui se démenait comme une diablesse avec le montage de cette p... d’ancré ainsi qu’avec la préparation du bout plombé qui l’accompagne. Je lui crie qu’elle doit ajouter une aussière supplémentaire, le bout plombé s’étant d’expérience avéré trop court. Pendant ce temps , le jeune Anglais m’aidant, je maintenais l’Otter au bon endroit et, une fois le matériel d’ancrage arrière prêt, je larguai l’aussière et me précipitai pour quérir l’ancre et l’emmener le plus vite et le plus loin possible vers la plage afin de maintenir les voiliers côte à côte. Plouf ! L’ancre est posée. Espérons qu’elle s’engage bien... Je reviens à bord et reprends la aussière arrière pour l’aider. L’Otter pourra donc dormir en sécurité. Quant à nous, momentanément soulagés, nous remercions notre jeune ami et nous apprêtons à bien cogiter pour savoir comment poursuivre notre voyage sans inverseur !...

 

Le lendemain, la nuit ayant porté conseil, c’est avec calme que je démonte pour la xième fois la potence du cockpit qui reçoit le compas de route et où aboutissent les câbles d’accélérateur et... d’inverseur. Il n’y a plus qu’à essayer. 

Moteur ! En arrière... tic, la marche arrière s’enclenche. Point mort. Ok . En avant... tic, la marche avant s’enclenche. 

On se regarde, incrédules. Mon sang ne fait qu’un tour, le même que celui de Marjo qui dit : « il n’y a qu’à pas remettre le compas en place ! ». Il faut dire que ce compas fixé sur un gros cercle en teck a déjà fait l’objet d’une modification (un espace creusé au ciseau de menuisier afin de laisser la place pour le levier d’inverseur qui vient s’y heurter perturbant ainsi son bon fonctionnement). 

Ni une ni deux, je prends la Scie vibreuse et y découpe une fenêtre suffisamment grande que pour offrir au levier d’inverseur tout l’espace nécessaire. Je remonte. Marjo me dit : « moteur ? ». Ok, on essaie !... Et là, la victoire et le soulagement s’inscrivent sur nos visage où l’anxiété s’était installée. Une belle journée pouvait commencer et nos rêves de voyage, mis à rien le temps d’une nuit, pouvaient reprendre toute la place !

 

 

 

 

 

 

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