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24/07/2014

Intermède

Rapport de terre/mer III.14c

 

Sixième jour de mer. L’Otter poursuit sa route inlassablement au moteur à travers cette haute pression qui n’en finit pas. On n’est jamais content ! Trop de vent, on fait la moue, trop peu, on se lamente… Les longues traversées vent constant de travers ne sont pas légion, ce serait trop beau. Comme chaque situation a ses avantages et ses inconvénients, il faut reconnaître que depuis l’accalmie qui nous a contraints à faire appel à notre moteur, j’ai rédigé deux rapports de mer et suis en train de commencer le troisième ! A terre, il y a tant et tant de choses à faire que le clavier est laissé un peu dans l’ombre. On l’utilise le plus souvent pour échanger des nouvelles du pays et de ses habitants sur facebook en ce qui me concerne, Marjo préférant se servir du courriel. Nous sommes connectés le plus souvent assez bien depuis l’installation de notre nouvelle antenne réceptrice du Wifi. En mer, et qui plus est au moteur, l’océan étant très calme, voire tel un lac, il n’y a rien à faire et comme l’idée de s’ennuyer ne me vient jamais à l’esprit, j’occupe celui-ci à la lecture des instructions nautiques utiles pour l’atterrissage (en anglais cela prend du temps et enrichit le vocabulaire !), la lecture tout court (j’ai toujours un roman entamé qui m’attend), les tentatives de communications satellitaires (Il faut dire à ce propos que les satellites Iridium ne desservent pas bien le NO de l’Atlantique car de multiples tentatives de connexion sont indispensables pour arracher au ciel les précieuses prévisions météorologiques) et, bien sûr la contemplation méditative de l’océan à laquelle je me livre  toujours avec le même plaisir. L’océan grouille de vie mais seule une observation patiente permet de le constater. Pour l’instant par exemple, une baleine pourrait souffler non loin de nous sans que je m’en aperçoive tout occupé que je suis à rédiger ce rapport. On ne peut pas être au four et au moulin ! Ce matin, deux bonnes heures après le lever du soleil, j’étais assis sur notre beaupré – nous y avons installé un petit siège bien confortable pour y admirer les dauphins – et je contemplais la mer. C’est incroyable cette sensation qui est particulièrement bien rendue dans le film Titanic, cette sensation de voler au-dessus de l’océan, l’image du navire qui vous porte disparue dans votre dos. Votre champ visuel balaie l’océan à la recherche de mouvements inhabituels. A la chasse, c’est la même chose : c’est souvent par le mouvement que le gibier se laisse découvrir. C’est lors de cette attentive observation que je découvre au loin une série de moutons blanchâtres de plus en plus nombreux et se rapprochant, devenant multitude. Des centaines d’éclaboussures annoncent la venue d’une bande de très nombreux grands dauphins. Ils approchent et se déroutent pour venir se disputer la place royale située sous la sous-barbe de notre beaupré (que l’on appelle également delphinière lorsqu’il est habillé d’un filet protecteur comme sur les vieux gréements). Ils vont de çà et de là changeant de direction à faire pâlir les meilleurs joueurs de la NBA. Ils vont et viennent et se relaient sous l’étrave du bateau. Chacun veut avoir sa part du plaisir de caresser le point bas de notre sous-barbe du bout de l’aileron. Ce matin, pour la première fois, la bousculade était telle – je devrais plutôt écrire « l’impression de bousculade » car ils ne se touchent guère – qu’un des dauphins heurta cette forte pièce en acier inoxydable et s’en alla, je suppose tout penaud, réfléchir à la manière d’éviter à l’avenir ce désagréable contact ! Pendant près d’une demi-heure, ils se sont ainsi succédés, groupe après groupe. Je ne sais si ils m’entendent les encourager avec enthousiasme, leur crier qu’ils sont beaux, que je les aime, leur montrer par la voix le bonheur que j’ai de les rencontrer. J’ai voulu partager cela avec Marjo mais elle dormait et il faisait froid. J’ai joué l’égoïste, l’ai laissé dormir et enregistré ces belles images pour moi seul. Et oui, je viens de le signaler. Finis les tenues légères, voire d’Adam que les tropiques nous permettaient ! Ici, j’ai ressorti mes sous-vêtements Patagonia (Merci à Emily & Alex qui m’ont si bien équipé au fil de mes anniversaires !), mes salopette et veste de quart Trax, chaussettes et chaussures de pont.

La température a chuté d’un coup. 20° dans le carré. 16°C dans le cockpit. 12,3 °C dans l’eau !!! Du plus jamais vu depuis trois ans !  Le soleil fait des efforts pour briller de tous ses feux sans toutefois caresser l’idée d’égaler ses performances antillaises. Il est maintenant 10h14 locales et notre sillage va bientôt devenir canadien. Plus que quelques milles et nous quitterons les eaux américaines. Nous longeons le banc de Georges, endroit peu profond aussi grand si pas plus que la Belgique. D’après les prévisions, il nous faudra encore attendre demain après-midi pour achever notre traversée sous voiles, poussés par une petite brise de  suroît qui viendra ponctuer cette belle traversée. Destination : Royal Nova Scotia Yacht Squadron à Halifax (à suivre…)Sans titre.png

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