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29/03/2019

De nouveau en route

De nouveau en route !...

 

C’est après une belle nuit passée à l’ancre, tout seuls dans notre premier vrai mouillage forain, que je reprends le clavier depuis trop longtemps abandonné…

Pour notre première « traversée » de la saison, nous n’avons pas poussé trop loin nos ambitions. A quoi sert-il de courir après les milles pour regretter après coup tous les beaux endroits que vents et courants ne nous permettront plus jamais de visiter. Objectif : les Marquises du nord (Nuku Hiva, Ua-Pou, Ua-Uka). 

 

Nous relevons l’ancre et prenons le large. Une petite brise accompagne notre départ. Gd voile haute, yankee déroulé, tout semble bien en place. Les bosses de ris, le nouveau boîtier de latte, €tout est vérifié jusqu’à ce que Jek, notre pensionnaire - petit lézard gecko - sorte de sa cachette et se mette à escalader la voile à me faire pâlir d’envie tant ses petites ventouses poilues lui facilitent la grimpette. Repéré par Marjo qui se précipite pour le photographier, il poursuit son escalade. Marjo : « Jek, Jek, viens ici, tu vas te tuer ! ». Déjà il est parvenu à la hauteur des barres de flèche et poursuit sa montée vers la têtière. Mais que nenni, Jek ne redescendra pas ; il a certainement trouvé sur les hauteurs un abri plus stable que la pliure d’une voile. L’avenir nous le dira mais surtout ce seront ses laisses et ses petits cris qui nous le diront ! Marjo n’a pas son pareil pour le repérer : « Ecoute ! Tu l’entends… C’est notre ami Jek ! ». Un de nos copains bateau nous a dit qu’il en avait gardé un à bord pendant des mois ! On ne va pas lui donner la chasse pour quelques minuscules crottes lorsqu’on sait qu’il adore les moustiques !

L’épisode Jek derrière nous, nous poursuivons notre remontée vers le Nord de Hiva Oa et approchons d’un des plus beaux mouillages de l’île. « On s’arrête ici ? ». « Pourquoi pas, l’endroit (Hana Menu) semble bien abrité et nous avons lu que des Marquisiens sympas habitent la seule cabane perdue dans la cocoteraie qui borde la plage. Une piscine naturelle au pied d’une cascade est paraît-il très appréciée des navigateurs qui prennent le temps de s’y arrêter. Alors,…

 

Alors, nous revoilà à bord après une visite toute en douceur polynésienne. On approche la plage de sable noir. La pente est assez abrupte si bien que les petits rouleaux brisent à profondeur impossible à apprécier en traînant les pieds dans l’eau. Il faut impérativement avancer jusqu’à « beatcher » avec l’annexe. Mais déjà deux souriantes vahinées viennent à notre rencontre et nous aident à tirer l’annexe au sec. Dès qu’un des hommes sur place se rend compte de ma difficulté à soulever le dinghy par l’arrière (c’est là que le poids se concentre à cause du moteur – je ne dirai jamais assez que ces moteurs 4 tps sont une vraie pénitence tant ils sont lourds !), il se précipite pour aider. Ah, ces Marquisiens ! Des forces de la nature, je vous dis… Il se saisit de l’embase du moteur ce qui soulage immédiatement l’annexe qui se retrouve aussitôt au sec comme par magie. Les présentations faites, on se retrouve à l’ombre d’un abri à bateaux construit sommairement en bord de plage. Et c’est parti. On papote un peu. Sarina et Thierry sont en couple et vivent ici pour garder la plantation, les cochons sauvages qu’ils élèvent ainsi que quelques chèvres. Nous sommes sur les terres des ancêtres de Thierry qui nous guide à travers la plantation. Citronniers, manguiers, goyaves, pastèques, cocos, menthe, cresson de fontaine, pamplemousses,… un vrai jardin d’Eden rendu possible par l’eau de la montagne qui est distribuée par tuyaux pvc à partir de la cascade qui en descend. Le paradis dont l’extension est seulement freinée par le coût des tuyauteries de distribution d’eau !

