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17/04/2015

Rapport de terre/mer III.17

 

Rapport de mer/terre III.17

 

Le 13 octobre 2014.

  

Il y a des jours qu’on voudrait oublier aussi vite qu’ils sont derrière nous ! Le lundi 6 octobre est l’un de ces jours maudits. Nous étions partis « magasiner » avec notre fille Manon qui devait reprendre l’avion à Washington le lendemain à 15h00. Nous avions loué une voiture pour ces deux jours et profitions des derniers moments de vagabondage dans un « outlet » où l’on ne sait plus où donner de la tête tant les prix d’articles de marque impayables en Belgique sont ici bradés jusqu’à 75 % avec en plus l’avantage du change.

 

Vers 16h30 heures, alors que nous nous décidions tranquillement de rentrer au bateau, Marjo ouvre son iPad et voit avec horreur le message suivant apparaître dans sa messagerie : « 15h28 : Your boat has dragged onto rocks In front of Naval Academy. Contact Harbour master immediately. Alan ». Atterrés par cette nouvelle, nous rentrons immédiatement avec l’esprit en effervescence. Comment un tel drame a-t-il pu arriver ? Nous ne laissons en effet jamais le bateau seul au mouillage sans avoir attendu quelques heures au moins pour être assurés que l’ancre a bien croché et, ce lundi matin, nous étions ancrés et stabilisés depuis la veille. Daté d’une bonne heure plus tard, un second message nous a été envoyé : « US Naval Academy and TowBoat US are making arrangements to move your boat and Haul it out at the Academy's facilities. Here is one person onboard assessing damage. No water leakage taking place. » Ce message, nous indiquait donc que notre bateau n’avait pas coulé mais nous ne savions pas où il se trouvait. Notre inquiétude grandissait au fur et à mesure de la lecture de ces différents messages. Envoyé à 16h57, un troisième message indiquait : « Otter II is off the rocks and proceeding to US Naval Academy  slips to be hauled out. »Quelque peu rassurés  nous parcourûmes les derniers kms du retour dans un silence qui en disait long sur les émotions qui se bousculaient dans nos esprits en train de nous imaginer dans quel état nous allions retrouver notre bateau et où ? Nous n’en avions aucune idée. Le boat show était en préparation et le moindre espace était occupé, raison pour laquelle notre bateau avait atterri dans les installations de la Navy !

 

Arrivés au port, nous n’avions guère que le choix de nous rendre à la « US Naval Academy » afin de savoir où se trouvait notre bateau car, non seulement nous étions impatients de constater son état mais encore, nous devions bien dormir quelque part et également permettre à Manon de terminer ses bagages pour son départ du lendemain. Toutes ses affaires ainsi que passeport et billet d’avion étaient restés sur le bateau ! Ici, je vous passe le dialogue de sourds entre Marjo, gardant son calme malgré les circonstances, attendant une réponse des gardes chargés de surveiller les entrées très contrôlées dans la base. Ceux-ci, visiblement troublés par une situation sortant de la routine, donnaient des coups de téléphone et nous faisaient patienter un long moment pour ne nous donner qu’une seule information qui s’avéra inutilisable car hors des heures de service ! Nous n’avions donc pas de réponse à nos questions. Notre bateau avait disparu et nous ne savions pas que faire pour le retrouver. Le crépuscule s’installait et il ne nous restait que l’annexe pour passer la nuit ! Notre seul choix était donc de nous rendre à bord du Moonlight Maid, le bateau de nos amis canadiens Alan & Ether, auteurs des messages reçus en fin d’après-midi pour aller aux nouvelles puis prendre une décision pour trouver un gîte. Manon était avec nous et l’inquiétude grandissait au fur et à mesure du temps qui passait car nous étions de plus en plus dans l’incertitude. Et c’est là que nous avons eu la chance de pouvoir vérifier, une fois de plus, l’immense solidarité des gens de mer. Nos amis nous accueillirent avec une compassion telle qu’il semblait presque que c’était eux qui avaient perdu leur bateau. Non seulement ils nous contèrent les événements de l’après-midi concernant le dérapage de notre ancre mais ils s’arrangèrent avec d’autres amis canadiens pour nous héberger. La queue de la mini-dépression ayant occasionné notre mésaventure nous secoua toute la nuit – la houle rentrait dans le port et faisait rouler les bateaux ! – et, cela additionné à toutes les questions qui se bousculaient dans nos esprits, nous ne pûmes que somnoler en attendant que cette nuit qui n’en finissait pas, cesse…

