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17/05/2018

Le sel du voyage

2011-2018, sept années de vagabondage, de découvertes, de déconvenues, aussi. Comment pourrait-il en être autrement ? Certes, des retours au pays ont échelonné ce déjà long chemin qui me fit me rendre compte, cela m’est arrivé en observant dans un musée une carte du monde qui situait la culture Inca en rapport à la nôtre, de l’incroyable distance déjà parcourue depuis notre départ du joli port breton de La Roche-Bernard. Dire combien de milles navigués sous voile, le nombre de kilomètres de route parcourus, le nombre de miles volés lors de nos allers-retours, le nombre de personnes rencontrées avec lesquelles un lien a été construit, relève de l’impossible.  Laissant ma pensée courir devant cette carte de géographie qui n’était là que pour m’emmener à la rencontre de la prestigieuse préhistoire de l’Amérique du Sud, je fus saisi par la vertigineuse réalité de notre aventure. Prendre conscience de cette réalité a été rendu possible, je crois, par une promiscuité avec le tourisme de masse, incontournable pour visiter le Machu Pichu. La plupart du temps, nous traçons notre propre route faite de choix orientés autant par la météo que par les destinations ou encore des évènements fortuits qui viennent bouleverser notre projet initial. Mais nous avons le temps. Le temps qui passe est l’élément qui nous distancie principalement de la condition de touristes. Nous avons cet immense privilège qui se matérialise dans les propos recueillis au détour d’un chemin, d’une rencontre. On réalise que, dans le cas précis du Machu Picchu, les gens qui partagent la visite avec nous ont quitté Leur pays il y a parfois une soixantaine d’heures et qu’ils auront à peine le temps de se reposer quelques jours  avant de ressauter dans un avion pour le retour, le porte-feuille vide une fois leur temps de vacances achevé. 

En voyage, nous ne rencontrons pas que des retraités qui, comme nous, se distancient du tourisme de masse. Il y a aussi des jeunes, avec ou sans enfants, qui font une pause dans leur vie professionnelle qui les tue. Ils se déplacent en stop, en vélo, en moto. Il y en a même (notamment une jeune femme de nos connaissances) qui se déplace à cheval. Les plus chanceux ont un métier sac-à-dos. Ils peuvent ainsi s’extraire du système... Les autres sont débrouillards. Comme nous, tous donnent la préférence aux commerces locaux, aux airbnbs, aux tuk-tuks plutôt qu’aux taxis. Ils recherchent les restaurants authentiques. Plus il y a d’autochtones attablés, moins il y a de touristes, meilleur est le choix. On y gagne en authenticité. Une fois la glace rompue, des liens peuvent se tisser. Les jeunes enfants de ces couples aventureux découvrent très jeunes des cultures différentes, des langues qu’ils s’approprient sans retenue ; ils réalisent combien les conditions de vie diffèrent de ce qu’ils ont connu en Europe ou ailleurs... Deux exemples parmi tant d’autres me traversent l’esprit : un matin, pour nous rendre au marché, nous empruntons un de ces tuk-tuks qui sont des tricycles à moteur comportant une cabine - conduit par une jeune femme. Grimpant à bord avec nos sacs, nous découvrons à l’intérieur toute une famille qui accompagne Maman au travail. Un des trois doit encore être au sein. Il est couché aux pieds de la conductrice dans une sorte de couffin fait de toile multicolore tissée probablement par elle ou par une locale.  Les deux autres sont serrés contre leur mère sur le siège avant. Quelle leçon de vie ! Si la jeune femme a 20 ans, c’est beaucoup. Ici, pas de contraception et il faut faire avec... et gagner sa croute ! Impossible de ne pas lui régler cinq fois la course. Et impossible de vivre cette expérience en voyage organisé. 

L’autre exemple qui sera le clou de notre séjour au Pérou sera notre dernière nuit à Cuzco. Marjo avait réservé dans un airbnb, attirée par le fait que cette location faisait partie d’un atelier de tissage et comprenait une information sur les techniques traditionnelles de teinture et de filage de  cette laine incroyablement douce qu’est celle des alpagas. Accueillis avec chaleur par la jolie propriétaire et son beau-frère. Il apparaît de suite que c’est une affaire familiale. Dans la cour intérieure deux femelles et un mâle alpagas sont là libres de s’intéresser à nous. Ils se laissent approcher et caresser. Le ton est donné : accueil et authenticité. Cette cour n’est que couleurs. Des toitures basses pendent des fils de laine parsemées de pompons multicolores. La chambre qui nous est réservée se situe sous la toiture. Elle comporte une porte basse, vraiment très basse ! A voir l’épaisseur des couvertures il est clair que les nuits à cette altitude sont très froides. Il n’empêche, la fatigue du voyage aidant, nous y passerons une bonne nuit entrecoupées d’escapades nocturnes éclairées par la lampe de poche (accessoire indispensable à emporter en voyage), les « baños » étant situées au rez-de-chaussée et accessibles par un escalier extérieur accroché au mur de la maison. Authenticité écrivais-je. Celle-ci prit tout son sens au petit déjeuner compris dans la location. La propriétaire nous emmena dans une pièce assez sombre où un assemblage de grosses pierres noircies de fumée supportait une grosse soupière dans laquelle mijotait la soupe du jour que la patronne prépare pour le repas de midi des huit ouvrières travaillant quotidiennement dans l’atelier de tissage. Le feu brûlait sous la soupière et seul un vieux réchaud à gaz permit de chauffer l’eau indispensable à la préparation du thé. Un morceau de pain frais et de la confiture constituèrent notre petit déjeuner que nous avalâmes assis sur des tabourets avec l’impression de faire envie aux rares personnes dont un petit garçon qui partageaient avec nous l’occupation de cette pièce hors du temps. La fumée dégagée par le feu ne s’évacuait que par une ouverture pratiquée dans la toiture. Dire que la vie est dure pour ces pauvres gens est une réalité complètement ignorée des touristes qui achètent leur production bien loin de se douter des conditions de vie des artisans qui les produisent.

Bien d’autres exemples hors des sentiers battus pourraient encore illustrer ma réflexion à propos de l’esprit de découverte et de partage qui nous anime. C’est le sel du voyage que seule l’écriture me permet de partager...

Commentaires

Cher Jean,

Toute cette odyssée ne mérite-t-elle pas un livre?

Amitiés,


Martial

Écrit par : WATRIN | 17/05/2018

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