Sarina nous invite à visiter sa « maison » en accompagnant son invitation d’excuses souriantes car dit-elle, elle n’a pas fait son ménage ! Tout est impeccablement rangé. Thierry nous montre, soulevant la porte d’un grand congélateur bahut, sa pêche de la veille. Des poissons de grand fond dont il fait commerce « à la ville » lorsque la pêche a été bonne et dépasse ses besoins personnels. C’est ainsi qu’il nous apprend qu’en saison, il pratique la pêche nocturne à la langouste. Avec un gros phare étanche, il les prend à la main alors qu’elles se baladent sur le fond ! Les langoustes sont une véritable manne en saison car il en fait jusqu’à 30 kilogs par nuit ! Il dit que ça aide à payer les études des enfants. Ils en ont deux qui ne rentrent chez leurs parents que le w-e. Ils parlent de leurs choix de vie. Ils comparent avec les habitants de Hua pu qui ont beaucoup plus d’enfants. Ils parlent de fécondité mais savent, dans le fond, que ce n’est qu’une question d’instruction et de choix intelligent… Leur vie est simple mais riche de cet environnement qu’ils améliorent petit à petit, avec réflexion.

Je remarque l’installation électrique qui fonctionne comme la nôtre avec deux grosses batteries au gel et un convertisseur de 1000/2000 watts. Télévision, frigo, congélateur, pompe à eau,… tout fonctionne grâce à l’électricité des panneaux solaires distribués sur les toitures des maisons et dépendances. Ici, ce n’est pas tout-à-fait la nonchalance marquisienne. Il y a de l’idée dans la manière avec laquelle ce jeune couple (ils ont tous les deux 33 ans !) organise leur vie. Ils respirent la joie de vivre et surtout, ils prennent le temps de la rencontre. Ils nous donnent de l’attention. Ils nous donnent des fruits, nous font goûter leur eau et nous conduisent à la cascade où une piscine naturelle  d’eau cristalline nous invite à la baignade. Nos informations étaient donc correctes ! Ils nous regardent, amusés, nous plonger dans cette eau dont la fraîcheur est vivifiante. Il y a des rires, de la sympathie, du don de soi, de son temps,… Et moi qui déteste l’eau froide, curieusement, je m’y sens bien ! C’est un peu à regrets que nous sortons de l’eau, histoire de ne pas abuser de cette si charmante hospitalité. Mais pour eux, il n’y a pas de problème ; ils s’amusent de nous voir simplement heureux d’être là... Lorsque je leur dit que ce bain me laisse une sensation de bien-être étonnant – mon mal de dos quasi persistant semble s’être considérablement dissipé - ils racontent que la source a été reconnue thérapeutique depuis des temps immémoriaux. Ils racontent qu’une petite fille asthmatique était venue s’y baigner à dessein de se soigner ce qui a écarté les crises jusqu’à aujourd’hui alors qu’elle est maintenant âgée de 13 ans !...

 

J’ajouterai, en guise de conclusion, que ce jardin digne de celui chanté par Moustaki a subi jadis comme toutes les autres îles marquisiennes, – début du XXème siècle, un raz de marée dont les conséquences sont tout d’abord la noirceur du sable. Thierry nous raconte que c’est le raz de marée qui l’a apporté car sous son épaisseur, c’est du sable blanc qui apparaît. Il nous fait remarquer également la présence d’énormes rochers qui auraient également été déposés là au cours de ce cataclysme.

Lors de notre promenade sur leurs terres, nous avons eu le plaisir de découvrir des arbres centenaires, des vestiges d’habitations anciennes en pierre de lave, des tombes envahies par la jungle, tout un univers de passé dont la mémoire s’efface au fur et à mesure de la disparition des anciens et de l’exubérance de la nature. Ces Anciens emportent avec eux la tradition orale ne laissant qu’aux archéologues le soin de redécouvrir le passé des polynésiens que des associations culturelles s’efforcent de faire revivre petit à petit. Et nous, allant d’île en île, nous en apprécions avec la curiosité du voyageur les différences et les similitudes.

 

(à suivre…)

 

 

 

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