 

 

 

Au moment où j’écris ces lignes, une semaine plus tard, j’ai encore des bouffées d’émotion et de rage à l’idée que tout cela ne serait peut-être pas arrivé si notre ancre n’avait pas été draguée par un plaisancier maladroit, voire paniqué car les témoignages recoupés indiquent que plusieurs bateaux voisins ont également dérapé leur ancre ce qui représente la seule explication au décrochage de la nôtre (cette situation s’étant déjà présentée plusieurs fois dans les Anilles alors que nous étions fort heureusement à bord nous laisse à penser que cette éventualité n’est pas négligeable)…

 

 

 

Notre mésaventure n’est malheureusement pas finie (désolé d’être long !). Le lendemain matin, notre ami Alan prend les choses en mains et par appels téléphoniques et VHF, parvient à connaître la position de notre pauvre bateau. Dans notre malheur, il avait été pris en charge par les militaires de la Navy et remorqué dans une darse militaire où nous pûmes le retrouver. Je vous passe ici tous les sésames dont nous dûmes user pour l’atteindre, la base navale étant protégée comme si le Président Obama était en visite ! (Je pense que si cela avait été le cas, nous aurions dû attendre son départ pour rejoindre notre bateau). Mis à part la rigueur de la sécurité, je me dois d’ajouter que les rapports des militaires avec nous ont été dans le registre d’un savoir-vivre policé, voire presque convivial. Il faut dire que Marjo se surpassa en diplomatie patiente tant l’unique objectif de notre démarche était de pouvoir enfin rejoindre notre cher Otter !!!

 

 

 

Arrivés enfin en vue de notre bateau, quelle ne fut pas notre surprise de le voir entouré d’un nombre impressionnant de navires plus ou moins importants de la Navy. Il ne pouvait être mieux protégé !!! Les marins l’avaient professionnellement amarré et nous ont entourés de leur intérêt tant l’amour des bateaux transpirait de leur comportement. De vrais gentlemens… qui ne nous permirent quand même pas de passer la nuit à bord. Manon étant repartie en Belgique et ne désirant pas abuser de l’hospitalité de nos amis, nous passâmes cette première nuit dans un motel des environs. Le lendemain, Marjo prit tous les contacts nécessaires et suffisants pour nous permettre de faire remorquer l’Otter  dans un chantier susceptible de prendre en charge toutes les réparations. Écoutant les conseils de nos amis américains Bo & Joyce Chesney, nous nous décidâmes pour le chantier « Bert Jabin » où le remorqueur nous emmena, notre système de barre ne nous permettant plus d’évoluer en autonomie (drosse du secteur de barre cassée). A peine arrivés, nous fûmes entourés de toute une armada de contremaîtres et autres professionnels qui voulaient évaluer la situation avant et pendant la sortie de l’eau afin de ne pas perdre de précieuses indications quant au diagnostic en vue des réparations des dommages.

 

 

 

Depuis lors, l’Otter a été placé sur bers au sec et, à la demande du chantier, nous sommes partis à la recherche de modifications éventuelles dans la structure du bateau, recherche qui, fort heureusement, n’a donné aucun résultats. Pendant que je m’occupe à différentes remises en ordre et autres petits bricolages, Marjo se bat avec la constitution du dossier pour l’assurance. Il est question de devoir démâter le bateau pour pouvoir y travailler à l’abri. Si tel est le cas et dès que nous aurons le feu vert de notre assurance, nous ne pourrons plus habiter notre bateau et reviendrons en Belgique, le confiant ainsi au chantier qui le remettra en état de naviguer pour nous permettre en février de reprendre notre longue route de découverte … A bientôt donc le grand plaisir de vous revoir toutes et tous ! 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14/04/2015

Le vent ne décide pas

« Ce n’est pas le vent qui décide de votre destination, c’est l’orientation que vous donnez à votre voile. Le vent est pareil pour tous » Jim Rohn – coach de vie

Navigation =science du détour

… la navigation est science du détour, fille de l’humilité et de l’obstination. On ne va pas contre plus fort que soi. Sans pour cela abandonner, jamais, le but ultime de son voyage.

                                                                        Eric Orsenna in L’entreprise des Indes