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08/08/2018

Courriel envoyé à un ami en cours de traversée (extraits)

Chantons, pour passer le temps, les amours passées d’une jeune fille,
Chantons;.. ainsi commence une chanson de marins que nous avons chantée ensemble s’il t’en souvient dans un certain château de nos connaissances…
Faute de pouvoir chanter, écrivons me dis-je et, voici :

Ce jeudi 14 juin 2018 au coeur de la tempête en route vers les îles Gambier…

Hier, en fin de journée, le vent, qui était resté au-dessus des 20/25 noeuds toute la journée, s’est renforcé. Des rafales de plus en plus longues dépassaient les 30 noeuds. Nous étions sous gd voile à 2 ris et trinquette, le yankee complètement rentré. Nous prenons la décision de réduire encore jusqu’au bas ris (le troisième) et, au boulot ! La mer est forte et les grains menacent. Je capelle mon harnais et grimpe sur le pont en réalisant que nous avons quelque peu tardé pour nous décider. Cette hésitation va se faire rembourser en efforts pour prendre le ris et Murphy, encore lui, va s’ingénier à me mettre des bâtons dans les roues. Donc, du pied de mât où j’ai frappé ma ligne de vie, je raidis la balancine puis relâche la drisse de gd voile. Le vent se faufile dans les plis de la voile et en amène plusieurs derrière les marches de mât empêchant ainsi la voile de remonter. Enervement, je réalise une fois de plus que la ligne de vie s’emmêle dans tous les bouts fouettés par le vent et me rend fou de rage car non seulement je dois m’occuper de la voile mais en plus, je dois me décrocher et me raccrocher sur l’autre bord. C’est toujours le même problème lorsque je travaille au pied du mât. Je dois pouvoir passer d’un bord à l’autre et à chaque fois, ma ligne de vie se prend dans un winch ou un taquet et me prive ainsi de mobilité ! Alors que je cogite pour trouver une solution pour la GV, je constate que la bosse du troisième ris s’est coincée derrière une latte de la GV vérifiant ainsi l’idée qu’un problème arrive rarement tout seul. Le vent forcit encore et la pluie se met de la partie. J’ai droit à la totale ! Un problème à la fois. Premièrement dégager la bosse de ris avec la gaffe qui, allongée me permet d’atteindre le problème tant bien que mal car je dois me tenir et ai besoin de mes deux mains pour manipuler la gaffe. Après plusieurs tentatives, ouf ! La bosse est libérée. Il n’y a plus qu’à dégager la GV des marches de mât. Je crie à Marjo d’envoyer le moteur et de remonter au vent car je pense que c’est la seule façon de dégager la voile. Elle se met derrière la barre, débraye le Windpilot et, moteur lancé, fait lofer le bateau. La mer est grosse et l’Otter fait maintenant face aux lames qu’il escalade courageusement. Les creux sont impressionnants et le sont toujours plus lorsqu’on leur fait face plutôt que lorsqu’on les subit de travers ou par l’arrière ! Victoire, la voile faseye et se dégage des marches ! Je raidis encore la balancine, et j’embraque la bosse de troisième ris ainsi libérée. La bosse résiste car les rafales de vent s’opposent à ma manoeuvre. Je tire de toutes mes forces et, petit à petit, l’oeil de la prise de ris de la gd voile se rapproche du point  d’où elle pourra travailler correctement. Encore un effort. Je me cramponne. L’Otter chevauche les lames de plus en plus inconfortables. Il sera temps d’abattre, de reprendre le vent par le travers la voilure ainsi réduite. Je rentre dans le cockpit après avoir remis le pont en ordre. Pas question de laisser un bout ou un espar traîner car ce sont des ennuis assurés ! Je me déplace à quatre pattes car les mouvements du bateau et la fatigue de la manoeuvre (je suis en nage dans ma combinaison de navigation) me rendent prudent. La manoeuvre a duré 45 minutes ! Une fois en sécurité dans le cockpit, je redonne la main au régulateur d’allure et replace l’Otter  travers au vent et c’est là que la récompense de la manoeuvre nous est offerte : tout semble se calmer. L’Otter reprend sa route sous les bourrasques qu’il négocie en douceur. On peut couper le moteur et respirer. Nous sommes de nouveau en route sous voilure réduite !
A l’heure où j’écris ces lignes, le vent n’a toujours pas désarmé. Il souffle force 7 établi rafales à 8. La mer est franchement grosse et impressionnante, les déferlantes scintillent sous le soleil. Les prévisions nous annoncent que nous devrons attendre encore deux petites journées avant de pouvoir vraiment retrouver un certain confort de navigation. Pour l’instant, nous prenons notre mal en patience… mais, tout va bien à bord.

.../...

Nous sommes en route vers la mystérieuse île de Pâques (Rapa Nui) et notre position est :

S 13°40’30.3’’ & W 097°12’55.4’’. C’est-à-dire que nous sommes à 1057 nautiques dans le NE de l’île. Plus que 8-9 jours de navigation. Depuis le 2 juin, nous pouvons compter sur les doigts d’une main, le nombre de navires rencontrés. Nous sommes seuls au monde. Totalement seuls.

 

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